Secrets et secondes chances

Disclaimer : Cette fanfiction appartient à Dragongirl16, et je ne fais que la traduire avec sa permission. Bien évidemment, rien ne m'appartient, et l'auteure Dragongirl16 ne se fait pas d'argent avec cette fanfiction. L'univers de Harry Potter appartient à J.K. Rowling.

Hello tout le monde !

Je suis sous l'eau en ce moment (nouveau boulot très prenant, première mission de correction de texte en free-lance, relecture de la thèse d'un ami, sans compter ma bêta-lecture hebdomadaire de la saga de fanfiction HP Elisabeth Bishop par Ywena... et les corrections d'articles irrégulières pour une association sur Doctor Who), mais je n'en oublie pas cette traduction. Et c'est avec plaisir et un brin de fierté que je vous présente le nouveau chapitre dans un délai raisonnable (ou du moins à mes yeux haha) !

Coralie en a assuré la relecture avec efficacité et humour, comme à son habitude. :-)

Si vous trouvez la moindre faute, sachez qu'elle est de mon fait : je n'ai plus de 2e bêta-lecteur depuis quelques temps, et j'ai beau relire moi-même plusieurs fois, au bout d'un moment les fautes passent malheureusement à la trappe (et je peux dire ça sans honte aucune vu que la même problématique se pose dans mon travail d'éditrice).

Un grand merci à Coralie pour sa relecture de ce chapitre.

Je remercie tous ceux qui m'ont laissé un commentaire ou un petit mot d'encouragement à la fin du chapitre précédent (ça illumine ma journée à chaque fois !) : crystal of shadow, 17 Harry, maud baudet, Eterna de Solary, Morgane93 et sebferga.

J'abrège cette note devenue bien trop longue. Bienvenus aux nouveaux lecteurs, et « bon appétit » à tous ! ;-)


Chapitre 6

L'inquiétude ternit les rêves de Harry cette nuit-là. Il se réveilla à l'aube, et s'assit devant l'âtre de la salle commune, les genoux ramenés contre son torse.

Qu'est-ce que je vais faire ? Il se passa une main dans les cheveux. Ginny a sûrement le journal, mais ce n'est pas comme si je pouvais débarquer dans son dortoir et le lui piquer… Encore moins maintenant, avec le comportement actuel de Ron. Harry entoura ses jambes de ses bras et laissa sa tête s'appuyer sur ses genoux.

Je ne peux pas la laisser se débrouiller, quand même, non ? Le Basilic peut tuer quelqu'un, cette fois. Ginny pourrait mourir. Voldemort pourrait renaître – mais je refuse de sacrifier Ginny pour mettre la main sur lui. Je ne me pardonnerais jamais, et je dois considérer cette histoire d'Horcruxe à l'intérieur de moi… Et les six autres.

Harry soupira, frustré. Bon sang, qu'est-ce que je vais faire ?

Il n'avait toujours pas trouvé la réponse quand Hermione le retrouva recroquevillé sur le canapé une heure plus tard.


Une semaine plus tard, Harry n'avait toujours pas de réponse à sa question. Il n'avait pas réentendu le Basilic, mais ça ne suffisait pas à calmer la boule d'angoisse qui n'arrêtait pas de grossir dans son ventre. Il était de surcroît distrait par le nouveau rythme de l'année scolaire, les devoirs et les entraînements effrénés de Quidditch.

L'anniversaire d'Hermione arriva plus tôt qu'il ne l'aurait cru. Il se réveilla tôt le 19 septembre et sortit discrètement le cadeau de sa valise afin de ne pas réveiller Ron et les autres.

Hermione avait commencé à prendre l'habitude de rejoindre Harry tôt le matin dans la salle commune. Souvent, elle lisait, mais parfois elle somnolait dans un fauteuil, et Harry lui se relaxait, tout simplement. C'est chouette d'avoir à nouveau une véritable amie, se dit Harry en l'attendant ce jour-là. Peut-être même qu'un jour on se retrouvera à nouveau aussi dans la cuisine silencieuse du Terrier avec Mme Weasley…

« Joyeux anniversaire ! lança Harry à Hermione en lui tendant son cadeau dès qu'il l'aperçut en bas des escaliers de son dortoir.

– Oh Harry, fit Hermione, les yeux brillants, en déchirant le papier cadeau pour découvrir un livre. Où est-ce que tu l'as trouvé ?

– Dans une boutique d'occasion, dit-il en souriant devant son air choqué. Il était sur une étagère à prendre la poussière avec d'autres vieux bouquins. Je pense que personne ne s'est embêté à consulter la page de titre pour savoir de quoi il s'agissait. Mme Londubat m'a conseillé une très bonne boutique de cuir dans laquelle j'ai fait refaire la couverture.

