Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « orgie ».

Débauche

Tout n'était que débauche, ici. Tout était orgie. Tout était nourriture. Une montagne de plats, de desserts, d'entrées, d'amuse-bouche et de couverts à transporter. Des dizaines, des centaines peut-être, d'elfes de maison qui s'activaient. C'était le coup de feu.

Certains étaient à la rôtisserie, en train de faire tourner de grandes broches remplies de viande de toute taille qui dorait doucement en laissant le jus dégouliner et être récupéré par un autre commis. D'autres taillaient des légumes de toutes tailles et de toutes couleurs. D'autres encore s'affairaient à la pâtisserie, confectionnant des tartes à la mélasse, des gâteaux tous plus impressionnants les uns que les autres, ou découpant des citrouilles pour en faire une succulente boisson.

Pourtant, rien de tout cela ne l'intéressait. Rien de tout cela n'était important. Ça n'était rien comparé à ce qu'elle ressentait. Les odeurs qui lui chatouillaient les narines n'avaient aucune importance. Les bruits des couvercles de casseroles qui claquaient, des provisions qu'on tranchait, sortait, nettoyait, des ordres qu'on s'envoyait, des fourneaux qui s'activaient, de la magie qui s'opérait, rien de tout cela ne l'empêchait de sortir de ses pensées.

Rien de tout cela n'était à la hauteur de ses pensées, de toute façon. Rien de tout cela n'équivalait son malheur. Rien de tout cela ne méritait qu'elle s'y intéresse. Et pourtant, elle aurait bien voulu. Après tout, c'était son travail, et on avait déjà eu la gentillesse de l'accueillir ici. C'était déjà beaucoup. Mais elle n'arrivait pas à s'y résoudre.

De toute façon, elle ne savait même pas pourquoi elle restait ici. Elle n'aurait pas dû, elle était inutile, et tous les autres elfes la détestaient. Winky aurait mieux fait de partir depuis longtemps, et même de ne jamais venir. Elle ne savait pas pourquoi elle s'était laissé entraîner. Elle ne valait plus rien à présent, et elle n'arriverait plus jamais à être une bonne elfe de maison. Plus maintenant que son maître était mort.

C'était de sa faute, rien que de sa faute. Si elle avait bien su le surveiller, il n'aurait pas fait de bêtises, et à présent, il serait encore en bonne santé. En tout cas, il ne serait pas pire que mort. Cela la désolait de savoir que son maître avait subi le baiser du détraqueur. Elle avait une mauvaise elfe, très mauvaise, elle n'avait pas su le protéger assez, pas su le surveiller assez. A cause d'elle, il avait fait des bêtises, qu'il n'aurait jamais dû faire.

Quand Dobby l'avait ramenée à Poudlard, elle avait cru que tout était fini, et qu'elle réussirait à oublier. Tous les autres elfes l'avaient bien fait. Dobby y arrivait bien, lui. Et pourtant, sa famille était bien pire que celle de Winky. Il avait fini par arrêter de s'en vouloir, et il était heureux à présent.

Et même, il partageait son bonheur avec elle. La jeune elfe le voyait bien, il faisait tout ce qu'il pouvait pour la dérider, et pour lui faire retrouver le moral. Il s'occupait bien d'elle alors que parfois il était appelé en cuisine pour aider l'un ou l'autre des elfes.

Ils ne l'aimaient pas tous. Ils avaient raison. Elle faisait honte à son espèce. Elle ne travaillait plus, elle ne faisait plus rien et elle se permettait de manger comme eux et de dormir avec eux. Elle n'aurait pas dû. Elle aurait dû partir, aller dans la Forêt Interdite, s'y perdre et y dépérir, demander au Directeur Dumbledore de la jeter dehors, il pouvait après tout, et elle avait le droit de le demander. Mais elle n'en avait même pas le courage. Qu'allait-elle faire à présent ?

Elle était misérable, tellement misérable. Au milieu de cette orgie de nourriture préparée pour tous les gentils élèves de Poudlard, qui attendaient chaque jour qu'ils préparent de bons repas, elle n'arrivait pas à trouver sa place. Elle restait seule, près du feu d'une des cheminées, avec ses bouteilles de Bièrraubeurre. Elle y mettait toutes ses économies, bien maigres, et parfois, Dobby lui donnait même un peu des siennes, alors qu'il savait que ça n'était pas la solution, mais ils n'en avaient pas d'autre.

Alors elle buvait, buvait, et buvait encore. Pour oublier sa misère. Pour oublier qu'elle avait échoué dans sa mission, la seule importante qu'on ne lui ait jamais confiée. Pour oublier que son maître était perdu à jamais. Elle n'était pas sûre de savoir se pardonner un jour, ni d'avoir le courage de partir. Alors tant qu'on ne l'embêtait pas trop, tant qu'on ne lui demandait pas de s'en aller, elle restait là, assise sur sa petite chaise, à boire encore, et à se lamenter sur son sort.