Bonjour à tous et plus particulièrement à mes deux revieweuses du moment. Me voilà partie pour le chapitre 12 de cette fic qui sera sans doute le dernier. Lectorat trop bas et commentateurs trop fantomatiques pour moi.

Bonne lecture à tous.

Chapitre 12 : Le rejet

Il se dirige vers une armoire située au fond de la pièce et tire de derrière une rangée de flacons vides, une lourde bassine de pierre aux contours gravés de runes étranges, qu'il dépose sur son bureau. L'elfe ne tarde pas à saisir l'invite plus qu'explicite et vient y déposer le filet d'argent qui ondule à la surface avant de se dissoudre dans un tourbillon nacré.

Avant de plonger dans le souvenir de la petite créature, il sort sa baguette magique et en tapote la substance ni liquide ni gazeuse. L'image, d'abord trouble, apparait dans la pensine.

- Je n'en ai pas pour longtemps, précise-t-il à sa servante. Tâche de faire entendre raison à cette tête de mule ! Un dimanche soir, cela m'étonnerait fort que nous trouvions chez les moldus, quoi que ce soit qui soit en mesure de la remettre sur pieds… et il est hors de question de l'emmener à l'hôpital.

- Bien professeur Snape Monsieur.

Une fois l'elfe disparue, il n'hésite qu'un instant avant de plonger sa tête dans le bassin. Il se sent flotter quelques secondes et lorsque ses pieds touchent de nouveau le sol, il aperçoit Zini en haut des escaliers, évoluant à pas lents. Elle tend l'oreille pour essayer d'affiner sa perception des bribes de la joute en provenance de la salle de bains. Malgré son impatience, il sait que presser le pas ne lui servirait à rien. Devancer l'elfe ne lui permettrait pas de savoir plus rapidement ce qui se passe dans cette pièce, d'où la porte entrouverte laisse percevoir quelques ombres. Elle semble mettre un temps infini à s'intercaler dans l'entrebâillement, si bien que ni Malefoy, ni la fille ne se sont encore rendu compte de son intrusion. Et puis, ça y est, il voit.

La scène qui se joue devant ses yeux se charge de titiller sournoisement son estomac. Les mains occupées à essorer une serviette de toilette au-dessus du lavabo, elle tourne le dos au jeune Serpentard. Les doigts de part et d'autre de sa taille, agrippés au rebord de la vasque, il l'emprisonne de son corps, le bassin fermement plaqué contre ses reins.

Il sent sa mâchoire se contracter.

- Tu sais, bien sûr, qu'il va te falloir payer de ta personne pour réparer l'outrage que tu m'as fait ?

Il voit les yeux de la jeune femme s'agiter sous ses paupières, comme si elle cherchait désespérément la solution qui lui permettrait de s'extirper d'une réalité dérangeante.

- Vos accusations ne trompent personne, l'entend-t-il lui répondre plus sereinement que ne le révèlent les prunelles paniquées en quête d'une échappatoire. Je n'ai rien fait et vous le savez.

- Sérieusement ? Dire que je pensais que tu avais à cœur d'être une parfaite petite soubrette bien disciplinée, raille-t-il à son oreille. Ne sois pas si raide, je suis persuadé que le professeur Snape serait ravi de partager avec son étudiant préféré, continue-t-il en prenant du recul pour l'examiner de bas en haut.

La marchandise détaillée semble potentiellement intéressante.

- De partager ? lâche-t-elle d'une voix où perce le dégoût autant que l'incompréhension.

Il rit… ce rire aigu est désagréable à ses oreilles.

- Pas à moi ! Pas après le petit numéro que tu as fit devant mon père tout à l'heure… Quoi ? Tu crains d'être déçue ? Le professeur Snape sait y faire à ce point ?

Resserrant sa prise, il colle son torse contre son dos.

- C'est un homme exigeant. J'imagine que s'il t'a prise à son service, c'est que tu dois être compétente quelque part… et comme ce n'est pas dans le service… Pourquoi ne me montrerais-tu pas comment tu procèdes pour le satisfaire ?

Joignant le geste à la parole, il aventure une main outrageante sur le haut de sa cuisse et presse la chair à travers le tissu de la robe.

La réaction de part et d'autre ne se fait pas attendre : Snape serre un poing qu'il écrase avec force sur le chambranle de la porte et un halo pourpre d'une étonnante intensité fait décoller Drago qui atterrit sur un placard mural dans lequel sont rangées les serviettes. Zini pénètre précipitamment sur le ring et s'interpose entre les deux jeunes gens. La fille fait face à l'adolescent qui s'échine à se redresser, glissant entre les diverses étoffes éponge et autres produits qui se sont renversés sur le carrelage. Une main à l'arrière de son crâne, il trébuche avant de parvenir à extirper sa baguette magique de la poche de son pantalon. Furibond, il esquisse deux pas néanmoins prudents. Elle, ne le considère même pas, ses yeux terrifiés braqués sur ses mains tremblantes.