– Oh, c'est juste merveilleux », murmura Hermione en traçant les lettres dorées du titre du bout des doigts.

Théorie de la magie et Fondamentaux nécessaires à la création magiqueétait l'un des biens les plus précieux d'Hermione, plus tard dans sa vie. Harry n'en revenait pas de l'avoir trouvé dans une boutique d'occasion de la Chaussée des Fleurs.

« Merci, vraiment merci ! s'exclama Hermione avant de le surprendre en le prenant soudainement dans ses bras. Oh ! Je dois le ranger ! » Et elle remonta en courant l'escalier de son dortoir.

Hermione ne s'entendait toujours pas très bien avec ses camarades de chambre, mais Harry vit quand même Parvati lui tendre un sachet de bonbons au petit-déjeuner. Neville, pour sa part, lui offrit une plante en pot. Harry lança un regard d'avertissement à Ron quand lui et ses amis se mirent à ricaner. Fred et George glissèrent un bout de parchemin dans la main d'Hermione, avec la promesse de voler à son secours dans leur noble carrosse de métal quand elle voudrait. La jeune fille rougit fortement, tout en levant les yeux au ciel d'un air amusé.

Ce qui surprit le plus Harry, cependant, fut ce qui se passa quand Drago et Théo les rejoignirent à la bibliothèque après les cours. Harry était penché sur son devoir de Métamorphoses, terriblement concentré, quand il entendit la voix de Drago : « Bonjour. On a entendu dire qu'aujourd'hui c'était ton anniversaire, Hermione. »

Harry leva les yeux et vit les deux Serpentard debout à côté d'Hermione, en train de lui tendre deux cadeaux soigneusement emballés – dans du papier vert et argent, bien sûr.

« Oh ! fit Hermione. Merci… ?

– On n'était pas sûrs que… Aïe, Théo ! » s'exclama Drago en se frottant les côtes.

Harry observa Hermione froncer les sourcils quelques instants avant de se concentrer sur les cadeaux. Au lieu de déchirer le papier, comme elle l'avait fait avec celui de Harry, elle retira délicatement le papier du premier présent. Elle tendit le livre devant elle, l'air émerveillée.

« Merci… », murmura-t-elle.

Harry se tordit le cou pour lire le titre, écrit en lettres dorées sur une épaisse couverture de cuir. Histoire du monde magique. Il leva haut les sourcils, impressionné. Il connaissait ce livre. Il savait aussi qu'il était assez rare et n'avait jamais été réimprimé. C'était l'une des histoires des sorciers les plus connues au monde. Il s'agissait du cadeau de Théo.

Celui de Drago était un jeu.

« C'est Rois & Châteaux, dit le blond. Je pensais que, peut-être, on pourrait l'adapter… Enfin, si ça vous intéresse toujours les sessions pratiques près du lac, mais même sans ça c'est un jeu très chouette, ma mère m'a appris à y jouer et…

– Tu peux m'expliquer les règles ? demanda Hermione (qui n'avait toujours pas lâché le livre de Théo).

– Je vais m'en occuper, assura Théo. Drago les mélange toutes.

– C'est faux !

– Peut-être, mais tu les expliques très mal. »

Drago leva les yeux au ciel mais ne protesta pas plus.

Harry sourit devant la scène avant de se replonger dans son devoir. Neville rejoignit Hermione et Théo autour du plateau de jeu.

« Harry ? »

Il leva les yeux. Drago s'assit dans le siège à côté de lui, en mordillant sa lèvre.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Harry.

– Rien, dit Drago en secouant la tête. C'est juste que… Je ne veux pas que tu penses que j'ai acheté ma place dans l'équipe de Quidditch de Serpentard. »

Harry n'avait pas besoin de fixer le visage rouge de Drago pour savoir qu'il lui en avait coûté de dire ça.

« Je le sais bien, lui assura-t-il en le regardant dans les yeux. Je suis sûr que tu seras un excellent attrapeur, en plus. C'est chouette car comme ça j'aurais un adversaire compétent en face de moi sur le terrain.

– Tu penses que je… Bien sûr, que je te battrai ! fit Drago en levant les yeux au ciel, ses joues toujours rouges. Je peux te battre avec les yeux bandés, même.

– Mais oui, mais oui, dit Harry en souriant, la tête penchée sur son parchemin.

– Je te jure que je le peux.

– Tu rêves.

– Je vais être le meilleur attrapeur que Serpentard ait jamais connu.

– Comment est ton balai ? »

Harry releva la tête face au silence de Drago. Il eut envie de se donner une gifle quand il vit la mine abattue du garçon.

