Coucou tout le monde. Tout d'abord un gros merci à mes trois revieweuses: vos commentaires sont mon moteur!^^ J'espère que le chapitre 13 vous plaira.
RAR:
Serelia: Coucou, merci beaucoup pour ton entrain. Ta promesse et ton enthousiasme font chaud au coeur. Alors voilà le chapitre suivant pour te remercier (les yeux de chat potté c'est pas cool, ça marche!).^^ J'espère qu'il ne te décevra pas. Bisous miss.
Arnavin: Merci beaucoup à toi pour toute cette énergie que tu déploies dans tes commentaires. Ca fait vraiment très plaisir de savoir que tu prends autant de plaisir à me lire. Voilà le chapitre 13! J'espère qu'il te plaira autant que les autres. Gros bisous.
Mirliton: Prof de français... comme je compatis! Comme ce doit être dur de lire ineptie orthographique sur horreur grammaticale! :S (quand je corrige les copies de mes étudiants, je peine à croire qu'ils sont tous bacheliers et français!) Je suis contente que la suite t'ait plue. J'espère que ça continuera! ^^. Merci encore de continuer à me suivre après tout ce temps! Bisous bisous!
Chapitre 13 : In painful memories
Les prunelles vitreuses le dévisagent intensément. Il vrille les iris brillants, sachant pertinemment que si elle en avait eu la force, elle se serait redressée d'un bond et l'animosité qui émane d'elle l'aurait propulsée à l'autre bout de la chambre en une demi-seconde.
Qu'elle ne s'y trompe pas : il ne fait pas ça pour son bon plaisir. La perspective d'être en contact avec elle de manière aussi… soutenue, ne le réjouit pas… non, vraiment ! Ce n'est pas comme si l'emmener aux urgences était une alternative envisageable. Du reste, il n'a pas très envie que son jouet se casse au moment où il commence à entrevoir tous les possibles amusements qu'il pourrait en retirer.
Il n'a qu'à observer la répulsion dont le gratifient les pupilles féminines pour jauger le dégout que leur inspire son entreprise. Et… la contraindre une fois de plus, la soumettre dans son impuissance aux conséquences de ses propres choix, est un délice dont il ne saurait se priver. Encore une fois, elle sait qu'elle ne peut s'en prendre qu'à elle seule d'avoir renâclé à boire la potion qu'il lui apportait. La situation insupportable dans laquelle elle est sur le point de se retrouver est de son fait, et c'est peut-être pour cela qu'elle sera le plus difficile à accepter.
Malgré la rougeur de ses joues, il jurerait avoir vu la couleur de ses pommettes gagner en intensité quand il s'est débarrassé de sa chemise.
- Dans la mesure où tu rechignes à être soignée par le biais de la magie et où je ne suis pas disposé à user de procédés moldus, m'est avis que le compromis le plus judicieux réside encore dans la recherche d'un équilibre calorifère, explique-t-il en empoignant la couette à pleine main.
Il s'assied sur le bord du lit et savoure l'impact de ses paroles sur le visage de la jeune femme : il le voit se décomposer. D'un geste sec, il saisit de part et d'autre le tee-shirt long et humide qu'elle a sur le dos et le lui retire sans ménagement. Une couture craque alors que le vêtement passe par-dessus la tête ébouriffée. Elle lui tourne vivement le flanc. Les cicatrices hideuses le contemplent. Alors qu'il se glisse à ses côtés, grimaçant au contact des draps moites et poisseux, il aperçoit le léger frisson qu'elle tente de dissimuler, parcourir son échine. La chair de poule ne ment pas.
Il n'est plus qu'à quelques centimètres. Ses yeux se posent sur la peau fine et mâte qu'il étudie sans même la toucher tout d'abord. Les mutilations appellent au contact le bout de ses doigts blancs. Alors qu'instinctivement, il est sur le point d'effleurer une marque claire, la voix épuisée s'élève :
- Je vous l'interdis !
Il retire sa main aussi prudemment qu'il l'avait approchée et fixe sa nuque de deux onyx rutilants.
