Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « ombre ».
Tactique
« Alors Malfoy, encore avec tes singes ? » Lui lança Potter.
Ils n'arrêtaient pas de se disputer et de s'insulter depuis le début de leur scolarité, depuis cette main tendue que Potter n'avait pas su saisir. Et c'était un de leurs plus grands sujets de querelle. Draco était toujours accompagné de Crabbe et Goyle. Presque partout où il allait, excepté les cours de spécialisation qu'il avait pris depuis le début de l'année. Ces deux-là étaient incapables de les suivre. Il se retrouvait donc plutôt avec Pansy Parkinson ou Blaise Zabini.
Potter pouvait bien se moquer, il était toujours accompagné lui aussi. Granger et Weasley le suivaient partout comme des elfes de maison. Il était incontestablement le meneur de leur bande de bras cassés. Et il était sûr que les deux autres le protégeaient de plusieurs dangers, et donneraient même leur vie pour lui.
La seule différence entre eux était que Draco ne s'embarrassait pas d'amitié avec ses deux gardes du corps. Ils n'étaient pas amis. Merlin merci. Crabbe et Goyle avaient autant de conversation qu'un botruc attardé. Mais ils lui étaient utiles. Très utiles même. Il pouvait compter sur eux pour le sale boulot. Pour le protéger également. Ils étaient liés. Quoi qu'il arrive. Entre eux, il n'y avait pas d'amitié, donc pas de disputes, pas de froid gênant, pas de contrat implicite et horripilant. Ils étaient son ombre, et cela s'arrêtait là.
Bien sûr, tout était facile pour Potter. Il n'était pas élève à Serpentard. Il ne connaissait pas les machinations qui se tramaient dans leur salle commune. Il ne savait pas que chaque élève faisait partie d'une formation, d'une alliance formée par ses parents ou par lui-même. Que chaque alliance observait les moindres faits et gestes des autres pour les tirer parti de leurs faiblesses. Il n'y avait aucune amitié. De la part de personne. Ou presque.
La seule qu'il pouvait considérer comme une amie était Pansy Parkinson. Bien sûr, elle était parfois terriblement agaçante et elle avait un peu trop tendance à vouloir l'épouser ou au moins lui sauter autour du cou, mais c'était une amie. La seule qu'il pouvait appeler ainsi. Il savait que sa famille était peu impliquée auprès du Seigneur des Ténèbres. Elle pouvait choisir son camp tel qu'elle l'entendait. Et elle avait choisi Draco Malfoy.
Elle lui était d'une aide précieuse, même si parfois elle monnayait ses services. A Serpentard, personne n'était faible, personne ne baissait sa garde. Personne ne commettait de faux pas sans en payer les conséquences. Aussi sûrement que Crabbe et Goyle lui permettaient de ne pas être attaqué de face, Pansy assurait ses arrières. Elle distillait ses pensées quand il n'était pas là, elle lui rapportait ce qui s'était dit. Et il devait avouer que c'était plutôt un bon coup au lit. Elle lui était fidèle. Et elle le serait toujours. C'était un appui non négligeable.
Tout était affaire de stratégie. D'affrontement. Plus ou moins direct, évidemment. Ils n'étaient pas des imbéciles de Gryffondor à foncer tête baissée en réfléchissant après. Tout se calculait, se mesurait, se réfléchissait. Il ne prenait jamais une décision sans y penser mûrement auparavant. Chaque geste pouvait être interprété. Chaque alliance pouvait s'effondrer d'un claquement de doigts.
Ça n'était pas pour rien que Crabbe et Goyle le suivaient lui, et non pas Zabini ou Nott. Blaise n'était absolument pas impliqué dans les affaires des Mangemorts, sa mère ne voulait pas en entendre parler, préférant courir après les hommes pour mieux les tuer. Quant à Nott, son père n'était pas spécialement intelligent, contrairement au fils, il n'avait pas dû réussir à embobiner Crabbe et Goyle senior. Lucius Malfoy, lui, les tenait. Et il était un des préférés du Seigneur des Ténèbres. Si ses deux ombres arrêtaient de le suivre, l'alliance entre leurs pères prendrait du plomb dans l'aile, et cela leur serait peut-être fatal.
Son père était lui-même très bien entouré, par des familles qui lui devaient tout. Il avait fait leur position, leur réputation, parfois même une partie de leur fortune. Ils lui étaient redevables. Chacun d'entre eux pouvait faire de grands sacrifices s'il le demandait. Draco était son fils unique, son héritier, celui qui prendrait ensuite sa place pour gouverner la famille Malfoy. Il était normal qu'on lui réserve le même traitement de faveur.
Mais tout ça, Potter ne le comprenait pas. Il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez, comme d'habitude. Il agissait sans réfléchir, sans penser une seule seconde aux conséquences, et s'affolait quand elles s'avéraient désastreuses. Il courait se réfugier dans les jupons de Dumbledore pour qu'il arrange la situation. Demandait de l'aide à Granger ou Weasley, même s'il ne voyait pas comment ce dernier pouvait être utile en quoi que ce soit.
Potter ne comprenait pas que les événements se préparaient des mois à l'avance. Qu'ils n'étaient que le résultat d'une longue liste de décisions, influences, et pas seulement le fruit des circonstances. C'était pour cette raison que Draco supportait ses ombres. Qu'il n'avait pas de vie privée. Qu'il ne faisait jamais rien au hasard et s'interdisait les coups de folie.
C'était pour cette raison que Potter perdrait. Et qu'il gagnerait.