« Je veux dire, techniquement. Je sais bien que tu n'as pas acheté ta place dans l'équipe, j'aime juste les balais… Comment est le guidage ?

– Oh ! Oh ça, fit Drago d'un ton joyeux. Il va un peu sur le côté quand je tourne…

– À gauche ? Le mien aussi.

– Ah bon ? Je pensais que je m'imaginais des trucs…

– Ouais, on a toujours l'impression que le balai veut tourner sur lui-même. Mais j'ai trouvé une technique : si tu vas assez vite… »

Et, bientôt, le devoir de Harry fut oublié Drago et lui passèrent l'après-midi à parler de balais.


Octobre arriva, répandant un froid humide dans le château et ses alentours. Mme Pomfresh dut faire face à une épidémie de rhumes parmi les élèves et les enseignants. Harry fut l'un des premiers touchés, mais la potion de Pimentine le soigna rapidement. Plusieurs fois.

« Je dois avouer que je n'aime pas votre tendance à tomber malade, Monsieur Potter, dit l'infirmière à la fin de sa troisième visite. Je préfère vous lancer quelques sorts d'auscultation, au cas où. »

Harry fut donc forcé de passer la nuit à l'infirmerie, tandis que Mme Pomfresh consultait anxieusement les analyses de ses sorts.

« Eh bien, il n'y a rien à faire », révéla-t-elle le lendemain matin. Harry fut mortifié de voir que Rogue se tenait pas loin du bureau de l'infirmière, à consulter ses notes. « Votre système immunitaire est juste très faible en ce moment. Couvrez-vous bien, mettez votre écharpe. Et si vous ne vous sentez pas bien, revenez immédiatement me voir jeune homme, est-ce bien clair ? »

Harry acquiesça vivement et fila hors de l'infirmerie. Ça ne m'était jamais arrivé, avant, songea-il en se mordillant la lèvre sur le chemin de la Grande Salle. Même si j'étais toujours le premier à attraper les virus qui traînaient parmi les Aurors. Pareil avec les maladies des enfants. Ginny n'en pouvait plus – elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi je n'étais pas en meilleure santé. Il rougit et détourna le regard, en se forçant à repousser ses souvenirs. Je ne veux pas penser à ça. Stop.

Pendant des jours entiers, la pluie frappa à grosses gouttes les fenêtres du château. Le niveau du lac monta, les massifs de fleurs se transformèrent en mares de boue et les citrouilles de Hagrid eurent bientôt la taille d'une cabane à outils. L'enthousiasme d'Olivier Dubois pour les séances d'entraînement n'avait pas faibli, cependant, et c'est ainsi qu'un samedi après-midi particulièrement pluvieux, Harry rentra trempé et maculé de boue dans le château, pressé de regagner la tour des Gryffondor.

Même en faisant abstraction de la pluie et du vent, la séance d'entraînement ne s'était pas bien passée. Harry avait du mal à se concentrer. Fred et George, qui avaient espionné l'équipe des Serpentard, déprimaient tout le monde en racontant les performances des nouveaux Nimbus 2001, et les trois filles étaient d'une humeur exécrable. Harry avait été heureux de s'échapper quand Olivier avait décrété la séance achevée.

De surcroît, Harry ne se sentait pas très bien. Il allait sûrement devoir se rendre à l'infirmerie pour la cinquième fois ce mois-ci. La dernière chose dont il avait envie, c'était de susciter l'inquiétude de Mme Pomfresh. Pas quand il savait les épreuves qu'elle allait devoir surmonter s'il n'arrivait pas à trouver comment arrêter ce foutu Basilic et détruire le journal de Tom Jedusor sans que personne ne s'en rende compte.

Comment ça se fait que Dumbledore ne soit pas au courant qu'il y a un immense serpent qui se balade dans le château ? rumina Harry en traversant un couloir désert. Non mais vraiment. Cet homme est le sorcier le plus puissant depuis Merlin et il n'est pas fichu de repérer un gigantesque serpent vénéneux qui…

« Harry ? »

Harry releva brusquement la tête.

« Oh, salut Drago, salut Théo, dit Harry en plissant des yeux pour les voir à travers ses lunettes parsemées de gouttes de pluie.

– Tu as eu un entraînement ? Par ce temps ?!

– Oui, dit Harry avant d'éternuer. Oh non… Pas encore !

– Tu n'es pas déjà allé à l'infirmerie deux fois ?

– Quatre fois, rectifia Harry en se frottant le nez. Sûrement cinq, avec ma chance.

– Ne dis pas ça, ça va te porter malheur, rétorqua Drago en levant les yeux au ciel.

