Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF. Le thème était « gui ». A la base, c'est Picotti qui avait tiré ce thème au hasard, et en en parlant ensemble, j'ai eu cette idée...
Trinquons
Six mois que la Guerre était terminée. Six mois qu'ils avaient enterré leurs morts, pleuré ceux qui leur manquaient, soigné leurs blessés, reconstruits le château. Les professeurs et des sorciers parmi les plus grands du pays s'y étaient mis ensemble, pour réussir à lui donner son allure d'antan. Certains signes ne s'effaçaient pas, telles les pierres calcinées à la bibliothèque, mais le professeur McGonagall y avait tenu.
Poudlard était le symbole d'un monde inébranlable, c'était un gage de sûreté pour la plupart des familles sorcières. Elles y confiaient leurs enfants les yeux fermés. Et il était important que cela demeure ainsi. Il y avait eu une baisse de fréquentation à la rentrée, pourtant, malgré tous les efforts employés par l'administration de l'école qui avait fait rédiger une lettre spéciale aux enfants. Les adolescents déjà élèves avaient presque tous voulus revenir, pour terminer leur cursus, certains qu'il n'y avait aucune crainte à avoir. Voldemort appartenait au passé pour de bon. Cette défection concernait essentiellement les premières années, qui étaient moins nombreux qu'avant.
Les anciens septièmes années n'étaient pas tous revenus non plus. Certains avaient décidé d'entrer directement dans leurs études, estimant avoir perdu assez de temps, avides d'expérimenter la vie après avoir vu la mort. D'autres n'avaient pas voulu revenir par honte ou par décision familiale. Le reste s'était retrouvé à la rentrée avec une gêne non dissimulée.
Ils étaient une vingtaine à être revenus, seulement. Ils avaient été rassemblés dans une classe commune, avec des emplois du temps à la carte concernant leurs options. Au quotidien, ils étaient retournés dans leurs anciens dortoirs, qui avaient suffisamment de place pour les accueillir. Certains avaient réintégré leur équipe de Quidditch. Comme si de rien n'était, en somme.
Il y avait toujours des tensions entre eux, mais ils essayaient de les effacer au maximum. L'issue des procès noirs n'avait pas plu à tout le monde. Draco Malfoy, revenu métamorphosé, avait subi un certain nombre de railleries. Il en avait pris l'habitude, et le parti de ne pas y répondre. Certains étaient restés méfiants envers lui, ayant du mal à passer outre ce qu'il avait fait, ce qu'il comprenait, quelque part.
Mais ça n'était pas vraiment important ce soir. C'était le dernier soir avant les vacances de la Toussaint. La plupart des élèves allaient passer la semaine dans leur famille, devenue bien plus importante encore à leurs yeux depuis la Guerre. Ils iraient également pleurer et commémorer leurs morts dans les cimetières. Avant, les septième et huitième années avaient décidé d'organiser une petite fête. Ils étaient très proches depuis qu'ils suivaient des cours en commun et avaient pour la plupart combattu côte à côte. C'était Dean Thomas qui avait lancé cette idée.
« On pourrait organiser une soirée, vendredi soir ! On dormira tous dans le Poudlard Express de toute façon, alors autant profiter de la nuit jusqu'au bout, non ? » Avait-il suggéré.
Lui et Seamus s'étaient chargés de prévenir les autres élèves et de se donner rendez-vous dans la Salle sur Demande, par petits groupes, avant le couvre-feu pour ne pas être suspectés. Les professeurs savaient pertinemment qu'ils y organisaient des soirées de temps en temps, depuis qu'elle avait été mise au grand jour mais ils les laissaient faire. La plupart des élèves étaient majeurs et avaient vu bien trop d'horreurs pour leur âge. Se détendre de cette façon ne leur faisait aucun mal.
Dean et son ami étaient devenus de plus grands trublions encore depuis la fin de la Guerre, comme s'ils essayaient de vivre le plus intensément possible. Ils n'étaient jamais à court d'idées pour égayer le quotidien des élèves. Ils étaient donc descendus soudoyer les elfes de maison pour obtenir de la bièraubeurre et du Whisky Pur Feu. Ils étaient également remontés avec du jus de citrouille pour les moins téméraires. Auparavant, Ron Weasley les aurait accompagnés avec un grand plaisir, mais depuis la mort de son frère, il n'était plus tout à fait le même. Ils espéraient également le dérider.
