Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « saoul ».

Encore une fois...

L'eau coulait du robinet, tombait dans l'évier en un gros jet, éclaboussait tout sur son passage avant de disparaître dans le siphon. Abelforth la regardait s'enfuir tandis qu'il essuyait un verre avec son vieux chiffon. Il était vrai que celui-ci n'était pas de la première jeunesse, et il pourrait sans doute en changer de temps en temps, mais il oubliait. Il rentrait chez lui le soir, et passé l'escalier menant à son habitation, il avait totalement oublié ce qu'il devait faire. Oh il n'était pas sénile non plus, il ne fallait pas pousser. Son frère continuait bien à diriger une école et il était plus âgé que lui.

Son frère. Fallait-il vraiment aborder le sujet ? Il n'en était pas sûr. C'était encore douloureux. Epineux. Et il n'était pas sûr qu'ils s'entendent à nouveau un jour. Oh bien sûr, il avait entendu parler de ses actions, de son combat, et il le soutenait, surtout avec le jeune Potter à ses côtés, mais il n'approuvait absolument pas la façon dont il avait manipulé ce gamin. Parce qu'il n'était pas idiot, il voyait bien qu'il lui montait le sombral avec ses idées, à lui parler de Voldemort, de combats, et de son rôle d'élu dans tout ça. Le gamin était bien trop jeune pour apprendre tout ça, et il aurait dû le laisser vivre son enfance en paix, au moins un peu.

Enfin il n'avait encore pas son mot à dire sur tout ça. Et Albus n'en ferait qu'à sa tête, comme des années auparavant avec Grindelwald, comme il avait toujours fait son chemin seul, trop ambitieux pour protéger et mieux utiliser ses pouvoirs. De toute façon, il n'était qu'un petit tenancier de taverne, n'est-ce pas ?

Il ne savait pas bien comment il avait atterri là. Un jour, il avait appris que la Tête de Sanglier allait fermer ses portes si elle ne retrouvait pas preneur. C'était il y a quelques décennies déjà. A l'époque, il avait tout sacrifié pour sa sœur, pour s'occuper d'elle, il ne savait pas faire grand-chose. Alors tavernier, pour un moment, ça ne lui avait pas paru être une si mauvaise idée que ça. Et puis il était resté.

Il regarda l'heure sur l'horloge murale, avant de jeter un coup d'œil dans la salle. Oh, si bien, il allait pouvoir fermer bientôt. Le temps que ce… couple allait-il dire, s'en aille, et ça serait bon. Ils étaient étranges, tous les deux. Ils venaient souvent, en ce moment. Ils avaient des capuchons sur leur visage, des têtes qui ne lui revenaient pas, et ils se disputaient souvent. La femme traitait souvent l'homme de sombre imbécile, de faible. Il en était venu à se demander s'il n'était pas membres de la même famille, et non pas amants. Ils n'avaient pas l'air de s'apprécier énormément, du moins pas toujours. Un frère et sa sœur, peut-être. Il n'en savait fichtrement rien et il s'en fichait.

Il faisait toujours en sorte de ne pas trop s'approcher de ses clients. Au fil des années, il avait appris qu'il ne valait mieux pas les connaître trop bien. La plupart n'était pas vraiment recommandable, si on pouvait dire ça comme ça. Ceux-là par exemple, il aurait juré qu'ils trempaient dans le mangemorisme. Il ne comptait pas les dénoncer, il n'avait aucune preuve, et ils le massacreraient aussitôt sortis. Il ne tenait pas vraiment à finir découpé en rondelles. Il pouvait aider l'Ordre autrement.

Ah, enfin ils partaient. Toujours à la même heure. S'ils étaient vraiment mangemorts, ils n'étaient pas très malins, à instaurer de telles habitudes. C'était d'autant plus facile de connaître leur emploi du temps et de les surprendre quand ils se reposaient. Ou quand ils étaient soûls, quoiqu'ils ne buvaient jamais tant que ça. Par contre, il y en avait un qu'il allait encore devoir ramasser. Il soupira et souleva son comptoir pour passer du côté salle.