– Tu devrais rentrer au chaud dans ton dortoir, dit Théo.

– De la boue dans mon château… ? grinça au loin la voix de Rusard, le concierge.

– Oh merde », lâcha Harry avant de jeter un sort de récurage sur ses vêtements. Mme Weasley le lui avait appris quand il avait pris son congé paternité à la naissance de James. Ginny avait voulu retourner le plus vite possible sur le terrain de Quidditch, Harry avait donc pris le relai, déterminé à aider de son mieux. Il n'avait juste pas idée d'à quel point les bébés pouvaient se salir vite, à l'époque.

« Viens », lui dit Théo, et les deux Serpentard l'entraînèrent dans un couloir. Harry se retourna pour lancer un sort de récurage sur le sol, effaçant toutes traces de boue – il n'avait pas envie de se faire attraper une nouvelle fois par Rusard pour ça.

Il se laissa guider dans des passages étroits, jusqu'à ce qu'ils arrivent à un couloir familier – il menait directement à la tour de Gryffondor.

« Merci, dit-il en se frottant l'arrière de la tête, un peu gêné.

– Rusard est de mauvaise humeur, révéla Théo. Tout comme le professeur Rogue. Il y a eu une explosion hier dans sa classe de première année. Il ne décolère pas.

– J'imagine », grimaça Harry. Il vit quelque chose bouger du coin de l'œil et se retourna précipitamment pour lui faire face, avant de se rendre compte qu'il ne s'agissait que de Nick Quasi-Sans-Tête.

« Tout va bien, Harry ? lui demanda Drago.

– Oui, oui, j'ai juste cru que c'était Rusard, mentit Harry en haussant les épaules. Bonjour, Nick. »

Le fantôme, qui flottait doucement dans le couloir en marmonnant d'un air préoccupé, s'arrêta et leva les yeux. « Monsieur Potter ? Et Messieurs Malefoy et Nott. Bonjour, bonjour », salua-t-il en retirant son chapeau à plume tout en s'inclinant légèrement, de façon à ne pas faire tomber sa tête. Dans son autre main, Nick tenait une lettre transparente, qu'il rangea dans son vêtement.

« Est-ce que vous allez bien, Nick ? demanda Harry, tandis que Drago observait le fantôme de Gryffondor avec des yeux ronds.

– Oh, ce n'est pas très important, répondit Nick Quasi-Sans-Tête avec un mouvement gracieux de la main. En fait, je n'avais pas tellement envie d'en faire partie. Bien sûr, j'ai envoyé ma candidature, mais il paraît que je ne remplis pas "les conditions requises". » Malgré son ton léger, son visage exprimait une profonde amertume. « Mais quand même, s'exclama-t-il soudain en sortant la lettre de sa poche, on pourrait penser que recevoir dans la nuque quarante-cinq coups d'une hache émoussée suffirait à vous faire admettre au club des Chasseurs sans tête, non ? Combien de coups ont-ils reçu, eux, avant que leur tête tombe ? Je suis sûr que ce n'était pas quarante-cinq !

– … Certainement, dit Harry d'un ton peu assuré.

– Quarante-cinq ? couina Drago.

– Personne plus que moi n'aurait souhaité que le travail soit fait proprement et que ma tête soit tranchée net. Cela m'aurait épargné beaucoup de souffrance et de ridicule. Et pourtant… », fit-il en secouant le papier, furieux. « Quelle farce, prétexter que mon incapacité à participer au lancer de tête à cheval ou à la course sans tête, tout ça parce que ma tête tient par un centimètre de peau et de tendon, m'empêche de rejoindre le club ! Tout le monde penserait que j'ai été bel et bien décapité, eh bien, non ! Ce n'est pas encore assez pour monsieur Coupé-Court-Podmore.

– Euh, c'est… Je suis navré que vous n'ayez pas été accepté, Nick. Vous auriez été le meilleur d'entre eux, j'en suis sûr.

– Oh, oubliez ça, jeune Harry…, fit le fantôme d'un air soudainement las. Mais c'est très attentionné de votre part de me dire cela.

– Nous sommes navrés, nous aussi, intervint Drago. Pouvons-nous faire quelque chose pour vous aider ? »

Harry se força à garder la bouche fermée. Par Merlin, qu'est-ce que vient de dire Malefoy ?

« Oh ! s'exclama Nick d'une voix surexcitée. Il y a une chose que vous pouvez faire… Non, vous n'allez pas accepter…

– De quoi s'agit-il ? l'encouragea Harry.

– Le jour d'Halloween sera le cinq-centième anniversaire de ma mort, dit Nick Quasi-Sans-Tête en se rengorgeant.