- Tu n'es pas en mesure de m'interdire quoi que ce soit sous MON toit, susurre-t-il si près de son oreille qu'il peut voir le duvet de sa nuque se dresser sur son épiderme.
Sans prévenir, il plaque son torse contre ses omoplates et la sent se raidir toute entière. Elle a arrêté de respirer. Le corps féminin brûle sa peau. Elle tente de mettre de la distance entre eux, mais il la ramène brusquement à lui en posant une main sur son ventre. Elle étouffe un gémissement paniqué et crispe ses doigts, toutes griffes dehors, sur ce bras ennemi.
- Je ne suis pas Drago Malefoy, lâche-t-il acerbe en resserrant fermement sa prise.
Tous ses membres se contractent comme un seul muscle. Durant quelques minutes, il peut presque sentir ses os saillir en une protestation muette de tout son être terriblement tendu. Tellement rigide…
Peu à peu, elle se détend entre ses bras, la chair de poule s'estompe et son corps s'affaisse, affaibli par l'effort, contre le matelas. Elle n'a plus la force de résister. Sa respiration, difficile, se fait néanmoins plus régulière. Elle sombre de nouveau vers une semi-inconscience, somnolente. Machinalement, il pose sa main libre sur son front humide. Il est bouillant. Ses sourcils se froncent et il serre un peu plus le corps souffreteux contre lui, un bras autour de sa taille, l'autre reposant au-dessus de la tête brune sur l'oreiller. Son nez à quelques millimètres des mèches sombres, il respire leur odeur désagréable. Non pas qu'elles sentent mauvais mais… cette proximité l'agace. Il l'a pourtant choisie ; il sait qu'elle déteste ça.
A la lueur de l'unique bougie qui éclaire la petite pièce, il aperçoit un reflet cuivré sur quelques cheveux négligemment torsadés qui disparaissent derrière une oreille fine et rougeâtre. Un rictus retrousse sa lèvre supérieure : « à la mode Weasley », ne peut-il s'empêcher de noter. Pourquoi faut-il qu'il pense à ce chafouin à un moment pareil ? Ah oui, c'est vrai : parce qu'il respire une odeur désagréable, animale… il y a dans ce parfum une note sauvage qu'il n'a jamais sentie sur personne auparavant… Déplaisante ! D'autant plus qu'il ne la déteste pas… il ne saurait dire pourquoi. Un soupçon amère, épicée, mais douce malgré tout, une fragrance corsée mais féminine tout de même… entêtante…
Oui, ce n'est qu'au premier réel contact, c'est quand il la tient pour la première fois quasiment nue dans ses bras, maintenant que sa peau atrocement chaude irradie la paume de sa main, que son buste tout entier épouse chaque centimètre carré du dos marbré de cicatrices, qu'il réalise enfin qu'elle est une femme. En fait, s'il doit faire honneur à sa sempiternelle rigueur, il ne vient pas de réaliser qu'elle est une femme, il réalise seulement maintenant qu'il la considère comme telle… La nuance à son importance. Et elle est là, dénudée et vulnérable, dans son lit.
A quoi pense-t-il ? Il ne peut pas l'envisager ainsi… pas elle !
Mais après tout… c'est peut-être bien pour ça que cette odeur l'incommode, parce qu'elle lui plait… parce qu'elle génère en lui une frustration qu'il n'aurait jamais envisagé pouvoir un jour avoir à endurer à cause de cette empêcheuse de tourner en rond.
Un râle à peine audible s'échappe de la gorge fine et une mèche rebelle s'échappe de derrière son oreille pour venir dessiner une boucle sur son épaule duveteuse… Depuis quand s'est-il mis à analyser la texture de sa peau ? Il sent poindre le malaise dans ses entrailles. Les obsidiennes suivent la ligne d'ondulations brunes échouée sur son cou auquel perle une goutte de sueur. Elle trace un petit chemin sinueux qui dessine les courbes de sa nuque, de son épaule, sa clavicule, pour disparaitre entre ses…
Dans un sursaut d'auto préservation, il bascule son bassin en arrière. Elle ne PEUT pas susciter ce genre de réactions basiquement hormonales en lui !
