Secrets et secondes chances

Disclaimer : Cette fanfiction appartient à Dragongirl16, et je ne fais que la traduire avec sa permission. Bien évidemment, rien ne m'appartient, et l'auteure Dragongirl16 ne se fait pas d'argent avec cette fanfiction. L'univers de Harry Potter appartient à J.K. Rowling.

Je tiens à remercier ma super bêta-lectrice, Coralie, pour son travail sur ce chapitre ! :-)

Et un grand merci aux lecteurs qui ont commenté le chapitre précédent : tous ceux qui ont laissé un petit mot : Morgane93, LeSinistros, crystal of shadow, Chococake001, 17 Harry, Fox Lacus, Eterna de Solary et maud daudet !

Bonne lecture !


Chapitre 4

Le reste de l'été passa à grande vitesse, entre l'entretien des plantes et un deuil silencieux. Harry resta chez Neville, heureux d'aider le garçon à s'occuper des serres familiales pendant des heures.

Ils vivront à nouveau, se répétait inlassablement Harry lors des jours les plus durs. Tu les reverras. Même s'ils ne t'appelleront jamais Papa, tu seras là pour veiller sur eux, les regarder grandir. Et peut-être... Peut-être qu'ils redeviendront tes enfants un jour. Peut-être.

Le temps, comme toujours, guérit la plupart des peines. La douleur qui comprimait la poitrine et la gorge de Harry les premiers jours suivant sa visite dans la boutique d'Ollivander commença à s'estomper, comme il l'avait présumé. Ses souvenirs teintés d'amertume hantaient ses rêves, confus comme des hallucinations à demi oubliées, mais le déchirement qu'il ressentait restait entier. James, Albus, Lily. Parfois, Harry se réveillait le matin le visage couvert de larmes. Neville ne lui posait jamais de questions à ce sujet.

Harry accompagnait son ami à Ste Mangouste une fois par semaine. Il attendait poliment dans la salle d'attente, ne voulant pas déranger Neville dans ces moments avec ses parents. Neville semblait trouver une certaine force dans la présence de Harry – ou du moins, c'est ce que lui disait Mme Londubat.

Sans qu'il s'en rende compte, le premier septembre arriva et, avec lui, la rentrée scolaire.

Ils se levèrent à l'aube, même s'ils avaient fini leurs valises la veille.

« Mamie est tout le temps comme ça », bailla Neville en guise d'explication tandis qu'ils descendaient l'escalier pour aller prendre le petit-déjeuner.

Mme Londubat appela ensuite le Magicobus, et quelques membres de la famille vinrent dire au revoir à Neville. Ils furent en chemin pour Londres peu après huit heures du matin. Harry joua aux cartes avec Neville dans le bus en attendant leur arrêt. Harry salua d'un signe de la main un Poufsouffle au visage familier, et une timide troisième année de Serpentard s'approcha même pour lui dire bonjour, à sa grande surprise. Harry ne se souvenait pas du tout d'elle, que ce soit dans cette vie ou la précédente, mais un coup d'œil à ses parents lui fit vite comprendre son comportement – l'homme, avec sa robe élimée et sa baguette, était clairement un sorcier, mais la femme assise à ses côtés était habillée à la moldue et regardait tout autour d'elle avec des yeux écarquillés.

Ils atteignirent la gare de King's Cross avec quasiment une heure d'avance. Mme Londubat les quitta sans grandes effusions : un baiser rapide sur le front de Neville et un hochement de tête en direction d'Harry semblaient être tout ce qu'elle s'autorisait en public.

Les garçons s'installèrent rapidement dans l'un des wagons du train vide. Les porteurs rangèrent leurs affaires en un coup de baguette. Harry et Neville les regardèrent s'adosser en fumant près du chariot à confiseries et draguer la petite vendeuse.

« Je ne suis jamais arrivé aussi tôt, dit Harry.

– Moi non plus. L'année dernière, on est venus directement depuis le Chemin de Traverse.

– C'est vrai. Je ne t'ai jamais remercié de ton aide ce jour-là, non ?

– Oublie ça, dit Neville en levant les yeux au ciel. À ton avis, combien de temps Hermione va prendre à nous parler de nos devoirs d'été ?

– Cinq minutes.

– Moi je dis trois. »

Ils validèrent leur pari d'une poignée de main.

Le quai se remplit très vite. Harry et Neville observèrent la foule aller et venir depuis leur fenêtre, y retrouvant parfois un visage familier.

« Ah, vous voilà ! fit Hermione en entrant dans le wagon. Je vous ai cherchés partout. On voulait arriver avant l'heure de pointe, mais mon père avait oublié de faire le plein et c'était juste horrible à la station essence !

– Coucou Hermione, sourit Harry en se tournant vers elle.

– Je suis tellement excitée ! s'exclama-t-elle en lui rendant son sourire avant de s'asseoir en face de lui, à côté de Neville. J'ai tellement hâte. Une nouvelle année d'études ! Est-ce que vous avez fini vos devoirs ? »

Harry et Neville échangèrent un sourire.

« Oui on les a finis, promis.

– Merveilleux ! J'ai fait un brouillon de planning de travail pour notre groupe d'études, mais je vais devoir...

– Un groupe d'études ? »

Harry leva les yeux et vit Théodore Nott debout sur le seuil du wagon.

Hermione soupira d'un air exaspéré devant cette intervention.

« Oui Théo, notre groupe d'études. Je t'en ai déjà parlé.

– Mais tu ne m'avais pas dit que tu avais commencé à le planifier, dit-il en entrant dans le wagon, avec Drago sur les talons.

– Drago ! s'exclama Hermione.

– Bonjour », dit le blond d'un air noble, la tête haute. Harry se fit la réflexion qu'il avait l'air un peu nerveux.

« As-tu fini tes devoirs ? lui demanda Hermione.

– Bien sûr que oui ! fit Drago d'un ton scandalisé, toute trace de nervosité disparue.

– Ah, bien, asséna Hermione avec un hochement de tête approbateur.

– Vous préparez déjà un groupe d'études ? interrogea Théo en s'affalant sur la banquette près de la jeune fille. On n'a même pas encore eu nos plannings de cours, alors comment peux-tu planifier quoi que ce soit ?

– Un groupe d'études général en début de soirée peut se prévoir sans souci.

