Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème est « invitation ». les phrases en italique sont à Louise Attaque.

Ton invitation

J'ai accepté par erreur, ton invitation

C'était une erreur. Elle n'aurait jamais dû venir. Jamais dû accepter. Pourquoi l'avait-elle fait, d'ailleurs ? Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Les temps avaient changé oui. La Guerre était terminée. Ils étaient tous adultes et vaccinés. Ou pas d'ailleurs mais ça ne changeait rien. Elle était mariée à un homme formidable. Qui l'aimait. La chérissait. La protégeait. Un homme qui lui avait donné son cœur et auquel elle avait donné le sien. Alors pourquoi faisait-elle ça ? Pourquoi y allait-elle, encore une fois ?

J'ai dû me gourer dans l'heure, j'ai dû me planter dans la saison,

Il ne savait pas ce qui l'avait pris. C'était impossible d'être stupide à ce point. De toute façon, elle ne viendrait pas. Il était déjà tard, elle avait une demi-heure de retard. Il attendait dans le froid, à la lumière d'un putain de réverbère moldu depuis trente minutes. Voire plus, il était arrivé en avance, mais ça, il ne fallait pas le dire. Elle ne viendrait pas. Il n'aurait plus qu'à rentrer chez lui. Seul. Et à laisser le temps effacer les souvenirs.

Tu sais j'ai confondu, avec celui qui sourit pas, mais

Ses pas dévalaient sur les pavés. Elle avait préféré y aller à pied. Courir dans la nuit silencieuse. Seuls ses talons claquaient sur le sol. Il fallait qu'elle en ait le cœur net. Elle avait besoin de tourner la page définitivement, pour se consacrer à celui qu'elle aimait. Elle avait besoin de faire une dernière chose. Elle avait accepté son invitation pour cette raison. C'était la dernière. La dernière à jamais. Elle avait accepté pour ne plus confondre. Pour ne plus se perdre dans ses sentiments. Pour ne plus s'égarer dans les réalités. Pour vivre enfin complètement sa vie. Une seule vie.

Celle qui est belle bien entendu, et, qui dit belle dit pour moi

Elle était si belle. Si envoûtante. Elle n'était pas pour lui, du moins, c'est ce qu'on disait, c'est ce qu'elle disait. Elle ne viendrait pas, n'est-ce pas ? Il soupira. Elle ne viendrait pas. après tout, pourquoi le ferait-elle ? Elle lui avait dit pourtant, quand ils s'étaient disputés, la dernière fois. Elle ne viendrait plus. Il allait la perdre. Il ne la méritait pas. C'était sans doute ça. Ça servait à quoi, de changer autant, hein, si elle ne le voyait pas, si elle n'en voulait plus ? Ça servait à quoi, de faire des efforts, si ça ne suffisait pas à ses yeux ? Ça servait à quoi, d'être meilleur, s'il était battu d'avance ?

Tu sais j'ai pas toute ma raison, tu sais j'ai toujours raison

Elle n'était pas sûre de grand-chose, alors qu'elle courrait encore. Elle avait l'impression d'avoir perdu l'esprit, quelques temps. De s'être oubliée. D'avoir voulu oublier sa vie dans les bras d'un autre. D'avoir refusé de choisir, d'effacer certains souvenirs. Elle avait l'impression d'avoir fait une énorme bêtise. Et elle avait eu honte, honte de regarder Ron après tout ça, honte de lui dire encore qu'elle l'aimait, honte d'être à ses côtés. Elle avait eu honte de tout ça, de ce qu'elle faisait, de ce qui l'avait menée là. Pendant longtemps, elle s'était énervée, contre elle et contre lui. Pendant longtemps, elle s'était dit que ça n'était pas que de sa faute, après tout, lui non plus ne prenait plus autant soin d'elle. Et puis elle avait réfléchi. Et ça ne pouvait pas durer. Elle ne pouvait pas continuer comme ça. Ils ne méritaient pas ça. Ni elle, ni Ron, ni Draco. Personne ne méritait cette vie qu'ils avaient.

Tu sais j'suis pas un mec sympa, et j'merde tout ça tout ça

Il avait changé, mais au fond, était-il différent ? Au fond, avait-il vraiment effacé tout ça ? Il ne pouvait sans doute pas. Après tout, il ne pouvait pas effacer la marque sur son bras. Il ne pouvait pas passer outre ce qu'il avait fait. Il ne pouvait pas dire qu'il n'avait jamais l'impression de revenir en arrière. Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'énervait jamais. Il ne pouvait pas dire qu'il était devenu un homme dont il était complètement fier. Il ne pouvait pas dire qu'il était devenu un saint. Il merdait encore parfois. Il se plantait encore parfois. Mais elle l'avait aidé. Elle avait été là, pour lui montrer le chemin. Elle avait été là, pour lui montrer que ça n'était pas si niais, pas si idiot, pas si facile. Elle avait été là pour le canaliser. Elle avait été là pour le sauver. Et maintenant ?