- Espèce de souillure ! Cracmole mon œil ! crache le Serpentard avec hargne.

La haine qui déforme ses lèvres semble à la mesure de la meurtrissure endurée par son égo.

- Monsieur, tente de l'apaiser l'elfe, si vous vouliez…

- Stupefix ! s'écrie-t-il.

L'elfe décolle à son tour pour s'étaler contre le mur du fond, raide comme une gargouille de pierre.

- Petite garce ! éructe-t-il en la happant par le poignet, la ramenant à lui d'un geste brusque.

Il pointe l'instrument de bois sous le menton féminin et la dévisage intensément, une moue de profond dégoût ancrée sur son visage blafard.

- Tu ne dis plus rien ? Ca tu reconnais n'est-ce pas ?

Elle tente de se dégager d'un mouvement d'épaule mais il resserre sa prise.

- Toi, tu devrais considérer comme un honneur qu'un sorcier de mon rang daigne poser la main sur ta misérable personne. Impero, s'écrie-t-il comme un remède à son indiscipline.

Le Maître des potions se tient à présent si près d'elle qu'il peut presque entendre les battements affolés du cœur de sa domestique. Peinant à maîtriser la vaine frustration qui sévit derrière ses côtes, il se voit contraint d'assister, impuissant, à ce spectacle consternant de facilité.

Les tremblements des mains de la jeune femme s'amenuisent à mesure que ses pupilles rétrécissent jusqu'à disparaitre totalement. Ses iris sombres s'éclaircissent progressivement et lorsqu'ils ont pris cette couleur laiteuse qu'il connait si bien, il la voit se laisser tomber sur les genoux,

- C'est mieux, murmure le jeune homme alors qu'elle entreprend docilement de défaire l'attache de son pantalon. Mets-y plus de cœur que dans ton déplorable service !

L'obsidienne ne peut se détacher du visage goguenard de l'adolescent, fort de son emprise. Il sent une veine pulser à sa tempe. Comment a-t-il pu penser, ne serait-ce qu'une seconde, qu'il n'aurait jamais appris ce qui s'était passé ? Il ne sait pas ce qui l'irrite le plus : la bêtise de son élève ou l'insulte qu'il lui fait en sous-estimant sa clairvoyance… Il maudit sans vraiment chercher à se l'expliquer, son incapacité à agir sur ce qui se joue sous ses yeux…

Quoique… après tout, peut-être la fatalité, à l'instar du hasard, fait-elle bien les choses… Bien qu'il ait toujours cru davantage en la première qu'au second. S'il considère comme une priorité la conservation de liens cordiaux avec Lucius Malefoy, alors il ne peut que louer son remarquable timing. Sans ça, il y a fort à parier que le jeune Malefoy aurait regagné ses pénates condamné à se nourrir à la paille sa vie durant. Il va sans dire que délester de quelques dents le seul et unique hériter de Lucius aurait pu pour le moins rafraîchir leurs rapports déjà tendus.

La fermeture semble coincée. C'est bien la première fois qu'il salue favorablement la maladresse de sa servante. Des bruits de pas pressés dans l'escalier alertent le blondinet et bientôt, sa haute et lugubre silhouette interrompt la scène.

Il s'adosse au lavabo, légèrement détendu, et bras croisés sur sa poitrine, se fait spectateur détaché : la suite, il la connait.

Il s'agissait donc bel et bien d'une agression. Pas qu'il ait douté de la sagacité de son esprit, mais il a du mal à comprendre pourquoi un tel acharnement à lui faire croire qu'elle avait volontairement provoqué son assaillant.

Alors qu'il aperçoit son double s'éloigner en compagnie de Drago, il tend l'oreille pour percevoir les murmures qui animent la conversation entre les deux domestiques.

- Ne vous en faites pas Miss, le Maître n'est pas dupe. Il sait parfaitement que vous n'avez rien fait que vous puissiez vous reprocher. Zini espère que ce gredin recevra la monnaie de sa pièce ! Zini était là Miss, elle a tout vu et vous appuiera.

- Non Zini, c'est bon. Laisse-le croire ce qui lui fera plaisir.

Un silence lourd de sous-entendus s'installe. L'elfe ne tarde pas à réagir face à cette opposition qu'elle ne comprend pas.

