Merci pour vos reviews ! Ce chapitre est assez court, je m'en excuse !
Chapitre 9
Les leçons d'informatiques de Ludovic étaient de plus en plus complexes, ce qui signifiait qu'elles étaient de plus en plus passionnante. C'était un élève assidu à la tâche, avide de connaissances, et au moins aussi enthousiaste que son professeur improvisé. Lui qui ne comprenait auparavant pas l'intérêt des algorithmes, ni leur fonctionnement, les maîtrisait maintenant à la perfection. D'autant plus que cela lui donnait l'excuse rêvée pour éviter la fameuse visite d'entreprise. Il espérait secrètement que son frère finisse par oublier et passe à autre chose, tout en essayant de garder un comportement le plus naturel possible, l'idée étant qu'Arnaud ne se doute jamais de ce qu'il avait involontairement surpris entre lui et son secrétaire. En s'installant à table, il s'étonna de voir une assiette de plus.
- On a un invité M'man ?
Elle lui sourit.
- Oui et non. Tu te rappelle de Loïs ? Le meilleur ami et accessoirement secrétaire de ton frère ? Il mange à la maison ce soir.
Loïs... Ce ne pouvait pas être CE Loïs... si ? Son père s'installa en bout de table. Comme à chaque fois, sa mère se mettrait à la droite de son paternel, soit à sa gauche à lui, Arnaud en face de sa mère, et donc Loïs... en face de lui. Son frère arriva, un sourire heureux sur le visage, suivit par un rire. Le rire cristallin. Celui de Loïs. Ludovic se sentit paniquer, comment allait-il réagir ? Ils étaient ensemble !
Tout ce petit monde s'installa à table et se mit à manger gaiement. Il pu observer Loïs à loisir durant tout le repas, n'affichant qu'une curiosité mesurée et de circonstance, celle que l'on ressent inévitablement face à un inconnu apprécié de sa famille. Ce n'étais pas l'homme le plus beau du siècle, mais il n'étais pas laid non plus. Il avait un petit nez assez rond, des cheveux courts d'un châtain plutôt foncé, la peau pâle mais moins que ceux de sa famille, même s'il lui semblait évident qu'ils partageaient du sang en commun, ceux de sa famille étaient des copiés/collés, et de grand yeux sombres légèrement en amandes. Il avait l'air profondément gentil, souriant facilement. Il discuta un peu avec lui, et sa première... non, sa seconde impression de lui se confirma toute la soirée : Loïs avait définitivement l'air d'être quelqu'un de bien. Ils achevaient leurs desserts dans une ambiance insouciante, lorsque Arnaud interrompit la conversation, le visage sérieux.
- Papa, maman... Toi aussi Ludovic... Il faut que je vous dise quelque chose.
Loïs le corrigea avec un petit sourire affectueux, même si une certaine appréhension se lisait dans ses yeux.
- Que NOUS vous disions quelque chose.
Ludovic sentit son coeur s'arrêter. Il savait exactement ce qu'ils allaient dire, et il ne savait pas du tout, mais alors pas du tout comment il allait réagir.
- Voilà... Je sais que ça va vous surprendre, peut être même vous dégouter, mais c'est un fait, c'est comme ça, et quoi que vous fassiez ou disiez, cela ne changera rien.
Il releva la tête et les regarda droit dans les yeux, tour à tour.
- Je suis gay. Et j'aime Loïs plus que n'importe qui en ce monde. Il m'est plus important que ma propre vie.