Tous les élèves des deux années avaient été invités et la fête battait son plein quand Draco osa entrer. Pourtant, il n'avait pas l'impression d'être particulièrement en retard mais beaucoup avaient dû arriver en avance, et pas toujours frais, d'après ce qu'il pouvait constater. Il voyait déjà une Poufsouffle de septième année vomir dans un coin, et fit une moue dégoûtée. Certains n'avaient donc aucune dignité ?
Il jeta un rapide coup d'œil à la pièce. Pour l'occasion, la Salle avait pris la forme d'une gigantesque pièce, parquetée, avec un éclairage tamisé. Des longues tables avaient été disposées contre le mur gauche. On y trouvait toutes sortes de boissons et de nourriture sans doute préparée par les elfes pour qu'ils ne se soûlent pas trop vite. Le reste des lieux était occupée par une foule d'élèves, certains en train de danser sur une musique à la mode chez les moldus. Dean Thomas était aux platines au fond, put-il voir en plissant les yeux. Ça ne l'étonna donc pas. Et les moldus avaient plutôt bon goût en matière de musique, se surprit-il à penser.
Il était arrivé avec un peu de retard pour pouvoir se fondre plus facilement parmi les élèves, de peur qu'on ne le remarque trop sans ça. Le temps où il voulait être le centre de l'attention était passé depuis un certain temps. Aujourd'hui, il tenait surtout à sa tranquillité. Blaise et Nott n'avaient pas été de cet avis et ils étaient arrivés plus tôt que lui, bien décidés à prendre leur première bièraubeurre en même temps que les Gryffondors pour voir celui qui tiendrait le plus longtemps.
Quant à Pansy, Merlin seul savait où elle était passée et ça lui faisait énormément de bien, à vrai dire. Elle n'était pas vraiment insupportable, elle était surtout très douée pour les alliances, et elle avait pris beaucoup de risques en continuant à traîner avec lui, quoi qu'il se passe, avant comme après la Guerre. Disons simplement que ses projets d'alliance à long terme lui passaient un peu au-dessus de la tête pour l'instant. Il aspirait seulement à un peu de solitude et de repos. Histoire de savoir où il en était, ça pourrait être pas mal.
« Tu as l'air seul. » Remarqua soudainement une voix.
Il reprit conscience, surpris. La jeune femme qui se tenait devant lui avait également changé depuis la Guerre. Les tortures qu'elle avait subies avaient marqué son âme, et il pouvait le lire dans ses yeux clairs moins vagues qu'avant. Elle avait toujours ses cheveux blonds très longs, attachés pour l'occasion avec une simple pince, ses tenues assez extravagantes, mais elle avait par exemple abandonné les boucles d'oreille en forme de radis et les bouchons de bièraubeurre en collier. Ça n'était pas plus mal, elle était bien plus jolie ainsi. Luna Lovegood.
Il n'aurait jamais cru pouvoir dire ça un jour mais elle n'était pas si moche que ça, quand il y regardait de plus près. Elle avait un charme… particulier. Elle en avait sans doute vu plus que la plupart d'entre eux, et elle avait énormément de raisons de lui en vouloir. Pourtant, c'était une des premières à être venue lui tendre la main. Quand ils avaient dû faire un travail à deux en arithmancie, et que Théo et Blaise s'étaient mis ensemble, le laissant seul, elle lui avait tout de suite demandé s'il voulait travailler avec elle. Au début, il avait un peu appréhendé, et il n'avait pas pu s'empêcher de se dire qu'avec une fille aussi bizarre, ça ne pouvait qu'être une catastrophe. Il avait eu tort.
Luna Lovegood était, étrangement, une relativement bonne partenaire pour travailler. Elle avait perdu une partie de son air vague, et elle était intelligente. Il comprenait mieux pourquoi elle avait été envoyée à Serdaigle. Même s'il regrettait que cela soit à cause de la Guerre qu'il avait découvert sa véritable nature. Oui, il regrettait. Lui. Draco Malfoy. Il avait changé, n'est-ce pas, le petit con prétentieux ? C'était sans doute mieux ainsi, même s'il avait encore du mal à s'y faire, et que parfois, il reprenait de vieilles habitudes. Pas très longtemps. Souvent à peine celui de se faire aussitôt rembarrer par Blaise qui lui rappelait qu'il n'était qu'un con.
« Bonne déduction, Lovegood. » Finit-il par répondre d'un air détaché. « Toi aussi, d'ailleurs. Tu n'es pas avec tes amis ? Tu devrais les rejoindre. »
« Je suis venue t'apporter une bièraubeurre. Je me suis dit que tu aurais soif en arrivant. Et puis on a l'air moins bête avec quelque chose dans les mains, n'est-ce pas ? » Demanda-t-elle l'air de rien.