Il lui faut quelques secondes pour se reprendre. La réactivité de la partie basse de son anatomie l'a surpris mais quoi de plus naturel ? Depuis combien de temps ne s'est-il pas accordé le temps de toucher une femme ? Suffisamment en tout cas pour voir dans cette fillette exaspérante l'exutoire de ce manque enfoui depuis certainement trop longtemps. Assez pour avoir pu, pendant un moment d'égarement, envisager cette fille d'une laideur peu commune, comme une femme. Merlin que l'homme est faible créature en période de disette ! Le constat est sans appel. Il lui faut une femme. Peut-être acceptera-t-il l'invitation de Lucius finalement…
Elle gémit et dans un frisson incontrôlé, cambre de nouveau ses reins contre son bas ventre. Il étouffe une inspiration bruyante au contact indésirable… C'est à son tour de se raidir.
- Sirus…
Si le malaise hormonal se dissipe dans son bas ventre, c'est dans son esprit qu'il s'éveille. Si bien d'ailleurs, que la sensation cuisante dans son estomac s'est évanouie pour céder la place à une nausée prononcée. A-t-il bien entendu ?
La cause de sa pétrification a changé d'origine, il tend l'oreille. Il attend, plusieurs minutes durant, que les syllabes blasphématoires affleurent de nouveau les lèvres rendues écarlates par la fièvre. Il les observe, épie leur moindre tressaillement. Elles s'entrouvrent, se crispent parfois pour empêcher un son de sortir, mais le nom honni ne les franchit plus. Il redresse sa tête et étudie son faciès. A nouveau, elle n'est plus là. Elle est ailleurs, loin entre le délire provoqué par le pic de fièvre et la tentative désespérée de son inconscient de creuser une échappatoire vers un peu de repos.
Il songe alors qu'il est temps ; que bousculée dans les tourments physiques et psychiques, elle ne sentira pas sa présence. La barrière cèdera aussi facilement qu'un château de cartes et il pourra pénétrer ses souvenirs de façon presque triviale. Il entrera sans mal et pourra glisser la lame de sa curiosité aussi loin qu'il le voudra.
Comme le contact visuel ne peut s'établir, il renforce le contact physique et presse plus fort son bassin contre ses hanches, sa main droite de nouveau plaquée sur le front transpirant.
Il n'a pas a beaucoup se concentrer pour parvenir à s'immiscer dans les méandres de l'esprit comateux. En revanche, si la percée est aisée, remettre de l'ordre dans ce qu'il est sur le point de découvrir risque de s'avérer plus délicat. Visiter un esprit délirant est souvent une entreprise périlleuse. Si l'on y ajoute qu'il n'y est pas nécessairement le bienvenu, il sait qu'il a toutes les chances de se faire malmener par l'inconscient de la malade. Reste à espérer que sa présence passe inaperçue compte tenu de son état de faiblesse. En théorie, son cerveau est tellement chamboulé qu'il ne devrait pas être alerté. Cela étant, au vu de ses aptitudes insoupçonnées, il préfère ne pas trop présumer de ses propres compétences. C'est après tout sa prudence à la frontière de la paranoïa qui lui vaut d'être encore en vie.
Il fait noir. Pourtant de vagues formes se détachent et se meuvent sur un décor d'encre. Ses yeux commencent à trahir son estomac. Comme s'il était ivre, le sol tangue sous ses pieds. Il clôt les paupières un instant, patiente quelques secondes dans l'espoir que tout s'arrête de tourner. Il ne sait s'il s'agit d'un mécanisme de défense ou si c'est lié à son état, mais si cela ne cesse pas très rapidement, il va se trouver contraint de mettre un terme à son investigation séance tenante. Quand il rouvre les yeux, l'obscurité s'est désépaissie et peu à peu, une silhouette se dessine derrière les sombres volutes charbonneuses. Ses yeux se plissent. Le brouillard se dissipe lentement et avant même d'avoir pu clairement distinguer le visage de son vis-à-vis, il sait d'ores et déjà quels traits vont lui être révélés. Il sait quoi et comment chercher. Il ne perçoit pas encore son corps de manière définie, mais les yeux vifs le transpercent déjà.