– Pour une seule Maison oui, mais qu'en est-il pour un inter-Maisons ?

– Vous voulez rejoindre notre groupe ? demanda Hermione en clignant lentement des yeux.

– Je te remercie de cette offre, nous en serions ravis.

– Je... Mais je... Hé, écoute... ! »

Harry ignora les chamailleries entre Hermione et Théo tandis que Drago s'installait près de lui.

« Comment fut ton été ? » lui demanda-t-il.

Drago lui lança un regard aiguisé, ainsi qu'à Neville.

« Nous avons eu plusieurs... visiteurs désagréables, répondit-il d'un air sombre en haussant les épaules. Mon père était tout le temps en colère, ou presque. C'était probablement à cause de... Tu sais, finit Drago en fronçant le nez.

– Sa raclée suite à la bagarre qu'il a provoquée devant tout le monde à Fleury & Bott ?

– Oui, souffla Drago en rougissant.

– Sans vouloir t'offenser, ton père l'avait bien mérité. »

Le visage de Drago se rembrunit, mais il ne dit rien pour le défendre. Quel changement ! pensa Harry en retenant un sourire narquois.

« C'est n'importe quoi...

– Ce n'est pas la cause de...

– Complètement inutile...

– Tu as tout faux...

– Elle n'a pas arrêté de faire ça avec Théo tout l'été ! s'exclama Drago en parlant au-dessus de la dispute de ses amis.

– C'est faux ! lui cria Théo, tout rouge.

– Au moins toi tu as vu des trucs moldus !

– Tu... voulais en voir, toi aussi ? » demanda Hermione en regardant curieusement Drago.

Drago essaya d'avoir l'air indifférent, mais ce fut un échec (d'après Harry).

« Oui, pourquoi pas, dit Drago. Ça aurait été divertissant. »

Harry soupira en se couvrant les yeux d'une main. Est-ce qu'on était vraiment de tels crétins à cet âge ?

« Divertissant… », répéta Hermione.

Quelqu'un toqua à la porte, puis pencha sa tête en avant dans le wagon. Il s'agissait de Fred.

« Ah, te voilà Harry ! Bonjour tout le monde.

– Bonjour Fred, répondit Harry en lui adressant un signe de la main.

– On vient tout juste d'arriver, dit Fred avant de grimacer en entendant le sifflet strident annonçant le départ du train. Maman nous a demandé de nous assurer que vous étiez bien à bord, vous aussi. Maintenant que j'ai rempli mon devoir filial... Je file ! » termina-t-il en leur adressant un salut militaire gentiment moqueur avant de s'éclipser.

« Il a l'air tellement stupide, mais les blagues des jumeaux Weasley sont toujours si bien orchestrées et réfléchies ! soupira Théo. C'est dommage que le Choixpeau ne les ait pas placés à Serpentard. »

Harry ne peut s'empêcher de rire. « Tu es fou ou quoi ? Rogue les aurait noyés tous les deux durant leur première année ! » Hermione gloussa, mais Drago adressa un regard noir aux Gryffondor.

« Le professeur Rogue ne ferait jamais ça à un membre de Serpentard.

– Peut-être pas, admit Harry avec un sourire. Mais je suis sûr qu'il en a déjà rêvé. »

Ils passèrent le reste du trajet à rattraper le temps perdu. Harry sentit une vague d'appréhension l'envahir en entendant la description faite par Drago des visiteurs qui avaient résidé au manoir Malefoy tout l'été.

« Père avait l'air furieux, mais il s'est mis en colère contre moi quand je lui ai suggéré de les expulser des lieux.

– Ils n'étaient pas des membres de ta famille ? demanda Neville. Moi j'en ai souvent qui viennent à la maison, ils restent au moins une semaine à chaque fois.

– Non, grimaça Drago. La sœur de Mère est... Ah..., s'interrompit-il en jetant un regard à Neville, qui détourna la tête. Bellatrix est une folle à lier qui est enfermée à Azkaban. Mère ne la voit jamais. Père n'a aucun frère et sœur.

– Ça doit être un peu triste, dit Hermione. Même moi j'ai quelques cousins qui viennent nous rendre visite de temps en temps.

– Oh des cousins éloignés, j'en ai plein, dit Drago en levant les yeux au ciel. Mais non, Mère m'a dit que nos invités étaient d'anciens associés de Père, de l'époque où il a fait de mauvaises affaires. Je pense quand même que c'était malpoli de leur part de rester aussi longtemps, mais Mère m'a dit qu'on n'osait pas les jeter dehors, que ça aurait été irrespectueux. »

Harry ignora le reste de la conversation, parlant le moins possible, concentré qu'il était sur l'information qu'il venait d'obtenir. Il savait que Narcissa avait toujours été neutre durant la guerre – Lucius, pas vraiment. Cependant, il semblait bien que les Malefoy avaient reçu une visite indésirable. Leurs invités étaient sûrement d'anciens Mangemorts, se dit Harry en jetant un coup d'œil à Drago. Après tout, quel meilleur moyen y a-t-il de faire pression sur le puissant Lucius Malefoy qu'en venant le voir dans son manoir, où réside son unique fils et héritier, et en refusant de quitter les lieux ? Harry ne comprenait que trop bien pourquoi Narcissa avait emmené Drago dehors quasiment tous les jours. Surtout s'ils avaient envoyé Greyback pour convaincre Lucius de prendre une part plus active à la cause des Mangemorts.

Ces nouvelles troublantes hantèrent Harry durant tout le trajet jusqu'à l'école. Il ne pouvait rien faire pour Drago à présent, à part être son ami et essayer de lui montrer que ses choix d'avenir n'étaient pas aussi limités qu'ils semblaient l'être. Je peux les aider, se rappela fermement Harry. Tous, même les Serpentard qui n'avaient pas de porte de sortie – je peux les aider, eux aussi.

Ils trouvèrent rapidement les calèches qui devaient les mener jusqu'au château. Le cœur de Harry se serra douloureusement lorsqu'il vit les Sombrals, mais il se força à détourner le regard et grimpa dans une calèche avec ses amis.

La foule d'élèves remplit bientôt les quatre longues tables réparties dans la Grande Salle, déjà couvertes de vaisselle dorée. Le plafond ensorcelé laissait apercevoir le ciel obscurci par l'heure tardive, ainsi qu'une forêt de bougies suspendues un peu plus bas au-dessus de leurs têtes.

