Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « femme ».

Elle devient une femme...

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« A tout à l'heure ! » lança Rose Weasley en claquant la porte de l'appartement de ses parents.

« Où va-t-elle ? » Demanda son père à sa femme, levant la tête de son journal, confortablement assis dans son fauteuil fétiche.

« Oh, elle part voir son petit-ami. Ils ont prévu un rendez-vous. » Lança négligemment celle-ci depuis la porte de la cuisine en épluchant ses légumes à la main.

Quand elle était fatiguée après une longue journée de travail à l'hôpital, elle préférait utiliser ses mains plutôt que la magie, ça l'obligeait à se concentrer sur quelque chose d'autre que des sorts, des enchantements et des potions, comme le reste de la journée. Bien sûr, elle risquait également de se couper un doigt dans l'affaire, mais elle préférait toujours ça plutôt que de risquer d'assassiner quelqu'un à ne pas contrôler le sortilège sur son couteau.

Elle aurait aussi très bien pu demander à Ron de faire le repas, mais quelque chose lui disait que si elle le faisait, ils ne dîneraient pas avant un certain temps, et qu'elle ne pourrait pas finir son assiette. La dernière fois qu'il avait voulu cuisiner, ça avait été pour leur dernier anniversaire de mariage, quelques mois auparavant, et autant dire… qu'ils avaient fini au restaurant. La nourriture y était moins suspecte. L'attention lui avait quand même plu, et il avait arboré un air si adorablement penaud, qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de l'embrasser.

Des années qu'ils s'aimaient, et ça n'avait jamais changé. Elle ressentait toujours la même chose que bien des années auparavant. Il fallait dire qu'il avait tout fait pour la conservée auprès de lui, et contrairement à ce que certains pensaient parfois, il était loin d'être lourd. Bien au contraire, il avait été attentionné, prévoyant, et amoureux.

Ensemble, ils avaient réussi à construire une vie dont ils étaient fiers, et il l'avait poussée dans ses études de médicomagie jusqu'au bout, abandonnant pour quelques années l'idée d'être auror pour reprendre la boutique de ses frères avec George, et le soutenir moralement. Grâce à ça, il leur avait permis de vivre correctement, avant de lui aussi retourner sur les bancs de la faculté. Ils avaient eu deux enfants magnifiques, et Hermione était très fière de Rose et Hugo. Ils n'avaient pas toujours été faciles à élever, ils avaient tous deux hérité du caractère explosif de leurs parents, mais elle avait de merveilleux souvenirs grâce à eux.

Bien sûr, il y avait eu aussi tous les coups durs, pensa-t-elle en coupant ses tomates en dés fins. Il y avait eu le bébé, le troisième enfant qu'ils avaient voulu mais qui n'avait jamais pu voir le jour. Cette dernière grossesse avait été affreuse. Vraiment affreuse. Et sans Ron, elle ne savait pas ce qu'elle serait devenue. Elle aurait perdu pied, elle serait devenue folle. Elle s'en serait voulu pour la fin de ses jours. Et lui n'avait rien dit, il s'était contenté de la rassurer chaque soir après ses cauchemars, et de lui répéter qu'il l'aimait encore.

Oh parfois, elle s'était bien demandée si c'était vrai, s'il l'aimait encore, s'il ne voyait pas défiler des sorcières bien plus jolies qu'elle à la boutique de farces et attrapes et si son charme et son humour ne les faisait pas tomber dans ses filets. Pourtant, elle avait gardé confiance, et elle n'avait jamais eu à s'en plaindre. Elle était une femme comblée.

« Mais… comment ça un rendez-vous… avec son petit-ami ? Mais ils ne vont quand même pas… ? » Paniqua Ron en se redressant précipitamment de son fauteuil.

Il s'approcha d'elle, inquiet, posant les deux mains sur le plan de travail de la cuisine.

« Un rendez-vous, Ron. Tu sais, comme toi et moi, à une époque… » Fit-elle, joueuse, en effleurant sa joue d'un doigt mouillé par le jus des légumes.

« Mais pourquoi n'en a-t-elle pas parlé ? » demanda-t-il, inquiet.

« Oh elle en a parlé. A moi. »

« Mais pourquoi pas à moi ? Je suis son papa chéri quand même, non ? C'est encore ma fille adorée, n'est-ce pas ? J'ai encore le droit de dire ça hein ? Elle ne me déteste quand même pas déjà ? J'ai fait quelque chose de mal ? » S'affola-t-il.

« Bien sûr que non, mon chéri. Mais tu es son père, et je suis sa mère… Tu comprends ? » Répondit tout doucement Hermione.