– Ah », fit Harry en se mordant la lèvre. J'avais complètement oublié ça.

« À cette occasion, j'organise une petite fête dans le plus grand des cachots. Des amis viendront de tout le pays et ce serait pour moi un tel honneur si vous acceptiez de vous joindre à nous. Monsieur Londubat et Mademoiselle Granger seraient également les bienvenus, cela va sans dire. Mais je me doute que vous préférerez assister à la fête de l'école ? »

Il regarda les trois garçons en se tordant les mains d'un air anxieux.

« Je…, commença Harry avant de se tourner vers les deux Serpentard.

– Nous serions ravis de venir ! » s'exclama Drago.

Harry vit Théo se pincer l'arrête du nez.

« Mes chers garçons ! Je suis très honoré, vraiment ! dit Nick avec un grand sourire, l'œil brillant d'excitation. Croyez-vous que vous pourriez éventuellement dire à Sir Patrick Podmore que vous me trouvez impressionnant et même terrifiant ?

– Bien sûr », assura Drago, avec un air malicieux.

Nick Quasi-Sans-Tête eut alors un sourire radieux.


« Un anniversaire de mort ? dit Hermione avec enthousiasme lorsque Harry fut redescendu dans la salle commune après s'être changé. Il ne doit pas y avoir beaucoup de vivants qui peuvent se vanter d'avoir assisté à ce genre de fête. Ça va être passionnant ! »

Ce fut plus difficile de convaincre Neville de les accompagner, mais ils y parvinrent quand même.

Lorsqu'arriva le jour d'Halloween, Harry avait visité l'infirmerie une nouvelle fois et avait reçu sa propre réserve de Pimentine, « au cas où », comme le lui avait dit Mme Pomfresh. La dernière fois qu'il était venu la voir, Rogue avait été là, à écouter son examen médical. Harry avait fui le plus vite possible.

Les élèves de l'école se préparaient avec enthousiasme au grand festin qui allait les réunir. La Grande Salle était décorée avec des chauves-souris vivantes, les énormes citrouilles de Hagrid avaient été évidées pour en faire des lanternes où on aurait pu s'asseoir à trois et, d'après les rumeurs, Dumbledore avait fait venir une troupe de squelettes dansants pour assurer le spectacle.

« Des squelettes dansants, gémit d'envie Neville quand ils retrouvèrent les Serpentard devant la Grande Salle.

– Tu peux briser la promesse faite à Nick Quasi-Sans-Tête si tu veux, mais personnellement je trouve un anniversaire de mort bien plus intéressant qu'un sac d'os qui gigote, rétorqua Hermione.

– Tu ne vas pas regretter de ne pas aller au festin ? demanda Drago à Harry.

– Non, dit ce dernier en secouant la tête. Pas du tout.

– Mais c'est Halloween.

– Exactement », dit Harry en dépassant les portes de la Grande Salle. La fête de Nick allait bientôt commencer.

« Harry, qu'est-ce qui ne va pas ? l'interrogea Neville.

– Rien.

– Harry…

– C'est Halloween, finit-il par lâcher en haussant les épaules, qu'il sentait rigides comme du bois. Mes parents sont morts ce jour-là. »

Le silence se fit derrière lui.

« Oh, finit par dire Neville.

– Ce n'est pas comme si je les connaissais », soupira Harry. C'est ridicule d'y penser encore, après tout ce temps. « C'est juste que parfois je peux l'oublier, mais avec toutes ces fêtes… » Et tous ces autres morts, d'avant. Il se mordit la lèvre, repoussant la peine qui menaçait de l'envahir.

« Ouais. Je sais, dit Neville en lui donnant un petit coup d'épaule amical.

– Vous pensez qu'on aurait dû porter des robes plus habillées ? demanda soudain Drago en se plaçant devant eux. J'ai des vêtements de soirée que Mère m'a envoyée, ça aurait été mieux sans doute…

– Ça ira comme ça, trancha Hermione en dépassant Théo. Allez, venez, on va finir par être en retard. »

Harry leva les yeux au ciel devant leurs chichis mais resta silencieux et se contenta de suivre Hermione et Théo qui se chamaillaient dans les donjons.

L'étroit passage qui menait à l'endroit où se passait la fête de Nick Quasi-Sans-Tête était éclairé par des chandelles fines et noires dont la lueur bleuâtre leur donnait à eux aussi l'aspect de fantômes. Il faisait de plus en plus froid à mesure qu'ils avançaient. Bientôt, ils entendirent un son épouvantable, comme des centaines d'ongles crissant sur un énorme tableau noir.

« C'est de la musique, ça ? » murmura Neville.

