Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « pointe ».

Dernière image

La douleur coulait dans ses veines. Elle embrasait tout son être et il avait l'impression de n'être plus que l'expression de son pouvoir. Elle l'envahissait, le prenait tout entier. Il n'arrivait plus à avoir une seule pensée cohérente. Il essayait de se rappeler. Où était-il déjà ? Que faisait-il ? Bientôt, il était sûr qu'il en viendrait à oublier son propre nom, sa propre identité. Ou peut-être serait-il mort avant ?

Il n'arrivait pas à savoir. Son cerveau refusait de fonctionner. Lui aussi était peut-être atteint. Ça ne serait pas très étonnant. Qui savait comment fonctionnait ce venin ? Même lui ne le savait pas, et pourtant, il en connaissait un rayon. En tout cas, il en avait connu un rayon. Là tout de suite, il n'était plus sûr de pouvoir citer aucun effet ou aucune recette de poison. Ce qui était assez détestable. De toute façon, il ne connaissait pas de remède à celui-ci.

Il allait finir là. Dans ce truc qui ressemblait vaguement à une cabane miteuse, s'il arrivait à se concentrer un instant. Mais il serait mort sans rien avoir dit. Sans rien avoir révélé. Sans l'avoir trahi. Ou plutôt, trahie. Car ça n'était pas pour cet imbécile de Potter qu'il faisait ça, évidemment pas. Mais elle, il n'aurait jamais pu la trahir. Laisser son enfant se faire assassiner, ça aurait été la trahir, n'est-ce pas ? Elle serait fière qu'il ne l'ait pas fait, qu'il l'ait protégé pour elle. Oui, elle serait fière de lui, il en était certain.

Il s'était plusieurs fois demandé s'il existait un paradis sorcier. Pour un scientifique tel que lui, c'était absurde. Pourtant, il n'avait pas pu s'en empêcher. Après tout, elle y serait, si jamais il existait. Le souci, c'est qu'il n'était pas bien sûr de la rejoindre. Il avait fait tellement de mal, sous le coup de la colère. Il avait tellement voulu se venger de cette vie qu'il n'avait jamais souhaitée. Il en avait voulu à la terre entière et quelque part, celle-ci le lui avait bien rendu. Enfin ça n'était sans doute pas une raison. Et il ne s'était sans doute pas totalement racheté.

Ça n'était sans doute pas le plus important mais fixer ses pensées sur ça lui permettait de moins sentir la douleur. Enfin, il supposait que c'était comme demander à quelqu'un dont on coupait toutes les veines de penser à autre chose en attendant que ça passe. Et là c'était un peu l'impression qu'il avait.

Sauf que gentiment, on les lui avait déchiquetées, au lieu de simplement les trancher. Et on n'avait même pas daigné rester à ses côtés. Parce que ça n'avait pas d'importance. Il n'était pas important. Il ne comptait pas. Pas tant qu'il n'était pas utile. Ça avait toujours été comme ça. Il n'était qu'un outil, un instrument.

On le délaissait dès qu'on n'en avait plus besoin. On le jetait de côté. On le cassait pour que personne d'autre ne s'en serve. Et personne ne restait auprès de lui, pas même en cet instant. Il soupira. Finalement, c'était donc comme ça qu'il allait finir ? La dernière image qu'il emporterait serait celle des crocs du serpent qu'on avait guidé. La dernière sensation, la douleur des pointes déchirant sa peau. Son dernier souffle exhalant le venin.