Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « cigarette ».
Ma dernière clope
Draco tira une taffe sur sa cigarette, accoudé au bord de la fenêtre, regardant, las, les gens et les véhicules passer dans la rue.
« Tu sais que fumer, pour un médicomage, ça ne fait pas très sérieux ? » Demanda la femme dans son lit.
« Au courant, ouais. Mais crois-moi, c'est bien la dernière chose qui me préoccupe. »
« Ah oui ? Et qu'est-ce qui te préoccupe ? » L'interrogea-t-elle, se rapprochant de lui, le drap autour du corps.
« Je ne sais pas, voyons… Est-ce que je vais valider mon internat ? Est-ce que la femme avec laquelle je couche presque tous les soirs et qui me dit qu'elle m'aime la nuit mais m'ignore le jour va cesser ce petit jeu ? Est-ce qu'elle va enfin quitter son imbécile de petit-ami belette ou est-ce qu'elle attend que je la plaque avant parce que je n'aime pas franchement partager, et surtout pas avec lui ? » Grinça-t-il, acide, en se dégageant d'elle.
« Tu sais très bien que je ne peux pas. tu sais très bien que ça le tuerait s'il savait pour nous, et que je le quittais. » Recula-t-elle, blessée.
« Parce que tu crois que je ne souffre pas, moi ? Tu crois que ça ne me fait pas mal ? Et tu crois vraiment qu'il s'encombre de ça, quand il va voir d'autres filles et qu'il les baise comme si tu n'existais pas, comme si personne d'autre n'existait ? Tu crois qu'il pense à toi, dans ces moments-là, que c'est ton nom qu'il susurre ? » Cracha-t-il, écrasant sa cigarette à peine entamée contre le mur avant de la jeter en contrebas. Elle la lui avait gâchée.
La jeune femme le gifla violemment avant de se rhabiller rageusement.
« Tu n'es qu'un connard, Malfoy. »
« Et toi tu n'es qu'une garce, Granger. »
Il savait qu'il avait été trop loin. Il savait qu'il n'aurait pas dû tenir ce genre de propos avec elle et que le sujet était extrêmement sensible. Mais il en avait marre. Elle disait toujours qu'il méritait une vraie histoire, une femme qui l'aimait pour ce qu'il était et pas pour son image d'ancien rebelle qui s'était rangé, une connerie d'invention des journaux à scandales, d'ailleurs.
Il avait fini par la croire. Il avait même fini par croire qu'en disant ça, elle voulait se dévoiler, lui dire que c'était le rôle qu'elle voulait jouer dans sa vie. Il s'était laissé prendre au piège. Il l'avait aimée, de toutes ses forces, de tout son cœur, comme il n'avait jamais aimé aucune autre femme auparavant, comme il n'avait jamais osé délivrer son cœur, comme il n'avait jamais osé avouer ses sentiments.
Mais elle l'obligeait à vivre dans le mensonge, dans l'ombre, dans la honte, comme si ce qu'ils faisaient ne concernerait jamais qu'eux et que le reste du monde penserait toujours qu'ils étaient de simples amis. Comme s'il n'avait aucune autre place dans sa vie que celle d'amant la nuit, quand elle en avait envie.
Tout ça parce qu'elle ne voulait pas briser le cœur de Weasley. Tout ça parce qu'elle se préoccupait encore de cet abruti, qui l'avait trompée avec plusieurs autres femmes durant leur relation. Tout ça parce qu'elle n'arrivait pas à mettre un terme à leur histoire. Mais ça n'était pas de sa faute à elle, bien sûr, il devait comprendre. Derrière Weasley, il y avait toute sa famille, il y avait Ginny qu'elle adorait, il y avait Harry qui était comme son frère, il y avait Molly qui était une seconde mère, il y avait Bill et Charlie qui étaient adorables, Percy avec lequel elle pouvait discuter bouquins, Arthur avec ses objets moldus, et puis même George, qu'elle arrivait à faire sourire de temps en temps. Elle avait des centaines de souvenirs avec eux, des étés entiers passés au Terrier avec eux, une partie de son identité s'était forgée là-bas.
Et lui, qu'avait-il à lui offrir ? Rien du tout, bien sûr. Une vie brisée, en mille morceaux, piétinés par ses anciennes frasques, par la presse à scandales et les gros titres, par la marque sur son avant-bras gauche. Une mère décédée, suicidée, comme une martyr. Un père à Azkaban pour le restant de ses jours. Ah elle était belle, sa famille. Elle était belle, la vie qu'il avait à lui proposer. Il ne pouvait pas rivaliser, c'était évident.
Et cette évidence lui crevait le cœur. Elle lui prenait les tripes et elle les tordait dans tous les sens. Il était amoureux d'elle, putain. Il l'aimait à en crever. Il aurait tout fait pour elle, tout dit, tout avoué, tout tenté. Mais elle était en train de lui échapper. Elle était en train de partir. Elle était en train de filer. Elle était en train de s'évaporer. Sous son regard impuissant.
Parce que même s'il allait s'excuser, et qu'il lui expliquait, elle ne reviendrait sans doute pas. Parce que même si leur histoire était fantastique, sans doute une des plus belles qu'il puisse exister, elle ne devait pas être écrite, pas sur la durée, ça n'était pas dans leur destin, alors il ne la verrait plus. Parce que même s'il lui demandait de l'épouser, sérieusement, de vivre le restant de ses jours avec lui, même s'il lui avouait que c'était son rêve le plus cher, le plus impulsif aussi, elle refuserait, avec un petit sourire triste, mais elle refuserait.
Elle dirait qu'elle ne pouvait pas. Elle dirait que ça n'était pas possible. Qu'ils n'avaient pas le droit. Elle dirait que malgré toutes les barrières qu'ils avaient franchi, toutes les règles sociétales qu'ils avaient enfreintes, toute la confiance qu'elle avait mise en lui pour qu'il supporte son regard dans le miroir, elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas.
Quelque part, il le savait. Cette fois, c'était la dernière fois qu'elle franchissait le pas de sa porte. C'était la dernière fois qu'il la voyait nue. La dernière fois qu'il honorait son corps magnifique. La dernière fois qu'il l'embrassait. Et il ne l'avait su que maintenant, qu'après. Et elle ne le savait peut-être pas encore. Mais lui si. Ils n'étaient pas faits pour être ensemble.
Sa petite vie bien rangée lui dictait de retourner avec Weasley quand il se serait assagi, quand il aurait grandi dans sa tête, enfin. Elle le ferait. Il en était sûr. Il pouvait en mettre sa main à couper, et même à brûler. Ou quelle que soit l'expression moldue qu'elle lui avait apprise. Celle-ci ainsi que tant d'autres. Il avait une flopée de souvenirs avec elle. Dont il se souviendrait longtemps. Toute sa vie, peut-être. Même s'il allait devoir tirer un trait sur cet épisode.
Il sortit une cigarette de son paquet, avant de ranger celui-ci dans la poche de son jean. Torse nu, il s'exposa à la lumière douce du petit matin, et alluma sa clope en attendant que le soleil se lève et darde ses rayons sur sa fenêtre. Le lendemain, il arrêterait de fumer. C'était une bonne résolution, ça.