Elle est là ; assise au milieu des résidus de cartons et de journaux rendus boueux par une pluie battante et elle le fixe intensément. Ses cheveux sales et filasse lui arrivent à peine à la taille, son visage est poupin… elle ne doit pas avoir plus de quinze ans. Son éternelle et détestable peluche serrée entre ses bras crasseux, elle vrille son regard d'une manière proche de l'indécence. Il sent son pouls s'emballer : comment peut-elle le voir ? Elle ne devrait pas avoir détecté sa présence dans sa mémoire. Pourtant, froids et perçants, les yeux châtaigne le provoquent, le défient. Il fait un pas sur le côté mais les prunelles brunes ne dévient pas leur trajectoire pour le suivre. Alors il comprend.
Lentement, il se retourne et entre les cordes aqueuses, devine derrière un rideau opaque, l'ombre d'un homme de grande taille. Bien à l'abri dans sa maison, une main retenant un pan de l'épais tissu terne, sa propre silhouette se profile. De sa fenêtre, il se repait du spectacle.
Encore ce malaise…
Il n'a pas le loisir de faire de nouveau face à sa jeune domestique qu'elle a disparu, emportant avec elle l'impasse sordide de Spinner's End.
L'instant suivant, il écoute une toute jeune fille remercier son père, les yeux pétillants. Alors qu'elle lui a sauté au cou pour l'assaillir de petits baisers mouillés, elle serre fortement entre eux, un énorme chien en peluche aux poils noirs et soyeux qui arbore, poinçonnée à son oreille, une étiquette cartonnée et dont elle jure qu'elle prendra toujours soin. Il se dit avec une grimace qu'elle n'aura pas menti : vingt ans après, il paraitrait toujours aussi neuf.
Les tranches de vie se succèdent à une rapidité folle, plus nettes que ne le sont en règle générale les souvenirs ; pas le moindre flou autour de lui.
Un sanglot attire son attention et il fait volte-face pour observer une nouvelle scène. La même enfant est en pleurs. Un bras potelé étrangle le chien noir contre son petit torse, pendant que sa main libre essuie les larmes sur ses joues. Dans un léger scintillement, il aperçoit un fin fil d'argent pendre de sa main aux doigts repliés. Il s'approche. Accroupi devant elle, son père tente de la calmer.
- Je l'ai cassé. Papa, sanglote-t-elle, je l'ai cassé…
- Chut. Allons, ce n'est pas grave, lui sourit-il afin qu'elle s'apaise. Ma chérie regarde-moi ! intime-t-il d'une voix douce en lui soulevant le menton. Peu importe ce que tu as pu casser ma puce, rien ne vaut que tu te mettes dans un tel état. D'accord ? Montre-moi tes jolis yeux !
- Mais, continue-t-elle inconsolable, sa voix saccadée par des reniflements qu'il trouve irritants, j'ai cassé… tu m'avais dit… de toujours l'avoir sur mon cœur… papa… que tu me protègerais toujours… comme ça… papa, il est cassé !
Le visage du père s'est sensiblement tendu et son sourire s'est quelque peu affadi alors qu'il semble prendre conscience de la signification des propos incohérents de sa fille.
- J'ai cassé le collier, explique-t-elle, … papa !
Il pourrait jurer avoir vu un éclair de terreur traverser les yeux noisettes de l'homme. L'espace d'un instant, il semble au bord du malaise mais les jérémiades bruyantes de sa progéniture le ramènent à la réalité.
- Montre-le-moi, demande-t-il en essayant maladroitement de moduler les vibrations dans sa voix.
La fillette tend le bras et, dépliant ses petits doigts, découvre une fine chaînette d'argent au bout de laquelle pend l'armature de ce qui semblait être un pendentif. Au creux de la paume enfantine, scintille une petite pierre blanchâtre aux reflets turquoise et mauve. Polie et joliment biseautée, taillée en forme allongée et en pointe aux deux extrémités, elle ne doit pas mesurer plus de deux centimètres de long. Elle a dû se désolidariser de la griffe qui la maintenait accrochée à la mince chaîne d'argent. Les yeux rivés sur la pierre de lune, le père la saisit entre deux doigts mal assurés presque tremblants et tapote gentiment le sommet du crâne de sa petite fille.
