Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « toi ».

Lui. Il n'y avait jamais eu que lui, n'est-ce pas ? N'était-ce pas ça ? Bien sûr que si. Lui, lui et encore lui. Partout dans sa vie. Partout dans son âme. Jusqu'aux plus profonds tréfonds, là où personne n'allait jamais, là où personne n'avait le droit d'aller. Il était encore là. Il était partout de toute façon. Il l'envahissait. Jusqu'à en vomir son nom.

Potter. Harry Potter. Le héros. Celui qui avait tous les honneurs. Celui qui avait sauvé l'humanité sorcière. Celui qui allait encore la sauver si un autre malheur arrivait. Celui qui allait devenir le plus grand auror que le Ministère n'ait jamais connu. Peut-être après Alastor Maugrey. Mais celui-là était déjanté. Un vrai cinglé.

Il était tout le temps dans les journaux. Il faisait la une des tabloïds. Pour ses moindres faits et gestes. Potter s'était réconcilié avec la Weasley. Potter entrait en formation à l'école des aurors après avoir refusé une promotion directe. Potter était un ange. Potter donnait de l'argent pour les orphelinats, lui rappelant sa propre enfance. Potter avait demandé la Weasley en mariage. Potter faisait des fiançailles intimes. Potter inaugurait un nouveau service dédié aux hybrides à Sainte-Mangouste, le service Lupin. Potter avait une nouvelle allure avec ses vêtements d'auror. Potter ci. Potter ça.

Impossible de s'en défaire. Impossible de l'oublier. Impossible de passer outre son existence. Et pourtant, qu'est-ce qu'il aurait aimé. Draco en aurait même rêvé. Vivre dans un monde sans Harry Potter. Vivre dans un monde où le Survivant ne lui pourrirait plus la vie. Ne serait plus dans sa tête. Dans les nouvelles qu'il lisait le matin. Dans ses souvenirs. Vivre dans un univers enfin épuré.

Mais il ne pouvait pas, n'est-ce pas ? Il n'avait pas le droit. Ça ne serait pas correct. Ça ne serait pas poli. Ça n'était pas comme ça qu'il avait été élevé, dirait sa mère. Si par Merlin elle pouvait encore dire un mot, après son emprisonnement à Azkaban. Il devait la vie à Potter. Il lui devait sa liberté. Et quelle liberté.

Celle de voir les autres le regarder avec dégoût, changer de trottoir quand ils le croisaient dans la rue. Celle de voir toutes ses lettres de candidature rejetées, sous des motifs fallacieux. Celle de voir Potter étaler son bonheur et sa générosité à la face du monde. Finalement, il n'avait jamais été rien de plus que sa première œuvre de charité. Le mangemort rétabli par le héros. Le gamin insupportable défendu par le petit garçon au regard triste.

Il fallait se rendre à l'évidence. Il était condamné à supporter Potter. A moins de vivre dans le monde moldu. Ce dont il n'était évidemment pas question. Pas une seule seconde. Il préférait encore supporter dix Potter. Draco se pinça l'arête du nez, ce qu'il faisait souvent quand il était agacé par quelque chose.

Et là, on pouvait dire qu'il était très agacé. Voire énervé. Potter, encore Potter, toujours Potter. Depuis qu'ils étaient enfants. Depuis qu'il avait refusé sa poignée de main. Ils avaient fini par se détester. Pour ce que représentait l'autre. Tout ce qu'on n'avait pas. Finalement, c'était ça n'est-ce pas ? Potter l'avait haï pour son côté prétentieux et gâté, pour sa famille attentionnée, pour les bonbons de sa mère chaque jour. Et lui l'avait haï d'être aussi libre de ses mouvements. Bien sûr, il avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais honnêtement, à cette époque, qui pensait que le Seigneur des Ténèbres arriverait vraiment à revenir, aussi rapidement qui plus était ? Personne.

Et Potter n'avait personne non plus pour lui dire ce qu'il devait penser, la façon dont il devait agir, ce qu'il devait dire, les cours qu'il devait prendre, les amis qu'il devait avoir. Pour être plus fort. Former de nouvelles alliances. Renforcer celles de ses parents. Tout n'était qu'un jeu d'alliance, à Serpentard. Il en avait fait l'expérience durant sept longues années. Et aujourd'hui, elles avaient toutes volé en éclats.

Aujourd'hui il ne lui restait plus rien, à peine un nom, qui n'était pas glorieux. Et Potter avait tout. Il avait la gloire, il avait la célébrité, dont Draco n'était plus si friand, mais surtout, il avait le pouvoir, il avait la chance, il avait le bonheur.

Lui se retrouvait à mendier. Draco Malfoy devenu un mendiant. Obligé de demander à Potter son aide pour trouver enfin un emploi et pouvoir payer ce taudis dans lequel il vivait. Obligé de faire une requête à celui qui avait bouleversé sa vie pendant des années, à celui qui lui avait, sans le savoir, mis un poids immense sur les épaules. Obligé de lui demander d'intervenir en sa faveur, de faire respecter les lois de la communauté sorcière, parce qu'il avait été blanchi mais que personne n'y croyait.

Il regarda avec dégoût la lettre qui lui avait été adressée :

« Cher Monsieur Malfoy,

Nous sommes au regret de vous informer que votre candidature en tant qu'assistant potionniste ne saurait aboutir pour des raisons évidentes de manque de références. Toutefois, nous consentirions à faire une exception pour votre cas, eu égard à vos excellentes notes à Poudlard, à la condition que Monsieur Potter, qui vous a si bien défendu il y a quelques années, puisse nous certifier de l'exactitude de ce relevé et de vos compétences.

Bien à vous,

Miranda Marchibalde,

Responsable du personnel Potionniste de l'institut Rogue. »

Il froissa le parchemin. Comment osaient-ils faire ça ? Ils n'avaient pas le droit, évidemment. Mais qui s'en souciait ? Personne. A part Potter, évidemment. Ils avaient bien joué leur coup, sachant que le Draco Malfoy que tout le monde connaissait ne demanderait jamais une telle faveur à son pire ennemi. Mais il avait changé. Il avait un loyer à payer. De la nourriture à acheter. Des vêtements à changer parfois. Il avait besoin de cet emploi. Au moins pour un temps.

Alors il trempa sa plume et écrivit à celui qui avait toujours régenté sa vie et le ferait une fois encore. Potter.