Tu sais j'ai pas confiance, j'ai pas confiance en moi

Elle tremblait. Son cœur battait la chamade. Elle avait tellement peu de confiance en elle, tellement peu d'assurance. Comment allait-elle rester ferme ? Comment allait-elle résister ? Comment allait-elle réussir ? Et quelle idée de se donner rendez-vous à un coin de rue. Comment avait-elle pu penser que cet endroit où ils s'étaient rencontrés quand… tout ça avait commencé, aurait pu être suffisamment neutre pour qu'elle y puise sa force ?

Tu sais j'ai pas d'espérance, et j'merde tout ça tout ça

Il allait partir. Il devrait partir, non ? Elle ne viendrait pas. Pourtant, c'était elle qui avait donné cet endroit comme lieu de rencontres. Avec ce petit café au coin. Il se souvenait encore de la table à laquelle il était assis quand il l'avait vue traverser la rue en courant sous la pluie pour s'y réfugier. Leur étonnement. Et tout ce qui s'en était suivi. Ils avaient fini par s'apprivoiser. Mais ils n'auraient pas dû. Il n'avait plus d'espoir. Il avait merdé tant de fois, comment pourrait-elle lui dire de rester ? Comment pourrait-elle le choisir ? L'autre était bien mieux pour elle, quoiqu'il puisse avoir dit sur lui par le passé. Il n'attendait plus rien de cette rencontre. Il voulait juste se gorger une dernière fois de son image. De son visage, de ses yeux qui le scrutaient toujours si intensément.

Si tu veux on parle de toi, si tu veux on parle de moi

Enfin, elle y était. Et il était là, à l'attendre encore. La lumière froide du réverbère se reflétait sur sa figure et lui donnait un air pâle. Il fallait qu'ils parlent. De lui. D'elle. D'eux deux. Elle prit son courage à deux mains et s'avança de façon à ce qu'il la voit. Ils avaient beaucoup de choses à se dire. A s'avouer. A mettre à plat. Même à cette heure. Il était tard, c'était vrai. Mais Ils n'avaient que trop attendu. Il était temps, n'est-ce pas ?

Disons entrecoupé d'silence, qu'on est bien seul pour une fois

Il n'y avait personne pour observer leur échange. Il aurait pu la prendre dans ses bras et l'embrasser pour l'accueillir. Pour lui montrer qu'il l'aimait encore. Qu'il ne voulait pas abandonner. Qu'il ne voulait pas perdre ce qu'ils avaient. Qu'il s'en fichait, que cette relation soit secrète. Qu'il aurait pu être l'amant de toutes ses nuits, et juste de ses nuits, si elle le voulait. Qu'il aurait sacrifié le reste de sa vie et de ses opportunités pour rester avec elle. Il aurait voulu lui dire tout ça, dans le silence de la nuit, dans le silence de leur présence. Il aurait pu, ils étaient seuls, pour une fois seuls. Pourtant, quelque chose dans son regard à elle l'en empêchait. Il n'avait pas le droit.

Qu'on est bien parti pour une danse, ça ira pas plus loin tu vois

C'était dur. Ça faisait mal. Et pourtant, elle avait fait le bon choix, n'est-ce pas ? Elle avait pris la bonne décision. Pesé le pour et le contre pendant des jours. Retourné ça dans tous les sens. Elle avait imaginé tous les scénarios. Et celui-ci était le plus probable. Le meilleur. Pour eux deux. Elle ne pouvait pas les priver de la vie qu'ils méritaient tous les deux. Elle ne pouvait pas l'attacher à elle par caprice. Et elle ne pouvait pas quitter Ron. Elle l'aimait. Lui aussi. D'une autre façon. Mais d'une manière plus saine. Et il était son mari. Il était sa vie. Il était celui qu'elle ne devait pas abandonner. Elle avait fait son choix. Ils n'étaient là que pour discuter. Ça n'irait pas plus loin. Ça n'irait plus aussi loin.

Reste à savoir si on trace, un trait un point dans notre espace

Il connaissait le verdict avant qu'elle ne l'annonce. Il n'avait pas peur. Il savait ce qui les attendait. Une seule question le taraudait. Allait-elle lui demander de tout oublier ? D'arracher la page au lieu de la tourner ? De faire semblant de ne pas la connaître, de ne pas connaître son souffle près de son oreille, le son de sa voix et la couleur de ses yeux enchanteurs ? Il voulait bien faire semblant de ne pas connaître le grain de sa peau, le son de ses gémissements et la couleur du plaisir dans ses yeux, mais pas ça. Il voulait bien faire semblant de ne pas connaître tout ce qu'il n'aurait pas dû savoir s'ils étaient restés simples connaissances. Mais il ne voulait pas que cette histoire ne soit plus rien dans leurs souvenirs. Non, il ne voulait pas. Allait-elle le lui demander ? Il savait que si elle le faisait, il obéirait pourtant. Pour elle.

Tu sais j'ai pas toute ma raison, tu sais j'ai toujours raison

Elle avait mal de le voir souffrir autant. Mais c'était mieux comme ça. C'était comme ça que tout devait finir. Elle n'oublierait pas. Mais elle tournait la page. Et lui aussi devrait le faire. C'était aussi pour lui qu'elle faisait ça, même s'il ne le voyait pas.

« Adieu. »