Secrets et secondes chances
Disclaimer : Cette fanfiction appartient à Dragongirl16, et je ne fais que la traduire avec sa permission. Bien évidemment, rien ne m'appartient, et l'auteure Dragongirl16 ne se fait pas d'argent avec cette fanfiction. L'univers de Harry Potter appartient à J.K. Rowling.
Un grand merci à Coralie et Marie d'avoir relu ce chapitre. L'emploi du temps des unes et des autres étant assez chargé, nous avons fait de notre mieux pour le corriger, mais prévenez-moi si vous trouvez des fautes s'il vous plaît !
Bienvenue aux nouveaux lecteurs, mais aussi aux « anciens » qui suivent cette histoire depuis un petit moment maintenant. Et merci à tous ceux qui ont laissé un commentaire, que ce soit à la fin d'Une autre route à prendre ou au première chapitre de Secrets et secondes chances (Daisylusion, Regina lili Swan, Isatis, Samsi, L'ChapelierFou, sevmia, Niris, STL87, Mojo the big jojo, Alycia Panther, BellatrixStilinskiSalvatore, shishi-sama76, Kaori Jade, LegolaS et Shitsuren-Kitsune-Tsuku)!
Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année – voici mon petit cadeau de Noël rien que pour vous ! :-)
Chapitre 2
« Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Harry… » chanta Harry à mi-voix en arrachant les mauvaises herbes. Le soleil éblouissant de juillet tapait fort sur sa nuque et ses épaules, accentuant son teint déjà hâlé. Il avait pris l'habitude de retirer son t-shirt quand sa tante ne le surveillait pas. Les rayons de soleil sur sa peau étaient agréables et il avait moins chaud ainsi – de plus, tante Pétunia ne lui avait donné que trois anciens t-shirts de Dudley cette année, s'il ne voulait pas que l'odeur de sa transpiration l'accompagne la nuit, il devait faire attention à ne pas trop les salir.
Comme dans ses souvenirs, le dîner prévu pour les Mason avait plongé les Dursley dans une frénésie sans nom depuis une semaine. Harry s'était esquivé le plus rapidement possible de la cuisine pour échapper à sa tante. Il devait bien l'admettre : même si elle était une personne affreuse, tante Pétunia cuisinait vraiment bien. Harry sentait le doux fumet du rôti de porc depuis le jardin et ça le faisait saliver. Peut-être que je pourrais en piquer un peu demain matin. Son estomac gargouilla à cette pensée. Harry rêvait d'escalopes de porc, de steaks, de cuisses de poulet… De viande, en bref. Il n'en avait pas mangé depuis le festin de fin d'année de l'école – si on ne comptait pas les bouts de bacon brûlés qu'il réussissait à subtiliser de temps à autre en préparant le petit-déjeuner.
Il était sept heures et demie du soir lorsque tante Pétunia le laissa rentrer.
« Viens là ! lui cria-t-elle. Et fais attention, marche bien sur les journaux ! »
Harry se précipita à l'intérieur et avala en quelques bouchées son dîner sous l'œil sévère de sa tante. Il réussit à esquiver l'attention de l'oncle Vernon en montant dans sa chambre et prit bien soin de fermer doucement la porte – il l'avait assez entendu lui hurler d'être silencieux ce soir, merci bien – et sursauta en se tournant vers son lit.
« Dobby », souffla-t-il, une main sur la poitrine.
Ses grandes oreilles de chauve-souris et ses yeux globuleux verts n'avaient pas changés. L'espace d'un instant, le chagrin et le regret envahirent Harry. Il cligna des yeux et repoussa de deux mains mentales les souvenirs qui menaçaient de le submerger.
« Bonjour Dobby, murmura-t-il en s'asseyant par terre.
– Harry Potter !
– Chut ! fit Harry en grimaçant. Pas si fort, Dobby, s'il vous plaît. »
L'elfe de maison se mit à sautiller devant lui.
« Monsieur Harry Potter connaît mon nom ! Oh, monsieur, c'est un tel honneur…
– Calmez-vous, Dobby, l'exhorta Harry en écoutant d'une oreille l'oncle Vernon maugréer depuis le rez-de-chaussée.
– J'ai contrarié monsieur Harry Potter !
– Qu'est-ce qui ne va pas, Dobby ? demanda Harry en se rapprochant de l'elfe. Parlez doucement, s'il vous plaît, et arrêtez de bouger.
– S'il vous plaît, vous avez dit s'il vous plaît…
– Dobby. S'il vous plaît. »
Dobby cligna lentement des yeux plusieurs fois.
« Très bien monsieur, monsieur Harry Potter.
– Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-il en ravalant un soupir. Il savait très bien ce que l'elfe faisait là.
Dobby se tortilla sur place.
« Dobby est venu apporter un message de Maîtresse Malefoy à Harry Potter, monsieur !
– Narcissa Malefoy, murmura Harry sous le choc, plissant les yeux. Que veut-elle me dire ?