« Allez, Fletcher, je ferme là. Tire-toi de là, sac à vin. »

« Oh allez, encore un peu, juste une dernière chope de… »

« Non. » Insista fermement le tavernier. « Je t'ai déjà banni une fois d'ici, tu ne voudrais pas que ça recommence n'est-ce pas ? Tu n'es là que parce que tu dois surveiller Potter, mais dès que ta mission est terminée, je te jure que tu déguerpis avec un coup de pied au cul, est-ce que je me suis bien fait comprendre ? »

« Pfff, quel rabat-joie… Allez Alby, un dernier verre, s'il te plaît, pour la route… » Gémit le tas qui lui faisait face.

Mondingus Fletcher était l'un de ses sorciers qui n'avait aucune conscience et aucun amour-propre. Il se demandait encore comment il avait atterri dans l'Ordre tellement cet homme était peu fiable. Il vendrait père et mère pour un peu d'argent ou une bièraubeurre. Il était vraiment répugnant.

Plusieurs décennies auparavant, Abelforth l'avait déjà mis à la porte définitivement, pour ses conduites irrespectueuses envers le reste de ses clients. Il faisait fuir le peu d'habitués qu'il avait, avec ses discours incompréhensibles, son bric-à-brac venu d'on ne savait où mais sûrement pas très légal, et ses fréquentations peur recommandables. Il avait bien failli y passer une fois, lorsque Mondingus lui avait amené des types qui n'avaient pas eu l'air net du tout. Ils avaient failli saccager son bar, après avoir trop bu.

Il avait juré que plus jamais il n'accepterait un tel sac à vin dans son auberge. Il était honnête et il ne voulait pas d'ennuis. Surtout pas avec ses clients. Finalement, il avait bien été obligé de le reprendre, pour sa « mission de surveillance » même s'il n'était pas sûr qu'il fasse correctement son boulot. Mais Albus lui faisait confiance, alors il n'avait pas le choix. Et puis son déguisement de sorcière était tellement ridicule qu'il avait fini par lui dire de venir sans.

Là maintenant par contre, il était fatigué. Il n'était plus tout jeune et il serait bien allé se coucher. Alors il avait hâte que l'autre débarrasse son plancher. Mais il n'était pas sûr qu'il y arrive sans un coup de main. Il était bien capable de s'endormir sur sa table. Ça n'était pas en soi une catastrophe, cependant il était bien embêté quant à la tournure que prendraient les choses si jamais il se réveillait en pleine nuit et voulait sortir. Il était fichu d'oublier qu'il pouvait transplaner et de vouloir défoncer sa porte. Ou alors de se désartibuler et de laisser un morceau de bras sur le comptoir. Ça ferait désordre.

« Lève-toi, j'ai dit. Sinon je te jure que je te transforme en torchon pour mes verres. » Dit-il d'une voix forte.

« Pas si fort, pas si fort… » Murmura l'autre. « Et t'oserais pas faire du mal à ce vieux Mondingus hein ? T'oserais pas ? »

« Tu parles, je vais me gêner ! Allez, décampe de là ! » Répondit le vieil homme en le prenant par le col du manteau

« Bon, ça va, pas la peine de s'énerver, je m'en vais… » Fit l'autre, rendant les armes, se levant en levant les mains pour s'innocenter.

Il trébucha un peu, se raccrocha au tablier d'Abelforth, avant d'avancer maladroitement. Il titubait. Comme d'habitude. Le vieil homme ne comprendrait jamais comment on pouvait se mettre dans un état pareil pour le plaisir. Par Merlin, lui aussi buvait de temps en temps mais jamais au point de ne plus savoir marcher droit.

L'autre se rattrapa à la porte et le mouvement brusque le fit hoqueter avant de vomir à l'entrée de la taverne. Abelforth soupira, agacé. Il détestait vraiment les clients saouls. Il l'aida à sortir, et referma rapidement la porte derrière lui. Il lança un sort sur la matière marronnasse au sol avant de monter se coucher. Enfin, le service était terminé.