Harry repéra la chevelure rousse de Ginny dans la foule des première année qui pénétrèrent dans la salle. Il venait tout juste de s'asseoir entre Hermione et Neville quand la Répartition commença. C'est étrange comme les choses changent, se dit-il en se tournant vers la table des professeurs. Le professeur Rogue regardait de son air renfrogné habituel les nouveaux élèves. La dernière fois, à cette heure-là Rogue était en train de nous traîner dans son bureau pour nous réprimander vertement. On était sûrs qu'on allait être virés… Harry jeta un coup d'œil à Ron. Le rouquin eut l'air de sentir son regard et se tourna vers lui, avant de lui lancer un regard noir. Harry se sentit soudain triste. Serons-nous amis un jour ?

Harry reporta son attention sur les première année. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'il vit Colin Crivey en train de sautiller sur place et – Luna ! Il se pencha en avant pour mieux regarder la jeune fille. Elle avait l'air tellement différente, presque… presque normale. C'était bizarre. Il retint un nouveau sourire. Luna. Je dois absolument essayer de lui parler à un moment ou à un autre. Elle nous a tellement aidés quand on en a eu besoin, que ce soit lors des attaques de Voldemort ou de Hammerstein.

Harry applaudit avec le reste de sa maison quand le dernier des première année fut réparti. Lorsque les différents mets apparurent sur les tables, il se rendit compte qu'il était affamé. Il remarqua avec amusement l'air satisfait d'Hermione, qui le regardait dévorer son plat. Quelle mère poule, se dit-il en souriant entre deux bouchées. Ron et moi aurions été perdus sans elle. Mais cette pensée atténua quelque peu son bonheur – j'ai à nouveau Hermione, mais pas Ron. Il décida d'ignorer ses soucis pour l'instant. Il aurait amplement l'occasion de devenir ami avec Ron cette année. Et il y arriverait, d'une façon ou d'une autre. Il grimaça et se frotta le front en sentant le pic de douleur qui venait de lui traversa traverser la tête à cette pensée.

Ils gagnèrent ensuite la tour Gryffondor, et Harry s'arrêta un instant pour féliciter Ginny. Les jumeaux étaient aussi fiers que s'ils étaient ses parents, et Ron lançait des regards noirs mauvais à Harry dès qu'il faisait mine d'approcher. Ginny respirait la joie de vivre, souriant et riant à qui mieux mieux avec les autres première année. Harry resta en retrait, incapable de trouver un moyen d'aborder le sujet du journal. Hey, je sais qu'on se connait à peine, mais je me demandais si tu avais trouvé par hasard un journal flippant qui te parle… ? Il réprima un rire d'auto-dérision et se tourna vers ses amis. Pff, comme si ça pouvait marcher.

Plus tard dans la soirée, Harry vit Croûtard en train de renifler près de sa valise. Harry réagit sans réfléchir en lançant un sortilège à l'ignoble Animagus, ce qui provoqua la colère de Ron, et Seamus et Dean tentèrent de les séparer quand ils bondirent l'un sur l'autre. Percy intervint avant qu'ils n'en viennent aux mains, mais le mal était déjà fait – Ron grondait comme une furie dès que Harry avait le malheur de poser les yeux sur Croûtard.

Leur dispute, et la tension restante dans la pièce à l'heure du coucher n'aidèrent pas à apaiser Harry. Ses rêves étaient un douloureux mélange de vieux souvenirs et de nouvelles craintes. Il se réveilla plusieurs fois durant la nuit, haletant, le cœur battant la chamade, hanté par ces images.

Harry se leva tôt le lendemain et se glissa hors du lit le plus silencieusement possible. Il n'arrivait pas à trouver ce fichu rat où que ce soit et les autres n'allaient pas tarder à se réveiller. Non, il allait devoir attendre son heure et traquer Pettigrow lorsqu'il serait seul dans les dortoirs. Il se traîna alors jusqu'à la salle de bain, remettant le problème à plus tard.

Harry rencontra Hermione dans la salle commune, et quand Neville les rejoignit ils se rendirent à la Grande Salle. Hermione avait emporté avec elle son exemplaire de Voyages avec les vampires pour le consulter durant le petit-déjeuner. Harry ignora le livre et essaya de se concentrer sur son assiette – la nuit qu'il avait eue lui avait fait perdre il avait perdu son appétit durant la nuit.

Le professeur McGonagall était en train de leur remettre leur emplois du temps de l'année quand une nouvelle vague de Gryffondor arriva dans la pièce.

« Oh, on commence par deux heures de Botanique ! s'exclama Neville en souriant jusqu'aux oreilles. Ça va être tellement chouette d'être avec les Poufsouffle cette année. Et en plus on travaille dès le matin ! C'est tellement mieux.

– Tellement plus sale, surtout, soupira Hermione.

– Oh, un peu de saleté n'a jamais fait de mal à personne », répondit Neville avec bonne humeur. Harry retint un petit rire et finit son toast.

Ils partirent chercher leurs affaires, en faisant un signe de la main à Drago et Théo en sortant de la Grande Salle. Harry remarqua que Blaise Zabini s'était assis à côté des nouveaux Serpentard et que d'autres étaient assis du côté de la table où se trouvaient Drago et Théo. Harry frissonna en pensant au casse-tête qu'étaient les relations et règles qui régissaient cette Maison. Il ne pouvait qu'espérer que les choses seraient différentes pour tous les innocents Serpentard qui avaient été victimes de la guerre.

Ils quittèrent ensuite le château et traversèrent le potager pour atteindre les serres. Harry remarqua que Neville marchait d'un pas léger. En approchant, ils virent que la majorité de leur classe était déjà présente. Ron était dans un petit groupe constitué de Dean, Seamus et de trois autres Poufsouffle.

Quelques instants plus tard, le professeur Chourave traversa la pelouse à grands pas, en compagnie de Gilderoy Lockhart.

Le professeur Chourave était une petite sorcière potelée, coiffée d'un chapeau rapiécé sur ses cheveux en désordre. Ses vêtements étaient souvent maculés de terre et l'état de ses ongles aurait fait s'évanouir Tante Pétunia. Gilderoy Lockhart, en revanche, était impeccable dans sa robe de sorcier turquoise, avec ses cheveux dorés qui brillaient sous un chapeau également turquoise, bordé de fils d'or.

