Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « explosion ».
La dernière explosion
Quand on parlait d'explosion, on pensait automatiquement à Fred et George Weasley. Pas un seul élève de Poudlard n'avait pas entendu parler de leurs bêtises en tout genre, de leurs produits délirants, et des explosions qui avaient accompagné leur fabrication. Leurs recettes, le lieu de leurs expérimentations quand ils étaient à Poudlard ainsi que la provenance de leur matériel restaient un mystère, mais une chose était sûre, ils faisaient beaucoup de bruit.
Ils avaient même un long passif avec le concierge Rusard, comme trouble-fêtes quotidiens. Celui-ci se faisait un malin plaisir d'ajouter à chaque fois une fiche à leur nom dans ses petits papiers, et se montrait de plus en plus inventif concernant leurs punitions. Il n'avait pourtant jamais été inventif que le jour où les jumeaux avaient demandé à Peeves de balancer des bombabouses dans tous les couloirs du deuxième étage.
La plupart des élèves n'avaient même pas idée du nombre de punitions qu'ils avaient pu écoper, ni du nombre de beuglantes qu'ils avaient reçu de la part de leur parents, d'ailleurs. Apparemment, leur inventivité ne faisait pas l'unanimité. Molly Weasley n'appréciait qu'à moitié d'entendre à chaque fois des bruits inquiétants dans leur chambre, et elle aurait sans doute préféré des enfants un peu moins turbulents et un peu plus attentifs en cours. Chaque année, elle essayait de les raisonner, en vain.
Pourtant, de l'avis de tous, Fred et George Weasley n'étaient sûrement pas de mauvais élèves, sinon, comment réussiraient-ils à créer autant de farces et attrapes ? Pour ce faire, ils avaient besoin des potions, des sortilèges, des métamorphoses, et excellaient presque dans ces trois domaines. Quand ils ne faisaient pas tourner leurs professeurs en pitiponk.
Entre les sortilèges de vieillissement – qui ils devaient l'avouer n'avaient pas fonctionné comme ils l'espéraient –, les crèmes canari, les oreilles à rallonge, les bombabouses, les jambencoton, les pastilles de gerbe ou les boîtes à flemme, ils avaient à leur actif un certain nombre d'inventions aussi délirantes que brillantes.
Mais la plus belle de leurs explosions serait la dernière. Il fallait un jour tirer sa révérence, et dans ce contexte, les deux adolescents ne jugeaient pas utile de continuer leurs études pendant encore presque un an, pour obtenir des ASPIC dont ils se fichaient, au lieu de construire leur rêve.
Ils n'avaient que peu de temps devant eux, ne sachant pas ce qu'il adviendrait dans les prochains mois, à cause du retour de Voldemort, alors il fallait en profiter. Maintenant. Tout de suite. C'était en tout cas leur opinion. Ils n'étaient pas là pour rester les fesses vissées à leur banc d'étude en attendant que la vie défile devant leurs yeux.
Ils allaient ouvrir une boutique de farces et attrapes, sur le Chemin de Traverse. Harry leur avait donné l'argent qu'il avait remporté avec le Tournoi des Trois sorciers, mille gallions, pour qu'ils puissent ouvrir leur boutique de « Farces pour sorciers facétieux ». Ils étaient fiers de ce nom qu'ils venaient de trouver d'un commun accord, et fiers de pouvoir enfin réaliser leur rêve.
Il était à portée de main. Ils avaient déjà signé les papiers pour la location de leur boutique ainsi que de l'appartement juste au-dessus, pour y vivre ensemble. Ils avaient déjà fait plusieurs tests sur des élèves volontaires de l'école. On ne pouvait pas dire qu'ils n'avaient pas l'esprit d'entreprise, leur ambition était personnelle, mais elle était là.
Il n'y avait qu'un seul problème. Ils étaient coincés à Poudlard, avec Ombrage aux basques à leur interdire tout méfait, même s'ils prenaient un malin plaisir à la déjouer. Enfin, ça ne resterait pas longtemps un problème.
On était au milieu du mois d'avril. Cela faisait déjà plusieurs semaines que les jumeaux préparaient leur ultime explosion, et vengeance contre cette vieille grenouille d'Ombrage qui avait essayé de leur mettre des baguettes dans les roues. Ils allaient lui en faire voir de toutes les couleurs. C'était d'ailleurs le cas de le dire. Ils avaient prévu quelque chose de grandiose.
Ils en étaient tellement excités qu'ils dormaient à peine la nuit. Leur énergie était alimentée par leur incroyable imagination et leur envie de faire encore plus fort, encore plus étonnant qu'habituellement. Poudlard se souviendrait d'eux, ils le juraient, ils allaient marquer le château de leur empreinte.
Ils avaient préparé tout un tas d'expériences, et des centaines de tracts à distribuer dans toute l'école pour leurs futurs clients. Même éloignés de Poudlard, ils comptaient bien mener la vie dure à la Grande Inquisitrice. Ils livreraient par hibou chaque élève qui le demandait, avec réduction s'il jurait de l'utiliser contre elle.