Derrière un angle du couloir, ils virent soudain Nick Quasi-Sans-Tête qui se tenait dans l'embrasure d'une porte tendue de draperies noires.

« Mes chers amis, dit le fantôme d'un ton lugubre contrastant avec ses yeux brillants, soyez les bienvenus… Je suis si content que vous soyez là. »

Il ôta son chapeau à plume et les invita à entrer en s'inclinant devant eux.

« Amusez-vous bien ! » leur lança-t-il tandis qu'ils s'avançaient dans la pièce. Harry se cogna contre Hermione quand celle-ci s'arrêta soudainement. Il regarda de côté pour voir pourquoi elle ne bougeait plus, et écarquilla les yeux. J'avais oublié ça.

Un spectacle stupéfiant s'offrait à eux. Des centaines de silhouettes translucides, d'une couleur gris perle, glissaient autour d'une piste de danse bondée où d'autres formes spectrales valsaient au son terrifiant d'une trentaine de scies musicales jouées par des musiciens rassemblés sur une estrade tendue de noir. Au plafond, un lustre formé d'un bon millier de chandelles noires diffusait une lumière d'un bleu éclatant. Harry vit de la buée sortir de sa bouche. C'était comme s'il avait pénétré dans une chambre froide.

« Allons jeter un coup d'œil, suggéra-t-il.

– Faites attention de ne traverser personne, avertit Drago dans un sifflement. Mère dit que c'est une très grande insulte pour eux. Et inclinez-vous en vous présentant… ou, euh, faites la révérence ? ajouta-t-il en jetant un coup d'œil à Hermione. C'est la moindre des politesses. Du moins, c'est ce que Mère affirme.

– Faire la révérence ? couina Hermione.

– Bah oui, ils sont morts depuis des siècles, rappela Théo.

– Oh bah tu n'as qu'à faire la révérence toi, moi je m'inclinerai », rétorqua Hermione.

Théo lui lança un regard scandalisé.

Ils s'avancèrent dans la pièce et passèrent devant un groupe de nonnes à la mine funèbre, un homme en haillons et le Moine Gras, le joyeux fantôme de Poufsouffle, en grande conversation avec un chevalier dont le front était transpercé d'une flèche.

« Oh, regardez, le Baron est là ! » s'exclama Drago en se précipitant vers le sinistre fantôme de Serpentard.

Harry échangea un regard avec Neville tandis qu'ils s'avançaient vers le coin désert où se tenait le Baron Sanglant.

« Cher Baron, laissez-moi vous présenter mes amis, dit Drago une fois qu'ils furent tous arrivés auprès de lui. Vous connaissez déjà Théo, et voici Mademoiselle Hermione Granger, Monsieur Neville Londubat et Monsieur Harry Potter. » Puis Drago leur dit silencieusement de s'incliner, ce qu'ils firent – même Hermione, au grand dam de Théo.

« Intéressant », dit sombrement le Baron. Les taches de sang argentées qui le couvraient brillaient dans l'étrange lumière. « Je suis ravi de faire votre connaissance.

– Merci, répondit Hermione d'une voix faible. Nous sommes ravis, nous aussi, de faire la vôtre. »

Harry se raidit en voyant le fantôme se tourner vers lui.

« Un Potter à un anniversaire de mort, extraordinaire. Habituellement, vous êtes plutôt au-dessus en train de festoyer. »

Harry sentit ses mains se serrer en poings.

« Je suis plus qu'un nom ou une lignée », rétorqua-t-il froidement. Il crut voir les yeux creux du fantôme se plisser d'un air amusé.

« Comme devraient l'apprendre tous les jeunes hommes et toutes les jeunes femmes, affirma le Baron Sanglant avant de se retirer dans son coin de la pièce.

– Le Baron est souvent présent dans la salle commune depuis l'année dernière, leur dit Drago. Il excelle en Métamorphoses.

– Alors c'est lui qui vous donne des cours de soutien ? demanda Hermione en dressant l'oreille.

– Le Baron a eu l'amabilité de nous donner quelques bons conseils, dit Drago d'un ton plus mesuré.

– Oh, vraiment ? C'est merveilleux.

– Oui, vraiment.

– Et pourquoi tu ne nous l'as pas dit plus tôt ?

– La Maison de Serpentard est solidaire, les interrompit le Baron. Étant donné que la réputation de la Maison a été ternie ces dernières décennies, la discrimination est notre lot quotidien. Nous nous entraidons, Mademoiselle Granger, et n'attendons d'aide de personne d'autre.

