Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « réconfort ».
Résignation
Personne n'allait le trouver ici. De toute façon, personne ne le trouvait jamais. Tout le monde s'en fichait un peu. Qu'il soit là ou ailleurs, tant qu'il ne gênait pas, ça n'avait pas grande importance. On se fichait un peu d'où Remus Lupin partait se cacher quand il ne voulait pas voir le reste du monde. Quand il devenait si sombre que personne ne voulait plus le côtoyer. Quand il faisait peur aux autres avec la tristesse qui suintait par tous les pores de sa peau.
Il était dans la tour Nord, celle qui servait à l'astronomie. Enfin à la limite, même s'il vous le disait, vous aussi vous vous en ficheriez, non ? Il ne voyait même pas pourquoi il pensait tout seul. S'il pouvait poser son cerveau par terre, un peu au loin, dans la poussière des dalles et les excréments des hiboux, ça ne serait pas plus mal. Au moins, il n'aurait pas à s'en soucier. Et peut-être ses pensées noires ne tourbillonneraient-elles plus dans sa tête. Peut-être serait-il enfin tranquille. Peut-être pourrait-il enfin vivre une vie normale, comme tout le monde. Peut-être pourrait-il redevenir un petit garçon comme un autre. Peut-être même le laisserait-on tranquille.
Enfin tout ça n'était qu'un rêve. Il ne pouvait pas détacher son cerveau de son corps, à moins de couper sa boîte crânienne en deux. Il avait vu ça dans un documentaire sur les chirurgiens que son père avait regardé à la télévision une fois. C'était absolument dégoûtant. Et pas tout à fait indolore. Il n'était pas certain de vouloir finir comme ça. Non, finalement, il garderait peut-être sa matière grise avec lui. Et puis il en avait besoin pour travailler de toute façon. Maintenant qu'il avait réussi à être accepté à Poudlard, il ne fallait peut-être pas tout gâcher en perdant son cerveau. Et puis qui le croirait quand il dirait qu'il était tombé de la tour ?
Non, il fallait qu'il accepte. On le lui répétait depuis ses cinq ans en fait. Depuis l'accident, comme on disait à la maison. Depuis qu'il était devenu un monstre. Encore, à la maison, ça allait, tout le monde savait, alors il n'avait pas besoin de faire semblant que tout allait bien. Il pouvait décider qu'il avait envie de pleurer et on comprenait. Ici, il fallait se cacher au fond d'une tour glacée à un moment où tout le monde faisait autre chose pour pouvoir vider son corps de toutes ses larmes.
D'un autre côté, à la maison, tout le monde le regardait avec pitié. Et avec tristesse. Il n'avait jamais vu sa maman aussi triste que depuis que c'était arrivé. Que depuis qu'il avait fait une bêtise en ouvrant la fenêtre. Pourtant, il ne savait pas à l'époque, il n'avait pas fait exprès. Mais quelque part, il se sentait coupable. Du coup, il finissait là-bas aussi par se cacher pour être triste, parce que devant ses parents, il fallait garder une mine à peu près réjouie.
Il ne fallait pas leur montrer que sa vie était devenue un enfer depuis qu'il avait changé. Il ne fallait pas leur montrer que certains soirs, il n'en pouvait plus, d'être enfermé entre ces quatre murs depuis qu'il avait été mordu, de peur qu'il fasse du mal à un autre, de peur qu'on se rende compte de ce qu'il était. Il ne fallait pas montrer que certains soirs, il aurait préféré être mort sous les griffes plutôt que de continuer ainsi.
Finalement, il fallait porter un masque avec tout le monde. Il fallait faire semblant d'être heureux. Sourire, rire. Depuis qu'il était arrivé à Poudlard, il ne savait plus bien où il en était. Il était tellement content que personne ne sache ce qu'il avait, comme ça, on s'occupait un peu de lui, il avait même des amis ! Et il était heureux avec eux, Peter, James et Sirius étaient vraiment drôles, gentils, et il s'entendait bien avec eux. D'un autre côté, il se sentait mal de leur cacher ce qu'il était.
Parce que nul ne doute qu'ils s'en iraient s'ils le savaient. Qu'ils le rejetteraient. Qu'ils l'excluraient. Peut-être même le diraient-ils à toute l'école et alors on le renverrait parce qu'aucun parent ne voudrait que son enfant soit en contact avec un loup-garou, surtout s'il arrivait quelque chose. Il avait vraiment très peur qu'il arrive quelque chose. Même si le Professeur Dumbledore faisait tout pour le protéger, de lui-même et des autres. Enfin, qui croirait à son histoire de grand-mère encore longtemps ? Il ne fallait pas être bien fin pour y croire encore après plus d'un an.
Oh bien sûr, il devrait être heureux du coup, au lieu de pleurer misérablement sur son sort. Il était encore là, il avait encore la chance de ne pas avoir été démasqué. Il fallait en profiter, grappiller les moindres instants pour en faire des souvenirs qu'il chérirait une fois renvoyé. Il n'arrivait pas à croire en sa chance, même. Tellement peu qu'il avait toujours l'impression qu'elle s'envolerait rapidement. Que bientôt, tout ça serait terminé. Et parfois, ça faisait un trop-plein d'émotions, comme maintenant. Parfois, il aurait bien aimé que quelqu'un le réconforte un peu.
