Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF. Le thème était « métro ». J'ai choisi de me référer à un OS que j'ai écrit il y a quelques temps, publié sous le nom « Un dernier verre ». Il n'est pas absolument nécessaire de l'avoir lu pour comprendre…
Monotonie de l'attente
Métro, boulot, dodo. Comme disaient les moldus. C'était à peu près ce à quoi la vie de John Dawlish se résumait en ce moment. C'était en tout cas l'impression qu'il avait. Sa femme lui tapait sur les nerfs. Enfin, peut-être devrait-il dire son ex-femme, puisqu'elle n'allait pas tarder à le devenir.
Miranda avait demandé le divorce. Bien entendu. C'était une solution logique, après tout. Elle n'avait pas eu à chercher plus loin. Elle n'avait pas eu à essayer de le comprendre, à faire des efforts, ou à demander une discussion avec lui. Ou peut-être l'avait-elle fait, avant, durant ces… combien déjà… presque vingt-cinq ans de mariage ?
Il ne savait pas. Il n'en avait aucune foutue idée. Il avait été trop occupé par son métier d'auror pour s'en soucier. Elle lui avait dit pourtant, qu'elle comprenait. Elle le lui avait juré quand il avait enfin cédé pour le mariage. Il s'en souvenait comme si c'était la veille. Il avait commencé à la draguer quand ils étaient à Poudlard. Elle avait trois ans de moins que lui mais ça ne l'avait pas arrêté pour autant. Le jour où elle avait enfin ri à ses plaisanteries et l'avait l'embrassé sur la joue, il s'était dit qu'il aurait pu aller à Gryffondor pour le courage qu'il avait eu.
Pendant plusieurs années, ils étaient sortis ensemble, même après qu'il ait quitté l'école pour entamer sa formation d'auror. C'était devenu compliqué de se voir, et ils avaient bien cru que ça ne fonctionnerait jamais, et pourtant. Ensuite, Miranda avait dû partir aux Etats-Unis, pour étudier la décoration d'intérieur, sa passion, dans une des plus brillantes écoles, à New York. Ils avaient alors décalé leurs projets de vivre ensemble. De toute façon, ses premières années passées en tant qu'auror passaient à toute vitesse, il ne faisait que travailler du matin au soir.
Ils se voyaient les week-ends, ou pendant les quelques congés qu'ils arrivaient à prendre chacun de leur côté. Encore une fois leur couple avait failli céder mais ils étaient trop amoureux l'un de l'autre pour se laisser submerger par l'inconnu ou la tentation de la facilité. Les années étaient passées, ils avaient fini par s'installer ensemble, par parler d'avoir des enfants, sans jamais en avoir car leurs carrières comptaient encore trop à leurs yeux. Ils s'étaient mariés sur le tard, John avait déjà 37 ans, et ils avaient eu des jumeaux deux ans après.
Judith et Kyle étaient tout ce qui comptait à ses yeux. Il n'en parlait cependant jamais au travail, de peur qu'un jour quelqu'un s'en prenne à eux, surtout pendant la Guerre. Rares avaient été les collègues qui avaient été mis au courant. Il se souvenait encore l'air étonné de Tonks quand elle l'avait appris. Les jumeaux avaient déjà treize ans à l'époque. Treize ans et pourtant ils étaient inexistants aux yeux de la plupart de ceux qui le connaissaient. Comme s'il n'avait rien d'autre dans la vie que son travail.
Quelque part, c'était assez vrai. A Poudlard, il avait su rapidement, en cinquième année, qu'il voulait devenir auror. Il était excellent dans toutes les matières et avait obtenu des optimaux partout. Toutes les portes lui étaient ouvertes. Il n'avait que l'embarras du choix. Pourtant, parmi les professions les plus prestigieuses, les plus cérébrales, il avait choisi de devenir un agent de la justice. Il avait choisi de pourchasser les mages noirs et autres criminels.
A la vérité, il avait été fasciné par leur façon de procéder, du moins, ce qu'il en avait lu dans des manuels de la bibliothèque. Il avait été fasciné par les délires qui entouraient leurs actions et les rendaient pleines de sens. Il avait été fasciné par la complexité de réflexion qu'il fallait développer pour les comprendre. Et il avait l'intime conviction que comprendre ces personnes était le meilleur moyen de les appréhender. Le meilleur moyen de les éliminer. Il fallait une intelligence aiguë pour y parvenir. Il pourrait enfin mettre ses capacités à l'épreuve du feu.
John Dawlish avait la prétention de se croire assez intelligent. Au début, il s'était cru simplement un peu plus futé que les autres enfants de l'école primaire qu'il avait fréquentée. Et puis il s'était rendu compte qu'il apprenait plus vite que les autres, qu'il réfléchissait plus rapidement, que ce qui lui paraissait évident ne l'était pas pour tout le monde. Alors il avait essayé de le cacher, se rendant compte que ça le rendait anormal aux yeux des autres. Même parmi les sorciers. Un sorcier à part parmi ceux de son espèce, en quelque sorte.
