Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « monstre ».

Je suis un monstre

Malgré tous les bandages qui recouvraient son visage, et notamment ses oreilles, malgré le brouillard qui envahissait son esprit, malgré les médicaments qu'on lui faisait avaler à longueur de temps, malgré tout ça, Bill n'était pas sourd. Il était peut-être encore aveugle, mais il n'était pas sourd.

Et il entendait ce qu'on disait autour de lui. Il entendait les conversations autour de ses blessures. Il entendait sa mère se lamenter de ce qu'on avait fait à son visage. Il savait que son frère Fred était mort, et un trou béant avait remplacé son cœur à cette nouvelle. Il savait surtout que Greyback ne l'avait pas raté. Il avait entendu l'infirmière parler de cicatrices à vie. Il l'avait entendue parler de défiguration totale. Il sentait les coutures et les douleurs sur son visage, malgré les anesthésies magiques.

Il savait qu'il était sans doute devenu laid. Affreux. Horrible. Repoussant. Il ne s'était jamais considéré comme extrêmement beau mais il savait que sa belle gueule lui avait permis d'attirer un certain nombre de filles. Il avait toujours eu un certain charme et un certain charisme qui lui avaient permis d'en lever un certain nombre et de ne jamais être célibataire très souvent. Il en avait même toujours été fier.

Et à présent qu'il était fiancé à Fleur, il en était encore plus fier. Il avait réussi à la séduire. Elle. La plus belle femme qu'il ait jamais connue. Celle qui lui avait crevé les yeux avec sa beauté. Celle qui avait emporté son cœur à la minute où il l'avait vu. Celle qui n'avait qu'à faire un mouvement de tête pour qu'il soit à ses pieds. Elle le savait, la garce, et elle en profitait parfois.

Mais elle avait toujours affirmé que son propre charme était dévastateur sur elle. Qu'il l'avait totalement séduite. Et c'était sans doute vrai. Sinon elle ne serait pas restée avec lui tout ce temps, n'est-pas ? Sinon elle n'aurait pas accepté sa demande en mariage ? Sinon elle n'aurait pas fait l'effort de supporter sa famille alors que celle-ci ne l'aimait pas. Non, elle n'aurait pas fait tout ça. Elle l'aimait vraiment. Elle avait vraiment des sentiments pour lui. Elle était vraiment amoureuse. Son cœur battait pour lui, il en était sûr.

Mais qu'en serait-il quand elle découvrirait son nouveau visage ? Est-ce qu'elle l'aimerait toujours ? Est-ce que la magie qu'il y avait entre eux opérerait toujours ? Est-ce qu'elle ne serait pas effrayée par ses cicatrices ? Elles lui labouraient le visage, il était devenu monstrueux, pensait-il, alors comment pourrait-elle le regarder en face ? L'amour était-il aveugle à ce point ?

Bill doutait. Il avait peur. Bien plus pour la réaction de Fleur que pour son propre visage d'ailleurs. Il était habitué à sa belle gueule mais il aurait su s'en passer, si seulement la femme qu'il aimait l'acceptait ainsi. Si elle ne détournait pas le regard. Si elle lui prouvait encore son amour. Si elle acceptait qu'il la touche encore. Si elle acceptait de toucher son visage, sans lui montrer de répugnance.

Bien sûr, il comprendrait que ça n'arrive pas. Et il en serait profondément meurtri. Mais après tout, sa fiancée méritait toutes les attentions possibles, qu'il essayait de lui donner, elle méritait tout l'amour du monde, mais elle méritait aussi un compagnon digne d'elle, et il n'était plus sûr d'être à la hauteur. On avait beau dire, le physique jouait énormément dans une relation, et même si c'était une blessure de la Guerre, il n'était pas sûr que cela soit plus acceptable.

Il en était là de ses réflexions quand il entendit sa mère les formuler :

« Mais… et le mariage ? Vous allez l'annuler ? » Demanda-t-elle, inquiète.

« Pourquoi ça ? Je suis assez belle pour deux, il me semble ! » Rétorqua Fleur. « Il n'est pas question d'annuler quoi que ce soit. Bill et moi nous aimons. Et ça n'est pas une cicatrice qui va changer grand-chose.

Une vague de chaleur se répandit dans le corps de celui-ci. Il était soulagé. Elle l'aimait. Elle n'avait même pas vu ce qu'on lui avait fait, sa tête étant encore couverte de bandages, mais quoi que ce soit, elle l'acceptait tel qu'il était. Et qu'aucun de ses frères ne s'avise à présent de lui dire que sa future femme était une idiote prétentieuse sans cervelle !