Cet OS a été écrit pendant les Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « vacances ».

Vocation

Severus Rogue se demandait souvent pourquoi il était devenu professeur. Ça n'était certainement pas pour le salaire, ridicule, qu'il percevait. Ni pour les moyens mis à sa disposition pour ses recherches. Ils auraient été bien supérieurs s'il avait été potionniste pour Sainte Mangouste par exemple. C'était encore moins pour ses élèves. Quoique.

La plupart d'entre eux étaient des incapables, des profanes sans aucune émotion magique. Des enfants qui ne savaient absolument pas ressentir la magie dans une potion, l'alchimie délicate entre les éléments, sous l'influence d'un sablier redoutable. La plupart ne saurait jamais rien faire de correct, à part quelques philtres parmi les plus basiques.

Mais certains détenaient un potentiel qu'ils ignoraient. Certains comme son filleul Draco Malfoy avaient un don. Ces élèves le fascinaient. Il pouvait les voir découvrir leur passion, se l'approprier, et parfois les mener jusqu'aux plus hautes marches de la potion. A ceux-là, il apprenait à mettre la mort en bouteille, à philtrer l'amour et à distiller le temps. Il leur apprenait les rouages des alchimies les plus complexes qu'il puisse exister. A ceux-là il faisait entrevoir l'étendue de son domaine d'études. En espérant qu'ils continuent eux aussi sur cette voie.

Oui, c'était sans doute la raison pour laquelle il continuait dans ce métier. Il était d'une humeur exécrable la plupart du temps, maudissait les quatre cinquième de ses élèves, priait même parfois Merlin pour que leur chaudron leur explose à la figure et le débarrasse d'eux. Il rêvait de ne plus les voir piailler et s'agiter dans son cours. Il rêvait de corriger des copies qui valent enfin la peine d'être lues et manquait de s'étrangler à chaque parchemin tant il y voyait d'erreurs dignes d'un sombral. Il pensait même parfois à quitter ses fonctions à l'école, à les laisser trouver un autre potionniste, pour enfin devenir chercheur à plein temps, voir son nom écrit dans l'histoire, à côté d'une découverte importante.

Pourtant, il n'était jamais parti. Il n'avait jamais renoncé. Oh il avait bien tenté plusieurs années de suite d'obtenir un nouveau poste mais finalement, quand il y était parvenu, il s'était rendu compte qu'être professeur de Défense Contre les Forces du Mal n'était pas ce qui lui plaisait le plus. Certes, c'était un domaine qu'il maîtrisait sur le bout de la baguette, mais ça n'avait pas autant de piquant que les potions. C'était presque fade. Il avait bien vite rendu son poste à Lupin.

Plusieurs fois, il s'était demandé pourquoi il attendait autant de découvrir des élèves brillants. A chaque nouvelle cuvée, il espérait secrètement qu'il y aurait un potionniste de talent avec lequel il pourrait travailler plus en profondeur. Certaines années, il n'y avait personne qui soit digne de son intérêt. Parfois, il y avait plusieurs étudiants au contraire, qui retenaient son attention. Severus avait bien vite fait de juger la plupart d'entre eux. Miss Granger par exemple était douée pour cette matière, mais elle n'y mettait aucune âme. Il n'avait donc aucun scrupule à la rabaisser comme les autres.

Au fond, Severus avait fini par se dire qu'il attendait de pouvoir faire ce qu'on n'avait pu réaliser avec lui. Il avait découvert les potions en arrivant dans cette école qui représentait le Père Merlin pour lui. Il y avait placé tous ses espoirs. Et les potions s'étaient vite révélées être une véritables passion. Cependant, le professeur Slughorn n'avait pas été à la hauteur. Bien sûr, il savait enseigner, c'était indéniable. Mais il ne savait pas dénicher les véritables talents. Il ne s'intéressait qu'aux étudiants qui avaient de la famille célèbre. Ce qui n'était certainement pas son cas, évidemment.

Qu'avait-il pour attirer son attention ? Une mère battue. Un père alcoolique et moldu qui détestait la magie. Ça n'était guère brillant. Il n'avait pas non plus le charisme de Lily, que le professeur avait tout de suite remarquée. Alors il était passé inaperçu. Il avait trouvé lui-même des astuces pour mieux réussir ses potions. Il avait travaillé d'arrache-pied pour être le meilleur en la matière. Pour pouvoir entrer dans une faculté honorable. Il aurait sans doute voulu que quelqu'un l'y aide, quelqu'un qui ait de l'expérience, quelqu'un qui aurait des appuis. Mais il n'avait pas eu tout ça.

Bien sûr, il n'était pas toujours équitable dans ses jugements, il devait le reconnaître. Il n'avait jamais aimé les Gryffondors et ne les apprécierait jamais. Néanmoins, si l'un d'entre eux se révélait être un génie en potions, il savait que sa passion serait la plus forte et qu'il l'aiderait. Merlin merci, ça n'était jamais arrivé. Un Gryffondor doué en potions, on aurait tout vu. Pourquoi pas un Serpentard qui y serait exécrable. Quoique non. Ça n'était pas un bon exemple. Il n'avait jamais vu plus imbécile que Vincent Crabbe et Gregory Goyle. Excepté leurs pères, bien entendu.

Petit à petit, son métier était devenu omniprésent dans sa vie. Il pensait potions, dormait potions, mangeait potions, réfléchissait potions. A longueur de journée. Cela lui évitait de trop ressasser le passé, sans doute. Cela le rapprochait de Lily également, qui en avait fait une de ses passions également. Même après toutes ces années, il continuait de lui rendre hommage dans chacune de ses fioles.

A chaque fois qu'il avait une émotion particulière qui le submergeait, il s'efforçait de l'enfermer dans un flacon. Il préparait un chaudron qui la ferait disparaître à tout jamais. Pour ne pas souffrir. Ne pas penser à ce qui pourrait lui faire du mal. Se concentrer sur l'essentiel. Se concentrer sur autre chose que des sentiments inutiles et fourbes. Il n'avait pas besoin de ça. Il mettait sa tristesse et sa joie en bouteille, enfermait ses colères et écrasait ses volontés d'amitié. Il se protégeait, de la façon la plus efficace qu'il soit.

Quand il était en vacances, il ne savait étrangement plus quoi faire. Les premiers jours bien sûr, il poussait un soupir de soulagement à l'idée de ne plus avoir cette bande d'incapables à essayer d'éduquer. Il commençait par ranger ses papiers, les affaires dans son petit appartement qui avaient été dérangées et jamais remises à leur place, malgré son côté un peu maniaque. Il essayait ensuite de lire un livre ou deux, de sortir à Pré-Au-Lard.

Mais il finissait toujours par se sentir mal à l'aise, hors de son élément. Comme une sirène qu'on aurait éloignée de la mer. Alors il revenait à ses chaudrons. Il préparait toutes sortes d'onguents, pour les vendre ensuite à Sainte Mangouste. Il cherchait de nouvelles formules, de nouvelles combinaisons, qui permettraient de faire des avancées majeures, ou même mineures, à la limite, c'était ses recherches qui l'intéressaient le plus.

Il finissait toujours par retourner à ses fioles. Severus ne comprendrait jamais les sorciers qui n'avaient pas de passion. Comment faisaient-ils pour survivre ? Comment faisaient-ils pour se lever chaque matin en affrontant les horreurs d'un quotidien si morne ? Comment faisaient-ils pour ne pas perdre la tête ? Il n'en avait strictement aucune idée.