Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « psychose ».

Pas un rêve

Quand elle était enfant, Luna voyait le monde à travers les yeux de ses parents. De sa mère, surtout. Elle l'accompagnait dans son atelier, insistant pour rester dans un coin, sage, sans bouger, à condition de pouvoir voir ce qu'elle faisait de merveilleux dans cette pièce où elle passait ses journées.

Au début, sa mère n'avait pas voulu, ça n'était pas la place d'une petite fille, encore plus quand elle était haute comme trois pommes. Luna avait insisté, tout doucement, sans faire de caprice comme les enfants de son âge, mais en montrant sa volonté. Sa mère avait fini par la laisser s'assoir sur une chaise dans un coin, avec sa peluche, se demandant pourquoi sa fille ne courait pas voir les merveilles du jardin à la place. Elle l'avait laissée faire et petit à petit, s'était habituée à sa présence. Elle lui expliquait au fur et à mesure ce qu'elle faisait, ses avancées, ses recherches, ses certitudes et ses doutes. Elle en oubliait parfois qu'elle n'était qu'une enfant, mais celle-ci apprenait plus de choses que n'importe qui.

Plus tard, quand sa mère était décédée, Luna avait conservé cet amour pour les recherches de sa mère, son intérêt. Elle avait continué seule dans son coin à s'informer, puis elle en avait parlé avec son père, qui partageait sa vision des choses. Elle était émerveillée de voir le champ des possibles que cette façon de voir lui ouvrait. Elle était émerveillée de tout ce qu'il existait dans la nature et que personne n'avait pris la peine de vraiment chercher.

Pourtant, quand elle était rentrée à Poudlard, fascinée par tout ce qu'elle allait pouvoir apprendre, effrayée à l'idée de rencontrer d'autres enfants de son âge, elle qui vivait presque en ermite avec son père, tout avait changé. Elle s'était rendue compte qu'elle était la seule à croire en ce qu'on ne voyait pas. Qu'elle était la seule à avoir cette vision formidable de la nature et du monde qui les entourait. Et pire encore, que tout le monde la prenait pour une folle, pour une idiote décérébrée.

Ça n'était pourtant pas le cas, elle était à Serdaigle, c'était bien que sa pensée n'était pas folle. Elle le savait, de toute façon, elle le sentait. Et quelque part, ça ne la gênait pas que les autres ne la comprennent pas. Ils ne pouvaient pas savoir, ils n'avaient pas connu sa mère. Ils n'avaient pas vu l'avancée de ses travaux formidables. Ils n'avaient pas vécu comme elle avait vécu toute son enfance. Ils n'étaient pas encore ouverts à ce monde. Et elle était sûre qu'un jour, elle réussirait à les convaincre.

D'ailleurs, certains commençaient à la croire. Ginny Weasley par exemple, elle ne la pensait pas folle. Et puis Hermione Granger, au début, Luna avait bien vu qu'elle n'était pas sûre de ce qu'elle devait penser d'elle, mais elle avait appris à l'accepter. Harry Potter aussi, et si lui y croyait, alors qui ne pourrait pas y croire ?

Elle s'était raccrochée à cette idée durant toute sa scolarité. Elle avait pris les soins aux créatures magiques aux ASPICs dans cette optique. Un jour, elle étudierait les créatures magiques que personne n'avait encore vraiment vues. Elles étaient comme les légendes, elles avaient nécessairement une part de vérité en elles. Et elle était sûre qu'elle parviendrait à les trouver, à les prendre en photo ou à apprivoiser quelques spécimens, à les étudier au nom de la science.

Elle avait continué ses études dans la biologie. Elle s'était tournée vers cette branche comme sa mère l'avait fait. Elle serait fière d'elle. Elle avait bien agi pendant la Guerre, en tout cas, elle avait fait ce qui lui semblait juste et à présent, elle continuait son bonhomme de chemin. Au sein de sa faculté, elle paraissait encore être une exception. Elle aurait pourtant cru qu'ils seraient plus éclairés, plus ouverts, et qu'ils comprendraient ce qu'elle essayait de leur transmettre. Tant pis, ça n'était pas grave. Certaines personnes avaient besoin de preuves formelles pour croire en quelque chose. Elle en trouverait. Et elle les leur apporterait.

C'était pour cette raison, qu'elle avait entrepris ce voyage. Quand elle était partie, certains l'avaient traitée de folle. Mais elle savait que c'était ici, dans les hautes montagnes glacées de Suède, que se trouvaient les plus grands troupeaux de Ronflacks Cornus. Elle suivait des traces depuis plusieurs jours. Elle était partie seule en expédition, avec son barda dans un petit sac. Hermione lui avait montré comme l'agrandir indéfiniment et elle avait pu y mettre tout ce qu'elle voulait.

Elle arriva enfin dans un petit village sorcier. Elle en avait entendu parler et comptait faire une étape, après avoir autant marché. Elle était fatiguée, et s'arrêta dans un hôtel. Il n'était pas très rempli mais quand elle entra, elle eut un choc. Accoudé au comptoir, côté bar-restaurant, il y avait un homme, de profil. Les cheveux blonds tirant sur le châtain, un sourire rieur, il plaisantait avec le barman. En entendant la clochette tinter, il se retourna et eut un temps d'arrêt à son tour.

Il s'approcha d'elle et lui proposa de s'assoir à son tour, à côté de lui. Il demanda une limonade au serveur pour la jeune demoiselle, avait-il annoncé. Il lui avait demandé ce qu'elle faisait perdue là, et elle s'était trouvée muette. Sans s'en formaliser, il avait raconté que lui venait parce qu'il était biologiste, et qu'il avait entendu parler de plantes magnifiques dans cette région, qu'il espérait bien prélever des échantillons pour les analyser. Elle buvait ses paroles.

Il s'appelait Rolf Scamander, et avant qu'elle ne lui demande, oui, comme Newt Scamander, celui qui avait écrit plusieurs traités sur les créatures magiques, il s'agissait de son père, ajouta-t-il, gêné. Elle était fascinée.

Cette annonce lui rendit la parole et elle lui parla avec enthousiasme de ses propres recherches, de la raison de son voyage, de cette chambre qu'elle devait réserver et savait-il s'il restait encore de la place, et à qui demander, elle pouvait dormir dehors à la belle étoile sinon mais elle avait peur d'attraper un peu froid et ça pourrait être dommage parce que ça ralentirait alors ses recherches, alors il fallait vraiment qu'elle trouve le patron ou la patronne de cet hôtel.

Enfin, il lui intima de reprendre son souffle et la rassura. Il restait pléthore de chambres, elle aurait de quoi se loger, et il serait ravi de la revoir une fois qu'elle aurait déposé ses bagages. D'ailleurs, le maître de maison venait d'arriver depuis l'étage.

Elle rougit, descendit de son tabouret pour se diriger vers lui et obtenir une chambre pour quelques semaines. Elle pressentait qu'elle allait rester ici quelques temps, et elle avait de toute façon besoin d'un endroit stable où loger. Elle n'aurait qu'à transplaner pour aller plus loin si elle le voulait

Luna Lovegood était peut-être un peu sale, mal habillée, échevelée, elle avait peut-être une psychose comme le disaient tous ceux qui ne la connaissaient pas, et même ceux qui la connaissaient, mais ça, ça n'était sûrement pas un rêve. Et si elle se souvenait bien de l'expression, ça s'appelait plutôt un coup de foudre. Elle savait bien que les Ronflacks la mèneraient à quelque chose de bien.