- Mais Miss, le Maître n'est pas bête vous savez, il a certainement déjà compris…

- J'ai dit non Zini ! la coupe-t-elle froidement cette fois, en vrillant les balles de ping-pong de ses yeux luisants. Je n'ai pas besoin qu'il me croie innocente, continue-t-elle en détournant le regard loin devant elle. De toute façon, les sorciers sont tous fondamentalement pourris… d'une façon ou d'une autre… ils détruisent tout ce qu'ils touchent.

Un ange passe, durant lequel l'elfe tente de faire jour dans les pensées de sa camarade. La jeune demoiselle reprend contenance :

- Qu'il croie ou non à ce que tu pourrais lui dire m'indiffère.

Il cherche à sonder les yeux bruns, manifestement égarés dans de lointains souvenirs. Son discours le laisse perplexe. Il semblerait qu'il y ait eu davantage de tensions qu'il n'y paraissait dans cette honnête petite famille du numéro 14. Médusée par les propos de sa comparse, Zini rebondit promptement.

- Miss, chuchote-t-elle en saisissant les mains fines dans les siennes, le Maître peut vous paraitre dur et peut-être même parfois injuste, mais Zini peut vous assurer qu'il n'est pas… aussi mauvais que la jeune demoiselle a l'air de le penser.

Il hausse un sourcil. Essaye-t-elle réellement de lui donner du crédit auprès de l'insurgée ?

D'un geste vif, elle retire ses mains et la gratifie d'un regard qu'il qualifierait spontanément de presque douloureux.

- Tu sembles oublier pourquoi je suis ici, rappelle-t-elle. J'ai une dette infinie envers lui, lâche-t-elle sans qu'une once de gratitude ne perce dans sa voix. Je ne tiens pas à les cumuler Zini, vraiment pas ! Il est hors de question que je dépose moi-même entre ses mains les armes supplémentaires qu'il pourrait utiliser pour me soumettre encore davantage à son joug… et si pour cela, il doit me percevoir comme… la responsable de cette situation - elle avale sa salive - c'est sans importance. L'opinion qu'il s'est forgé de moi ne peut pas être pire de toute façon.

L'elfe la jauge un instant, hésitant entre désapprobation totale et parfait effroi.

- La jeune demoiselle est une inconsciente, s'emporte-t-elle enfin. Le Maître ne profiterait jamais d'une telle situation !

Encore une fois, il ne sait pas ce qui l'énerve le plus : la naïveté de l'elfe ou bien le fait qu'il sache pertinemment qu' « elle » a raison. Il n'aurait surement pas manqué l'occasion d'en rajouter une couche généreuse et de lui faire comprendre, par son comportement, que sa vie-même ne suffirait pas à effacer son ardoise.

Il ne trouve pas les mots pour exprimer à quel point il la déteste de raisonner comme ça… de raisonner comme lui.

Pourquoi un tel malaise ?

Cette gamine est plus corrosive que du vinaigre sur une plaie béante. Il la déteste… il se déteste.

La jeune femme pose sur sa collègue un regard indulgent.

- Peu importe, reprend-t-elle. Tu dois me promettre de ne lui parler de rien Zini. Il se servirait contre moi de tout ce que tu pourrais lui apprendre.

L'elfe baisse la tête, elle semble mettre en balance les arguments présentés.

- Cette guerre à laquelle le Maître et la jeune demoiselle se livrent va mal se terminer, se résigne-t-elle.

Lorsqu'il voit sa propre silhouette se profiler à nouveau dans l'embrasure de la porte, il sait qu'il n'en apprendra pas davantage.

De nouveau, ses pieds quittent la terre ferme et quelques instants plus tard, il titube en foulant le sol de son bureau.

Cette peste… aller jusque-là par anticipation de ses agissements… s'il n'avait pas cette sensation désagréablement inhabituelle au creux de l'estomac, il irait de ce pas mettre un terme à son agonie.

D'un geste presque mécanique, il referme l'armoire d'acajou dans laquelle il a rangé la pensine et se rend dans la chambre à l'étage. La pénombre l'aveugle un moment et il lui faut quelques instants pour s'habituer à la faible luminosité ambiante. Dès qu'il est suffisamment près du lit pour distinguer à la lueur d'une bougie la silhouette de l'elfe, cette dernière pivote de côté et lui adresse un regard inquiet.

- Monsieur, vous êtes là ! Impossible de la raisonner, la jeune demoiselle refuse de laisser Zini panser ses mains, geint-elle.

Il s'approche d'un pas lent et sans quitter des yeux le front ruisselant de sueur, écarte brusquement la couverture. Instantanément, le corps endolori se recroqueville. Les gémissements s'espacent, la respiration difficile se fait moins bruyante et les poings se resserrent sur la taie d'oreiller. Il sait qu'elle cherche à minimiser l'apparence de son état en sa présence. Les sourcils froncés, il voit les globes s'agiter sous les paupières bleuâtres au rythme du sifflement des bronches de la souffreteuse.

