Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « couverture ».

Héritage

Une simple couverture. C'était tout ce qu'elle avait daigné lui laisser. Elle était donc si égoïste que ça, si peu responsable ? Elle l'avait déposé là, comme un paquet dont on voudrait se débarrasser le plus vite possible. Comme un enfant dont on ne voulait pas.

Toute son enfance, Tom Jedusor avait vécu avec cette honte. Sa mère l'avait abandonné. Elle l'avait laissé dans un orphelinat misérable, sans même un mot, parce qu'elle n'avait pas été forte pour survivre à son accouchement, pour s'occuper de lui. Elle n'avait pas eu assez de volonté pour vivre encore pour lui. Elle était faible.

Et son père était tout simplement absent. Jamais personne n'était venu le chercher, durant toutes ces années. Il voyait les enfants partir au fur et à mesure des années, parce qu'ils étaient adoptés, ou parce qu'un membre de leur famille les avait retrouvés. A lui, cela n'arrivait jamais. Il n'avait jamais été convoqué dans le bureau de Mrs. Cole pour faire bonne impression auprès d'une famille. Il n'était même pas sûr qu'on ait recommandé une fois son dossier auprès de futurs parents.

Non, il n'était pas assez sage, pas assez avenant pour ça. Il avait quelque chose d'étrange dans le regard. Quelque chose de maléfique, comme disaient certaines des femmes qui s'occupaient d'eux. Beaucoup refusaient d'ailleurs désormais de l'approcher. Ou le punissaient à chaque fois que quelque chose arrivait à l'un des enfants, que cela soit de sa faute ou non. Il était forcément coupable, d'une façon ou d'une autre. Il n'était pas net. Il s'était souvent demandé s'ils pouvaient voir la magie en lui.

Un vieil homme était passé à l'orphelinat, quelques semaines plus tôt. Il était soi-disant venu pour lui expliquer des choses, à propos de ce qui se passait avec les autres enfants. Il l'avait surtout laissé des questions plein la tête. Il disait qu'il était un sorcier. Qu'ils étaient tous les deux des sorciers. Et qu'il était le directeur d'une école de Magie, appelée Poudlard. Qu'il y était inscrit depuis sa naissance, de par ses origines sorcières. Qu'il pouvait décider de venir y vivre, pendant sept ans, et d'apprendre à maîtriser ses pouvoirs, ou qu'il pouvait rester ici pour suivre le cursus moldu. Il lui offrait une opportunité qu'il pourrait saisir à la rentrée prochaine.

Bien entendu, Tom avait accepté. Il avait l'occasion de faire quelque chose de grand. Il avait l'occasion de sortir de cet endroit pauvre, misérable, sans aucune commune mesure avec l'avenir qu'il se voulait. Il avait l'occasion d'expliquer ces choses qu'il arrivait à faire. Bien entendu, elles perdaient de leur extraordinaireté avec la perte de son unicité, mais elles étaient tout de même fabuleuses. Fascinantes. Tom se demandait quelle étendue avaient ses pouvoirs. Quelle utilisation pouvait-il en faire. Pouvait-il tout faire, surtout.

Ça n'était pas parce qu'on était jeune qu'on ne pouvait pas avoir d'ambition. Et de l'ambition, Tom en avait à revendre. Il brûlait de découvrir tout ce qu'on allait lui apprendre. Il brûlait d'utiliser ses pouvoirs, sa magie comme on disait. Oh il savait déjà s'en servir, il n'allait pas attendre que les professeurs lui inculquent pas à pas la base, il savait déjà faire des choses, mais cela deviendrait tellement plus contrôlable, tellement plus puissant.

En attendant, il rêvait. Il imaginait son avenir, fait de grandeur. De notoriété. De respect. On apprendrait enfin à respecter l'homme qu'il était, et à admirer ses aptitudes et sa force. Il savait qu'il avait déjà des facultés particulièrement développées pour son âge et ne doutait pas qu'elles allaient encore s'amplifier.

Il savait qu'il était fait pour le pouvoir. Il voyait déjà l'ascendant qu'il avait sur tous les autres enfants du pensionnat. Bientôt ça ne serait plus des enfants mais peut-être des élèves. Et puis les membres d'une entreprise, il deviendrait comme ces hommes qui venaient en costume à l'orphelinat, si propres sur eux, si lisses. Voire la communauté sorcière, après tout, pourquoi pas. ça n'était qu'un rêve, il pouvait bien penser ce qu'il voulait.

Une chose état sûre en tout cas. Quoiqu'il arrivait par la suite, il irait dans cette école. Il quitterait cet orphelinat pour ne plus jamais y remettre les pieds. Il s'inventerait une nouvelle vie. Il retrouverait ses parents, la famille qu'il lui restait, ils étaient sans doute également des sorciers. Il se ferait une nouvelle réputation. Il se forgerait un nom. Il deviendrait grand.

Et il jetterait dès qu'il le pourrait la couverture infâme dans laquelle on l'avait apporté. Elle était la seule chose qu'il lui restait de sa famille mais il n'était pas sûr de vouloir qu'on le sache. Il n'était pas sûr de vouloir qu'on dise que sa famille l'avait abandonné. Il ferait amèrement regretter celui qui oserait lui dire ça en face. En attendant, elle était un lien entre sa nouvelle vie et l'ancienne. Alors il la conservait au fond de son placard.