– Elle dit, monsieur Harry Potter, que vous devez faire très attention, monsieur, que vous devez vous méfier des ennemis dans d'étranges endroits et qu'elle remercie monsieur Harry Potter pour son amitié avec le jeune maître Drago. »
Harry s'assit plus confortablement, plongé dans ses pensées. D'après ce qu'il savait, Narcissa Malefoy n'avait jamais été une Mangemort. Elle était restée neutre durant la guerre et face aux horreurs auxquelles avait participé par son mari – jusqu'à ce que Drago ait été menacé. C'est à ce moment-là seulement qu'elle avait agi, pour sauver la vie de son fils, en mettant en péril la sienne et celle de Lucius. Harry savait que Drago représentait tout pour Narcissa – mais pourquoi lui avait-elle envoyée Dobby pour l'avertir maintenant, au lieu de…
Harry cligna des yeux. Et si c'est elle qui avait essayé de m'aider la première fois ? Comment Dobby aurait-il pu bien savoir comment me contacter, comment…
« Monsieur Harry Potter ?
– Merci, Dobby, dit Harry en se reconcentrant sur l'elfe. Savez-vous pourquoi Narcissa Malefoy vous a demandé de me transmettre ce message ?
– Non, monsieur Harry Potter, répondit Dobby en secouant la tête. Tout ce que je sais c'est que Maîtresse Malefoy était très occupée à tenir Maître Drago éloigné des mauvais hommes cet été. Maîtresse Malefoy ne me laisse pas approcher les visiteurs que Maître Malefoy héberge dans l'aile est de la maison. »
Harry laissa échapper un soupir. De qui protège-t-elle Drago, exactement ?
« Merci encore, Dobby, pour…
– Vous m'avez dit merci, monsieur, oh monsieur… !
– Dobby, chut ! intima Harry, dont le cœur fit un bond en entendant l'oncle Vernon monter l'escalier.
– Garçon…, grogna Vernon juste derrière sa porte.
– Je suis désolé, oncle Vernon, vraiment désolé », fit précipitamment Harry tout en plaquant une main sur la bouche de l'elfe, dont les yeux s'écarquillèrent.
– Je peux t'assurer que tu vas être désolé, si tu ne te la fermes pas ! »
La menace sifflante de Vernon fut accompagnée d'un coup sur la porte. Puis l'homme redescendit l'escalier. Harry s'affala.
« Dobby, rentrez chez vous, s'il vous plaît. Dites merci à Mme Malefoy pour le message.
– Oui, monsieur…, hésita l'elfe en regardant tour à tour la porte et le garçon. Je vous remercie également, monsieur Harry Potter.
– Dobby…
– Le jeune maître est plus gentil avec Dobby à présent, l'informa l'elfe en reniflant. Maître Drago souhaite apprendre le plus de choses possibles sur les créatures magiques maintenant. Dobby vous remercie, monsieur Harry Potter. »
L'elfe disparut alors avec un bruit sec. Un cri de surprise retentit dans la salle à manger.
Harry passa les quelques instants entre la disparition de Dobby et le retour de son oncle à réfléchir. Comme les choses ont changé, se dit-il après que l'oncle Vernon lui ait donné un bon nombre de coups. Et comme les choses empirent. Il grimaça en regardant le plafond. Vernon ne l'avait pas autant frappé, dans sa première enfance. Il l'avait menacé plein de fois de le battre, certes, mais sans jamais vraiment le faire. Jusqu'à maintenant.
Les choses doivent changer, se rappela Harry. Mais quand je reverrai Ollivander, je m'assurerai de lui donner quelques claques, en remerciements.
Le régime alimentaire de Harry était réduit à une tranche de pain et à un verre d'eau. Sa tante avait assoupli la punition de l'oncle Vernon au bout d'une semaine, le laissant avoir un bout de fromage le matin avec son pain. Il avait toujours du pain et de l'eau au dîner, plus les légumes qui restaient dans les assiettes des Dursley. Harry n'aurait jamais pensé un jour apprécier autant le goût de petits pois au beurre froids…
Il faut positiver, Harry, se dit-il en essayant de se concentrer sur ses corvées. Au moins cette fois-ci je n'ai pas reçu de courrier d'avertissement du Ministère.
Mais quand même, c'était dur d'être joyeux quand son estomac criait famine en se serrant douloureusement. Foutus Dursley. Harry se frotta le visage, irrité. Et foutu Dumbledore. Il serra les dents en sentant la culpabilité habituelle le saisir. Harry savait que le vieux sorcier avait beaucoup de choses à faire, il savait que Dumbledore voulait qu'il ait les meilleures protections possibles, mais… Mais à quoi servent les meilleures protections quand l'attitude de mes proches ne me donne pas du tout envie d'avoir affaire au monde sorcier ?
Harry repoussa cette pensée et essaya de dormir. Son sommeil était agité, inconsistant, hanté par des rêves hideux, certains à propos de sa vie d'adulte, d'autres provenant simplement des élucubrations affreuses de son inconscient.
Il était en plein milieu d'un cauchemar mélangeant souvenir et horreur, dans lequel il se retrouvait piégé derrière des barreaux tandis que Hammerstein massacrait tous ceux qu'il aimait juste devant lui, en l'arrosant de leur sang à chaque fois qu'il égorgeait l'un d'entre eux, lorsqu'un bruit soudain le réveilla.
Harry se redressa lentement dans son lit, se sentant faible et misérable. Le bruit recommença. Il trébucha jusqu'à la fenêtre en se frottant les yeux, et distingua Fred et George qui l'observaient depuis leurs sièges, dans la voiture volante de leur père.
« Harry ! » fit Fred en lui adressant un petit signe de la main.