Il prend place sur le lit et saisit précautionneusement le bras gauche de la jeune femme. Elle grogne et le retire vivement de son emprise. Elle a ouvert sur lui des yeux vitreux qui le fixent avec la défiance d'un animal blessé.

- Ne m'oblige pas à le faire par la force, murmure-t-il d'un ton dissuasif en s'emparant de nouveau du bras à la peau brûlée.

- Je ne veux rien qui vienne de vous, parvient-elle à formuler d'une voix éraillée.

- Rassure-toi, je ne te le facturerai pas, siffle-t-il en resserrant sa prise en réaction à la résistance qu'elle continue de lui opposer. Pas de magie c'est ça ?

Il pose une main sur le front luisant et réprime une exclamation de surprise : elle a plus que de la fièvre !

- Tu as pourtant bien de la chance d'être un peu sorcière. Si tu avais été tout à fait moldue… que tu avais été totalement dépourvue de talent magique, précise-t-il se souvenant qu'elle ne connaissait sans doute pas le sens de ce terme, tu n'aurais pas survécu deux heures à une telle poussée de fièvre.

Il pointe sa baguette au-dessus de la chair brunie.

- Si j'avais été tout à fait humaine, chuchote-t-elle résignée, je n'aurais jamais eu à endurer tout ça.

La voix est lointaine, ce n'est pas à lui qu'elle s'adresse. Son bras gauche tremble sur les genoux du mangemort. Il ne peut que noter l'assimilation par la négative entre monstres et sorciers. Les deux avant-bras ont à présent repris leur aspect originel.

Cela fait presque une heure qu'il observe les traits féminins se rider et se contracter au rythme d'une respiration difficile, son esprit submergé par une multitude de questions. Les derniers mots qu'elle a prononcés ne cessent de tourner dans son cerveau et pour la première fois depuis qu'il a posé les yeux sur elle, il ne ressent ni animosité ni dégout… sans doute la légère torpeur engendrée par son hypoglycémie et l'éclairage feutré…

D'un geste quasi-mécanique, sa main se pose de nouveau sur son front. Il fronce les sourcils : la fièvre semble être encore montée. Si son état continue à empirer, il n'aura bientôt plus d'autre choix que celui de faire appel à un médicomage, voire pire : à un médecin moldu.

- Zini, ramène-moi la potion n°4, demande-t-il à l'elfe restée debout au pied du lit, les lèvres si pincées qu'elle ressemble à une vieille femme édentée hideuse.

Sitôt l'elfe partie en quête de l'objet du désir de son maître, la servante alitée empoigne fermement la manche de la veste noire.

- Non, vrombit sa voix au fond métallique.

Un instant plus tard, Zini est de retour et remet entre les mains de l'homme, une fiole au contenu auburn. Il saisit l'étiquette accrochée au goulot entre son index et son majeur, et la retourne afin de vérifier qu'elle ne s'est pas trompée. Pas qu'il ne se sente pas capable de reconnaître une potion au premier coup d'œil, mais au vu de la luminosité ambiante… Il décapsule le flacon du bout du pouce et passe sans douceur, une main aux doigts noueux derrière la nuque de la malade. Au moment où il approche le remède de ses lèvres trop pâles, elle éloigne son bras d'un geste sec. Quelques goûtes tachent le dessus de lit blanc. Elle l'observe à présent entre des paupières lourdes qu'elle peine à maintenir entrouvertes, une lueur menaçante au fond du regard.

- J'ai dit non, suffoque-t-elle dans un râle inquiétant.

Elle détourne la tête et la repose sur les oreillers humides. Réprimant l'envie de la gifler qui lui tort l'estomac, il dépose abruptement le petit flacon de verre sur son chevet et intime à Zini de quitter la pièce. La créature aux oreilles aile de chauve-souris s'exécute sans un mot et il entreprend de desserrer le col de sa chemise.

Alors comme ça l'usage de la magie te répugne… à ta guise ! Sans possible recours à la médecine moldue et face à un tel acharnement à l'encontre de tous les soins d'origine sorcière qu'il serait en mesure de lui prodiguer, il n'y a plus à sa connaissance qu'une seule manière de faire baisser une forte fièvre. Lorsque sa veste vient se chiffonner sur le sol dans un froissement de tissu sombre, elle lui lance un regard oblique.

- Que faites-vous ? articule-t-elle péniblement.

Il peut entendre ses bronches siffler.

- Je m'apprête à réguler la température de ton corps de la manière la plus rudimentaire qui soit, répond-t-il froidement en terminant de déboutonner sa chemise.