Il acquiesça en prenant la bouteille qu'elle lui tendit. Il la fit rouler entre ses doigts, savourant la fraîcheur qu'elle procurait sur ses mains un peu moites. Il releva la tête. Luna était toujours là, plantée à côté de lui, sans rien dire. Pourtant, elle lui avait donné sa bouteille, elle pouvait partir à présent, elle avait fait sa bonne action. Ça n'était pas parce qu'il était seul et qu'il avait l'air un peu gêné d'être là qu'elle devait jouer au bon Merlin. Elle n'était pas une Poufsouffle. Et lui n'avait pas besoin de pitié.
« Pourquoi es-tu encore là ? » La questionna-t-il avec une pointe de colère dans la voix.
« Tu viens de dire qu'on devait être avec ses amis, lors d'une fête. Tu n'es pas mon ami ? » Rétorqua-t-elle en tournant ses yeux azurs vers lui.
Sa voix paraissait encore ailleurs mais pourtant elle le fixait avec autant de présence que possible. Elle attendait sa réponse. Et elle lui posait une vraie question. Elle en connaissait les sous-entendus. Elle avait fait exprès. Elle n'était plus du tout aussi à l'ouest qu'avant. Et lui se retrouvait comme un idiot à regarder ses chaussures parce qu'il ne savait pas quoi lui dire. S'il disait non, ce qui se rapprochait sans doute de la vérité à ses yeux, elle partirait. Et il n'en avait pas très envie. Sa présence était assez agréable. Dans la mesure du possible, disons. S'il répondait oui, il risquait de lui donner de faux espoirs.
Il n'en était plus à penser que Serpentards et Serdaigles ne pouvaient plus être amis. Il avait dépassé ces préjugés depuis un certain temps, d'autant qu'il avait déjà vu des alliances se former dans ce sens. Mais Luna Lovegood ne pouvait pas être ami avec lui. Elle avait été séquestrée dans les sous-sols du manoir de sa famille. Elle avait été torturée sous ses yeux. Il n'avait rien fait pour l'aider. Il n'avait rien tenté pour la soulager de son calvaire. Il ne méritait pas vraiment son amitié. Sans compter qu'il la trouvait un peu trop jolie pour sa santé mentale, depuis quelques temps. Pourtant, il répondit tout de même :
« Si. Si, on est amis. Enfin, si tu veux bien. Tu trinques ? » Changea-t-il de sujet, mal à l'aise.
« Avec plaisir ! » S'exclama-t-elle.
Ils avalèrent ensemble une gorgée de bièraubeurre. Le liquide coulait avec plaisir dans sa gorge. Il avait essayé les bières moldues pendant ses vacances, mais ça n'avait pas le même goût. Elles étaient nettement moins bonnes.
« Oh, j'avais oublié… » Fit Luna en levant la tête.
« Quoi ? »
« J'avais mis du gui, à l'entrée de la Salle. Et nous sommes juste en dessous. »
« Je croyais que c'était infesté de nargoles ? » Demanda-t-il, fier de se souvenir de ces bestioles imaginaires. « De plus, c'est Halloween qu'on fête, pas vraiment Noël… »
« Qui a dit qu'on devait respecter les traditions ? Je ne vois pas pourquoi le gui serait réservé à Noël et pas aux autres fêtes. C'est si joli comme plante. » Rétorqua Luna en haussant des épaules.
« Mais alors… ça veut dire qu'on doit… enfin tu vois, toi et moi… ? »
« S'embrasser tu veux dire ? Oui, sans doute. Il y a des traditions qu'il vaut mieux ne pas chatouiller. Et puis ça empêchera peut-être les nargoles de nous tourner autour par colère. »
Draco Malfoy se retrouva alors imbécile. Gauche. Pourtant, il s'avança d'un pas vers la jeune femme. Caressa sa joue de la main droite, celle qui n'était pas prise par sa bouteille. Sentit le velours de sa peau pâle sous ses doigts et l'apprécia. Il s'approcha ensuite timidement de la bouche de la Serdaigle pour y poser délicatement ses lèvres. Elles avaient un goût de bièraubeurre. Ça n'était pas désagréable.
S'il avait eu au départ l'intention d'un baiser rapide, histoire d'honorer la tradition, il n'en fut rien. Naturellement, il passa sa langue sur les lèvres de la jeune femme et celles-ci s'entrouvrirent. Maladroitement, il l'embrassa plus profondément, fermant les yeux pour savourer cet instant. Si on lui avait dit un jour qu'il prendrait du plaisir à embrasser Luna Lovegood…
