Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « pause ».

Rupture

Quand il fallait y aller, il ne fallait plus hésiter. C'était bien ce qu'on disait, non ? Quand le Doxy était mort, il fallait l'enlever avant que cela ne sente mauvais. Ron ne devait plus faiblir. Plus hésiter. Il avait déjà tournicoté cette histoire dans sa tête un certain nombre de fois et là, ça n'était plus possible, il ne pouvait plus reculer ni repousser l'échéance.

Il soupira une bonne fois et sortit du dortoir des sixièmes années de Gryffondor. Il s'y était enfermé pour réfléchir un peu à la situation, et trouver le courage de faire ce qu'il avait à faire. Il en avait bien besoin. Il s'apprêtait à affronter une tornade brune. Il s'approcha du canapé près de la cheminée. Lavande y était assise, bavardant avec Parvati Patil. Elles examinaient leurs ongles avec attention et il était presque sûr qu'elle était en train de se demander si la couleur de son vernis lui plairait, ou s'il fallait qu'elle en choisisse une autre. Il eut un petit sourire triste.

« Lavande, est-ce que… est-ce que je peux te parler ? »

« Bien sûr mon Ron-Ron, je t'écoute ! » S'écria-t-elle, se retournant soudainement, un grand sourire aux lèvres.

« Pas ici, si tu veux bien… On sort ? On pourrait aller dans le parc, il fait encore beau… » Annonça-t-il maladroitement.

Sans s'en formaliser, elle sauta du canapé, plantant Parvati avec les multiples flacons devant elle, attrapa son bras et s'engagea dans le petit couloir qui menait à la Grosse Dame. Celle-ci s'ouvrit pour les laisser passer. Le jeune homme resta silencieux tout du long de leur trajet vers le parc de l'école, ne se sentant pas d'entamer une discussion avant ce qu'il voulait lui annoncer.

Lavande babillait un peu, détaillant quelques-unes de ses préoccupations majeures sur lesquelles il fallait absolument qu'il se penche : la couleur de sa robe pour la sortie de samedi prochain à Pré-Au-Lard, la couleur de vernis qu'il préférait entre le violet lavande et le violet prune, entre lesquels il ne savait même pas faire la différence, ou encore le nombre de grammes qu'elle devait perdre pour être parfaite à ses yeux parce qu'elle sentait qu'elle avait grossi un peu.

Il la laissa faire, l'écoutant distraitement, encore perdu dans ses pensées et ses propres dilemmes. Est-ce qu'il faisait le bon choix ? Est-ce qu'il ne se trompait pas complètement ? Est-ce qu'il n'était pas en train de commettre une bêtise ? Est-ce que son instinct, d'ordinaire terriblement mauvais, avait raison cette fois-ci ? Est-ce qu'il ne se faisait pas des idées ? Il n'était sûr de rien, et tremblait un peu dans ses chaussures. Mais il n'avait pas le choix, finalement. Que tout ce qu'il pensait soit vrai ou pas, il devait la vérité à Lavande, et il lui devait de se comporter en Gryffondor, pas en mauviette.

Ils arrivèrent près d'un petit banc de pierres et s'assirent. Ils s'étaient souvent installés là, pour s'embrasser à en perdre haleine, ou profiter du beau temps. Ils avaient eu là leurs premiers émois, leurs premiers attouchements, même si ça n'était jamais allé plus loin. Ce banc représentait beaucoup de choses dans leur relation. Il n'était pas sûr que cela soit une bonne idée de s'assoir précisément là, finalement. Enfin, il fallait y aller. Il prit une grande inspiration et regarda la jeune fille dans les yeux.

Elle l'observait en silence, les yeux plein d'étoiles. Elle attendait sûrement qu'il lui annonce quelque chose de formidable, pourquoi pas leurs fiançailles tant qu'on y était. Cette fille était… folle. Il devait l'avouer. Il avait sans doute passé de bons moments avec elle, mais elle était complètement cinglée.

Elle était persuadée qu'ils allaient se marier dès en sortant de Poudlard, et avoir deux enfants, pour lesquels elle avait déjà plusieurs idées de prénoms en tête, mais pas plus parce qu'elle ne voulait pas être une vache à lait comme elle disait, qu'il allait avoir un métier très prestigieux, comme auror, rentrer tôt le soir pour s'occuper d'elle et faire la couverture des magazines. Il n'avait pas vraiment les mêmes aspirations.