« Bonjour, tout le monde ! lança Lockhart en adressant aux élèves un sourire radieux. Je parlais avec votre professeur des merveilleuses plantes qu'elle va vous montrer cette année, oui, oui. Mais n'allez surtout pas vous mettre dans la tête que je suis meilleur qu'elle en botanique ! Il se trouve simplement que j'ai souvent rencontré ce genre de plantes exotiques au cours de mes voyages…

– Mais bien sûr…, marmonna Harry.

– Serre numéro trois, aujourd'hui ! » dit le professeur Chourave qui avait perdu sa gaité habituelle et paraissait de très mauvaise humeur.

Il y eut un murmure ravi. Jusqu'à présent, les classes de botanique s'étaient toujours déroulées dans la serre numéro un, mais la numéro trois contenait des plantes beaucoup plus intéressantes et beaucoup plus dangereuses.

« Personne n'est meilleur en botanique qu'elle », dit Neville tandis qu'ils s'approchaient de la serre.

Le professeur Chourave prit une clé accrochée à sa ceinture et ouvrit la porte. Harry respira une bouffée de terre humide et d'engrais, mêlée du parfum entêtant que répandaient les fleurs géantes, de la taille d'un parapluie, qui pendaient du plafond. Il s'apprêtait à entrer dans la serre derrière Neville et Hermione lorsque la main de Lockhart se posa sur son épaule, le faisant sursauter.

« Harry ! J'aurais un mot à te dire. Vous êtes d'accord pour qu'il soit un peu en retard à votre cours, professeur Chourave ? »

Harry se tourna vers elle, et la mine renfrognée de Chourave s'adoucit devant son air suppliant – mais Lockhart ne lui laissa pas le temps d'intervenir.

« Allez, c'est décidé ! Merci, Pomona, dit-il en lui fermant au nez la porte de la serre. Harry, poursuivit-il en hochant la tête, ses grandes dents blanches resplendissant au soleil. Ah, Harry, Harry, Harry ! »

Complètement désarçonné, Harry resta silencieux.

« Mon cher petit, tu es un jeune sorcier très intéressant. Ah, Harry, Harry, Harry ! » fit l'homme en le prenant par les épaules.

Harry sentit son estomac se tordre, mal à l'aise face à la proximité du sorcier. Il avait détesté Lockhart la première fois, et il ne se voyait pas se rapprocher de lui maintenant. C'est une ordure, grogna intérieurement Harry en essayant de se dégager.

« S'il vous plaît, professeur, j'ai cours.

– Harry, Harry, Harry. Je sais que je t'ai donné le goût de la publicité, hein ? Je t'ai passé le virus… Oh que oui.

– Monsieur, laissez-moi partir.

– Ah mais Harry, Harry, Harry.

– Vous me faites mal. » Les doigts de Lockhart s'étaient enfoncés dans ses épaules quand il avait essayé de se soustraire à son emprise. Harry n'aimait pas du tout la lueur de folie qui semblait avoir gagné le regard du professeur.

« Harry, mon garçon, pas besoin d'être aussi méfiant ! Tu dois simplement être patient, oui, patient, mon cher, cher petit

– Qu'est-ce qui se passe ici ? »

Harry se sentit un instant étranger à lui-même lorsqu'une vague de soulagementle submergea. Depuis quand suis-je content de voir Rogue ?

« Severus ! s'exclama Lockhart en faisant volte-face, une main toujours agrippée comme un étau sur l'épaule de Harry, qui grimaça en essayant de s'éloigner.

– Professeur, s'il vous plaît, vous me faites mal et je suis en train de rater mon cours », dit Harry en levant les yeux.

Rogue tenait d'une main une caisse en bois remplie de fioles contenant divers liquides et des herbes. Des ingrédients de potions. Harry rencontra ses yeux noirs en essayant de ne pas tressaillir quand les doigts de Lockhart s'enfoncèrent encore plus dans sa peau. Arrêtez de me toucher, je déteste ça, je déteste être touché. Je devrais juste lui donner un bon coup de pied, je…

Harry remarqua, surpris, un début de sourire sur les lèvres de Rogue.

« Lockhart, fit ce dernier en tournant son regard vers lui. Arrêtez de faire l'imbécile et laissez notre célébrité retourner en classe. Vous avez vos propres cours à assurer. »

La main de Lockhart disparut.

« Severus ! Allons, je sais que mon admirable personne est…

– Merci, professeur », l'interrompit Harry en se forçant à parler. Puis il se précipita dans la serre, sans un regard en arrière. Il entendit la voix de Lockhart commencer à crier quand il s'assit à côté d'Hermione et de Neville.

Le professeur Chourave se tenait derrière une table à tréteaux sur laquelle étaient disposés une vingtaine de cache-oreilles aux couleurs variées.

« Aujourd'hui, nous allons rempoter des mandragores, annonça Chourave lorsque Harry eut pris place entre Neville et Hermione. Qui peut me dire quelles sont les propriétés de la mandragore ? »

Harry donna un petit coup de coude à Neville, tout en saisissant la main de Hermione pour qu'elle ne la lève pas.

« Oui, Neville ?

– C'est, euh, mandragore… balbutia Neville. C'est, un, euh, curatif.

– Exactement, dix points pour Gryffondor, dit Chourave en adressant un sourire approbateur à Neville. La mandragore a de puissantes propriétés curatives, on l'utilise pour rendre leur forme d'origine ou leur santé aux victimes de métamorphoses ou de sortilèges. Elle constitue également en outre un ingrédient essentiel entrant dans la composition de nombreux antidotes. Mais c'est également une plante dangereuse. Qui peut me dire pourquoi ? »

Hermione leva la main si brusquement qu'elle faillit accrocher les lunettes de Harry au passage.

« Le cri de la mandragore est mortel pour quiconque l'entend, dit-elle aussitôt.

– C'est exactement ça. Les mandragores dont nous allons nous occuper aujourd'hui sont encore très jeunes. »

Elle montra une rangée de bacs et tout le monde se rapprocha pour mieux voir une centaine de petites plantes touffues aux fleurs violacées qui s'alignaient dans la terre.

« Tout le monde prend une paire de cache-oreilles », ordonna-t-elle.

Il y eut une rapide bousculade, tous les élèves essayant d'attraper une paire qui n'était ni rose ni trop duveteuse.

