Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « exil ».
Stratégie
Lucius Malfoy allait devoir manipuler finement ses anciens ennemis. Il le savait bien. Cette partie allait sans doute être une des plus compliquées qu'il avait à jouer. Curieusement, cette idée l'exciterait presque si l'avenir de son petit garçon de un an et de sa femme n'étaient pas en jeu. Il avait toujours aimé devoir se creuser la tête pour triompher. D'autant que ses adversaires n'étaient pas toujours en mesure de le faire. Il n'avait pas été à Serpentard pour rien quand il était plus jeune.
Il croisa les bras et se posta devant la fenêtre de son bureau. De là, il pouvait voir l'étendue de leur propriété. Draco était en train de jouer dans l'herbe tandis que sa mère, accompagnée d'une ombrelle, essayait de le surveiller. Il ne voyait pas très bien depuis le premier étage mais il était apparemment en train d'arracher des brins d'herbe et de les jeter autour de lui. Ce qui le faisait beaucoup rire.
Lucius sourit. Son fils était vraiment innocent. Il faudrait qu'il lui apprenne à être moins insouciant que cela. Il fallait qu'il sache que la vie était dure. Impitoyable. Cruelle. Capricieuse. Et qu'il aurait à la dompter et à imposer ses choix s'il voulait vivre comme il l'entendait. Mais il avait bien le temps de parfaire son éducation. Il était pour l'instant trop jeune pour comprendre ça.
Le chef de famille se détourna de la fenêtre pour reprendre le fil de ses pensées. Ça n'était pas le moment de s'abandonner à une contemplation lascive. Il avait de nombreuses affaires à régler. Des pattes à graisser. Des sorts à jeter. Ou à faire jeter, plutôt. Des langues à lier. Ça allait lui coûter cher. Très cher, même. Heureusement, sa fortune était conséquente. L'avantage d'être d'une longue lignée de sang-pur économes.
Il soupira en regardant les portraits de sa famille qui l'observaient. Certains allaient bientôt s'enflammer de commentaires, quand il commencerait sa litanie de parchemins à envoyer. D'autres souriraient, parce qu'il avait pris la bonne décision. Les derniers le regardaient d'un air méfiant, attendant de voir comment il allait se dépêtrer de cette affaire. Il était sans cesse soumis à leur regard. Scrutateur. Interrogateur. Parfois furieux. Ou fier quand il réussissait un coup de maître.
Quand il avait pris le parti du Seigneur des Ténèbres, quelques années plus tôt, certains de ses ancêtres avaient trouvé cette décision dangereuse, du fait de l'instabilité de son maître. Il le savait, c'était un pari risqué. Et pourtant, il y croyait. Les valeurs que le Seigneur promouvait était les siennes, et elles feraient son succès, il en avait été certain. Il savait que celui-ci gagnerait, et qu'il aurait une place de choix à ses côtés.
Il était cependant resté précautionneux dans ses positions, mettant en avant auprès des uns son air tout à fait respectable de Sang-pur soucieux de la communauté sorcière, auprès des autres, sa position d'espion au service des Mangemorts. Il avait ainsi eu un rythme de vie assez risqué, mais il s'en était toujours sorti, haut la baguette, même. Quitte à alimenter quelques bourses de ses gallions.
Aujourd'hui, le Seigneur des Ténèbres n'était plus. Il l'avait appris quelques heures plus tôt à peine. Et il fallait qu'il mette tout de suite en place sa stratégie. Les Mangemorts allaient s'affaiblir de plus en plus, tandis que les aurors reprendraient du poil du sombral pour les pourchasser. Il fallait absolument qu'il mette au point sa version des faits, et qu'il sache ce qu'il allait dire, et comment il allait le faire.
Il avait opté pour la manipulation. Cette pratique était courante, avec les Impériums. Il arriverait sans mal, pensait-il, à faire croire qu'un homme avec femme et jeune enfant ne pouvait pas décemment s'impliquer volontairement dans une entreprise aussi risquée. Il suffirait de rajouter quelques gallions de plus dans certains pécules. De faire quelques promesses. Et il ferait également un don plus important à Sainte-Mangouste cette année, pour « fêter la fin du Mage noir ». Cela devrait suffire.
Il allait pouvoir éviter ainsi l'exil, ou pire, la prison. Il n'avait absolument aucune envie de finir à Azkaban, dont on ne lui avait dit que du mal. Non seulement il devait assurer le devenir de sa famille mais il était certain de ne pas être fait pour une cellule humide et aussi terrifiante. Il devait donc manipuler les mots, l'argent et les gestes avec beaucoup de précaution.
Et par Merlin, si un jour le Seigneur des Ténèbres revenait à la vie comme certains le prétendaient, eh bien il retournerait à nouveau sa cape. Ça n'était pas aussi compliqué que ça en avait l'air, et il savait que s'assurer une position respectable et ancrée dans la politique du Ministère de la Magie ne pouvait qu'être souhaitable pour l'avenir. Quoi qu'il arrive.