- J'imagine que c'est dans l'ordre des choses, murmure-t-il à voix basse. Il est peut-être temps…
Elle n'a pas l'air de l'entendre ; nichée entre les bras rassurants de l'homme, lovée contre sa poitrine, elle continue de pleurer tout son soul.
Il n'a pas le temps de pousser sa réflexion plus avant sur ce qu'il vient de voir, déjà le sol s'effondre et le voilà témoin de nouveaux évènements.
Dans un grand salon aux murs couverts d'un vieux papier peint bleu pâle et délavé, une fillette ridiculement petite lui tourne le dos. Calée sous un bras, sa reconnaissable peluche le nargue alors que les couettes de l'enfant se haussent et s'abaissent au rythme de la chose qui a capté son attention droit devant elle. Derrière lui, le bruit désagréable et régulier d'une machine à coudre. Là, attablée au centre du séjour, une jeune femme aux grands yeux bruns retouche les ourlets d'une paire de pantalons d'homme. Ses traits sont doux, son visage lunaire. Ses yeux, dont les longs cils viennent souplement battre ses arcades sourcilières chaque fois qu'ils clignent, sont identiques en tout point à ceux de la jeune personne qu'il héberge actuellement sous son toit. Leur manquent seulement cette farouche détermination et cette lourdeur qui donnera au regard de sa fille des années plus tard, cet air d'avoir vécu trop longtemps. Ceux de la mère pétillent alors qu'elle retire, en chantonnant, la ceinture d'un second pantalon pour repriser un passant déchiré. Un rire discret arrache son attention à l'image de ce qu' « elle » aurait pu devenir si ses pseudos parents s'étaient comportés comme tels. Il fait quelques pas en direction de l'agaçante meringue de mousseline rose et ses yeux s'élargissent quand il comprend la cause de son excitation. Au-dessus de sa main droite tendue devant elle, paume vers le haut, se déroulent dans un ballet fluide et coordonné, deux bobines de fils à canevas jaune et bleu. Il ne peut s'empêcher de sentir une certaine appréhension gagner son estomac. Un large sourire fend le visage de la fillette d'une oreille à l'autre alors qu'elle trace dans les airs, tantôt des lettres dorées, tantôt de petits dessins pastels. Un stupide cœur jaune s'élève devant les deux billes émerveillées et aussitôt, l'extrémité d'une ligne souple vient tracer en son centre les lettres M. A. M. A. N, avec une facilité et une précision rares pour une manifestation magique primitive.
- Eleonor, tu as pris le fil bleu ?
Les pas dans son dos se sont arrêtés aussi soudainement que la voix s'est éteinte. L'enfant et l'homme font face de concert à la maîtresse de maison, mais les expressions qu'affichent leurs faciès respectifs sont aux antipodes l'une de l'autre. La fillette ne semble pas saisir le présage contenu dans le dé à coudre échappé des mains de sa mère et qui roule maintenant à ses pieds. Les yeux exorbités, son visage a tronqué sa douceur pour la peur.
- Maman, tu as vu ce que je sais…
Elle ne terminera pas sa phrase. A terre, la lèvre inférieure tuméfiée, des larmes roulant sur ses joues rouges, elle interroge sa génitrice du regard. Mais dans les pupilles maternelles, la peur a cédé la place à la folie.
- Monstre, lâche-t-elle en reculant de quelques pas, le regard horrifié.
Les prunelles de l'enfant se gorgent d'eau et d'incompréhension.
- Mais… maman, je…
- Tais-toi ! TAIS-TOI ! hurle la mère en agrippant ses cheveux comme une démente. Ne t'adresse pas à moi, ce n'est pas moi… ce n'est pas ma faute !
