Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « threesome ».

UN AFFREUX MALENTENDU

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« Ça va, je ne te gêne pas trop ? » demanda Victoire, sur un ton agacé.

« Mmm ? Non, non, pas du tout, pourquoi ? »

« Comme ça, pour rien. » claqua-t-elle avant de marcher plus vite, d'un pas rageur.

« Mais Vicky, qu'est-ce qui se passe ? Ça ne va pas ? »

Non. Non ça n'allait pas non. On pouvait en effet dire ça comme ça. Soit son petit-ami était idiot, soit il le faisait exprès. Et dans un cas comme dans l'autre, ça ne lui plaisait pas. Et il n'était sûrement pas aveugle, vu ce qui venait de se passer. C'était au moins une certitude. Il n'était vraiment qu'un scroutt à pétards en rut.

Ils avaient décidé de passer une après-midi en amoureux. Rien que tous les deux, pour une fois. Sans leurs amis qui étaient gentils mais s'incrustaient tout de même souvent. Sans leur famille qui voyait chaque jour de congé comme une occasion de les voir et de profiter d'eux. Sans leurs études qui pour une fois auraient pu être mises de côté.

Teddy avait pris un train de nuit, la veille, pour arriver chez elle en début de matinée. Il s'était couché auprès d'elle pour finir leur nuit sur un nuage cotonneux, dans les bras l'un de l'autre, comme ça arrivait si peu souvent depuis qu'ils étaient ensemble. Entre Glasgow et Londres, il y avait tout de même une certaine distance, et même s'ils s'y faisaient autant que possible, c'était parfois difficile. Là, ils avaient enfin l'occasion de passer un peu de temps tous les deux, en couple.

Ils étaient partis se promener dans un quartier moldu, pour éviter de croiser encore des gens qu'ils connaissaient et leur tiendraient la jambe. Il suffisait que leur oncle Harry ait décidé d'emmener sa femme faire les boutiques et ils étaient fichus. Des fois qu'il lui prendrait cette idée saugrenue. Là au moins, ils étaient tranquilles, main dans la main, à regarder les vitrines et à commenter ce que portaient les mannequins, la nouvelle mode moldue qu'ils ne comprenaient pas toujours.

Ils avaient été élevés dans le milieu sorcier, même si Teddy avait des connaissances du monde moldu par son parrain, et parfois, il y avait des modes qui n'étaient pas parvenues au monde magique. Ou des objets, essentiellement, elle devait l'avouer. Parce que bon, eux aussi avaient les sorciers gothiques, punk – ils savaient que la propre mère de Teddy devait bien être dans ce goût-là d'ailleurs – mais par contre, cette espèce de machin chose pour faire la cuisine, ils ne se l'expliquaient pas. Pourquoi par Merlin cela avait-il une forme de homard ?

Enfin, là n'était pas la question. De toute façon, ils n'avaient pas trouvé la réponse. Non, la question, c'était cette fille. Cette pouf. Cette idiote finie. Cette espèce de moldue qui tournait autour de son mec. Qui l'avait effleuré tout à l'heure dans le magasin, croyant que Victoire n'y prendrait pas garde. Celle qui les suivait depuis plusieurs boutiques. Celle qui n'arrêtait pas de lancer des œillades appuyés à son mec en se fichant totalement de sa présence.

Elle n'avait vraiment pas conscience d'être proche de la mort, celle-là. Elle ne se rendait vraiment pas compte que d'un coup de baguette, elle pourrait la découper en morceaux, la déchiqueter, la réduire en charpie avant de l'éparpiller aux quatre coins de l'Angleterre. Et si elle n'arrêtait pas immédiatement de mater son mec, Victoire allait vraiment s'énerver.

Elle fulminait déjà d'ailleurs. Contre cette fille qui la prenait pour du papier peint. Contre Teddy qui ne voyait rien et la dévisager sans vergogne, s'attardant sur ses formes comme s'il appréciait un bout de viande. Et il faisait semblant de ne pas comprendre en plus. Elle marcha encore plus vite pour mettre de la distance entre eux. Sinon elle allait le tuer.

Quoique. Il méritait une bonne leçon. Elle en avait marre de se taire. Elle n'était pas du genre jalouse, pas du tout même, surtout envers lui qui côtoyait des jolies infirmières et médicomages toute la journée sans qu'elle ne dise rien. Mais il ne fallait pas pousser non plus. Elle n'était pas née de la dernière pluie.