Les gens intelligents n'étaient pas portés aux postes qui nécessitaient le plus de réflexion, malheureusement. Pas toujours. On retrouvait une belle paire d'imbéciles parmi les personnalités du Ministère de la Magie. Les sorciers intelligents étaient raillés, traités de fous, ostracisés. Il n'y avait qu'à voir ce que la plupart du commun des sorciers pensait parfois de Dumbledore. Dawlish ne voulait pas être comme ça. Il n'en était pas question. Il n'avait aucune envie d'être un paria.
Il avait cependant compris qu'il avait besoin d'un métier qui le stimule tout de même. Alors il avait travaillé dur pour obtenir les meilleures notes possibles à ses ASPIC. Il voulait être sûr d'être accepté dans la formation d'auror. Ils ne prenaient que l'élite, et il savait qu'il ne payait pas de mine physiquement mais il se sentait capable à l'époque de déplacer des montagnes. Pourvu qu'il s'épanouisse dans son métier. Et qu'il cache son secret.
Il s'était jeté à corps perdu dans cette matière qui lui donnait tant à réfléchir. Le bureau était le seul endroit où il tombait sur des problèmes tellement complexes que l'entièreté de son cerveau était sollicitée. Il pouvait utiliser pleinement ses capacités au lieu d'avoir l'impression de tourner à semi-régime. Il n'était pas aussi frustré que dans la vie quotidienne. Il avait un taux de résolution d'enquêtes parmi les meilleurs de la brigade, et il faisait souvent équipe avec Tonks qui était plus douée sur le terrain.
Il en avait oublié qu'il devait pourtant vivre à côté. Il en avait oublié de s'occuper de sa femme, et de ses enfants. Bien sûr, ils étaient importants à ses yeux, terriblement cruciaux. Mais il ne savait pas y faire avec eux. Il ne savait pas comment les comprendre. Il ne savait pas comment être normal avec eux. Il ne savait pas comment réagir. Il ne savait pas ce qu'il fallait dire et ne pas dire, et il accumulait les gaffes. Miranda avait eu raison de le quitter. Il ne faisait rien comme il fallait.
Depuis qu'elle l'avait jeté à la porte avec sa petite valise, il était perdu. Ils lui avaient donné un équilibre pendant toutes ces années et à présent, comment allait-il faire ? Il n'était pas adapté à la vie en société, il le savait. Il n'était même pas capable de se faire à manger ou de repasser ses chemises. Il ne s'en était jamais soucié. Miranda l'aidait à s'adapter à tout ça. A cet univers qui le dépassait parfois dans les tâches les plus simples. Aujourd'hui, il était seul pour y faire face.
Il avait passé des soirs entiers à se soûler dans les bars qu'il trouvait. Il avait cherché à oublier, pour une fois, s'il pouvait laisser de côté sa fabuleuse mémoire et juste oublier ce qui s'était passé. A quel point sa vie était partie en lambeaux. Si Tonks avait pu le voir, elle lui aurait passé un savon d'enfer. Il avait fini par s'attacher à la petite, à cette époque, même s'il n'avait pas cru qu'elle y arriverait au début. Elle n'avait pas l'air taillée pour ça. Et pourtant. Mais elle n'était plus là non plus et il ne vivait qu'avec le passé.
Si, un jour, il y avait eu cette fille. Padma Patil. Elle était rentrée au Chaudron Baveur avant lui et quand il l'avait rejointe au comptoir, elle descendait les verres de Whisky Pur Feu qu'il n'avait jamais vu personne le faire. Avec une détermination sans faille. Décidée à se soûler jusqu'à ne plus pouvoir transplaner. Il s'était assis à côté de cette gamine de vingt ans à peine. Ils avaient parlé. Pas beaucoup mais suffisamment pour se comprendre. Elle l'avait embrassé, furtivement. Avant de partir dans la nuit.
John n'était pas très doué pour les sentiments, il s'était comporté en parfait imbécile avec sa femme et il savait qu'il l'avait perdue depuis déjà plusieurs années, qu'elle avait seulement attendu que les enfants soient suffisamment grands. Il savait qu'il n'y avait plus rien à faire pour sauver leur mariage et que leur divorce serait prononcé dans à peine quelques semaines. Il ne s'était pas battu pour elle. Mais cette gamine, cette môme qui devait être à peine plus âgée que ses enfants, elle avait un truc particulier. Elle avait une douleur dans le regard qu'il reconnaissait. Elle avait des rides au coin des yeux qu'il comprenait. Celles de quelqu'un qui a trop vécu pour son âge. Celles de quelqu'un de soucieux, et de malheureux.
L'espace d'un instant, auprès d'elle, il s'était senti bien. C'était sans doute totalement stupide, et il ne la reverrait peut-être jamais, mais il en avait envie pourtant. Il avait envie de revoir ce regard, et d'avoir la chance de le capturer, quelques instants. Alors chaque soir, il retournait au Chaudron Baveur, il s'asseyait à une table, ne buvait plus autant qu'avant, et il attendait que la jeune femme revienne.
Il aurait pu lui demander son numéro, en parler à Hannah qu'elle semblait bien connaître, la chercher dans les magasins alentours. Il avait beaucoup de relations. Mais il préférait laisser faire le destin pour une fois. Si Merlin était avec lui, il la mettrait sur son chemin. Cette fille n'était pas un dossier. Elle n'était pas une enquête. Et pourtant elle l'intriguait.