Harry ouvrit la fenêtre et les regarda fixement.
« Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il en se pressant contre les barreaux pour mieux se faire entendre.
– Mon pote… qu'est-ce qui est arrivé à ton œil ? » lui répondit George en l'observant de plus près.
Harry toucha l'ecchymose qui commençait à disparaî l'avait poussé dans les escaliers quelques jours plus tôt – Harry ne savait pas qui de Dudley ou lui avait été le plus surpris des blessures résultant de sa chute. En tout cas, son cousin en était incroyablement fier, et tante Pétunia n'avait évidemment rien dit.
« Ce n'est rien, éluda-t-il finalement en s'extirpant de ses souvenirs. Mais qu'est-ce que vous faites là ?
– Hermione et Neville sont à la maison, expliqua Fred en lui lançant l'extrémité d'une corde. Attache ça aux barreaux.
– Si les Dursley se réveillent, je suis mort », dit Harry en nouant solidement la corde autour des barreaux.
Les jumeaux échangèrent un regard.
« Ne t'inquiète pas, dit Fred après une seconde de silence. Prend tes affaires et écarte-toi de la fenêtre. »
Harry recula dans la pénombre, près d'Hedwige. Toutes ses affaires étaient enfermées dans le placard sous l'escalier, il se contenta donc de rassembler quelques vêtements dans un vieux blouson de Dudley, qu'il noua de façon à en faire un sac de fortune. Entre temps, les jumeaux avaient réussi, à grands coups d'accélérateur, à retirer les barreaux et avaient approché l'arrière de la voiture le plus près possible de la fenêtre.
« C'est tout ce que tu prends, mon pote ? s'étonna Fred en lui prenant son maigre baluchon.
– Non, ma valise avec le reste de mes affaires est en bas.
– Va la chercher alors.
– Je ne peux pas… Je suis enfermé à clé. »
Les jumeaux échangèrent à nouveau un long regard. Harry n'avait jamais su comment interpréter leurs échanges silencieux, et c'est quelque chose qui n'avait pas changé.
« Pas de problème, dit George en adressant un hochement de tête à son frère. Recule-toi, s'il te plaît. »
Fred et George grimpèrent à la fenêtre de Harry avec une grâce presque féline. George sortit une épingle à cheveux de sa poche et commença à crocheter la serrure de la porte.
« Beaucoup de sorciers pensent que c'est une perte de temps d'apprendre ce genre de truc moldu, mais nous on trouve que ça en vaut la peine, même si leurs techniques sont un peu lentes », expliqua Fred.
Un petit clic ! résonna dans la pièce et George ouvrit la porte.
« Récapitulons : on prend ta valise et on part. Elle est rangée où ? murmura George en se redressant et en glissant l'épingle dans sa poche.
– Dans le placard sous l'escalier… Ah, attention à la dernière marche, elle grince », prévint Harry dans un murmure, avant de les regarder disparaître dans l'obscurité du couloir.
Harry fit un dernier tour de sa chambre pour vérifier qu'il n'avait rien oublié, et approcha le plus possible la cage d'Hedwige de la fenêtre. Puis, alors qu'il aidait les jumeaux à remonter lentement et le plus silencieusement possible la valise, il entendit l'oncle Vernon tousser et se figea.
Au bout d'une trentaine de secondes, n'entendant personne se relever, ils continuèrent leur ascension jusqu'à arriver – enfin ! – jusqu'à la chambre de Harry, hors d'haleine. Fred grimpa dans la voiture, puis que Harry et George poussèrent, centimètre par centimètre, la valise dans le véhicule.
L'oncle Vernon toussa à nouveau.
« Encore un peu, dit Fred, tout essoufflé. Poussez un bon coup… »
Harry et George pesèrent de tout leur poids contre la valise, qui sortit enfin de l'encadrement de la fenêtre pour basculer sur la banquette arrière.
« OK, allons-y, murmura George.
– Aide-moi avec la cage d'Hedwige, s'il te plaît », lui répondit Harry.
George grimpa sur le rebord de la fenêtre et se tourna pour prendre Hedwige – mais sa main glissa, secouant la cage. Hedwige poussa un hululement de frayeur.
« Cette fichue chouette ! » tonna l'oncle Vernon.
Harry poussa rapidement George, dont les yeux s'étaient écarquillés de stupeur, vers la fenêtre. George comprit le message et se jeta avec Hedwige dans la voiture – mais dans sa précipitation il perdit pied et fut rattrapé de justesse par son frère. La lumière du couloir s'alluma au moment où George s'asseyait à côté de Fred, la cage d'Hedwige sécurisée à l'arrière. Fred était en train de tendre la main à Harry quand l'oncle Vernon tambourina à la porte… qui s'ouvrit à la volée.
Pendant une fraction de seconde, l'oncle Vernon resta pétrifié à l'entrée de la chambre, puis il laissa échapper un beuglement de taureau furieux et plongea sur Harry en le saisissant par une cheville.
Fred avait empoigné Harry par le bras, et George se pencha sur son frère pour prendre son autre bras. Ils le tirèrent vers eux de toutes leurs forces.
« Pétunia ! rugit l'oncle Vernon. Il s'échappe ! Il est en train de s'enfuir ! »
D'un même mouvement, les frères Weasley tirèrent Harry si fort que sa cheville glissa des mains de son oncle. Une fois dans la voiture, Harry s'installa à l'arrière, laissant Fred reprendre les commandes de la voiture.