– Mais…, bredouilla Hermione. On est amis, enfin ! Bien sûr qu'on les aurait aidés ! »

Nick Quasi-Sans-Tête les rejoignit avant qu'un des Serpentard n'ait pu répliquer.

« Ah, vous voilà ! s'exclama-t-il en s'arrêtant près de Harry. Oh, bonjour, Baron. J'espère que vous vous amusez tous bien ?

– Oh, oui, répondit Harry.

– Excellent ! Je trouve que c'est une bonne soirée, dit fièrement le fantôme en observant la foule. La Veuve Éplorée est venue exprès du Kent, vous vous rendez compte ? Il va bientôt être l'heure de mon discours, je vais prévenir l'orchestre. »

Mais au même moment, l'orchestre s'arrêta tout seul. Tout le monde fit silence en regardant partout d'un air surexcité. Le son d'un cor de chasse venait de retentir.

« Ah, les voilà », dit Nick d'un ton amer en abattant son chapeau contre sa cuisse.

Une douzaine de chevaux fantômes traversèrent soudain le mur du cachot, montés chacun par un cavalier sans tête. Les invités applaudirent à tout rompre. Harry et ses amis se retinrent en voyant la tête de Nick.

Les chevaux galopèrent jusqu'à la piste de danse, puis s'arrêtèrent au milieu en se cabrant avec élégance. En tête de troupe, un fantôme de haute stature tenait sous le bras sa tête qui sonnait du cor. Il descendit de cheval, leva sa tête à bout de bras pour jeter un coup d'œil à la foule qui éclata de rire et s'avança vers Nick Quasi-Sans-Tête en enfonçant sa tête sur ses épaules.

« Nick ! rugit-il. Comment vas-tu ? Ta tête tient toujours ? »

Il éclata d'un rire sonore et lui donna une grande tape sur l'épaule.

« Sois le bienvenu, Patrick, dit Nick d'un ton raide.

– Ma parole, mais il y a des vivants, ici ! » s'exclama Sir Patrick en se tournant vers Harry et ses amis. Harry vit du coin de l'œil Hermione s'agripper au bras de Théo et Drago se tenir devant Neville, presque comme un garde du corps. Le Baron Sanglant avait disparu.

« Ils sont mes invités, dit Nick la tête haute.

– J'en suis sûr, Nicky. N'écoutez pas ce rabat-joie, mademoiselle, dit Sir Patrick en se tournant vers Hermione, faisant tomber sa tête en provoquant l'hilarité générale.

– Très drôle, dit Nick d'un air sombre.

– Ne t'inquiète pas, Nick, dit la tête de Sir Patrick qui avait roulé sur le sol. Alors, toujours furieux de ne pas avoir été admis au club ? Mais aussi, regarde-toi un peu…

– Moi, je trouve que Sir Nicholas est bien plus effrayant que vous, lança Hermione en s'écartant de la tête qui frôlait ses robes.

– Ha ! Ha ! s'écria la tête de Sir Patrick, je parie que c'est lui qui vous a demandé de dire ça, jeune fille !

– Pas du tout !

– Si vous voulez bien m'accorder quelques instants d'attention, c'est l'heure de mon discours », dit Nick d'une voix forte.

Il monta sur le podium baigné d'une lueur bleuâtre et glacée, mais il eut à peine le temps de prononcer quelques mots : Sir Patrick et ses compagnons venaient de se lancer dans une partie de hockey en utilisant leur tête en guise de balle. Nick essaya d'attirer à nouveau l'attention de ses invités, mais la tête de Sir Patrick passant devant son nez sous les acclamations de la foule et il renonça.

« J'ai trouvé que c'était une fête très réussie, lui dit doucement Hermione. Enfin, jusqu'à ce qu'ils arrivent. »

Les propos de la jeune sorcière eurent l'air de réconforter le fantôme.

« Merci beaucoup, Mademoiselle Granger, lui dit-il avant de lancer un regard aux cinq enfants. Je pense qu'on peut dire que l'atmosphère vient d'être ruinée. Encore merci à vous d'être venus. Peut-être vaut-il mieux à présent que vous alliez à la fête de l'école.

– Mais…

– Non, non, Monsieur Malefoy. Vous m'avez tous fait grand plaisir. Maintenant, partez, avant que les choses ne deviennent plus… turbulentes. »

Suite à cet avertissement, ils lui dirent promptement au revoir et remontèrent le passage éclairé par les chandelles noires, Harry en tête.

« Eh bah, c'était quelque chose ! entendit-il Hermione dire derrière lui. J'irai voir à la bibliothèque s'il y a d'autres descriptions d'anniversaires de mort.

