Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « cigogne ».

Un encombrant paquet

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Quand Pétunia s'était levée ce jour-là, la première chose qu'elle avait vu, c'était ce ciel d'orage qui transperçait ses volets. Elle n'aimait pas ça, ça lui donnait constamment mal à la tête. Et puis ça n'allait pas plaire à Dudley non plus, lui qui aimait tellement voir le ciel bleu agiter ses nuages devant son nez. Il était adorable à essayer de les serrer dans son poing. Et ça n'était évidemment pas pour les écraser, le pauvre chéri ne ferait pas de mal à une mouche.

Ce qu'elle avait vu ensuite, c'était son mari qui n'était pas encore levé. Elle l'avait secoué un peu, il allait être en retard au travail et il ne se le pardonnerait pas. Ni à elle, qui aurait dû le réveiller pour l'aider à se préparer. Leur vie était bien rangée, la mécanique bien huilée, mais elle était heureuse, dans cet univers sans surnaturel, sans magie, sans monstruosité. Cet univers bien réel.

Elle avait chaussé ses pantoufles, enfilé son peignoir avant de défaire ses bigoudis. Elle s'était ensuite dépêchée de s'habiller pour préparer le petit-déjeuner de son mari. Il ne fallait pas le faire attendre, ou il serait grincheux. Elle avait voulu prendre le courrier dans la porte mais une lettre s'était coincée, si elle ne voulait pas la déchirer, il allait sans doute falloir la retirer de l'extérieur, comme cet imbécile de facteur avait dû vouloir la bloquer. Elle ne manquerait pas de le sermonner longuement la prochaine fois sur son incompétence. Est-ce qu'elle jetait ses œufs dans la poêle le matin parce qu'elle était en retard, elle ?

Elle piocha les clés dans la panière de l'entrée et ouvrit la porte pour rester stupéfaite. Elle n'avait jamais cru aux cigognes qui apportaient des enfants dans des langes, comme le racontaient les contes de bonne femme, mais elle devait avouer que c'était fort. Un poupon emmailloté dans une couverture l'attendait au seuil de sa porte. Elle regarda à droite, à gauche, dans l'espoir de trouver quelqu'un qui s'enfuierait. On ne comptait quand même pas lui coller un enfant dans les bras ? Elle voulait bien admettre qu'il avait l'air assez mignon mais tout de même, elle avait déjà le petit Dudley qui lui donnait du fil à retordre et cet enfant n'était pas le sien.

Elle appela son mari, qui maugréa d'être dérangé de son petit-déjeuner. Du moins jusqu'à ce qu'il vit ce qu'elle tenait entre les bras. Elle avait ramassé le bébé, elle n'allait quand même pas le laisser sur le pas de sa porte par ce temps. D'un même coup d'œil, elle remarqua la lettre glissée entre les langes ainsi que la cicatrice sur le front du petit garçon. Pas très belle, comment pouvait-on faire ça à un enfant ?

Elle laissa Vernon prendre la lettre pour la lire. Son visage devint pâle, puis soudainement aussi rouge que les tomates dans son frigo. On aurait dit qu'il bouillonnait. Il lui tendit la lettre sans un mot, les jointures des mains serrées par la rage. Elle déposa le bébé sur le canapé du salon pour prendre la lettre qu'il avait posé sur la couverture, las d'attendre qu'elle puisse libérer une de ses mains.

Elle prit délicatement la lettre entre ses mains et blanchit rien qu'au toucher. Elle connaissait ce type de papier. C'était un parchemin. Lily en utilisait pour écrire, il paraissait que c'était la mode chez ces monstres de sorciers. Comme s'ils ne pouvaient pas tout simplement utiliser des feuilles de papier normales, il fallait qu'elle se fasse remarquer avec ses excentricités. Tout ceci n'annonçait rien de bon. Elle parcourut la lettre d'un œil rapide et en eut le souffle coupé.

Elle ne savait pas ce qui l'effrayait le plus. Que sa cinglée de sœur ait été assassinée avec son horrible mari par des gens de leur espèce. Que ce soit leur fils qu'elle avait trouvé devant sa porte. Qu'on lui en confie la garde jusqu'à sa majorité sorcière de dix-sept ans en tant que dernière parente en vie. Qu'on lui annonce que c'était là la meilleure chance de le protéger de ceux qui lui voulaient du mal et ne penseraient jamais à le retrouver chez eux. Qu'il faudrait lui annoncer la vérité sur l'étendue de ses pouvoirs magiques, l'assassinat héroïque de ses parents pour le protéger et l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard à laquelle il était inscrit depuis sa naissance quelques mois auparavant.

Sincèrement, elle hésitait. Pour l'instant, elle était surtout blanche comme un linge. Ça n'était pas une cigogne qui avait apporté cet enfant sur le pas de sa porte, l'imposant dans sa vie, comme un reste de sa sœur qu'elle avait haïe et avec qui elle avait coupé tous liens. C'était le diable en personne. Cette sorcellerie maléfique la poursuivait jusque dans sa nouvelle vie. Elle ne voulait rien avoir à faire avec ces monstres. C'était hors de question.

Qu'allait-elle bien pouvoir faire de ce garçon ? Elle le regarda avec les lèvres pincées. Et dire qu'il allait falloir l'élever. Alors qu'il était de cette espèce. Tout de suite, il lui parût bien moins sympathique. Elle leva la tête vers Vernon. Qu'allaient-ils bien pouvoir faire ? Un regard et elle sut. Ils allaient le garder, ils n'avaient pas le choix. Et ils l'éloigneraient de toutes ces histoires de magie que son mari détestait autant qu'elle depuis que ce sombre imbécile de James l'avait attaqué. Ils lui raconteraient une autre histoire sur la mort de ses parents. Il ne saurait jamais. Ils allaient le sauver de son anormalité. Autant qu'ils le pouvaient.

Elle regarda à nouveau le poupon. Même comme ça, elle se rendait compte qu'il ressemblait énormément à son satané père. Avec les yeux de Lily. Il portait le malheur en lui. Qu'il ne s'attende à aucune faveur de sa part. Il n'avait qu'à pas atterrir ici. La cigogne, le hibou ou le quelconque autre animal qui avait été utilisé pour le leur envoyer s'en mordrait les pattes. Ils savaient que ça n'était pas le bon endroit. Cet Albus Dumbledore le savait très bien.