« Alors quoi ? Tu ne vas pas me dire que tu ne trouves pas cette fille à ton goût hein ? » Lança-t-elle en se retournant, écartant les bras, un faux sourire aux lèvres, la voix forte.

« Si bien sûr, tu as vu comment elle est… » Dit-il rapidement avant de s'interrompre. « Enfin je veux dire… »

« Ben vas-y, dis-le chéri, je brûle d'impatience de savoir ce que tu penses de cette fille. Je suis sérieuse, ça m'intéresse vraiment. » L'encouragea-t-elle, ironique.

« Ben elle… elle est bien fichue quoi. Je ne dis pas que tu ne l'es pas hein, surtout pas ! Mais elle a quand même de jolies formes, je dois l'avouer… »

« Oui. Des formes. Bien sûr… C'est vrai que c'est attirant… »

Des formes, c'était justement ce qui lui manquait. Justement ce qui la complexait. Sa petite poitrine, ses hanches maigres, ses fesses pas très rebondies. Justement ce dont il disait toujours que ça n'avait pas d'importance. Apparemment, un peu quand même.

« Eh bien vas-y, qu'attends-tu ? Tu ne veux pas un coup à trois tant qu'on y est ? Tu te l'enlèverais peut-être de la tête comme ça ! » Cria-t-elle.

Elle se fichait totalement que tout le monde la regarde. Ça n'était vraiment pas important maintenant. Ça n'avait même aucune foutue importance.

« Tu es sérieuse ? Tu sais que tu me proposes le fantasme de tout mec ? Victoire, tu es une fille géniale ! Euh, ça n'est pas ce qu'il fallait dire ? »

C'en fut trop. La jeune femme partit en courant, ses larmes se perdant dans l'air, et transplana dans une ruelle déserte. Elle rentra directement chez elle et vérifia qu'elle avait bien verrouillé la porte avant de se jeter sur son lit pour y marteler son oreiller de coups de poing.

Elle avait envie de hurler. Envie de tout jeter dans l'appartement. Envie de dire à Teddy qu'il pouvait aller se faire foutre avec ses plans à trois. Il était donc si imbécile que ça ? Il ne réfléchissait donc pas ? Il ne comprenait vraiment rien. Il n'était pas différent des autres hommes.

Quelques minutes plus tard, elle l'entendit marteler à sa porte. Il avait dû courir, pour arriver aussi vite. Une preuve qu'il tenait à elle ? Peut-être. Elle ne savait pas.

« Victoire. Vicky écoute-moi. Je suis désolé, vraiment désolé. Je n'ai pas compris du tout ce que tu voulais dire. Tu sais bien, c'est un peu trop subtil pour moi… Il a fallu qu'une bonne femme m'engueule dans la rue pour que je comprenne, alors tu vois… » S'excusa-t-il à travers la porte, avec un petit rire gêné.

« Trop subtil pour toi de ne pas déshabiller du regard les filles dans la rue ? Eh bien tu n'as qu'à continuer comme ça, sans moi ! » Rétorqua-t-elle depuis son lit.

« Tu sais que je peux ouvrir la porte, si je le voulais… »

« Tu sais que je peux te défoncer le crâne pour ça. Et même pour le reste. Et que j'en ai mortellement envie. Alors je te déconseille de jouer au con, Ted John Lupin. » Siffla-t-elle.

« Victoire, ouvre au moins, qu'on puisse parler… »

« Tu m'imaginais dans un lit avec toi et une autre, Teddy ! Tu imaginais te partager entre une pouf et moi ! »

« Je sais, j'ai déconné. Et je me disais aussi que ça sentait le coup fourré ton affaire… Je suis désolée, Vicky, vraiment. C'est vrai que c'est le fantasme de pas mal de mecs mais je ne suis pas comme ça, et j'avais oublié. Tu me suffis amplement. Je n'ai pas envie de me disputer avec toi pour cette fille. Allez, ouvre s'il te plaît… »

Elle ouvrit la porte d'un signe de baguette, refusant de bouger de son lit, par principe.

« Si jamais tu recommences, je te jure que tu ne pourras jamais connaître ta descendance. » Lança-t-elle alors qu'il entrait.

« Promis ! » rigola-t-il.