Ludovic savait qu'il était sincère, qu'il pensait réellement chacun de ces mots, et qu'il les avait pesé avant de les prononcer. Son coeur redémarra alors, pour battre comme un fou dans sa poitrine. Comment allez réagir ses parents ? Il pria intérieurement pour qu'ils l'acceptent en souriant, et se tourna vers eux. Son père affichait une expression contrarié, pendant que le visage de sa mère exprimait la stupeur... et une pointe de déception. Il repensa à ce qu'il avait vu dans le bureau de son frère, à l'amour et à la complicité qu'il avait vu entre eux deux, et sut enfin quoi dire. Comme si c'était une évidence. Il se tourna vers le couple, en souriant, et les mots vinrent tout seuls à lui :
- C'est super ! Franchement, je suis content pour vous. Ça crève les yeux que vous vous aimez sincèrement, et pour moi c'est le principal. Que vous soyez deux hommes, deux femmes, ou un homme et une femme, je m'en fiche complètement, le principal c'est que vous soyez heureux, et de ce que j'ai pu voir, ça a l'air d'être le cas. C'est dommage que la société regarde encore d'un mauvais œil les homosexuels, parce qu'à mes yeux, l'amour est le plus beau des sentiments, et le sexe de la personne aimée n'a pas d'importance. Donc non, je ne suis pas dégouté, et pour rien au monde je ne ferait ni ne dirait quoi que ce soit pour tenter de changer votre manière de penser.
Il se tourna vers Loïs, et continua :
- Par contre, si jamais tu rend mon frère malheureux, je ne te le pardonnerai jamais. Ça s'entend dans sa voix quand il te parle qu'il est accro à toi, alors je t'interdis de le faire souffrir, compris ?
Le châtain en face eut un sourire ému :
- Et je ne me le pardonnerai jamais non plus, tu peut me croire.
Ses parents le regardaient fixement, comme si un troisième œil venait de lui apparaitre au milieu du front. Il soutint leur regard sans broncher. Ils n'avaient pas le droit de rejeter leur fils ni de le regardait bizarrement simplement parce qu'il aimait un homme. Le principal, c'était qu'il soit heureux, non ? Sa mère osa enfin prendre la parole.
- Je... J'avoue que je suis surprise, je ne m'y attendais pas... Tu as toujours été très discret sur tes relations amoureuses, et je pensais que c'était de la pudeur de ta part mais...
Elle inspira profondément.
- Mais Ludovic a raison, si tu es heureux, ça me va. Loïs est quelqu'un de bien, et je suis contente que ce soit lui.
Ledit Ludovic sourit. Il était content pour son frère et son petit-ami.
- Cependant...
Elle se tourna vers le cadet.
-... Je veux des petits-enfants, alors tu as intérêt a rattraper le coup non mais ! Je veux des petits marmots qui braille et piaille des "Mami, mami, mami !" en courant dans tout les sens et qui en mettent partout quand ils mangent !
L'ambiance était mitigée, entre malaise et amusement. Ludovic lança gaiement :
- Je saurais te le rappeler M'man !
Pierre eut alors une expression indéchiffrable, et dit gravement à Arnaud :
- Je ne souhaite que ton bonheur, fiston. Si tu es heureux ainsi, soit. Tu restes et restera mon fils, peut importe les circonstances.
L'atmosphère se détendit enfin, et la vaisselle se fit dans la bonne humeur. Loïs tout particulièrement avait l'air soulagé. Ludovic alla le voir alors qu'il se tenait légèrement à l'écart.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Le châtain se retourna brusquement, surpris.
- Hein ? Comment ça ?
- Tu as l'air... Je sais pas. Un peu bizarre. Vous l'avez déjà annoncé à tes parents ?
Le jeune homme détourna le regard.
- Oui...
- Et...? Ça s'est mal passé ? demanda t-il d'une voix douce.
- C'est un euphémisme, souffla Loïs. Mes parents ne veulent plus entendre parler de moi, ma mère nous a mis à la porte en hurlant que c'était ignoble et contre nature. Je savais qu'ils n'étaient pas à l'aise avec le sujet de l'homosexualité, mais je ne les pensais pas homophobes à ce point...
- Je suis désolé pour toi...
Il le regarda de nouveau dans les yeux et lui adressa l'un de ses fameux sourires, sincères et gentils.
