Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « baroudeur ».
Rouler sa bosse
Quand tout le monde avait cherché ce qu'il allait faire après Poudlard et ses ASPIC, Bill s'était lui aussi posé la question. A vrai dire, il ne savait pas ce qu'il voulait devenir. Il était encore un peu jeune pour décider, non ? Il avait encore le temps. il n'avait que dix-sept ans. Il avait à peine atteint la majorité sorcière. Comment pouvait-on lui demander de choisir sa vie dès à présent ? Comment pouvait-on l'empêcher de vouloir faire de nouvelles expériences ?
Ses parents lui en avaient déjà parlé aux vacances dernières. Il était l'aîné des enfants Weasley et sa famille n'avait pas beaucoup d'argent. Ils avaient peur qu'il choisisse de faire de longues études coûteuses qu'ils n'auraient pas les moyens de payer. Qu'ils se rassurent. Bill savait qu'il n'était sûrement pas fait pour être médicomage.
Alors que ses amis avaient pour la plupart de grands projets de médicomagie justement, de Quidditch ou encore de justice magique, voire même de botanique ou de potions, Bill était un peu perdu. Il s'était trituré la tête dans tous les sens, à en perdre ses runes. Il était bon élève dans toutes les matières, et chacune d'entre elles le séduisait, à sa façon. ce qui lui mettait des baguettes dans les roues, pour une fois.
Il avait fini, un peu par hasard, par s'inscrire en faculté de sortilèges. C'était une matière qu'il appréciait énormément et qu'il trouvait particulièrement intéressante à approfondir. De plus, après en avoir parlé avec le Professeur Flitwick, il avait appris que les débouchés étaient multiples. Un peu de maîtrise en sortilèges ne pouvait faire de mal à personne.
Il avait donc passé ses ASPIC comme n'importe quel autre étudiant de septième année, soulagé d'en avoir enfin terminé avec ses choix d'orientation. Il avait passé l'été à courir après un souaffle et à dégnomer le jardin avec ses frères, sans vraiment se soucier de la rentrée. Il resterait au Terrier et effectuerait des transplanages chaque jour pour se rendre à l'université londonienne. Ça n'était pas si loin, et ça leur évitait le coût d'un appartement de toute façon trop petit pour sa grande carcasse.
La rentrée était arrivée et avec elle, son lot de nouveautés. Pour quelques temps, ça lui avait suffit. Bill avait soif de découvertes, de changement, d'originalité. Au début, il avait été ravi de voir la différence entre les cours à Poudlard et ceux de la faculté. Etre assis dans un amphithéâtre, apprendre par soi-même, s'entraîner chez soi le soir et travailler en autonomie à la bibliothèque lui avaient plu. Il n'avait besoin de personne pour savoir ce qu'il avait à faire.
Il s'était également fait à ce nouveau rythme de vie, nettement moins soutenu qu'à Poudlard. Bien sûr, il avait tout de même un certain nombre de cours : sortilèges fondamentaux, règlementation et droit sur l'usage des sortilèges, histoire des sortilèges, runes et latin pour lui permettre d'apprendre l'étymologie des sorts qu'il jetait, ainsi que de nombreux autres cours. Mais il lui restait un certain nombre d'heures libres.
Il employait certaines à travailler sans relâche, d'autres à se constituer un petit pécule en travaillant dans un petit bar, enchaînant les heures de soirée que les autres ne voulaient pas forcément, travaillant tantôt comme serveur, tantôt comme videur et agent de sécurité magique, grâce à sa carrure.
Il s'était également fait un groupe d'amis, avec lesquels il partageait de bons moments, même si parfois il se sentait en décalage. Certains parlaient déjà de leurs projets d'avenir, voulaient travailler dans les hautes sphères du Ministère, brigueraient des postes à responsabilités, comptaient encore quatre ans d'études devant eux voire plus. Rapidement, il se rendit compte qu'il n'était pas comme ça.
Les cours l'intéressaient, bien évidemment, mais ça n'était pas suffisant. Il y avait trop de théorie, trop de discours, de paroles, de professeurs qui faisaient des cours magistraux. Ils n'avaient presque pas de cours pratiques, se devant d'étudier et de pratiquer par eux-mêmes, sans savoir s'ils réussissaient complètement leur sort ou s'il pouvait être amélioré, sans avoir de conseils personnalisés. Sans agir, non plus.