Elle allait voir ce qui lui en coûtait de s'en prendre à des sorciers farceurs, et à brider leurs libertés. Jamais Dumbledore ne se l'était permis, leur laissant suffisamment de marge de manœuvre pour exprimer leur imagination et leurs talents. Ils auraient même juré l'avoir vu sourire plusieurs fois alors que Rusard pestait contre leurs bêtises.
On était le 20 avril. Il était temps. Ils avaient décidé que ce serait ce jour-ci et pas un autre. Ils n'en pouvaient plus d'attendre, tout était fin prêt, ils n'avaient plus besoin de patienter. Ils n'avaient pas mis Lee au courant, et c'était vrai que ça les mettait un peu mal à l'aise, ils espéraient qu'il comprendrait. Cette fois-ci, c'était leur combat à deux, en tant que jumeaux, en tant que futurs associés. Il n'y avait malheureusement pas de place pour leur ami, même s'ils devaient avouer qu'il leur avait inspiré un bon nombre d'inventions.
Ils vérifièrent une dernière fois le matériel dans leur sac avant de sortir de la tour Gryffondor, leur balai à la main. Ils avaient prétendu en riant qu'ils allaient s'entraîner pour le prochain match de Quidditch. Auquel ils ne pourraient pas assister. De toute façon, ils avaient été plus ou moins interdits de jouer par Ombrage. Harry n'avait même pas à trouver de remplaçants, tout était pour le mieux. Le poste de batteur leur manquerait, et ils auraient peut-être pu l'exercer encore en faisant lever l'interdiction, mais il fallait toujours faire des choix dans la vie.
Ils passèrent par le couloir du cinquième étage, qui menait notamment à la salle de bain des préfets. C'était leur petite vengeance contre Malfoy ça, qui avait prétendu leur mener la vie dure à cause de sa double-casquette de préfet et de membre de la brigade inquisitoriale. Ils se retournèrent et George sortit de sa poche la petite invention qu'ils avaient prévu. Il la tendit à Fred :
« A toi l'honneur, très cher frère ! »
Celui-ci éclata de rire avant de lancer le marécage portatif qu'ils venaient d'inventer. Ils allaient bien s'amuser à le bouger, tiens, et à traverser le couloir. Peut-être Rusard serait-il chargé de transporter les élèves d'un point à l'autre par une barque. Cette idée les fit doucement rire. La tête de l'autre crapaud quand elle allait découvrir ça serait à peindre !
Ils n'avaient cependant pas terminé leur œuvre. Ils trouvèrent rapidement Peeves dans une des salles de classe vides, en train d'écrire des obscénités sur un tableau noir. Ils avaient un marché bien plus intéressant à lui proposer. Dès qu'il l'entendit, le poltergeist fut secoué de rire et accepta la mission avec bonheur.
Il prit l'ensemble des objets que les jumeaux avaient préparés et promit une belle explosion. Le temps de le voir disparaître, les jumeaux se préparèrent au grand départ. Normalement, une de leurs inventions allait traverser un vitrail et leur permettrait de partir par la Grande Salle. Ils se dépêchèrent de descendre jusque-là et arrivèrent en enfourchant leurs balais.
Le bal avait déjà commencé. Des fusées de leur invention explosaient un peu partout, dans une gerbe d'étincelles et d'effets lumineux du plus bel effet. Peeves avait bien fait son travail, il y en avait absolument partout dans l'école. Des élèves se baissaient ou s'écartaient, affolés à l'idée que l'une des fusées les touche.
Les professeurs accoururent et les deux jumeaux s'envolèrent. Ils les virent essayer de les arrêter, sans succès. Ombrage lançait des sorts de pétrification mais cela ne les faisait exploser que plus vite. Flitwick essayait, tant bien que mal, entre deux rires discrets, de les faire dévier. McGonagall tentait de garder son sérieux tout en lançant des sortilèges de disparition qui multipliaient leurs effets par dix. Ils avaient bien fignolé leur produit, les heures de travail passées dessus, manquant de faire roussir encore plus leurs cheveux avaient porté leurs fruits.
Ils riaient aux éclats, fiers de leur dernière explosion. Volant au-dessus de la Grande Salle, attendant qu'un des vitraux soit cassé, ils distribuèrent des flyers par volées, criant à qui voulait l'entendre qu'ils se souviendraient de Poudlard autant que l'école se souviendrait d'eux et que celui qui tournerait le plus en pitiponk cette grenouille d'Ombrage aurait leurs félicitations. Ils annoncèrent leur nouvelle adresse dans un dernier éclat de rire avant de franchir une des fenêtres, juchés sur leur balai.
Libres. Ils étaient enfin libres de faire ce qu'ils voulaient. De réaliser leurs rêves. Et tout le monde viendrait leur acheter des produits, à n'en pas douter. Ils avaient réussi leur coup.
