Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « brûlure ».
Erreur d'inattention
« Attention ! » Cria quelqu'un.
Draco ne fut pas assez rapide. Son avant-bras fut recouvert du liquide verdâtre qui mijotait dans son chaudron. Il s'agissait d'une potion particulièrement difficile à réaliser, sur laquelle il avait déjà passé plusieurs journées, et qui lui donnait beaucoup de fil à retordre. Et maintenant, tout était sur la table, son bras, ou par terre. Il n'avait plus qu'à tout recommencer. Et surtout, il avait un mal de sombral.
Il secoua le bras dans l'espoir vain d'en faire partir le plus possible et sortit à grand peine sa baguette pour se nettoyer.
« Allez à l'infirmerie. Immédiatement. » Recommanda sèchement son professeur.
Draco soupira mais obéit. Il avait vraiment mal avec cette saleté de potion. Il jeta un dernier sort de nettoyage sur sa paillasse, au cas où il ne reviendrait pas avant un moment, et se dirigea vers l'infirmerie de la faculté. Il enrageait. Il avait dû faire une erreur d'inattention, et son bras avait heurté le chaudron avant de le renverser, éteignant son feu par la même occasion. Une erreur de débutant. Qu'il ne devrait plus faire depuis longtemps. Il s'en voulait terriblement.
Ça n'était pas comme si on lui avait répété ces consignes dix fois, n'est-ce pas ? Ni comme s'il avait tout fait pour réussir sa potion mieux et plus rapidement que tous les autres. Ni comme s'il avait passé des heures et des heures à la préparer, à mettre les ingrédients exactement au bon moment, quitte à se lever la nuit pour revenir au laboratoire et les ajouter. Ça n'était pas comme s'il l'avait étudiée de fond en comble pour être sûr d'être le meilleur.
Il n'était plus dans l'optique de Poudlard, quand il voulait être le meilleur de sa classe pour se pavaner. Il n'était plus l'imbécile arrogant qu'il était à cette époque. Il avait changé. La Guerre l'avait changé. Comme chacun d'entre ceux qui l'avaient vécue. Non, il cherchait juste à mériter sa place. La faculté de potions était un établissement public, et pourtant, quand l'administration avait eu son dossier entre les mains, elle l'avait convoqué. Tout le monde savait ce qui s'était passé avec les Procès Noirs. On lui avait demandé ses intentions. La façon dont il imaginait son avenir. On voulait s'assurer qu'il ne cherchait pas une formation pour faire revenir ensuite le Seign… Voldemort.
Il avait tout nié en bloc, bien évidemment. Il n'avait aucune envie que celui qui avait détruit sa famille et brisé son enfance revienne. C'était de toute façon impossible. Mais il devait prouver chaque jour qu'il méritait sa place. Qu'il avait le droit d'être là. Qu'il avait le droit d'étudier, comme n'importe quel autre jeune sorcier possédant des ASPIC excellents.
D'autant qu'en troisième année, il devrait choisir une spécialisation. Il voulait avoir le choix. Il voulait pouvoir prendre la filière qui lui convenait le mieux. La plus difficile, également. Celle qui menait à la médicomagie. Celle qui lui permettrait de fabriquer potions et onguents pour Sainte Mangouste notamment. D'avoir des fonds pour faire des recherches sur de nouveaux remèdes.
C'était une chance inestimable de faire ce qu'il voulait. De rendre honneur à la mémoire de son parrain, le seul homme autour de lui qui avait vraiment su le protéger. Celui qui avait donné sa vie pour le sauver, lui et tellement d'autres personnes. Draco voulait lui ressembler.
Il avait cessé depuis quelques temps déjà de voir en son père le modèle de vie qu'il devrait adopter. Depuis qu'il avait voulu le vendre à… Voldemort, pour sauver sa peau. Le jeune homme n'avait jamais pu lui pardonner. Il n'avait pas su protéger sa famille. Il n'était pas le modèle qu'il voulait avoir. Et il commençait à se demander si chacun des préceptes qu'il lui avait inculqués n'était pas aussi faux que la carapace de froideur qui avait quitté son père lors de son procès. Il commençait à tout remettre en cause. A tout interroger. A changer radicalement de mode de vie.
Draco ne voulait plus être associé à son père. Son nom de famille l'y obligeait. Son passé également. Mais il pouvait encore changer son avenir. Il pouvait encore faire quelque chose de sa vie. Il pouvait encore se forger une réputation, un nouveau nom, une identité qui n'appartiendrait qu'à lui. Et pour ça, il fallait qu'il réussisse toutes ces potions.
Il courut vers l'infirmerie, tenant son avant-bras gauche contre son corps, la manche relevée, pour éviter les frottements de celle-ci. Ça n'était pas la première fois qu'il y allait, mais il avait l'impression qu'aujourd'hui, c'était plus sérieux. Il pria Merlin pour que l'infirmière ne lui demande pas de rester immobilisé un certain temps, et de ne plus toucher à ses flacons. Ça serait le bouquet de nargoles, tiens.
