Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF. Le thème était « chocolat ». Une idée qui m'est venue après avoir raté un gâteau…

Joyeux anniversaire

« Est-ce que je peux savoir ce qui se passe ici ? »

« Draco ? Non ! Non, ne rentre pas ! » S'écria Hermione.

Il était cependant trop tard. Le jeune homme avait déjà déposé ses clés dans la corbeille en céramique de l'entrée, s'était déchaussé et dirigé vers la cuisine allumée. Il rentrait à peine du travail. Pourtant, on était le 5 juin. Le jour de son anniversaire. Il allait fêter ses vingt-sept ans. Mais il se refusait à un quelconque traitement de faveur. Cette journée n'avait rien de spéciale à ses yeux. Ses patients avaient toujours besoin de lui à Sainte Mangouste. Ils ne cessaient pas subitement d'être malades.

Quand il entra dans la cuisine, il trouva Hermione assise par terre, des éclaboussures d'une substance marron un peu partout sur les murs beige, le vieux mobilier de cuisine ainsi que le carrelage. Il savait que cette pièce n'était pas dans le meilleur des états quand ils avaient acheté l'appartement mais rien que cette acquisition leur avait pris toutes leurs économies. Draco avait pu conserver une partie de son héritage après la Guerre mais la plupart était partie dans ses études de médicomagie.

« Que s'est-il passé ? Il y a eu un tsunami ? Tu as acheté un chien qui a fait partout sans m'en parler ? » Demanda-t-il, inquiet, regardant autour de lui, s'attendant à voir une touffe de poils débarquer dans ses jambes.

« Ça n'est pas vraiment ça, non… » Sourit misérablement la jeune femme, le regardant depuis le sol où elle était restée assise.

« Qu'y a-t-il alors ? »

Il s'agenouilla, inquiet. Ça ne ressemblait pas vraiment à sa petite-amie de barbouiller leur cuisine. Elle qui était si maniaque sur certains points. Il ne pouvait pas la blâmer, il était exactement pareil, et cela avait amené à de nombreuses disputes entre eux. Plusieurs fois, ils avaient bien cru être trop différents pour pouvoir enfin s'accepter l'un l'autre. Plusieurs fois, ils avaient failli laisser les préjugés les séparer.

Après la Guerre, il avait fallu se reconstruire. Réapprendre à vivre normalement. Comme s'ils n'avaient plus rien à leurs trousses. Plus aucune contrainte. Plus d'impératifs mortels. Plus de poids sur leurs épaules. Outre le fait d'être une héroïne pour Hermione, bien sûr, ce qu'elle avait assez peu apprécié. Il se souvenait de plusieurs de ses esclandres dans la presse à scandales quand ils allaient trop loin.

Elle se laissait seulement faire par le Chicaneur et la Gazette du Sorcier. Quand il lui avait demandé pourquoi, plusieurs mois plus tard, elle avait répondu que les gens avaient besoin de modèles, en lesquels croire, sur lesquels s'appuyer. Que ça ne l'amusait pas particulièrement mais que c'était toujours mieux que de suivre un Mage noir. Les gens avaient besoin de croire en l'avenir et ils l'incarnaient.

Surtout elle. Lui n'était pas vraiment poursuivi par les journalistes, à moins de vouloir une interview exclusive d'un gamin qui avait passé quelques semaines à Azkaban en attendant d'être jugé, qui en était ressorti traumatisé, libre, mais qui avait vu ses deux parents y croupir pour l'éternité. Pas vraiment gai comme reportage.

Ils n'avaient rien en commun et leurs destins auraient dû être radicalement opposés. Il évoluait dans l'ombre quand elle bravait déjà la lumière. Il n'était rien, toujours entaché par le nom de ses parents, toujours ostracisé, toujours un paria. Elle était un modèle. Et pourtant, dans leur quête de paix et de calme après la Guerre, ils s'étaient trouvés. A côtoyer le même café-librairie moldu, tenue par un vrai soixante-huitard.

Draco avait trouvé cet endroit par hasard alors qu'il découvrait enfin l'univers qu'il avait détesté tant d'années. Il avait vu cette enseigne. Le Gibraltar. Ça ne payait pas de mine, au départ. Les lettres étaient patinées par le temps, les carreaux n'avaient pas dû être lavés depuis un moment et la vitrine laissait à désirer question organisation. Pourtant, il s'était fait violence. Cet endroit représentait tout ce qu'il avait fui pendant son enfance. Le contraire de tout ce qu'il avait pu vivre. L'aseptisé, le manque d'âme, le manque de charme, le manque d'humanité. Alors il était rentré. Pour se forcer.

Et il n'en était jamais vraiment reparti. Le propriétaire était un homme un peu bourru qui avait tout un tas d'histoires à raconter et ne s'était absolument pas étonné de voir des sorciers débarquer dans sa boutique. Il l'avait tout de suite reconnu comme tel et l'avait accepté ainsi. En échange, Draco lui réparait quelques étagères de travers car aucun n'était doué en bricolage. Ils parlaient du monde moldu qu'il ne connaissait pas.

Ici, les gens venaient, prenaient les livres dont ils voulaient et les rendaient quand ils voulaient. S'ils avaient envie de laisser une pièce pour le propriétaire, ils le pouvaient, mais il ne demandait pas la charité. Draco n'avait jamais compris comment il faisait pour survivre et l'homme était toujours énigmatique sur la question.