« Pied au plancher, Fred ! » hurla George au même moment.
Harry regarda en arrière et vit l'oncle Vernon leur jeter un regard noir, le visage déformé par la fureur, tandis que la voiture s'élançait vers la lune.
« Qu'est-ce que c'était que ça, mon pote ? fit George, qui s'était retourné sur son siège pour le fixer.
– Est-ce que je peux d'abord laisser sortir Hedwige ? Elle n'a pas volé depuis des lustres. »
George lui donna l'épingle et lui expliqua comment l'utiliser. Quelques minutes plus tard, Hedwige s'élançait avec bonheur par la fenêtre du véhicule, planant à côté d'eux comme un fantôme.
« Alors… ? demanda Fred.
– Alors quoi ?
– Harry.
– Non dis-moi, qu'est-ce que tu veux que j'explique en premier ?
– On t'a invité à la maison des tonnes de fois, fit George en levant les yeux au ciel, mais tu ne nous as jamais répondu. Puis Hermione nous a envoyé une lettre et on a appris que tu n'avais écrit à personne.
– Ils… ma famille… ils ont enfermé Hedwige, expliqua Harry en détournant le regard. Et je n'ai jamais reçu vos lettres.
– Jamais reçu ? Mais…
– Ils les brûlaient.
– Mais c'est horrible, dit George après un court silence. Pourquoi ils ont fait un truc aussi bête ?
– Ils… La magie leur fait peur, c'est tout, fit Harry en secouant la tête. Merci d'être venus me chercher.
– Pas de problème, mon pote. »
Fred et George échangèrent un énième regard.
« La maison est pleine à craquer en ce moment, avec Hermione et Neville – ils voulaient venir, mais Ron les surveillait de près. Je suis sûr que Maman et Papa seront ravis de t'avoir avec nous pour quelques jours. On pourrait faire un tour de balai ensemble, tu en penses quoi George ? Et après, on… »
Harry laissa la conversation des jumeaux l'envelopper, telle une couverture moelleuse et familière.
« Percy est très bizarre depuis le début des vacances, dit George en fronçant les sourcils. Il envoie beaucoup de courrier et il reste presque tout le temps enfermé dans sa chambre… Mais on ne peut quand même pas passer toutes ses journées à astiquer son insigne de préfet… Tu vas un peu trop loin vers l'ouest, Fred, ajouta-t-il en montrant la boussole fixée au tableau de bord.
– Et votre père, il sait que vous avez pris la voiture ? demanda Harry en s'appuyant sur le siège de Fred.
– Non, dit ce dernier avec un grand sourire. Il est resté au travail hier soir. Avec de la chance, on sera rentrés à la maison avant que Maman ait pu s'apercevoir qu'on a emprunté la voiture.
– Qu'est-ce qu'il fait au ministère de la Magie, votre père ?
– Comment tu sais qu'il travaille au ministère ? »
Zut.
« Vous m'en avez déjà parlé, je crois. »
George l'étudia un moment.
« Oui, je suppose. Papa travaille au service des Détournements de l'Artisanat moldu.
– Le quoi ?
– Ça concerne tous les objets fabriqués par les Moldus et qui ont été ensorcelés. Il faut s'occuper de les neutraliser si jamais ils reviennent dans des magasins ou des maisons de Moldus. Par exemple, l'année dernière, une vieille sorcière est morte et son service à thé a été vendu à un brocanteur. Une Moldue l'a acheté, l'a emporté chez elle et a essayé de servir le thé à ses amis. Ça s'est transformé en cauchemar – Papa a dû faire des heures supplémentaires pendant des semaines.
– Qu'est-ce qui s'est passé ?
– La théière a piqué une crise et a commencé à verser du thé partout dans la maison. Un homme a fini à l'hôpital avec une pince à sucre coincée dans le nez. Papa eu un travail de fou ce soir-là. Ils ne sont que deux au bureau, lui et un vieux sorcier du nom de Perkins. Ils ont passé la soirée à lancer des sortilèges d'amnésie et des trucs comme ça pour que personne ne se souvienne de rien…
– Mais la voiture… ? »
Fred éclata de rire.
« Papa adore tout ce que fabriquent les Moldus. Il a un garage plein de ces machins-là. Il les démonte, leur fait subir un tas de sortilèges et les remonte. S'il devait faire une perquisition dans sa propre maison, il serait obligé de se mettre lui-même en prison. Ça rend ma mère folle de rage.
– Voilà la grande route, dit George en regardant à travers le pare-brise. On sera arrivés dans dix minutes. Il est temps, le jour commence à se lever. »
Une faible lueur rose se dessinait en effet à l'horizon.
« On habite pas loin du village Loutry Ste Chaspoule », dit George.
La voiture volante se rapprocha du sol. Un soleil rouge et brillant commençait à luire entre les arbres.
« Atterissage ! » annonça Fred.
Ils touchèrent le sol avec un léger soubresaut et s'immobilisèrent à proximité d'un garage délabré qui s'élevait au milieu d'une petite cour. L'estomac de Harry se tordit lorsqu'il se tourna pour mieux voir le Terrier.
Il sentit des frissons remonter le long de son dos. La maison était fidèle à ses souvenirs – avant que les sorciers de Hammerstein ne la réduisent en cendres. Voilà une autre chose que je dois sauver. Harry crispa inconsciemment ses mains sur le siège devant lui.
