Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé). Le thème était « rose ».
Une question de bonnes manières
Quand Cornelius Fudge l'avait nommée professeur de Défense Contre les Forces du Mal, Dolores l'avait assez mal pris. Pourquoi par Merlin voulait-il l'éloigner du ministère ? Tout le monde savait que ce poste était porteur d'une malédiction et il était arrivé quelque chose à chacune des personnes qui l'avaient occupé. Voulait-il vraiment qu'elle soit la suivante ?
Dolores ne croyait pas vraiment aux malédictions et aux boniments du même acabit. Ça n'était que des fadaises pour faire peur aux sorciers faibles et froussards. Ça n'était fait que pour effrayer la populace qui ne comprenait pas les enjeux réels de ce monde. Ça n'était sûrement pas pour elle.
Elle était sous-secrétaire du ministre de la magie lui-même. Elle était une personne importante, un membre éminent de la communauté sorcière. Ça n'était sûrement pas elle qui allait avoir peur d'une misérable malédiction sans doute due à la mauvaise gestion de Poudlard par cet ahuri d'Albus Dumbledore.
Non, ce qui la gênait, c'était qu'on l'envoie au placard de cette façon. Et pourquoi pas au bureau de cet imbécile d'Arthur Weasley, tant qu'on y était ? Cornelius la voyait-il vraiment enseigner à des enfants indisciplinés et braillant à longueur de journée ? C'était forcément pour une autre raison qu'il l'avait envoyée là-bas, alors qu'une grande carrière l'attendait encore au Ministère, elle en était sûre. Elle en aurait mis sa baguette au feu.
Peut-être Cornelius voulait-il lui cacher une maîtresse ? Elle n'était pas dupe, elle savait très bien qu'il n'était pas fidèle à Madame Fudge. Il fallait dire aussi qu'elle était particulièrement hideuse, Dolores elle-même se trouvait tout à fait acceptable à côté, sans compter son caractère de vieille pie. Cependant, ça n'était pas une raison pour l'éloigner d'ici, il savait très bien qu'elle n'était pas jalouse, Dolores n'aurait jamais osé imaginer la moindre relation entre sa personne et le néanmoins très respectable Ministre de la magie. Elle l'admirait bien trop pour ça.
Alors peut-être était-ce pour prendre le contrôle de l'Ecole de Sorcellerie qu'il l'avait envoyée ? Après tout, d'après ce qu'elle voyait depuis quelques semaines, le désordre le plus total régnait ici et si ça ne tenait qu'à elle, elle prendrait un certain nombre de décrets et de mesures pour mieux régenter cet établissement. Elle avait d'ailleurs déjà envoyé plusieurs hiboux aux secrétaires du Ministre à ce propos.
Il y avait d'abord cette vieille chouette alcoolique qui enseignait la divination, comme si c'était une matière étudiable dans une école respectable. Et puis ces cours de Défense contre les Forces du Mal dans lesquels les élèves s'attendaient à faire des exercices pratiques complètement inutiles puisqu'ils n'auraient jamais besoin de cette matière pour vivre leur vie. Sans même compter le nombre d'hybrides qui habitaient la Forêt Interdite, les élèves qui bravaient les règles les plus élémentaires et l'espèce de demi-géant totalement imbécile qui se permettait d'enseigner le soin aux créatures magiques.
Oui, c'était sans doute pour ça qu'il l'avait envoyée là-bas. Il attendait qu'elle remette de l'ordre dans tout ça, dès que ses directives lui seraient parvenues. Elle eut un sourire satisfait en plaçant la dernière assiette de chatons sur son mur. Elle n'était installée ici que depuis quelques jours mais elle bouillonnait déjà d'impatience. Elle avait repeint l'entièreté de son bureau dans une couleur rose toute à fait adorable, qui lui rappelait un peu le bureau si magnifique au Ministère, qu'elle quittait avec regret.
Pour se calmer, en attendant l'arrivée de ses premières consignes, elle avait tenu à accrocher chacune des assiettes elle-même. Ainsi que toutes les autres décorations qui rendaient son bureau bien plus accueillant, et bien plus personnel. Elle appréciait cette ambiance. Ces chatons représentaient l'innocence, celle que beaucoup de sorciers avaient perdu par leurs actes délurés et totalement stupides. Elle représentait la pureté qu'elle espérait avoir conservée au fil des années.
Quant au rose… c'était la couleur de son enfance. Dolores avait été élevée dans la plus pure des traditions anglaises, et le rose était la couleur des jeunes filles. C'était la couleur de la douceur, de la gentillesse, des qualités qu'elle savait avoir conservées au fil de ses années de pureté, bien qu'elle ait appris à les distribuer avec parcimonie.
Elle se recula contre le bureau et regarda le mur d'un air satisfait. Oui, c'était très bien ainsi. Cela reflétait parfaitement son caractère. Elle réajusta le nœud dans ses cheveux avant de s'installer à sa table pour corriger quelques copies et ranger des papiers. Il fallait que tout soit au carré. Elle avait toujours appris à bien ranger ses affaires dans son enfance. Ça n'était pas parce qu'elle avait grandi qu'elle devait oublier cette habitude. Elle savait se souvenir de son éducation. Elle ne l'avait même jamais oubliée.