Le jeune homme commença à sentir qu'il n'était plus à sa place. Il arrivait en fin de première année, à l'époque. Il s'était déjà lassé du système de la faculté. Il n'avait plus envie de rester assis sur un banc pendant des heures pour apprendre. Il voulait aller sur le terrain. Il voulait expérimenter. Il voulait servir à quelque chose. Il voulait partir, tout simplement.
Il avait envie de changer d'air. Et il sentait que ça n'était pas en Angleterre qu'il trouverait sa voie. Il avait besoin d'une révolution. Il avait besoin de partir, loin, très loin. Dans un endroit qui lui était encore inconnu. Pour expérimenter de nouveaux lieux, de nouvelles personnes. Faire des rencontres, adopter un autre mode de vie. Barouder, en somme. Sortir de la routine tranquille qu'il s'était fabriquée.
Alors il n'avait même pas attendu les résultats de passage en seconde année pour chercher un emploi. Il avait eu quelques entretiens, qui ne s'étaient pas tous très bien passés, et une fois ses partiels en poche, il avait quitté la faculté. Il avait trouvé un emploi. Exactement ce qui lui fallait. Briseur de sorts pour Gringotts, avec un sorcier formateur pour ses débuts, en Egypte. L'autre bout du monde. Un autre continent. Un dépaysement total. Pile ce qui lui fallait.
Il était resté là-bas plusieurs années. Bien sûr, sa famille lui avait manqué. Notamment sa petite sœur Ginny, avec laquelle il s'entendait extrêmement bien et qui vivait mal son départ. Il revenait la voir aussi souvent que possible et lui envoyait parfois des hiboux avec des petits cadeaux. Les liaisons entre Le Caire et Londres n'étaient souvent hors de prix en portoloin. Malgré tout, il s'était fait à cette nouvelle vie comme un poisson dans l'eau.
Mais les choses ne duraient jamais. Il avait encore la bougeotte. Il voulait encore changer d'air, de métier. Il avait hésité entre plusieurs destinations. Il aurait pu aller voir son frère Charlie en Roumanie, il y élevait des dragons mais Bill aurait sans doute pu y trouver son compte. Cela signifiait aussi quitter Gringotts, et les postes que la banque proposaient étaient souvent très intéressants et emplis de possibilités. Ça l'avait gêné. Il avait aussi pensé à l'Amérique latine, ou à l'Asie, où les gobelins avaient des installations dans lesquelles il aurait pu travailler.
Et puis Voldemort était revenu, d'après le jeune Harry Potter, un ami de son frère, et Dumbledore, le directeur de Poudlard. Ses parents y croyaient. Ses frères aussi. L'Ordre du Phénix se reformait. Bill n'avait pas longtemps hésité. Il était revenu en Angleterre, trouvant un poste de bureau à Gringotts, des horaires compatibles avec des missions pour l'Ordre.
C'était son devoir. Il fallait qu'il soit là pour épauler sa famille. La protéger surtout. Il était l'aîné. Il leur devait ça. Et c'était instinctif chez lui. Même sa petite sœur Ginny se battait, et il n'était pas question qu'il ne soit pas là pour la protéger sur le terrain. Il faisait confiance au jeune Potter qui avait l'air de fricoter avec, mais ça n'était pas une raison pour ne pas redoubler de vigilance. Deux sorciers en valaient mieux qu'un.
Après la Guerre, s'il avait été seul, il serait sans doute reparti à la conquête du monde, sur les routes, à tenter encore de nouvelles expériences, à chercher sa voie, sa place, son avenir, en somme. Il n'avait jamais su se décider. Sauf une fois. À l'instant où il avait rencontré Fleur Delacour et où il était tombé amoureux d'elle. Ce jour-là, il avait su qu'il voulait rester en Angleterre pour le reste de sa vie. Pour elle. Ou même aller n'importe où ailleurs, du moment qu'il était avec elle. Aller où elle voulait.
Longtemps, il avait cherché des raisons de rester là où il était. Sans jamais en trouver. Aujourd'hui, c'était des raisons de partir qu'il ne trouvait pas. Fleur était devenue sa boussole. Son pilier. Elle était celle qui avait réussi à canaliser le baroudeur en lui. La seule à avoir su dompter son envie de liberté et de solitude. Fleur était la seule femme à avoir su le faire rester auprès de lui sans jamais avoir eu à le lui demander. Lui qui avait toujours été si instable s'était enchaîné à elle pour l'éternité, sans aucun regret.