« Quand je vous dirai de mettre les cache-oreilles, vérifiez bien que vos oreilles sont complètement recouvertes, dit Chourave. Je vous ferai signe en levant le pouce quand vous pourrez les enlever sans risque. D'accord ? Alors, allons-y. Mettez-les. »

Harry mit soigneusement sa paire de cache-oreilles sur sa tête. Il n'entendait plus rien, à présent. Le professeur Chourave, les oreilles également protégées par de grosses boules roses, retroussa les manches de sa robe, saisit une des petites plantes et l'arracha d'un coup sec.

À la place des racines, il y avait une espèce de petit bébé très laid et plein de terre. Les feuilles de la plante lui sortaient du crâne. Sa peau marbrée avait une couleur vert pâle et, de toute évidence, il hurlait à pleins poumons.

J'avais oublié à quel point ils sont flippants, frissonna Harry.

Le professeur Chourave prit un grand pot sous une table et y plongea la mandragore en l'enterrant dans un compost humide qui ne laissa bientôt plus apparaître que les feuilles. Le professeur s'essuya les mains, leva les deux pouces et enleva son propre cache-oreilles.

« Nos mandragores sont encore au stade infantile, leurs cris ne peuvent pas tuer, dit-elle d'une voix neutre, comme si elle n'avait rien fait de plus étonnant que d'arroser des bégonias. Cependant, leurs cris peuvent quand même vous assommer pendant plusieurs heures et comme je suis sûre que personne parmi vous ne veut manquer cette première journée d'école, assurez-vous que vos cache-oreilles sont bien en place pendant que vous travaillez. Je vous ferai signe quand le cours sera terminé. Mettez-vous à quatre par bac, vous trouverez tous les pots que vous voulez ici, le compost est là-bas, et attention à la Tentacula vénéneuse, elle est en train de faire ses dents. »

Harry, Neville et Hermione furent rejoints devant leur bac par un élève de Poufsouffle aux cheveux bouclés. Harry détourna le regard.

« Je m'appelle Justin Finch-Fletchley, dit le garçon en serrant la main de Neville, avant de se tourner vers Harry. Je sais qui tu es, bien sûr, le célèbre Harry Potter… et toi, tu es Hermione Granger, toujours la meilleure dans toutes les matières… et Neville Londubat, c'est ça ?

– Oui, c'est ça », bégaya Neville.

Harry ne dit rien. Justin n'était pas un mauvais gars, il avait même joint l'Armée de Dumbledore, mais quand Hammerstein avait envahi le pays, Justin s'était enfui avec sa famille en Australie sans un remords. Ce n'est pas comme si Harry pouvait lui en vouloir (enfin, peut-être un peu), mais…

« …Normalement, je devais aller à Eton, le meilleur collège d'Angleterre, », disait Justin quand Harry reprit le cours de la conversation, mais il préféra aller chercher du compost plutôt que de continuer à l'écouter, craignant de devenir désobligeant. Par la suite, ils n'eurent plus tellement l'occasion de parler, car Chourave leur avait ordonné à tous de remettre leurs cache-oreilles et de commencer le travail.

À voir faire le professeur Chourave, l'opération semblait facile mais en fait, elle ne l'était pas du tout. Les mandragores n'aimaient pas être arrachées à la terre, et elles n'aimaient pas non plus y retourner. Elles se tortillaient dans tous les sens, donnaient des coups de pieds, brandissaient leurs petits poings et essayaient de mordre.

À la fin du cours, tout le monde était en nage et couvert de terre. Seul Neville semblait être joyeux en sortant de la serre. Harry, lui, s'était battu pour rempoter deux grosses mandragores vicieuses et ça avait détruit tout reste de bonne humeur pour la journée.

Ils eurent à peine le temps de se laver un peu avant d'aller en cours de Métamorphose. Le professeur McGonagall était toujours très exigeante avec ses élèves, et Harry lui en était reconnaissant. Il concentra toute son attention sur la transformation de son scarabée en bouton de manteau. À nouveau, sa magie lui sembla brute, rêche, mais moins que l'année précédente. Ça doit venir de la pratique, comprit Harry lorsqu'il réussit la métamorphose. Plus on pratique, plus la magie devient docile. C'est pour ça que la magie accidentelle des enfants à des effets si inattendus.

Hermione aida Neville à changer son scarabée en des formes plus intéressantes les unes que les autres. McGonagall adressa un signe d'encouragement de la tête au garçon en déambulant entre les pupitres – Ron et Dean, eux, faisaient les andouilles au lieu de travailler, et le professeur fondit sur eux immédiatement.

Ils partageaient ce cours avec les Serdaigle de deuxième année, et Harry se retrouva à nouveau aux côtés de Terry Boot. Ils discutèrent à voix basse de leur été tout en travaillant ensemble sur leurs scarabées.

La cloche qui annonçait l'heure du déjeuner fut tout de même accueillie avec soulagement, et en sortant de la classe avec Hermione et Neville, Harry fit un signe de la main à Terry. Il remarqua par la même occasion que Ron et Dean étaient retenus après le cours par McGonagall pour une petite mise au point.

« J'ai tellement besoin d'aide, soupira Neville tandis qu'ils s'approchaient de la Grande Salle.

– Tu avais presque réussi, Neville, lui assura Hermione. On réessayera ça ce soir, si tu veux.

– Oh, c'est vrai ? Je ne peux pas me permettre de rater cette année.

– Tu ne vas pas la rater.

– Qu'est-ce qu'on a, cet après-midi ? les interrompit Harry en s'asseyant à la table des Gryffondor avec eux.

– Défense contre les Forces du Mal, répondit aussitôt Hermione.

– Pourquoi tu as entouré tous les cours de Lockhart avec des petits cœurs ? demanda Neville.

– Pour rien, grommela Hermione en repliant rapidement son emploi du temps, les joues écarlates.

– Mais… »

Harry donna un discret coup de pied à Neville sous la table, accompagné d'un « non » de la tête.

« Est-ce qu'on doit réviser un truc en particulier avant le cours ? demanda Harry à Hermione, qui avait la tête baissée.