Le Terrier ressemblait toujours à une vaste porcherie qui aurait été agrandie au fil du temps. Haute de plusieurs étages, la maison paraissait si bancale qu'elle ne semblait tenir que par magie. Quatre ou cinq cheminées se dressaient sur le toit rouge et un écriteau tordu, près de l'entrée, portait le nom de la maison : « Le Terrier ». Des bottes entassées en désordre et un vieux chaudron encadraient la porte. Quelques gros poulets bien gras picoraient dans la cour.
« Ce n'est pas très luxueux, dit George.
– C'est merveilleux », murmura Harry. Ça l'a toujours été.
Ils sortirent de la voiture.
« Maintenant, on va monter là-haut sans faire de bruit, dit Fred, et on attendra que Maman nous appelle pour le petit-déjeuner. George et moi on se précipitera dans la cuisine en lui disant que tu es arrivé pendant la nuit. Elle sera ravie de te voir et personne ne saura jamais qu'on a emprunté la voiture.
– Oui, bonne idée, fit George. Mais on a un léger problème…
– Qui est ? » demanda Fred.
George pointa derrière eux.
Mme Weasley était en train de traverser la cour à grands pas, provoquant la panique parmi les poulets. La petite femme replète au visage bienveillant semblait s'être brusquement transformée en une tigresse redoutable.
Molly. Harry sentit sa gorge se serrer. La matriarche des Weasley n'avait pas pris le parti de qui que ce soit durant son divorce avec Ginny, et avait continué à accueillir Harry à bras ouverts au Terrier pour qu'il rende visite à ses enfants – ses enfants, qu'importe ce qu'on pouvait dire. Molly et Arthur étaient morts en défendant leur maison et leurs petits-enfants, enfouis sous les décombres fumants de ce qui avait été leur foyer.
« Aïe ! dit Fred.
– Hou, là, là », ajouta George.
Mme Weasley vint se planter devant eux, les mains sur les hanches, regardant alternativement ses deux fils qui baissaient la tête, l'air coupable. Elle portait un tablier à fleurs avec une poche d'où dépassait une baguette magique.
« Alors ? dit-elle.
– Bonjour, M'man, fit George en s'efforçant, sans grand succès, d'adopter un ton joyeux et conquérant.
– Est-ce que vous vous rendez compte que j'étais morte d'inquiétude ? » dit Mme Weasley dans un murmure impressionnant.
Les deux fils de Mme Weasley étaient plus grands qu'elle, mais ils semblèrent se ratatiner sur place lorsque sa rage explosa.
« Les lits vides ! Pas le moindre mot ! La voiture disparue… auriez pu avoir un accident… folle d'inquiétude… vous en fichez ?... jamais vu ça… attendez que votre père soit rentré ! Jamais Bill, Charles ou Percy ne nous ont causé autant de soucis…
– Le préfet Percy…, marmonna Fred.
– Toi, tu ferais bien de t'inspirer de Percy un peu plus souvent ! s'écria Mme Weasley en enfonçant l'index dans la poitrine de Fred. Vous auriez pu vous tuer, vous auriez pu vous faire repérer par les Moldus, vous auriez pu faire perdre son travail à votre père… ! »
Elle sembla hurler ainsi pendant des heures. Enfin, lorsqu'elle se fut cassé la voix, elle se tourna vers Harry, qui eut un mouvement de recul. J'ai toujours détesté qu'elle me crie dessus.
« Je suis vraiment contente de te voir, Harry, dit-elle. Viens donc manger quelque chose, tu dois avoir faim. Je pense que Neville et Hermione doivent être réveillés. »
Harry lança un regard inquiet aux jumeaux, qui l'encouragèrent d'un signe de la main à entrer dans la maison. Fred saisit le poignet de sa mère avant qu'elle ne puisse suivre Harry, qui se tourna pour le voir, avec George, parler à voix basse avec elle en gesticulant. Ils essaient de l'amadouer pour éviter les ennuis. Il sourit en franchissant le seuil.
Il inspira profondément l'odeur familière du Terrier. La cuisine était toujours aussi petite et encombrée. Une table et des chaises en bois brut occupaient le centre de la pièce. Harry s'assit sur le bord d'une chaise, en sentant la chaleur réconfortante de la maison l'envelopper pour la première fois depuis des années. Et c'est le cas, réalisa-t-il. Ça fait plus d'un an – presque deux, même – depuis que le Terrier a été détruit, et je…
Il ferma les yeux pendant un long moment, en enfouissant le plus profondément possible la soudaine douleur qui venait de lui transpercer la poitrine. Son chagrin s'était atténué en une peine quotidienne qui continuait de lui ronger le cœur, mais parfois des choses lui revenaient comme une gifle en plein visage, ramenant tout à la surface, aussi vif et douloureux qu'avant, comme si ses souvenirs étaient très récents.
Harry rouvrit les yeux et se concentra sur la pendule accrochée au mur en face de lui. Elle n'avait qu'une seule aiguille et aucun chiffre. Tout autour du cadran on pouvait lire diverses inscriptions : « Heure du thé », « Heure de nourrir les poulets », ou « Tu es en retard ». Trois rangées de livres s'alignaient sur le manteau de la cheminée. Harry lut quelques-uns des titres : Comment ensorceler son fromage, La Pâtisserie magique, Festin minute en un coup de baguette. Une vieille radio posée à côté de l'évier annonça l'émission « Salut les Sorciers » avec la célèbre chanteuse Célestina Moldubec.
