Coucou à toutes, je tiens à remercier mes deux commentatrices : Sonata et Mirliton (je vois que certaines ont fait fi de leurs promesses T.T ... me laissant ainsi me noyer dans mon désespoir...). Quoiqu'il en soit, comme je ne peux laisser ces deux demoiselles sans la suite et que je nourris toujours le fol espoir qu'un jour peut-être, vous accorderez un peu plus de considération à mon travail (je fais des progrès en matière de dramaturgie je trouve...)

Bonne lecture tout le monde.

Chapitre 14 : Rencontre inattendue

Il ne répond pas. Il observe la petite silhouette se redresser péniblement pour lui faire face. D'un revers de manche, elle essuie les sillons d'eau salée sur ses joues et se tient maintenant debout devant lui. Les prunelles brunes vrillent les obsidiennes. Comment peut-elle le voir ? Comment peut-il interférer avec un simple souvenir ?

- Je ne suis pas exactement un souvenir, répond-t-elle à la question muette qu'il se pose.

Il se redresse alors qu'elle fait un pas pour s'approcher de lui. Ses sourcils se froncent et elle sourit.

- Je ne pensais pas que tu avais détecté ma présence, murmure-t-il méfiant face à l'apparition inattendue.

La moue sur la bouche enfantine a quelque chose de déplaisant ; il sent un frisson particulièrement désagréable remonter le long de son épine dorsale. Quelque chose cloche. Elle semble… différente.

- Depuis quand as-tu compris que je me suis immiscé dans ta mémoire ? interroge-t-il suspicieux.

- Elle ne le sait pas, mais elle le pressent.

La niaiserie de sa voix est insupportable.

- Elle a ressenti votre présence, explique-t-elle l'air amusé par l'expression qu'affiche le visage du sorcier, et un peu à la manière d'un virus, son organisme essaye de vous expulser.

Les tremblements et les ténèbres qui l'ont accueilli lui reviennent en tête. Jamais encore il n'avait expérimenté chose similaire en s'introduisant dans l'esprit de quelqu'un… il la toise un instant. Qu'est-ce que c'est que cette façon de s'exprimer lorsqu'elle parle d'elle-même ?

- Si je comprends bien, tu es censée être … ce qui me poussera diligemment vers la sortie, hasarde-t-il en arquant un sourcil.

Il doit avouer qu'il a du mal à comprendre ce qui se passe, mais il ne va quand même pas se montrer hésitant devant une enfant de trois ans.

- Pas exactement, répond-t-elle, son sourire s'accentuant.

Il n'aime pas cette façon qu'elle a d'étirer ses lèvres purpurines en un sourire qu'il n'arrive pas à analyser. Impassible, il se contente de l'observer.

- Mais si je le décide, continue-t-elle, vous n'irez pas plus loin.

Ses deux sourcils se haussent. Il ne s'attendait pas à cette réponse, à tout le moins, pas lancée avec un tel aplomb.

- Voyez-vous ça ? J'imagine que j'ai affaire à une … entité redoutablement puissante pour proférer de telles paroles et penser un seul instant avoir le dessus sur un légilimens accompli.

- Pas du tout, tombe la réponse déconcertante. Pas plus que n'importe quelle sorcière ou sorcier je suppose… je ne pense pas que sa puissance en termes de magie excède la moyenne.

Les grands yeux bruns se plissent et elle penche la tête sur le côté dans une attitude très… canine, ne peut s'empêcher de relever sa part de sarcasme.

- Un quoi accompli ?

Il élude la question.

- N'aie pas la prétention de croire que tu pourrais être un frein dans mon entreprise, quelle qu'elle soit, susurre-t-il d'une voix qui aurait dépeuplé la moitié des dortoirs de Poudlard. Si je ne tenais pas à ce que tu te rendes compte de ma présence, c'était par souci de confort, pas parce que je te croyais capable de m'en empêcher.

- Je vous croyais plus intelligent, cingle-t-elle avec une moue innocente.