– Ah, euh, enfin…, fit-elle en relevant brièvement les yeux. J'ai lu tous nos livres, mais le professeur n'a pas spécifié par quel texte on commencerait, alors… »

Harry se cala sur son siège et écouta d'une oreille Hermione monologuer sur les livres de Lockhart. C'était bien mieux que de la voir triste et embarrassée. Il poussa d'un coup de fourchette la nourriture dans son assiette. J'ai promis de ne plus jamais la blesser, et je m'y tiendrai.

Après le déjeuner, ils sortirent dans la cour, sous un ciel maussade. Hermione s'assit sur une marche de pierre, avec Harry et Neville à ses côtés, et ils se plongèrent dans Voyages avec les vampires.

« Ah, vous voilà ! Je vous ai cherché partout », lança soudainement la voix de Malefoy.

Harry leva la tête pour voir s'approcher à grands pas le blondinet et Théo.

« Bonjour Drago, Théo, leur dit-il.

– Tu n'es pas en train de lire ces foutaises, hein ? demanda Théo à Hermione.

– Ce ne sont pas des foutaises, protesta-t-elle en lui lançant un regard mauvais.

– Si.

– Non.

– Oh non, pas encore, soupira Drago.

– Est-ce que vous avez cours de botanique ? lui demanda Harry.

– Non, fit Drago en s'asseyant à côté de lui. Pourquoi ?

– Soyez prêts à vous salir : vous allez rempoter des mandragores. »

Théo grimaça. Drago fronça les sourcils, avant de prendre la parole : « Des mandragores, hein. Mère m'a acheté une tonne de livres sur les créatures fantastiques cet été – peut-être qu'Hagrid les connaît bien.

– Sûrement, mais le professeur Chourave est balèze, elle aussi.

– Les mandragores sont plus des plantes que des créatures, signala Neville. Mais on peut interroger Hagrid à leur sujet, il sait peut-être s'il existe des mandragores sauvages. »

Harry sentit soudain les poils se hérisser sur sa nuque. Il se redressa, et scanna la cour du regard.

« Harry ? Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Harry vit un appareil photo ô combien détesté et réprima un soupir.

« Rien, grommela-t-il d'un air abattu.

– Harry, persista Drago en le regardant de biais. Qu'est-ce qui ne va pas, chez toi ? Tu agis tellement bizarrement, des fois. »

Harry se tourna vers Drago, avant de diriger son regard vers le pilier de la cour à côté duquel se tenait Colin Crivey.

« Voilà ma raison », dit-il en haussant un sourcil.

Drago regarda attentivement le garçon de petite taille, qui, cramoisi, finit par s'avancer vers eux, les mains crispées sur son appareil photo.

« Sa-sa… Salut, bégaya-il. Je m'appelle Colin Crivey. Moi aussi, je suis à Gryffondor. Tu crois que… ça ne te dérangerait pas si… si je prenais une… », fit-il piteusement en levant son appareil devant lui.

« Une photo ? compléta Drago de sa voix traînante.

– Pour prouver que je l'ai vraiment rencontré, lui dit Colin en s'approchant un peu plus près. Je sais tout sur lui. Tout le monde m'a raconté comment il avait survécu quand Tu-Sais-Qui a essayé de le tuer avant de disparaître, comment il a eu sa cicatrice sur le front et tout ça… Et puis j'ai un copain qui m'a dit que si je développe ma pellicule dans la bonne potion, la photo bougera. C'est vraiment bien ici, hein ? J'ai toujours fait des trucs un peu bizarres, mais je ne savais pas que j'étais sorcier jusqu'à ce que je reçoive la lettre de Poudlard. Mon père est laitier, continua-t-il en s'adressant enfin à Harry, et il n'y croyait pas non plus. Alors j'essaye de prendre le plus de photos possible pour lui envoyer. Peut-être… Peut-être que ton copain pourrait la prendre, comme ça, je me mettrais à côté de toi. Tu voudras bien me la dédicacer ? »

Drago se mit à glousser doucement. Harry leva les yeux au ciel et donna un coup de coude à son ami.

« Écoute, Colin, je n'ai rien d'exceptionnel. Je…

– Une photo dédicacée ? Tu dédicaces des photos, maintenant, Potter ? »

Sonore et cinglante, la voix de Ron résonna dans toute la cour. Il s'était arrêté derrière Colin, accompagné de Dean.

« Tu essayes d'impressionner les première année avec ta célébrité, Potter ? Avec des photos dédicacées ? Tout le monde en rang, lança Ron à la cantonade, Harry Potter distribue des photos dédicacées !

– Ron, dit Dean en lui saisissant le bras, arrête.

– C'est faux, Ron, gronda sourdement Harry. Et tu le sais très bien. »

Il remarqua que Colin, qui se tenait entre eux, observait l'échange avec des yeux ronds.

« Tu te la pètes, hein, à donner des ordres à ma famille sur…

– Hé, ça suffit ! » le coupa Hermione.

Drago plissa les yeux d'un air mauvais, et Harry lui donna un coup de coude dans les côtes avant que le Serpentard ne puisse prendre la parole.

« La ferme, Hermione, ça n'te concerne pas ! tonna Ron.

– Ça ne me concerne pas ? C'est moi qui ai demandé à tes frères de secourir Harry !

– Secourir ? » répéta Drago.

Bordel, grogna intérieurement Harry.

« Arrêtez, vous voulez bien ? »

Il avait essayé de bien placer sa voix, comme il l'avait appris durant sa formation d'Auror. Ça ne marcha pas vraiment, mais au moins il obtint l'attention de tout le monde.

« Écoute, Ron, je ne sais pas pourquoi tu m'en veux à mort comme ça, mais je n'ai rien fait qui mérite un tel acharnement de ta part. Alors ferme-la. Non, je ne donne pas de photos dédicacées, Colin voulait juste une photo à envoyer à son père, avec lui et quelques camarades de classe. C'est tout. Pas d'autographe, pas de shooting, pas…

– Oh non, murmura Hermione.

– Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que j'entends ? lança Gilderoy Lockhart en s'approchant d'eux à grands pas, les pans de sa robe turquoise flottant derrière lui. Qui dédicace des photos ?

– Personne, dit sèchement Harry.

– Ah, je n'aurais pas dû poser la question ! Nous voici à nouveau réunis, Harry ! » lança Lockhart d'un ton joyeux en prenant Harry par les épaules.

Harry essaya de s'extirper. Pourquoi est-ce qu'il me touche tout le temps, cet imbécile de fanfaron ? Il réussit à tourner la tête pour jeter un regard suppliant à Drago, mais ce dernier fixait d'un air horrifié la robe de Lockart.