– Les parents de ma mère avaient l'habitude d'aller pique-niquer au cimetière le jour d'Halloween, dit Théo. Mon père refusait qu'on y aille, mais Mère me disait tout ce qu'il s'y passait. On n'avait pas de fantôme familial, par contre.

– Peut-être qu'il restera encore du gâteau », dit Drago avec espoir en hâtant le pas vers l'escalier qui remontait au rez-de-chaussée.

C'est à ce moment-là que Harry l'entendit à nouveau.

« … déchire… écorche…tue… »

Oh non, pensa Harry en sentant une lame glacée lui transpercer l'estomac. Non, non, non. Le Basilic… !

Il s'arrêta brusquement et s'agrippa au mur de pierre.

« Harry ?

– Qu'est-ce qui t'arrive ?

– Tu vas bien ? »

« … si affamé… depuis si longtemps… »

« Harry… Harry ?!

– Chut ! » leur intima-t-il en enfonçant ses doigts douloureusement dans la pierre. Je dois l'arrêter. Oh, Merlin. Il peut tuer quelqu'un, cette fois-ci…

« Chut ? Chut quoi, Harry ? » demanda Drago en posant une main sur son bras.

Harry se dégagea en entendant à nouveau la voix sifflante du Basilic. Elle devenait de plus en plus faible. Il lui courut après, la gorge nouée. Je peux le faire exploser, peut-être ? Non, ses écailles sont trop épaisses. Si je réussis à l'aveugler définitivement, alors je pourrais…

« Mais où tu vas comme ça ? Harry !

– Il y a quelque chose ! leur cria-t-il. C'est… Je l'entends. Vous devriez, vous aussi, non ? Ça siffle, comme un gros serpent, mais je n'arrive pas à savoir ce qu'il dit », mentit-il en continuant de courir. Peut-être que je peux le trouver dès maintenant. « Restez derrière moi ! » leur lança-t-il en ignorant leur foule de questions.

Peut-être que je peux trouver Ginny, aussi, pensa Harry en sentant son cœur battre à tout rompre. Je peux l'amener à Dumbledore, il regardera dans son esprit, verra ce qu'il se passe et appellera les Aurors qui se chargeront du Basilic, et…

Harry tourna à l'angle d'un couloir et sentit son pied droit glisser sur le sol. Il chuta dans un cri, et se rattrapa sur les mains. Elles furent vite plongées dans un épais liquide. Il frémit en sentant des gouttelettes lui arroser le visage, reconnaissant immédiatement du sang à l'odeur métallique caractéristique.

Merlin. Pas encore…

« Harry ? Harry ! Qu'est-ce qui… Oh mon Dieu ! » cria Hermione d'une voix aigüe.

Harry releva la tête. Tracée en grosses lettres entre deux fenêtres, une inscription scintillait dans la lueur des torches qui éclairait le passage :

LA CHAMBRE DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE.

ENNEMIS DE L'HÉRITIER, PRENEZ GARDE.

J'arrive trop tard. Harry avait envie de marteler le sol de coups de poing. Mais, attends deux minutes, ça devrait être de l'eau, pas du sang… Le cœur battant la chamade, Harry leva son regard, s'attendant à voir Miss Teigne pétrifiée. À la place, il découvrit une énorme truie, ouverte du cou jusqu'à l'aine, ses boyaux dégoulinant sur le sol. C'était dans son sang qu'il baignait. Son sang encore chaud.

C'est différent. Harry sentit la panique l'envahir. Oh, Merlin, c'est même pire. Qu'est-ce qui… Comment Ginny a fait ça ? Comment…

Il entendit des gens crier en fond sonore. Des mains l'aidèrent à se relever, le sortant de sa stupeur.

« Allez, viens, lui dit Drago en le mettant debout avec Neville. Est-ce que tu t'es fait mal, Harry ? Qu'est-ce qu… »

Un grondement semblable à un lointain coup de tonnerre l'interrompit. De chaque extrémité du couloir leur parvenaient les conversations joyeuses des élèves repus et le bruit de centaines de pieds qui montaient les escaliers. Le festin venait de se terminer. Harry eut à peine le temps d'échanger un regard horrifié avec Drago qu'un flot d'élèves se déversait dans le couloir.

Les conversations et les bruits de pas s'évanouirent immédiatement. Harry et ses amis étaient debout, en plein milieu du passage.

D'une voix forte, quelqu'un rompit alors le silence.

« Ennemis de l'héritier, prenez garde ! Bientôt, ce sera le tour des Sang-de-Bourbe et des traîtres à leur sang ! »

C'était Pansy Parkinson, qui s'était faufilé jusqu'au premier rang. Ses yeux fixaient Drago avec une joie malsaine.

« Putain de merde… », souffla Harry.