La répartie malvenue aurait presque pu lui arracher un sourcillement, s'il n'avait pas été ce qu'il est. Cette gamine l'irrite terriblement. Dans un élan de rêverie meurtrière, il se demande laquelle des deux l'énerve le plus.

- Toute cette magie refoulée, où pensez-vous qu'elle se soit concentrée ? Vous croyez encore qu'elle est une simple cracmole après tout ce que vous avez vu ?

Où diable essaye-t-elle d'en venir ?

- Elle n'est peut-être pas plus puissante qu'un sorcier lambda, mais elle possède un capital magique encore jamais exploité.

Les sourcils du mangemort sont à présent si froncés qu'ils semblent ne former qu'une seule ligne alors que le sens des propos de la fillette commence à percer l'opacité dans son cerveau malmené.

- Vous pensez sincèrement que ses aptitudes ne se sont jamais manifestées parce qu'elles sont inexistantes ?

Le menton de l'homme se relève sensiblement et ses yeux s'agrandissent. Il vient de comprendre… c'est invraisemblable qu'une telle chose soit possible.

L'enfant semble considérer l'attitude de son aîné comme un encouragement car elle poursuit.

- A quoi a-t-elle pu employer cette énergie selon vous ?

C'est bien ce qu'il pensait.

- Que croyez-vous que je sois ?

- J'avais saisi que tes pouvoirs avaient été volontairement bridés, merci ! siffle-t-il avec humeur. Mais j'ai également vu le sceau qui les maintenait captifs se briser.

Le sourire a disparu du visage de porcelaine.

- Quant à toi, si tu n'es pas un souvenir, qu'es-tu donc ? Pourquoi cet emploi de la troisième personne quand tu parles de toi ?

- Vous avez vu la chaîne se casser, rectifie-t-elle, mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

Elle a balayé le sujet avec désinvolture et ses traits ont de nouveau retrouvé leur pétulance. Il comprend que la réponse qu'elle est sur le point d'apporter à sa question va être aussi facile à avaler qu'un verre de pouss'os.

- En ce qui me concerne… disons que je suis un savant mélange de son inconscient et de la magie en elle. Mais ça, je pensais que vous l'aviez saisi.

A la réflexion, il a peut-être surestimé l'aptitude du pouss'os à lui rester en travers de la gorge. Ce qu'elle lui sert est indéniablement plus difficile à digérer.

- Je ne suis rien d'autre qu'une part de souvenirs et de potentialités inexploitées, la matérialisation d'une frustration tellement enfouie qu'elle ne sait même pas que j'existe. J'ai pioché dans les ressources encore vierges à ma portée pour générer une entité distincte de sa personnalité… je suis une partie d'elle qu'elle a oublié. A la fois elle et une autre. J'incarne ce dont elle ne veut pas se souvenir.

Le pâle faciès du maître des potions ne trahit pas le chaos cérébral qui sévit douloureusement dans sa boîte crânienne. Les élucubrations de cette fille n'ont ni queue ni tête ! Qu'est-ce donc que tout ce charabia ? Se rend-t-elle seulement compte qu'elle est en parfaite contradiction avec ce qu'elle avance à chaque nouveau mot que vomit sa bouche ? Il a beau faire fonctionner sa matière grise à toute vitesse, la seule réponse intelligible que lui accordent ses neurones en fusion est un « QUOI ? » indigne de sa personne. Lui qui d'ordinaire prend un malin plaisir à entendre ce genre d'onomatopées fuser dans sa salle de classe lorsqu'il aborde un thème particulièrement délicat… le voilà logé à la même enseigne que cette bande de dégénérés. Pire encore : c'est une fillette de trois ans qui lui donne des leçons ! Ayant perdu l'espoir de remettre de l'ordre dans ses idées tant qu'il n'aurait pas quitté l'esprit de sa domestique, il se résout à faire taire ses pensées trop bruyantes : il sent la migraine pointer le bout de son nez.