Mme Weasley entra dans la cuisine quelques minutes plus tard, les yeux légèrement humides et en reniflant, suivie des jumeaux. Fred et George s'assirent de part et d'autrede Harry.
« Tout va bien, mon pote ? demanda George en passant un bras autour de ses épaules.
– Vous l'avez convaincue de ne pas vous faire dégnomer le jardin, hein ? sourit Harry.
– Comment tu as…
– On n'a pas…
– Harry ! »
Harry se détourna des regards choqués des jumeaux en entendant le chœur de voix familières. Neville et Hermione dévalèrent l'escalier en courant et se précipitèrent sur lui. Harry tressaillit contre le bras de George, mais laissa Hermione l'enlacer.
« On était tellement inquiets, on ne savait pas quoi faire et…
– Hermione… Je n'arrive pas à respirer ! » s'exclama Harry dans un souffle.
Hermione desserra son étreinte et se redressa.
« On était vraiment inquiets, dit-elle, les yeux brillants.
– Asseyez-vous, asseyez-vous ! lança Mme Weasley en s'affairant dans la cuisine. Le petit-déjeuner est bientôt prêt. Vous allez en avoir besoin, vous deux », précisa-t-elle aux jumeaux en leur lançant un regard acéré.
– Vous n'avez pas réussi à éviter les ennuis, alors ? » demanda Harry à voix basse à Fred.
Ce dernier fit une drôle de tête avant de sourire et de hausser les épaules.
« C'est rien, assura-t-il.
– Salut, Harry, dit Neville en lui tapant amicalement l'épaule.
– Salut, Neville, sourit Harry. Joyeux anniversaire en retard, au fait. Je voulais t'envoyer quelque chose, mais… Ça te va, si je te donne un cadeau plus tard ?
– Ne t'inquiète pas pour ça, répondit Neville. Et joyeux anniversaire en retard à toi aussi !
– Harry, est-ce que tu es sûr que…
– Oui, je vais bien. Mieux, même. »
Harry avait préféré interrompre Hermione avant qu'elle ne finisse sa phrase. Il voyait bien comment Mme Weasley fronçait les sourcils de temps en temps en lui jetant des coups d'œil. Il savait qu'il avait un drôle d'air – c'était impossible de cacher sa maigreur, avec ses poignets particulièrement fins, ou encore l'œil au beurre noir donné par Dudley. Harry espérait que Mme Weasley accepterait la même excuse vague que celle qu'il avait donnée aux jumeaux.
« C'est merveilleux, madame Weasley », dit Neville tandis que la mère de famille remplissait généreusement les assiettes de tout le monde.
Harry se mit à manger avec plaisir, mais par petites bouchées et lentement, car il savait qu'il allait être malade s'il mangeait trop ou trop vite.
Il y eut un léger bruit dans le couloir, et Harry vit apparaître Ron et Ginny sur le seuil de la cuisine. Ginny se figea, les yeux écarquillés fixés sur lui, avant de pousser un cri et de ressortir en courant. L'expression de Ron s'assombrit en avançant vers la table.
« C'est Ginny, notre sœur, dit George à voix basse en se tournant vers Harry. Elle a passé l'été à nous parler de toi. Ça a rendu fou notre petit Roninounet.
– Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? demanda Ron en s'essayant. Je ne peux pas inviter Seamus ou Dean, mais monsieur Harry Potter a le droit de venir quand il veut…
– Ron Weasley, ça suffit ! le tança Molly en déposant une assiette remplie devant lui. Tu sais très bien que tes amis sont les bienvenus ici.
– Mais oui, c'est ça.
– Qu'est-ce que tu as dit ? »
Ron se recroquevilla sur lui-même sans dire un mot, les yeux baissés vers la table.
La gorge de Harry était trop serrée pour qu'il prononce le moindre mot. Sa première vision de Ginny au Terrier lui avait fait l'effet d'un coup de poing dans l'estomac – Par Merlin, qu'est-ce que j'ai pu l'aimer. Il ferma les yeux pour contrer le flot de souvenirs.
« Harry, mon chéri, tu as l'air exténué. Comment peut-on… Pourquoi tu n'irais pas dormir un peu, mon chéri, et…
– Non, non, protesta Harry en rouvrant les yeux et adressant un sourire à Molly. Je vais bien, vraiment.
– Vraiment ? fit-elle en plaçant ses mains sur ses hanches. Tu n'as quasiment rien mangé. Un garçon en pleine croissance comme toi devrait…
– Je suis repu. Vraiment. Et c'était délicieux ! l'interrompit-il.
– Mon pote, tu n'as même pas mangé la moitié, dit Fred en fronçant les sourcils.
–Je risque d'être malade si je mange plus, je suis vraiment désolé, dit Harry en se sentant de plus en plus coupable. Je vais vous aider dans le jardin, dit-il aux jumeaux.
– Mais Harry…
– On va aider, nous aussi, dit Neville en donnant un léger coup de coude à Hermione.
