Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « lumière ».
Défaillance moldue
« Tu ne m'ôteras pas de l'idée qu'on n'avait pas besoin d'éclectriquité. Ça va nous faire des factures pour rien, en plus. Et je n'aime pas l'idée qu'un moldu vienne trifouiller plein de fils chez nous. » Bouda Draco, les bras croisés, assis dans le canapé beige de leur petit salon.
« De l'électricité. » Soupira Hermione. « Et je t'assure que ça nous évitera un bon nombre de sorts qui nous fatiguent pour rien. De toute façon, c'est l'héritage de mes parents et tu n'y couperas pas ! »
« C'est bien parce que c'est toi… » Grommela le jeune homme.
La jeune femme sourit et passa son bras autour de son épaule, se rapprochant de lui, avec un air enjôleur. Elle avait gagné la bataille. Elle était plutôt fière d'elle-même, ayant peur que Draco refuse catégoriquement sa proposition.
Ils avaient décidé il y a peu d'emménager ensemble. Hermione travaillait au ministère, dans un service créé après la Guerre pour l'aide aux victimes, après une licence de droit magique brillamment obtenue tandis que Draco créait des potions pour Sainte Mangouste, en alternance avec sa faculté de Potions. Ils avaient des horaires qui ne concordaient pas toujours. Ils ne se voyaient pas autant qu'ils l'auraient voulu. Et après tout, emménager ensemble n'était pas un si grand pas. Ils avaient déjà fait le plus dur.
Après la Guerre, tous deux étaient retournés à Poudlard. Ils avaient quelques cours en commun, et peu d'élèves étaient revenus. Ils avaient dû travailler plusieurs fois ensemble et ils avaient fini par apprécier cette collaboration. Malgré tous leurs préjugés, tombés avec le Mage noir et les procès du même nom. Ils n'étaient pas vraiment devenus amis, encore moins amants. Hermione sortait encore avec Ron à cette époque, et même si leur relation cahotait un peu, elle s'y accrochait, dans l'espoir qu'ils finissent par rétablir les liens qu'ils avaient avant.
Mais la Guerre avait tout détruit. Y compris leur relation. Après Poudlard et leurs ASPIC, Ron et elle avaient choisi des voies différentes, mais surtout des modes de vie différents. S'il avait passé sa dernière année à l'école de sorcellerie en étant prostré dans sa chambre et muré dans son silence, Ron semblait s'être ouvert. Un peu trop. Sans doute, même. La sorcière avait fini par en avoir marre.
Elle était restée en contact avec Draco après l'école, le retrouvant parfois un peu par hasard, dans des magasins, près de leurs écoles proches l'une de l'autre, et de baguette en baguette, ils avaient fini par sortir ensemble. Au début, eux-mêmes n'y avaient pas cru. Ils étaient de véritables opposés dans leur façon de vivre. Et finalement, ils avaient réussi à trouver un compromis, à force d'efforts de chaque côté, et d'une irrépressible volonté d'être enfin accepté par quelqu'un.
Il n'y avait qu'ensemble qu'ils se sentaient finalement bien. Qu'ils pouvaient être eux-mêmes. Sans faux-semblant. Sans devoir se cacher derrière un masque. Sans avoir peur de blesser l'autre. Bien sûr, ils s'accrochaient parfois, mais cela faisait partie de leurs caractères, de leur relation. Ils s'y étaient faits. Et ils avaient l'impression de vivre bien plus intensément depuis qu'ils se connaissaient. Hermione n'aurait jamais cru qu'une relation avec Draco Malfoy pourrait autant lui apporter et autant la combler. Elle se sentait bien avec lui, tout simplement bien.
Elle se blottit contre son amant pour profiter de sa chaleur, tandis qu'il passait un bras autour d'elle. Bientôt, ils n'auraient plus à se rejoindre chez l'un ou chez l'autre. Dans quelques jours à peine, ils emménageaient. Ils avaient tous les deux donné le préavis de leur petit studio. Hermione était passée chez ses parents pour faire un tri des affaires qu'elle voulait emporter dans leur nouvel appartement, plus grand. Notamment un bon nombre d'appareils électroménagers, que Draco n'avait évidemment pas.
Elle se serra un peu plus fort contre la poitrine de celui-ci. Elle n'avait jamais réussi à faire retrouver la mémoire à ses parents après la Guerre. Ils étaient restés vivre en Australie et elle n'avait pas eu le cœur de vendre la maison de son enfance. Pas encore. Pas tant qu'elle pouvait la conserver. Elle avait déjà mis de côté quelques affaires qu'elle ferait transplaner.
Quelques jours plus tard, ils déménageaient enfin. Ils faisaient le tour de leur appartement, fiers d'avoir réussi à tout faire rentrer, à avoir déballé tous les cartons, récuré les placards et les lieux dans leur ensemble, rangé leurs affaires et branché leur électroménager. Bon, ils étaient peut-être un peu aidés de magie. Trois fois rien.
Soudain, le jeune homme se retourna vers elle en fronçant les sourcils :
« C'est normal que le petit cadran sur ton… micro-onde » Fit-il en lisant les inscriptions sur l'appareil « n'indique pas l'heure comme il devrait ? »
La jeune femme s'approcha : « Tu es sûr de l'avoir branché comme les autres ? »
« Oui, sûr et certain. »
« Vraiment ? Tu n'as pas oublié ? » Insista-t-elle en regardant derrière l'appareil.
« Je ne suis peut-être pas un moldu mais j'avais compris la leçon. » S'agaça-t-il.
Il regarda, intrigué, la jeune femme passer d'une pièce à une autre, regarder une espèce de truc dans l'entrée qu'elle appelait tableau même s'il ne voyait pas en quoi ça se rapprochait d'une peinture, appuyer sur quelques boutons, essayer de faire chauffer quelque chose, avant de se tourner vers lui, la mine défaite.
« Que se passe-t-il ? »
« Je crois… je crois qu'ils ont oublié de nous faire la mise en service. On n'a pas d'électricité. C'est une catastrophe. On ne peut rien allumer, rien faire cuire, rien conserver dans le réfrigérateur. C'est le week-end, il ne va y avoir personne un samedi soir, comment on va faire, Draco ? » Avoua-t-elle, la mine défaite.
« Eh bien on va utiliser la magie ! Rappelle-toi que tu es une sorcière. » Se moqua-t-il.
« Mais ça va nous épuiser, d'en utiliser autant… Je dois avoir des bougies quelque part, je crois que j'en avais emporté, au cas où… enfin maintenant ça sert quoi. » Dit-elle précipitamment en fouillant dans une petite commode dans l'entrée.
Elle sortit enfin une bougie d'une boîte, la déposa précautionneusement sur une soucoupe dans la cuisine et craqua une allumette. La lumière se diffusa doucement autour de la flamme, créant un halo faible mais suffisant pour y voir quelque chose. Patiemment, elle alluma d'autres bougies et les disposa dans l'appartement, de sorte que toutes les pièces soient éclairées.
« Alors c'est comme ça que les moldus font quand ils n'ont pas d'électricité ? Je crois que je préfère la magie… » Remarqua, provocateur, Draco.
« Je suis désolée, je pensais que ça serait prêt, l'homme au téléphone m'a dit que c'était bon… »
« Ce n'est pas grave, ça crée une ambiance… intime. » Chuchota-t-il en collant son torse à son dos, la prenant dans ses bras.
La jeune femme rougit et acquiesça tandis qu'il lui embrasait le cou.
« Finalement, ça n'est pas si mal, les défaillances moldues… »