- J'avoue ne pas te suivre, parvient-il à dire d'un ton neutre. A supposer que tu ne sois pas la manifestation d'un trouble schizophrénique de cette folle et que ta présence ici ait pour but de faire obstacle à la mienne… pourquoi ne pas t'être mise en travers de ma route plus tôt ? Pourquoi m'apparais-tu seulement maintenant ?

- Parce que j'avais besoin que vous voyiez certaines choses, mais… apparemment, ce que je vous ai montré n'a pas suffi à faire jour dans votre cerveau que je croyais pourtant brillant.

Cette peste est plus corrosive que du vinaigre sur une plaie ouverte. Elle parle avec l'arrogance et les mots de son aînée. Il sait qu'il ne converse pas avec une enfant de trois ans mais, l'entrelas d'éléments qu'elle prétend être lui parait peu vraisemblable. Cela étant… il ne saurait trouver lui-même une explication rationnelle à sa présence.

- Ce que TU m'as montré, répète-t-il. Tu ne doutes de rien petite impertinente ! Penses-tu réellement que j'ai eu besoin de ton aide pour frayer mon chemin jusqu'ici ?

- Pensez-vous réellement que si j'avais eu en tête de ne pas vous laisser aller plus loin, je n'aurais pas été capable de vous chasser de son esprit ?

Il y a maintenant dans les iris bruns une lueur de défi et il sait qu'elle ne bluffe pas.

- Non seulement je vous ai grand ouvert la porte en minimisant les désagréments, mais j'ai en outre ordonné les souvenirs que vous avez pu visionner dans une certaine chronologie afin que rien ne vous échappe.

- Je me disais aussi qu'ils étaient étonnement limpides… sans compter qu'ils comportent un certain nombre d'incohérences, fait-il remarquer triomphant. Notamment, ton nom…

La fillette le gratifie d'une gracieuse révérence.

- Je savais que cela vous mettrait la puce à l'oreille, confesse-t-elle les yeux étincelants de malice.

- Tu…, commence-t-il, elle n'avait pourtant pas l'air de mentir lorsqu'elle m'a avoué ne pas s'en souvenir, termine-t-il, une légère grimace déformant ses fines lèvres.

Autant prendre le parti de les dissocier d'emblée, sans ça, le dialogue risque de devenir trop compliqué. On ne peut déjà pas dire qu'il soit des plus accessibles, si en plus il cherche à toute force à les associer dans une attitude de déni total de ce qu'elle lui a appris, il risque vingt ans de thérapie intensive.

- Non, répond-t-elle. Elle l'a oublié… comme beaucoup d'autres choses.

Les traits de l'enfant se sont sensiblement durcis tandis que ses pupilles semblent s'être égarées dans les contrées d'un lointain passé.

- Moi je m'en souviens… de tout !

S'il comprenait un tant soit peu ce qui se passe, il jurerait avoir vu de l'amertume figer le faciès ambré en une expression qu'il connait bien pour la dévisager tous les matins à travers le miroir de sa salle de bains… celle de la lassitude, de la colère froide, du remord et… du dégoût de soi. Il chasse cette idée saugrenue d'un revers de la main. Quelque chose se tord dans son ventre … d'une façon ou d'une autre, cette fille a le don de réveiller en lui le malaise. Les paupières nacrées papillonnent et elle braque de nouveau ses prunelles sur lui.

- J'ai délibérément choisi de vous le révéler, revient-elle dans le vif du sujet.

Brusque retour, songe-t-il. Mécaniquement, il inspire une grande bouffée d'air qui lui brûle les poumons. Ridicule, se morigène-t-il. Voilà que tu te prends pour un nouveau-né braillard. Il se giflerait. Il est là, face à cette grotesque apparition dont il peine à saisir le discours. Elle lui offre sur un plateau les réponses aux questions qu'il se pose depuis des jours maintenant, pourtant, la seule réelle interrogation qui demeure dans son esprit est d'une toute autre nature. Il ne comprend pas… il ne comprend vraiment pas pourquoi lorsqu'il la regarde, il éprouve cette vague sensation de nausée et cette forte impression de déjà vu. Pourquoi cette enquiquineuse qui ne lui a toujours inspiré que dégoût et mépris, génère aujourd'hui en lui ces tiraillements dérangeants ? Cette nostalgie ?