– C'est très gentil à vous, mes chéris, mais c'est un travail très ennuyeux, précisa Mme Weasley. Voyons un peu ce que Lockhart dit à ce sujet… »
Elle prit un gros volume sur la cheminée. George poussa un grognement. Harry faillit faire de même. Il avait envie de lever les yeux au ciel. Lockhart… Je l'avais presque oublié celui-là, tiens.
« M'man, on sait très bien dégnomer un jardin !
– Lockhart est tellement merveilleux, dit Mme Weasley. Il sait tout sur les nuisibles, c'est un livre remarquable…
– M'man a un faible pour lui, dit Fred dans un murmure parfaitement audible pour tout le monde.
– Allons, Fred, ne sois pas ridicule, protesta Mme Weasley, les joues rosissantes. Si vous pensez que vous en savez plus que Lockhart, allez-y, débrouillez-vous, mais gare à vous si je trouve le moindre gnome dans le jardin quand j'irai faire mon inspection ! »
Bâillant et ronchonnant, les jumeaux Weasley sortirent d'un pas traînant, suivis de Harry, Hermione et Neville.
Le jardin était grand, comme dans les souvenirs de Harry. Les Dursley ne l'auraient pas aimé du tout – il était envahi de mauvaises herbes et la pelouse avait grand besoin d'être tondue – mais Harry aimait toujours autant les arbres noueux plantés le long des murs et les massifs débordant de plantes et de fleurs inconnues des Moldus, sans compter la grande mare verte remplie de grenouilles.
« Les Moldus aussi ont des gnomes dans leurs jardins, dit Hermione aux jumeaux.
– Oui, on en a vu, dit George, penché sur un massif de pivoines. Mais ce ne sont pas de vrais gnomes, on dirait des petits pères Noël grassouillets avec des brouettes et des cannes à pêche… »
Il y eut soudain une grande agitation dans les pivoines, qui se mirent à remuer dans tous les sens, et George se redressa en tenant une créature à la main.
« Ça, c'est un vrai gnome, dit-il d'un air sombre.
– Fishmoilapaix ! Fishmoilapaix ! couina le gnome.
– Oh mon Dieu… », fit Hermione.
La créature était petite, avec une peau comme du cuir, et une grosse tête chauve couverte de verrues qui ressemblait à s'y méprendre à une pomme de terre. George le tenait à bout de bras tandis que le gnome essayait de lui donner des coups de ses petits pieds noueux. George l'attrapa par les chevilles et le retourna la tête en bas.
« C'est comme ça qu'il faut s'y prendre », dit-il.
Il leva le gnome au-dessus de sa tête et le fit tourner comme un lasso. En voyant l'expression choquée de Hermione, George expliqua :
« Ça ne leur fait pas de mal. Simplement, il faut leur donner le tournis pour qu'ils ne retrouvent plus le chemin de leurs trous à gnomes. »
Il lâcha les chevilles de la créature : celle-ci fit alors un vol plané de plusieurs mètres et atterrit avec un bruit sourd dans le champ qui s'étendait de l'autre côté de la haie.
« Ridicule ! dit Fred. Je te parie que j'arrive à lancer le mien plus loin que la souche d'arbre, là-bas.
– Ça ne leur fait vraiment pas mal, dit Neville à Hermione. J'aide Mamie à se débarrasser des gnomes du jardin depuis des années. »
Ils se mirent tous au travail. Hermione avait été douce avec son premier gnome, jusqu'à ce qu'il lui plante dans le doigt ses dents tranchantes comme un rasoir, et elle l'avait envoyé valser au loin dans sa hâte de le faire lâcher prise. Harry se fatigua vite après ses premiers gnomes, sentant le monde tourner autour de lui en cercles ralentis. Il s'assit sur le porche pour reprendre son souffle.
« Voilà, c'était le dernier gnome », annonça George.
Au même instant, la porte de la maison claqua.
« Il est revenu ! s'exclama George. Papa est rentré ! »
Harry se remit péniblement debout tandis que les jumeaux couraient pour rentrer dans la maison. Hermione fronçait les sourcils en l'accompagnant à l'intérieur. Harry était sûr qu'elle voulait le forcer à s'asseoir et lui faire subir un véritable interrogatoire – et Neville aussi, d'après l'expression sur son visage.
En arrivant dans la cuisine, ils virent M. Weasley affalé sur l'une des chaises. Il avait enlevé ses lunettes et fermé les yeux. Il semblait plus jeune que dans les souvenirs de Harry : un homme mince, presque chauve, mais les quelques cheveux qui lui restaient étaient aussi roux que ceux de ses enfants. Il était vêtu d'une longue robe verte de sorcier, couverte de poussière et usée par les longs voyages.
Arthur. Harry cligna rapidement des yeux et inspira profondément. Il avait aimé imaginer, lorsqu'il avait été à Poudlard la première fois, que James Potter aurait été un aussi bon père que l'avait été Arthur. Qu'il l'est, se corrigea Harry.
« Papa ! s'écrièrent les jumeaux en s'approchant de lui.
– Quelle nuit », marmonna M. Weasley en attrapant la théière à tâtons.
Tout le monde s'assit autour de la table.
« Neufs interventions ! s'exclama M. Weasley. Neuf ! Un certain Mondigus Fletcher a essayé de me jeter un sort pendant que j'avais le dos tourné. »
Il avala une longue gorgée de thé et poussa un profond soupir.