Il se lança enfin : « Lavande… je voudrais… »

Et elle le regardait toujours avec son visage de poupée tendu par l'attente, imprimé de bonheur tant elle avait mis d'espoir en lui. Ça la détruirait, s'il disait ça. Elle ne l'accepterait jamais. Elle allait lui faire une scène. Peut-être même essayer de le tuer, qui savait. Il ne savait vraiment pas comment s'en sortir.

« Oui mon Ron-Ron, que se passe-t-il ? Que veux-tu me demander avant tant d'impatience ? Je sens bien qu'il y a dragon sous roche… » Sourit-elle mielleusement.

« Je voudrais qu'on… fasse une pause. » Lâcha-t-il.

Bon, ça n'était pas tout à fait ce qu'il avait prévu, mais ça n'était pas si mal, n'est-ce pas ? Il pourrait lui dire après qu'il voulait rompre avec elle, y aller par étapes, se laisser le temps d'être sûr de ne pas le regretter, lui laisser le temps d'accepter, non ? Oui, c'était bien ce qu'il lui semblait : il était lâche. Mais il n'arrivait pas à lui dire la vérité.

Comment allait-il lui annoncer qu'il était amoureux d'Hermione Granger, la fille qu'elle détestait le plus ou presque, qui partageait le même dortoir qu'elle, dont elle se moquait chaque jour et qu'il avait lui-même raillé par pure bêtise masculine ? Comment allait-il lui dire que cette fille était incroyable à ses yeux et qu'il avait enfin ouvert ceux-ci ? Comment allait-il lui dire qu'il ne ressentait rien pour elle, qu'il n'avait jamais été amoureux d'elle, et que tout ça n'était qu'une illusion, sans doute pour rendre Hermione jalouse, il ne savait pas trop.

« Tu… tu me quittes ? » Murmura-t-elle, les larmes aux yeux.

« Non, non je n'ai pas dit ça ! » Fit-il précipitamment. « Je voudrais juste… tu vois, ça va trop vite… pour moi. Je voudrais… qu'on prenne le temps, qu'on fasse une pause, pour réfléchir… »

« C'est Granger hein ! Elle t'a encore monté contre moi ! Et cette fois, tu l'as crue, cette garce ! Je vais lui refaire le portrait, si jamais elle ose encore s'approcher de toi et te mettre des idées aussi stupides dans la tête ! Tu es à moi, Ron, juste à moi ! C'est moi que tu aimes, c'est moi que tu embrasses, pas elle, et elle va s'en souvenir ! » Hurla la jeune fille.

« Mais non, ce n'est pas ce que tu crois…Elle… Hermione n'y est pour rien ! C'est moi… »

« Je ne te crois pas. Ça n'est pas possible, tu ne m'aurais jamais fait ça. Pas toi. Tu n'es pas comme les autres… » Renifla-t-elle. « A moins que tu sois tombé… non, tu n'as pas fait ça Ron ? Tu n'es pas tombé amoureux de cette pimbêche ! Tu n'as pas osé me faire ça ! »

« Non… bien sûr que non, quelle idée… »

« Tu mens ! Tu n'es qu'un lâche, Ron Weasley, qu'une saleté de lâche ! Tu ne mérites même pas de m'approcher ! Tout est fini ! » S'écria-t-elle en se reculant brusquement avant de s'enfuir vers le château.

Le jeune homme resta sur son banc, désemparé. Mais… qu'est-ce qu'il avait bien pu dire pour la fâcher à ce point ? Là, c'était sûr, elle allait lui faire la guerre, et lui faire regretter ses mots. Il allait vivre un enfer. Et pour peu qu'Hermione s'y mette aussi, il n'aurait plus qu'à s'exiler en Alaska, ou chez Charlie tiens, il voudrait peut-être lui offrir l'asile, à son pauvre frère.

Non, vraiment, il ne comprenait rien aux filles. Enfin, au moins, c'était dit, c'était déjà ça, au moins leur histoire était terminée. Même s'il n'avait pas vraiment compris comment…