« Allons-y, M. Crivey, dit Lockart avec un grand sourire. Un double portrait, on ne peut pas rêver mieux, et nous le signerons tous les deux.

– Mais, monsieur, lâchez-moi… !

– Monsieur ! » fit Théo tandis que Colin brandissait maladroitement son appareil et prenait la photo.

La cloche retentit au même moment derrière eux pour signaler la reprise des cours, et Harry vit Dean partir en traînant Ron avec lui.

« Allez, c'est l'heure ! cria Lockhart à l'adresse des élèves avant de se diriger vers le château sans lâcher Harry.

Monsieur, insista Théo derrière eux.

– Un petit conseil », reprit Lockhart à voix basse en entraînant Harry le long d'un couloir. Harry était sûr que la poigne de l'homme allait laisser des bleus sur sa peau. « J'ai rattrapé le coup avec le petit Crivey – en me prenant en photo, moi aussi, tes camarades ne croiront pas que tu as la grosse tête.

– Et je ne l'ai pas, grogna Harry avant de couiner en sentant la main de Lockhart toucher la peau de sa nuque et glisser en partie sous le col de sa robe.

– Dédicacer des photos à ce stade de ta carrière, ce n'est pas très raisonnable. Le jour viendra peut-être où, comme moi, tu auras besoin d'avoir toujours des photos dans ta poche, mais je crois que tu n'en es pas encore là, ajouta-t-il avec un petit rire entendu tout en continuant de lui caresser la nuque.

– Lâchez-moi ! », cracha Harry en se dégageant enfin. Lockhart s'éloigna, l'air de rien. Harry frissonna avant de se secouer comme un chien mouillé. Est-ce qu'il a toujours été aussi – aussi – aussi tactile ? Bon sang, à quoi pensait Dumbledore en embauchant ce type ? Harry frotta l'endroit entre la nuque et l'épaule où s'était attardée la main de Lockhart.

« Harry ? »

Il sursauta, surpris par la voix de Drago.

« Ouais ? » dit-il en faisant volte-face. Tous ses amis se tenaient derrière le Serpentard.

« Tu vas bien ?

– Putain, j'ai besoin d'une bonne douche, marmonna-t-il.

– Harry ! Surveille ton langage ! » s'indigna Hermione.

Il fit la grimace avant de se refrotter l'épaule.

« Désolé. Je ne supporte pas ce mec, dit-il en se frottant encore plus fort.

– Harry ! s'écria Drago en lui saisissant le poignet. Arrête, tu vas te faire mal.

– Quoi ? fit-il sans comprendre.

– Ton épaule. Est-ce qu'il t'a fait mal ?

– Non, il était juste trop tactile, répondit Harry en grimaçant à nouveau. Allez, venez. Entrons en classe avant que ça ne commence », et il se détourna avant qu'ils n'aient pu protester.

Comme l'année précédente, il s'assit tout au fond de la pièce. Contrairement à l'année précédente, ils partageaient cette classe avec les Serpentard de deuxième année. Drago s'assit à côté de Harry, et Hermione et Neville à la table devant la leur. Théo s'assit à la table à côté de Harry, avec Blaise Zabini comme partenaire. Harry remarqua que la tête d'Hermione se tourna plusieurs fois pour les regarder successivement, Lockhart et lui, avant de se caler dans son siège.

Lorsque tout le monde se fut assis, Lockhart s'éclaircit bruyamment la gorge. Étouffe-toi avec ta salive, lui souhaita Harry en lui lançant un regard mauvais.

Le sorcier tendit la main et prit sur la table de Parvati son exemplaire de Randonnée avec les trolls et montra à tout le monde sa propre photo qui clignait de l'œil sur la couverture du livre.

« Ça, c'est moi, dit-il, le doigt pointé sur la photo et en clignant de l'œil à son tour. Gilderoy Lockhart. Ordre de Merlin, troisième classe, membre honoraire de la Ligue de Défense contre les Forces du Mal et cinq fois lauréat du sourire le plus charmeur, décerné par les lectrices de Sorcière- Hebdo, mais ne parlons pas de ça. Croyez-moi, lorsque j'ai réussi à me débarrasser du Spectre de la mort, ce n'était pas par un simple sourire. »

Tu ne t'en es pas débarrassé du tout, avait envie de dire Harry. Il entendit quelques élèves rire faiblement.

« Je vois que vous avez tous acheté la collection complète de mes livres, reprit Lockhart. C'est très bien. J'ai pensé que nous pourrions commencer le premier cours avec un petit questionnaire. Rien de bien méchant. Simplement pour savoir si vous avez bien lu ce que j'ai écrit et voir ce que vous en avez retenu. »

Il distribua les questionnaires, puis retourna s'asseoir derrière son bureau.

« Allez-y, vous avez une demi-heure pour répondre à toutes les questions. »

Harry retourna la feuille et soupira. Il entendit Drago grommeler à côté de lui. Harry se tourna vers lui, le regarda dans les yeux avant de lever les yeux au ciel d'un air exaspéré. Drago ricana doucement avant de se pencher sur son questionnaire.

Harry jeta un coup d'œil à son papier et lut :

1) Quelle est la couleur préférée de Gilderoy Lockhart ?

2) Quelle est l'ambition secrète de Gilderoy Lockhart ?

3) À votre avis, quel est le plus grand exploit réalisé par Gilderoy Lockhart à ce jour ?

Il y avait ainsi trois pages de questions jusqu'à la dernière :

54) Quelle est la date de l'anniversaire de Gilderoy Lockhart et quel serait à ses yeux le cadeau idéal ?

Harry leva les yeux au ciel avant de se frotter le visage d'une main. Il jeta un coup d'œil à Théo, qui regardait le questionnaire avec un air d'horreur absolue.

Harry soupira et écrivit les réponses les plus stupides possibles.

Une demi-heure plus tard, Lockhart ramassa les copies et y jeta un coup d'œil devant la classe.

« Allons, allons, je vois que personne ne se rappelle que ma couleur préférée, c'est le lilas. Je l'ai pourtant indiqué clairement dans Une année avec le Yéti. Et certains d'entre vous feraient bien de relire attentivement Promenades avec les loups-garous – j'y explique dans le chapitre douze que mon cadeau d'anniversaire idéal serait l'harmonie entre tous les hommes, qu'ils aient ou non des pouvoirs magiques. Mais il est vrai que je ne dirais pas non si on m'offrait un magnum d'Ogden's Old Firewhiskey !