« Tu as trouvé quelque chose, Papa ? demanda Fred avec intérêt.
– Oh, quelques clés rétrécissantes et une bouilloire mordeuse, répondit M. Weasley en bâillant. Mais il s'est passé de drôles de choses dans mon département. Mortlake a été interrogé à propos de furets très étranges, mais son cas a été soumis à la Commission des sortilèges expérimentaux, Dieu merci.
– Qui est-ce qui s'amuserait à fabriquer des clés rétrécissantes ? s'étonna Hermione.
– Oh, c'est un simple attrape-Moldus, soupira M. Weasley. Ils leur vendent des clés qui finissent par disparaître à force de rétrécir, et les Moldus n'arrivent plus à remettre la main dessus… Bien sûr, il est très difficile de faire condamner qui que ce soit, aucun Moldu ne voudra jamais admettre que ses clés rétrécissent. Ils sont persuadés qu'ils les ont perdues. Heureusement, ils sont prêts à croire n'importe quoi quand il s'agit de nier la magie, même lorsqu'elle leur crève les yeux… mais c'est fou le nombre d'objets que les sorciers s'amusent à transformer…
– Les voitures, par exemple ? »
Mme Weasley venait d'apparaître dans la cuisine. Elle tenait à la main un long tisonnier qu'elle brandissait comme une épée. M. Weasley ouvrit soudain des yeux ronds et regarda sa femme d'un air coupable.
« Les… les voitures, ma chérie ?
– Parfaitement, Arthur, les voitures, dit Mme Weasley, les yeux flamboyants. Imagine un sorcier qui achèterait une vieille voiture rouillée en disant à sa femme qu'il veut simplement la démonter pour voir comment c'est fait, alors qu'en réalité il s'amuse à la trafiquer pour la faire voler.
M. Weasley cligna des yeux.
« Tu sais, ma chérie, un sorcier qui ferait ça ne violerait pas la loi, même si… il aurait dû dire la vérité à… sa femme. Il y a une lacune dans la loi quand on y regarde de près… du moment qu'il n'a pas l'intention de faire voler la voiture, le fait qu'elle puisse voler ne…
– Arthur Weasley, c'est toi qui t'es arrangé pour qu'il y ait une lacune dans la loi lorsque tu l'as rédigée ! s'écria Mme Weasley. Simplement pour que tu puisses continuer tes bricolages avec tous ces machins de Moldus qu'il y a dans ton garage ! Et pour ton information personnelle, je te signale que Harry est arrivé ce matin dans la voiture que tu n'avais pas l'intention de faire voler !
– Harry ? dit M. Weasley sans comprendre. Harry qui ? »
Il regarda autour de lui et sursauta en voyant enfin Harry.
« Dieu du ciel ! C'est Harry Potter ? Ravi de faire ta connaissance. Fred et George nous ont tellement parlé de toi…
– Tes fils sont allés chercher Harry chez lui dans cette voiture volante ! s'exclama Mme Weasley. Alors, qu'est-ce que tu dis de ça ?
– Vraiment, vous l'avez fait voler ? dit M. Weasley, très intéressé. Et elle a bien marché ? Je… je veux dire… balbutia-t-il en voyant les yeux de sa femme lancer des éclairs, c'est… c'est très mal, les enfants… Vraiment très mal…
– Viens, il vaut mieux les laisser, chuchota Fred en donnant un petit coup d'épaule à Harry. Tu dors dans notre chambre, on va te la montrer. »
Ils se glissèrent hors de la cuisine et suivirent un couloir étroit jusqu'à un escalier aux marches bancales qui montait en zigzag dans les étages. Au deuxième étage, une porte était entrouverte. Harry eut le temps d'apercevoir deux yeux brillants qui le regardaient puis la porte se referma en claquant. Il repoussa ses souvenirs d'un coup de coude mental. Pas maintenant. Je ne peux pas… Pas maintenant.
« C'est la chambre de Ginny. Hermione dort avec elle. Neville est avec Ron, et sa chambre est tout en haut, sous le grenier. Nous, on est au troisième.
– Tu vas faire une sieste, Harry ? demanda Hermione derrière eux.
– Elle a raison Harry, tu as l'air épuisé, dit Neville.
– Ouais, c'est une bonne idée, dit Harry avec un sourire penaud.
– C'est bien. On se verra plus tard, alors, conclut Hermione en entraînant par le bras Neville vers l'escalier du bas.
– Nous y voilà », dit Fred.
Harry entra dans la chambre étroite. Il y avait deux lits superposés le long d'un mur, avec un lit gigogne sortit de sous le lit du bas. Il y avait des posters de Quidditch un peu partout et une vieille bibliothèque remplie de manuels de sortilèges se dressait contre le mur près de la fenêtre.
« Merci, dit Harry. Je ne crois pas vous avoir encore dit merci.
– Pas de souci, c'est à ça que servent les amis, dit Fred en poussant Harry vert le lit. Fais une petite sieste avant que Maman essaye de te refiler une potion. Elle peut être très insistante.
– Je vais faire ça, leur sourit Harry. Merci, encore… Vraiment. »
George leva les yeux au ciel et traîna Fred hors de la pièce. Harry posa ses lunettes sur la petite table de nuit près du lit et s'allongea au-dessus des couvertures. Il s'endormit à l'instant même où sa tête toucha l'oreiller.