A force de reculer, elle heurte l'établi sur lequel elle travaillait et sa main vient se poser sur un pantalon de flanelle gris qu'elle a terminé de réparer. Ses yeux cherchent quelque chose qu'elle semble avoir trouvé lorsqu'ils se posent sur une lourde ceinture de cuir marron, à cheval sur le dossier d'une chaise en bois brut. Elle se rue dessus et fait tomber le siège à la renverse dans sa précipitation. La fillette recroqueville ses jambes sous le jupon de sa robe, dans un geste d'anticipation. La femme avance vers elle, démesurément grande face au petit tas de chiffon qui se terre désespérément contre les lames du plancher et dans un cri animal, elle frappe de toutes ses forces. Un sanglot aigu, déchirant… un deuxième coup, puis un troisième. Prise d'une incontrôlable frénésie, la lanière de cuir fend l'air dans un sifflement sinistre douze fois, avant que, essoufflée et échevelée, la folle ne s'épuise. Les cris maternels ont recouvert les plaintes enfantines.
Quand son bras retombe le long de son corps, la fillette a cessé de pleurer. Son petit corps transi de douleur a arrêté de se contorsionner. Plus de sanglots non plus. Ses yeux sont grands ouverts, un vide effrayant pour une petite fille si jeune a ravagé son visage. Si les larmes ne continuaient pas de rouler sur sa figure, il pourrait croire qu'elle est morte.
- Tu ne recommenceras plus ! tonne la voix rauque d'avoir trop crié. Plus jamais !
La ceinture tombe à quelques centimètres du nez poupin. Une porte claque : elle est partie. Elle, ne bouge plus, plus un bruit, pas même un gémissement. Juste le mouvement qu'une lente respiration inspire à son corps. A plat ventre sur le parquet, les yeux figés, elle est en état de choc. Ses traits ne trahissent même plus l'inhumaine douleur. Pourtant, les coups portés ont lacéré l'étoffe épaisse de son vêtement et il n'a pas besoin de s'approcher davantage pour devenir l'état de son dos.
Il s'accroupit face à elle et se perd dans les iris marrons. Le souvenir qu'il observe est tellement vivace qu'il lui semble qu'il lui suffirait de tendre la main pour couvrir ses doigts de sang.
Il ne sait pas ce qu'il cherche, il ne sait plus… il voulait voir, il a vu. Il s'y attendait. Dans le fond, il a toujours su qu'elle n'était pas une cracmole.
Eleonor… elle ne semblait pourtant pas mentir lorsqu'elle affirmait ne pas se rappeler son propre prénom…
Alors qu'il regarde dans les pupilles de l'enfant, il la retrouve enfin. Cette petite fille aux anglaises décoiffées et au regard lointain est la même personne que celle qui lutte actuellement entre ses bras dans cette petite chambre de Spinner's End. Comme si la transformation n'avait pas été progressive mais s'était faite d'un coup… Il la ressent éminemment étrangère et pourtant, c'est comme s'il la connaissait depuis toujours… son vécu, ses regards, ses réactions… les marbrures sur sa peau… tellement familière…
Lui-même se rappelle encore la réaction plutôt sanguine de son père lorsque ce dernier a découvert la véritable nature de sa condition sorcière. Il avait cru ne jamais plus pouvoir tenir sur ses jambes… Il pourrait sans doute encore aujourd'hui visualiser la scène avec autant de netteté que celle qui vient de se jouer sous ses yeux.
Alors qu'il s'est replongé dans les dédales de sa mémoire, un clignement de paupière entre les sillons salés le tire de ses pensées. Il la fixe, et ce qui se passe en lui, génère un glissement de terrain entre ses côtes. Les pupilles de l'enfant se braquent sur lui et il la voit déglutir. Comme précédemment, il lance un regard par-dessus son épaule pour s'assurer que c'est bien sur lui qu'elles sont posées. Elle ouvre alors la bouche et articule froidement :
- Vous ne devriez pas être ici.
Voilou voilou. Qu'en pensez-vous? Il me reste deux chapitres en stock que je garde jalousement en attendant de lire vos impressions. Alors je vous dis à bientôt et n'oubliez pas de poster un tit commentaire si vous avez aimer, ça fait toujours plaisir et ça motive les troupes! ;)