- T'es vraiment gentil, merci. T'en fais pas pour moi, je m'en remettrai, après tout, j'ai Arnaud à mes côtés !
La soirée se termina tranquillement, dans une ambiance légère. Ludovic voyait bien que ses parents n'étaient pas particulièrement enchantés, mais ils le cachaient du mieux possible, et c'était le plus important. Qu'ils ne rejettent pas Arnaud. La dernière chose qu'il vit avant de s'endormir fut la porte de sa chambre, et son étrange marque de poster.
...
Avec une petite plainte ensommeillée, il se blottit plus confortablement contre la masse chaude à ses côtés. Il n'avait aucune envie de se réveiller, et encore moins de se lever. Il sentit un bras peser sur son flanc, et une main lui caresser distraitement le creux du dos. Il se sentait incroyablement bien. Une voix chuchota tout contre son oreille :
- Sas'ke.
- Hnnn.
Il cacha son visage dans le creux du cou en face de lui pour bien montrer qu'il ne voulait pas se lever, ce qui fit rire le propriétaire dudit cou.
- Hhnnn !
Un grand courant d'air froid remplaça celui qui se tenait à ses côtés quelques secondes auparavant. Il se résigna à ouvrir un demi-œil, se demandant qu'est-ce que Ludovic avait encore foutu. Soudainement, son coeur battit plus fort, et son cerveau se réveilla enfin. Il était nu, et il y avait eu quelqu'un avec lui, dans un lit. Qu'est-ce que Ludovic avait encore foutu dans ces rêves à la con ? Il se redressa d'un coup, tout les sens en alertes. Il bondit hors du lit et attrapa ses vêtements négligemment balancés dans la chambre, avant de s'arrêter net. Une odeur de ramen lui chatouillait les narines. Un sourire plus brillant que le soleil apparut devant lui, achevant de dissiper les dernières brumes du sommeil.
- Tu es réveillé !
Il sentit son coeur se serrer, pas de tristesse mais d'un amour si grand que c'en était douloureux, et les souvenirs brisèrent la barrière d'oubli créée par l'alcool.
- Le petit dèj' sera bientôt prêt !
Face à l'immobilité du brun, Naruto sentit l'angoisse monter en lui.
- Euhhh... Sasuke ? Tu... Tu te rappelles de cette nuit ou pas ?
Il fit un pas en avant, craignant de voir celui qu'il aimait encore fuir, encore lui glisser entre les doigts. Il avait une expression absolument improbable, ses cheveux blonds dans tout les sens et ses yeux grands ouverts brillants d'appréhension. Le brun opta alors pour son masque le plus glacé et hautain possible.
- Cette nuit ? Et de quoi suis-je censé me rappeler ?
Sa voix était tranchante, froide, sans aucune émotion. En face, Naruto se décomposa sur place. Il tenta de se reprendre tant bien que mal, et se détourna, sans faire attention au brun qui se dirigeait vers lui.
- Non, rien. C'est pas gra..
Les lèvres de Sasuke le firent taire. Ses yeux s'arrondirent de stupeur et lorsque le brun s'écarta enfin, il laissa choir sa mâchoire, bugé. Sasuke le regardait d'un air malicieux et satisfait, et finit par éclater de rire. Son rire léger s'éleva dans l'air, perdant encore plus le pauvre Naruto qui ne comprenait plus rien.
- Oh tu verrais ta tête !
Il se tenait le ventre tellement il riait.
- Aahh mes abdos ! Oh non Naruto, sérieux t'aurai vu comment tu t'es décomposé sur place !
Le blond ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, incapable de prononcer un seul son, achevant Sasuke. Il agita plusieurs fois la main devant les yeux azurs qui reflétaient toute l'incompréhension de leur propriétaire.
- Allô Mr le Poisson Rouge ! Auriez-vous besoin d'un autre bisou magique ?