... lui, nostalgique… ben voyons !

- Tu as donc falsifié les souvenirs que j'ai visionnés ? demande-t-il en faisant une convaincante abstraction des questionnements qui le travaillent de manière plus prégnante.

L'opportunité qui s'ouvre à lui n'est pas négligeable et ce ne sont pas de piètres vertiges stomacaux qui gâcheront cet instant qu'il attend depuis trop longtemps à son goût.

- Pas vraiment. Disons que je les ai… reconstitués au mieux afin que vous ayez une vision des choses la plus globale qui soit.

Les yeux du sorcier ne sont plus que deux fentes, il la dévisage intensément. Il n'a aucune raison de croire ce qu'elle lui raconte. Il n'est d'ailleurs pas quelqu'un de crédule.

Elle avance d'un pas et il note son air grave.

- A ce propos, elle ne se rappelle qu'en partie ce que vous avez vu ici. Il est vital, précise-t-elle en appuyant sur le terme, que vous ne fassiez aucune allusion à notre… rencontre.

- Alors pourquoi m'avoir montré tout ça ? Si tu me connais comme cela parait être le cas, tu n'es pas sans savoir ce à quoi je l'ai menée et quels sont nos rapports.

- Je sais que vous êtes la première personne depuis des années à lui avoir donné un toit. Je sais que vous la maintenez actuellement en vie d'une manière certes peu orthodoxe, mais les raisons et les manières ne m'intéressent pas.

Il croise ses bras sur sa poitrine et l'observe fixement. Elle n'est quand même pas en train d'essayer de le convaincre qu'il est un bon samaritain !

- Tu es fort mal renseignée ou as un manque grave de bon sens. Je perçois beaucoup de miel dans ton discours mais tu oublies que…

- … vous vous êtes mis dans une fureur blanche après que ce jeune garçon pédant a essayé d'abuser d'elle ? termine-t-elle à sa place, une commissure de ses lèvres étirée en un sourire en coin trop entendu pour une gamine de son âge.

C'est comme si elle avait compris avant qu'il ne formule sa réponse où il allait en venir, et qu'elle avait anticipé ses paroles. Elle ne croit quand même pas qu'il se cache derrière une fausse modestie inexistante ? … Ou bien tente-t-elle simplement de s'en persuader ?

- Je ne suis pas dupe non plus, le coupe-t-elle dans ses réflexions. Si je vous suis apparue maintenant précisément, c'est parce qu'il fallait que je vous rencontre, que je vous parle avant d'aller plus loin. Que vos actes aient été motivés par l'inquiétude, la possessivité ou encore la jalousie, pour l'instant, cela importe peu.

Formidable ! Plus elle parle, moins son discours semble cohérent. Elle avait pourtant l'air de penser qu'il n'était pas animé par de mauvaises intentions à son égard. Pourquoi dit-elle que cela n'a guère d'importance maintenant ?

- Ce n'est pas comme si j'avais le choix, l'éclaire-t-elle. Vous êtes la seule personne qui me soit jamais apparue durant toutes ces années, et la seule à ma connaissance qui en sera jamais capable… C'est un pari risqué, même pour moi.

Elle semble hésiter, il attend, perplexe.

- Je sais que vous n'êtes pas un homme foncièrement bon, reprend-t-elle. J'espère simplement que vous êtes moins mauvais que ce qu'elle imagine.

Approcher l'ennemi avec tact et subtilité, songe-t-il avec un rictus amer. Il reste un moment coi, subjugué par tant de diplomatie.

- Et si tel n'est pas le cas ? finit-il par demander.

- Alors je suppose qu'elle est perdue.

Ses sourcils se haussent au-dessus des yeux d'encre et il laisse échapper un ricanement mauvais.