« Oui, ça va quand même, jusque-là j'avais suivi. Mais pourquoi ne m'en a-t-elle pas parlé ? » S'énerva-t-il, inquiet.

« Eh bien… on parle plus facilement à sa mère de son petit-ami et de ses inquiétudes quant à son rendez-vous, à la façon dont il va se terminer, à la tenue qu'on doit porter. Ce sont des choses qu'on se dit entre filles, tu vois ? »

« Tu crois qu'elle va… avec son… ? » demanda-t-il, soudainement blanc.

« Chéri, c'est une jeune femme à présent que tu abrites sous ton toit pour les vacances. Rose va avoir dix-sept ans dans quelques semaines. Elle a parfaitement l'âge, tu ne crois pas ? »

« Mais c'est encore une petite fille, ma petite fille… Elle est bien trop jeune… » Se lamenta-t-il.

« Peux-tu me rappeler, Ronald Weasley, à quel âge tu m'as courtisée ? » Le gronda sa femme, les poings sur les hanches, le regard droit dans ses yeux.

« Oui mais ça n'était pas pareil, chérie ! On savait déjà qu'on s'aimait depuis longtemps, n'est-ce pas ? On ne sait même pas qui est ce garçon ! Elle ne nous en a jamais parlé ! Si ça se trouve, il a une très mauvaise influence sur elle, il est méchant avec elle, il ne courtise pas qu'elle, et on ne peut même pas le lui dire ! Si ça se trouve, il ne cherche qu'à faire du mal à ma petite Rose chérie… » Geint-il encore.

« En réalité… Elle m'en a déjà parlé. » Avoua Hermione, mal à l'aise. « Et c'est un garçon très bien. » Ajouta-t-elle précipitamment.

« Mais pourquoi elle ne m'a rien dit ? Enfin je suis son père quand même, pas un tyran ! Si ? » Demanda-t-il, passablement paniqué.

« Elle avait peut-être peur que tu le prennes mal ? Déjà que tu n'as pas l'air de bien comprendre que notre petite Rose grandit… »

« Ça m'aurait peut-être aidé de savoir avec qui elle sortait ce soir… » Bougonna-t-il.

« Ça, je n'en suis pas sûre, chéri… Je pense même que tu ne vas pas apprécier… »

« Quoi ? Elle ne sort quand même pas avec un imbécile ? Dis-moi que ma petite Rose a choisi un type bien et intelligent, et gentil, et attentionné, parfait pour elle ? »

« Il est tout ça. Et il est fou amoureux de notre fille, je te l'assure. Mais tu ne vas pas aimer son nom… »

« Qui ? Dis-moi, qui ? » Bouillonna-t-il d'impatience.

« Eh bien… Notre fille sort avec Scorpius Malfoy. Tu sais, le fils de Draco… »

Le visage de Ron devint blanc comme un linge. Non, ça n'était pas possible, elle n'était pas en train de… avec… non, impossible ! Pas sa petite Rose, pas son amour de petite fille. il se souvenait encore avec bonheur de son entrée en première année, il n'avait pas pu s'empêcher de lui glisser à l'oreille qu'elle devait être mieux que le fils Malfoy, ça lui aurait tellement fait plaisir à l'époque, même si c'était un peu puéril. Il savait bien qu'ils se fréquentaient, et on disait que le gamin n'était pas aussi idiot que son père à l'époque, il avait même atterri à Gryffondor, c'était dire comment ça avait dû enrager son père. Enfin tout de même. il ne pensait pas qu'ils s'entendaient si bien que ça. Sans compter que ça voulait dire que…

« Attends. C'est sérieux leur histoire ? » Demanda-t-il à sa femme.

« ça dure depuis plusieurs mois oui, et ça fait déjà plusieurs années que Rose fait des allusions sans s'en rendre compte. Je crois qu'ils sont vraiment amoureux. Et j'attends de toi que tu te comportes bien avec ta fille, tu connais son caractère ! Et elle choisit l'homme qu'elle veut ! Elle est assez grande ! » Le gronda Hermione.

« Mais ça veut dire que… Malfoy risque d'être son… beau-père… un jour… » Murmura Ron.

« Ils n'en sont pas encore là, tu as encore le temps de t'habituer à ça. Mais c'est une possibilité en effet. Ta fille devient une femme, chéri. Il va falloir t'y faire ! » Conclut Hermione en riant, retournant à sa préparation.

Non, vraiment, sa fille lui aurait tout fait… Rose, sa Rose chérie, qui devenait une femme. Qui sortait le soir. Sans savoir si elle allait rentrer. Avec un garçon. Pire, avec Scorpius Malfoy. Il allait lui falloir un remontant pour digérer tout ça…