– J'ai bien besoin de firewhiskey », murmura Harry. Drago baissa la tête en souriant.

« … Mais Mademoiselle Hermione Granger sait que mon ambition secrète serait de débarrasser le monde des Forces du Mal et de lancer ma propre marque de produits pour les cheveux. Bravo ! Excellente élève. En fait – il lut intégralement la copie –, elle a tout bon ! Qui est Mademoiselle Hermione Granger ? »

Harry vit Hermione s'adosser à son siège, la tête penchée sur le côté. Elle leva la main. Harry réussit à apercevoir son visage – elle n'était pas à fond sur Lockhart, la dernière fois ? Pourquoi est-ce qu'elle lui lance un tel regard, maintenant ? Elle ne parlait que de ses livres ce matin. Qu'est-ce qui a changé ? Harry se frotta l'épaule, là où Lockhart l'avait empoigné. Quel sale type.

« Excellent, Mademoiselle Granger ! s'exclama Lockhart avec un sourire radieux. Vraiment excellent. Dix points pour Gryffondor ! Et maintenant, au travail… »

Il se pencha et posa sur son bureau une grande cage couverte d'un morceau de tissu.

« Il est de mon devoir de vous armer contre les créatures les plus répugnantes qui soient connues dans le monde des sorciers ! Vous aurez peut-être dans cette classe les plus belles peurs de votre vie. Mais sachez que rien de fâcheux ne peut vous arriver tant que vous êtes en ma présence. Tout ce que je vous demande, c'est de garder votre calme. »

Tu mens comme un arracheur de dents. Harry croisa les bras, bien calé dans son siège.

« Je vous demande de ne pas crier, dit Lockhart d'une voix grave. Ça pourrait les énerver. »

Lockhart attendit quelques instants, regardant les élèves un à un qui retenaient leur souffle. Quel escroc. Puis Lockhart découvrit alors la cage.

« Eh oui, en effet, dit-il d'un ton solennel, ce sont bel et bien des lutins de Cornouaille fraîchement capturés. »

Des rires fusèrent du côté de Ron et Seamus.

« Ils ne sont… Ils ne sont pas très dangereux, dit Seamus en s'étranglant de rire.

– N'en soyez pas si sûr ! dit Lockhart en agitant l'index d'un air agacé. Ce sont parfois de petites pestes parfaitement diaboliques ! »

Hauts d'une vingtaine de centimètres, les lutins avaient une couleur bleu électrique, avec des têtes pointues et des voix si aiguës qu'on avait l'impression d'entendre des perruches se disputer. Dès que la cage fut découverte, ils se mirent à piailler et à s'agiter en tous sens, tapant sur les barreaux et faisant toutes sortes de grimaces bizarres aux élèves assis devant eux.

Oh non, pas encore. Harry ferma les yeux.

« Maintenant, on va voir comment vous allez vous débrouiller avec eux », dit Lockhart d'une voix forte.

Et il ouvrit la cage.

Ce fut un charivari indescriptible. Les lutins se répandirent dans toute la classe en filant comme des fusées. Deux d'entre eux attrapèrent Goyle par les oreilles et le soulevèrent dans les airs. Deux autres fracassèrent les carreaux et s'enfuirent par les fenêtres en répandant une pluie de verre brisé sur Harry et tout le dernier rang. Harry poussa un juron en sentant un éclat de verre le couper sur la nuque.

Les autres lutins entreprirent de dévaster consciencieusement la salle avec plus d'efficacité qu'un rhinocéros furieux. Ils attrapèrent les encriers et les renversèrent un peu partout, lacérèrent les livres et les papiers, arrachèrent les tableaux des murs, retournèrent la corbeille à papiers, s'emparèrent des sacs et des livres encore intacts et allèrent les jeter par les fenêtres. En quelques minutes, la moitié des élèves avait disparu sous les tables et Goyle se balançait au lustre.

« Allons, allons, attrapez-les ! Vite, voyons, attrapez-les, ce ne sont que des lutins ! » hurla Lockhart.

Il retroussa ses manches, brandit sa baguette magique et cria : « Mutinlutin Malinpesti ! »

Mais la formule n'eut aucun effet. L'un des lutins arracha la baguette magique des mains de Lockhart et la jeta par la fenêtre. Gilderoy Lockhart étouffa une exclamation et plongea sous son bureau, en évitant de justesse d'être écrasé par Goyle qui venait de tomber avec le lustre.

Lorsque la cloche sonna, ce fut la ruée hors de la classe. Dans le calme relatif qui s'ensuivit, Lockhart se releva, aperçut Harry qui s'inquiétait des coupures de Drago (ce dernier faisait la grimace en regardant le sang sur sa main) et leur dit :

« Je vous demanderai simplement de remettre ceux qui restent dans leur cage. »

Puis il sortit de la classe en passant devant eux et referma la porte, manquant le visage de Théo de quelques centimètres seulement.

« Non, mais qu'est-ce que c'est que ce bonhomme ? s'insurgea Théo en se retournant.

« Tes blessures ne te font pas trop mal ? demande Hermione en s'approchant d'Harry.

– Je vais bien, dit-il.

– Tu saignes plus que moi, signala Drago, qui avait été coupé à l'oreille gauche par un bout de verre.

– Oh, ta nuque, Harry ! » s'exclama Neville.

Harry haussa les épaules, plus inquiet des blessures de Drago que des siennes.

« Qu'allons-nous faire ? » demanda Blaise Zabini, qui était resté avec les deux autres Serpentard.

Harry lui jeta un coup d'œil, mais le garçon avait un visage insondable.

« On va les attraper », dit Harry en jetant un sortilège de Stupéfixion à un groupe de lutins. Il était trop en colère pour cacher la facilité avec laquelle il avait lancé ce sort. « Allez, plus vite on aura fait ça, plus vite on pourra aller à l'infirmerie. »

Il ignora consciencieusement la manière qu'avait Hermione de rester à ses côtés, clairement inquiète pour lui, et déchargea son irritation envers Lockhart sur les lutins. Quel petit branleur crétin et bon à rien.