« Remus ? Enfin, tu es là ! Je t'ai cherché partout ! » Cria Lily en émergeant de l'escalier de pierre, sifflant soufflant.
« Fallait pas te donner cette peine… » Murmura-t-il.
C'est vrai, pourquoi était-elle venue ? Pour le trouver en train de pleurer ? Pour pouvoir se ficher de lui après à dire qu'il pleurait encore comme un bébé ? Pour dire qu'il n'était vraiment pas mature ? Ou pire, pour essayer de lui tirer les vers du nez, découvrir son secret et se moquer de lui après, ou le rejeter ?
Il savait qu'il était injuste avec elle. Qu'elle n'était pas comme ça. Elle était toujours là pour lui. Même alors qu'elle trouvait que James et Sirius étaient des imbéciles finis, ça ne l'empêchait pas de traîner avec lui, et lui faire part de tout un tas de choses. Ensemble, ils discutaient souvent de tout, et ils faisaient leurs devoirs ensemble parfois, à la bibliothèque. Il l'aimait beaucoup, elle était vraiment très gentille. Mais là, ses défenses abaissées et son âme à nue, il ne pouvait pas ne pas avoir peur.
Il la laissa pourtant s'assoir à côté de lui. De toute façon, il ne pouvait pas tellement faire autrement hein ? Il ne pouvait pas étendre tout son corps sur l'ensemble de la pièce pour qu'elle ne s'asseye nulle part. Et il n'allait pas non plus lui dire de dégager, ça n'aurait pas été très gentil de sa part. Il la laissa donc faire. Elle commença par ne rien dire, restant juste là, à côté de lui, leurs bras se touchant.
« Tu vas te décider à parler, ou il faut que je devine ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle enfin.
« Tu ne trouverais pas de toute façon… » Chuchota-t-il, amer.
« Je suis sûre que si. Je… j'ai fait des recherches, tu sais. Et je sais ce que tu as. Je sais pourquoi tu pars souvent, tous les mois en fait, pour soi-disant voir ta grand-mère qui n'est pas plus mourante que la mienne. Enfin celle qui me reste, parce que l'autre, elle est carrément morte. »
« Qui te dit que je n'ai pas une grand-mère mourante ? » répondit-il avec morgue.
Il ne fallait pas qu'elle sache, il ne fallait pas, elle allait se moquer de lui, elle était venue pour lui dire qu'elle le haïssait, il ne fallait pas qu'elle sache.
« Remus. Tu pars à chaque fois pendant la pleine lune. Tu reviens fatigué et blessé. Et tu passes par l'infirmerie à chaque fois. Je ne suis pas idiote tu sais, je sais réfléchir. Tu es… tu es un lycanthrope. Et ça ne me fait pas peur. »
« Ah oui ? Même quand je deviens un monstre ? Même quand je risquerais de te déchiqueter d'un seul coup de pattes ? Même quand je hurle à la mort parce que j'ai honte et mal ? Parce que je n'arrive pas à réprimer les instincts de la bête en moi ? » Cracha-t-il.
« Non. Je n'ai pas peur. Tu es toujours mon ami, toujours toi, toujours le Remus Lupin que j'apprécie énormément. Et je sais que tu ne me feras pas de mal. Et ton secret est bien gardé, je ne vois pas pourquoi je le raconterais à tout le monde, personne n'a besoin de savoir. »
« Exactement. Et toi non plus, tu n'avais pas besoin de savoir… »
« Bien. Si tu as besoin de moi, si tu as envie de parler, tu sais où me trouver… » Fit-elle doucement avant de se relever pour partir.
Il était injuste, il le savait. Il savait que c'était Lily, qu'elle ne mentait jamais le concernant, qu'elle n'aurait sûrement pas dire ça pour le prendre en traître après. Elle était la plus pure des Gryffondors, ça n'était pas elle qui ferait ça. Il était même sûr qu'elle ne le dirait pas aux garçons. Il pouvait lui faire confiance. Mais il n'y arrivait pas, pas tout à fait.
Cela faisait tellement longtemps. Tellement longtemps qu'on lui avait répété de n'avoir confiance en personne, que tout le monde allait le laisser tomber à cause de ce qu'il était, qu'il fallait qu'il fasse très attention à ne pas s'attacher aux gens pour ne pas avoir mal, et à ne rien leur raconter. Il avait déjà fait des erreurs en étant ami avec James, Sirius, Peter et Lily. Il n'était pas à la hauteur, vraiment pas.
« Attends ! »
Le cri mourut dans sa gorge. Avait-il… avait-il encore le droit de lui demander de le réconforter ? Le méritait-il encore ?
La jeune fille remonta les quelques marches qu'elle avait descendues et se rapprocha de lui. Arrivée au milieu de la pièce, elle se mit à courir et s'agenouilla en passant vivement ses bras autour de son cou. Elle l'étouffait presque, avec ses cheveux roux lâches dans son nez et sa cape qui les enveloppait tous les deux. Elle l'étouffait de sa tendresse et de sa gentillesse. Elle l'étouffait de l'affection qu'elle avait pour lui. Elle l'étouffait mais elle était là.
« Je suis là. Toujours. A jamais. » murmura-t-elle alors au creux de son oreille, le serrant encore plus fort.