Il se rapprocha de nouveau, posant une main à plat sur le torse musclé et laissant glisser la seconde vers l'interrupteur. Il se pencha sur les lèvres immobiles, les frôlant à peine, et souffla tout contre l'oreille :
- Ou préférez-vous une autre coupure d'électricité ?
Et il éteignit la lumière. Sans prévenir, Naruto se laissa glisser au sol. Aussitôt, le brun ralluma la lumière et se pencha sur lui.
- Eh, Naruto ? Ça va ? Youhou, c'est une blague ! Je me rappelle ! Attends, tu pleures ?!
Une larme dévalait la joue bronzée, suivie par une seconde, puis une troisième, une quatrième, et quelques instants plus tard, le blond pleurait dans les bras de Sasuke.
- J'ai... J'ai cru que tu ne te rappelais rien ! Que tout allait encore recommencer, que tu allais me fuir... Je... Ne me refais plus jamais ça... J'ai besoin de toi, tu... tu t'imagines pas à quel point ! hoqueta t-il, tout son corps secoué par de violents sanglots.
- Chhhhhtt... Chhhttt... Je suis là, Naruto, je suis là. Je suis désolé... Chhhtt, là, là, respire, ça va aller.
Petit à petit, le blond se calma. Sa respiration se fit de plus en plus régulière, les tremblements cessèrent, et le flot de larmes diminua jusqu'à complètement se tarir. Sasuke se sentait mal. Il avait juste voulu le faire marcher un peu ! Il ne s'était pas douté un seul instant que son amant était aussi fragile émotionnellement parlant. Toute envie de rire ou de taquineries l'avait quitté. Il l'aida à se relever, et tenta de lui faire penser à autre chose :
- Viens, les ramens vont refroidir !
Naruto lui retint le bras et le retourna d'un coup sec. Il planta ses yeux dans ceux d'encres, et se pencha, posant délicatement ses lèvres sur celles du brun. Du bout de la langue, il réclama l'entrée qui lui fut tout de suite autorisée, et ils se mirent à jouer avec leurs langues, se dévorant littéralement l'un l'autre, s'explorant inlassablement. Sasuke fut le premier à fermer les yeux, attrapant l'arrière de la tête blonde en une tendre caresse, laissant ses doigts s'emmêler avec les mèches couleur soleil. Enfin, ils rompirent le baiser.
- A partir de maintenant Sas'ke, on est ensemble. Ce qui implique un vrai baiser le matin pour me dire bonjour, et un autre vrai baiser le soir pour me dire bonne nuit. Entre autres.
Ses yeux bleus assombris par la force de ses sentiments, le visage sérieux mais encore légèrement marqué par la peur qu'il venait d'avoir, et tout l'amour du monde en irradiant, il était irrésistible. Craquant. Super mignon. Et ce qu'il venait de dire l'était tout autant. Le coeur de Sasuke rata un premier battement, puis un deuxième, et il se mordilla la lèvre inférieur, intimement convaincu que si le blond continuait de le regarder de cette manière, il allait faire un arrêt cardiaque. "On est ensemble". Naruto avait dit "On est ensemble". Toutes les promesses contenues dans ces trois petits mots l'envoyaient sur un petit nuage de bonheur. Il déposa un baiser plus chaste sur les lèvres pourtant si tentantes, et répondit enfin :
- Si tu m'embrasses comme tu viens de le faire tous les matins et tous les soirs, je ne réponds plus de rien. Tu préfères pas plutôt un bisou comme ça ?
Le blond éclata de rire.
- Comme tu veux !
- Alors c'est décidé.
Sasuke souriait. Depuis qu'il s'était réveillé sur les genoux de Naruto à l'anniversaire de Sakura, il avait l'impression de passer son temps à rire et sourire, et cela lui faisait un bien fou. Pour la première fois depuis des années, depuis la mort de sa famille, il était heureux. Réellement et simplement heureux, sans aucun nuage pour gâcher les choses.
Même s'il est court, j'espère que ce chapitre vous a plu !