C'était ici qu'il avait rencontré à nouveau Hermione. Et qu'ils avaient appris à refaire connaissance. Ici qu'il était tombé amoureux d'elle. Et qu'ils avaient fini par décider d'essayer un petit quelque chose, qui ne ressemblait en rien à une histoire d'amour parce qu'ils n'aimaient pas cette expression. Elle ne correspondait pas à ce qu'ils vivaient ensemble.

Il avait rarement tendance à lui dire qu'il l'aimait, il n'arrivait pas à prononcer ces mots, même s'il les pensait depuis quelques temps. Il préférait le lui montrer, parce qu'elle avait besoin d'être rassurée, depuis sa rupture avec Ron Weasley. Il savait qu'elle l'avait très mal vécue et que c'était encore ancré en elle. Alors il n'hésitait pas à lui ouvrir ses bras quand il sentait qu'elle en avait besoin. Sans dire un mot, parce qu'il n'y arrivait pas. Il essayait tant bien que mal d'être suffisamment aimant pour elle, même s'il n'était pas encore habitué. Même s'il était un peu un handicapé des sentiments comme elle aimait dire.

En la voyant assise par terre et en pleurs, il avait eu un choc. Il n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer mais elle n'avait pas l'air bien du tout. Il s'agenouilla donc, sans faire attention à son costume qui trempait dans le chocolat, pour la prendre dans ses bras. Il appuya sa tête contre son torse et attendit qu'elle se calme, sans dire un mot. Qu'y avait-il à dire, de toute façon ?

Petit à petit, il sentit ses sanglots se tarir et osa lui relever la tête pour le constater. Elle était assez sensible depuis qu'elle était enceinte et il se demandait ce qui pouvait bien la mettre dans tous ses états. Histoire également de pouvoir prévoir les prochains mois qui risquaient d'être difficiles…

« Que se passe-t-il ? Tu ne veux pas m'en parler ? »

« Je… je voulais faire un gâteau. Mais je l'ai raté… C'est une catastrophe… J'ai voulu faire de la mousse au chocolat. Mais elle n'a pas pris. J'ai essayé de la battre à nouveau mais ça a explosé partout… » Avoua-t-elle piteusement, reniflant encore.

« Et c'est ça qui te fait pleurer ? » Fit-il en regardant l'espèce de pâte informe qu'elle désignait sur le plan de travail. Effectivement, ça n'était pas très réussi.

« Aujourd'hui, c'est ton anniversaire, et je sais que tu n'aimes pas le fêter, mais je voulais… Enfin ce n'est rien, je suppose. Ça ne changera pas des autres années, comme ça. »

Il resta silencieux un moment. Il détestait en effet fêter son anniversaire. Ça n'avait aucun intérêt à ses yeux. Il n'avait pas de quoi se réjouir, juste parce qu'il avait pris une année de plus. Les seuls souvenirs d'anniversaire qu'il avait été froids et sans saveur. Il avait un gâteau fabriqué par les elfes de maison parce que sa mère ne se salissait pas les mains, un cadeau ridicule qui ne correspondait pas à ce qu'il aimait et ses parents se regardaient en chien de faïence pendant qu'il soufflait ses bougies. Alors non, il n'aimait pas fêter cette date.

Une année, Blaise avait essayé de lui faire une fête, avec certains de leurs amis. Il était en première année de médicomagie à l'époque et il devait avouer que c'était l'un des plus beaux souvenirs qu'il avait. Ils avaient passé la soirée à boire, rire et manger tout un tas de choses préparées sur le tas avec ce qu'ils avaient trouvé, sans se préoccuper des bonnes manières ou de la bienséance. Depuis, il n'avait rien fait de tel. Cela tombait souvent pendant ses révisions de partiels, ou une garde qu'il devait absolument faire. Etre né au début du mois de juin n'était pas forcément la meilleure idée qu'il ait eue.

« Tu sais que tu aurais pu utiliser la magie ? » Demanda-t-il brusquement.

« Ça n'est pas la même chose. Ça n'aurait pas été moi qui l'aurais fait, mais ma magie. » Répondit-elle sur un ton d'évidence. « Enfin, ça aurait peut-être mieux valu finalement… »

« Allez, viens, relève-toi ! » Décida-t-il soudainement.

Il la tira par les bras pour la relever avec lui. La délaissa un instant, pour sortir sa baguette. Prit un instant de réflexion. Lança une formule pour transformer la pâte informe en un gâteau savoureux, comme il imaginait qu'Hermione avait voulu créer. Y rajouta des bougies qu'il fabriqua à partir de branches de romarin du pot à épices à côté des plaques à induction qu'Hermione avait fait installer. Se retourna pour jeter un récurvit à l'ensemble de la pièce. Rangea sa baguette. Et lui mit le gâteau entre les mains avant de partir s'installer sur le canapé du salon.

« Qu'est-ce que tu fais ? » bredouilla-t-elle, désemparée.

« Tu voulais fêter mon anniversaire non ? Alors j'exige une arrivée avec des bougies, dans le noir, et tu me chantes une chanson ! » Sourit-il, narquois.

La jeune femme lui renvoya un sourire éclatant. Enfin elle ne pensait plus à ses mésaventures. Il avait réussi à la mettre de bonne humeur. Elle était tellement plus belle ainsi.