- Serais-tu par le plus grand des hasards en pleine tentative de culpabilisation ?

- Une telle entreprise serait-elle vraiment sérieuse ? l'entend-t-il lui répondre.

Le rictus dédaigneux qui orne ses lèvres s'élargit et il rompt le prompt silence qui s'était installé.

- Dans ce cas, à quoi bon me faire part de ces mièvres observations ? Pourquoi donc devrais-tu me montrer toutes ces choses ?

- Parce que je pense que vous pouvez faire quelque chose pour… la ramener à la vie, lâche-t-elle après un soupir hésitant.

S'il n'avait pas été certain de ne pas nager en plein rêve, il se serait sans doute permis d'éclater de rire… ou de se pincer peut-être… peut-être davantage oui. Si Dumbledore pouvait le voir, lui dont rien n'ébranle jamais le masque d'indifférence, il le noierait sans doute dans ses petits rires moqueurs en l'ensevelissant sous des tonnes de discours guimauve sur sa prétendue conscience et son profond désir de repentir. Oui… il lui rirait sûrement au nez en voyant la tête qu'il doit faire.

- Ne me dis pas que tu es sérieuse, articule-t-il, tiraillé entre l'irrépressible envie de laisser échapper le sarcasme qui lui brûle la langue et une profonde consternation.

- Je me demande, marmonne-t-elle pensivement en se baissant pour ramasser la lanière de cuir sur le sol. Je n'ai rien à perdre, dit-elle un peu plus fort cette fois en plongeant dans les yeux sombres.

Il s'adosse au plan de travail que la marâtre a déserté un peu plus tôt et étudie la fillette face à lui. Ca y est, il la retrouve : la fille qui vit sous son toit. Elle parait tellement sûre d'elle, tellement déterminée… malgré tout, il sent en avisant la crainte imprimée au fond de ses pupilles que tout ça ne tient qu'à un fil. Elle fait la brave, celle que rien ne fait plier, mais la peur est bien là. Un brin plus décontracté, il se surprend à trouver la situation comique. Alors que sa domestique refuse toute forme d'aide et surtout la sienne, il se la voit demander par une manifestation fantomatique de son inconscient… Et comme la teneur de la demande est cocasse ! Attendre de lui : le croque-mort des cachots comme se plaisent à l'appeler ses étudiants, qu'il rende à une jeune personne le goût de vivre ! Il en rirait presque.

Lui qui ne fait que survivre…

Cette gamine ne sait décidément pas à qui elle s'adresse.

- J'imagine que tu ne me laisseras continuer ma tranquille petite visite que dans l'hypothèse où j'accèderais à ta requête, la provoque-t-il.

Pour toute réponse, l'enfant fait claquer la ceinture dans le vide. C'est sans lui adresser le moindre regard qu'elle reprend la parole, le timbre moins sûr.

- Ce serait présomptueux de ma part d'affirmer que je suis en mesure de barrer purement et simplement votre route, avoue-t-elle avec sincérité.

- Je crois oui, l'approuve-t-il avec une moue suffisante.

- J'ai évidemment matière à vous donner du fil à retordre, tempère-t-elle son propos manifestement agacée par le manque d'humilité de son alter ego – et encore une fois il reconnait dans cette impossibilité viscérale de lui donner raison, la jeune servante – mais je ne pense pas pouvoir assurer que je serais en mesure de vous repousser indéfiniment.

Elle pense sans doute qu'il sera plus avenant ou plus coulant si elle joue la carte de l'honnêteté. Croire sottement qu'il se laisserait amadouer par ce genre de stratagème de midinette serait mal le juger.

- Alors que comptes-tu faire ? lance-t-il sans donner signe de trêve.

Elle lui tourne le dos, de sorte qu'il aperçoit entre les lacérations de la petite robe pastel, les marques violacées et parfois ensanglantées sur sa peau.

- Continuer à vous ouvrir la voie, murmure-t-elle en posant sa main libre sur le mur devant elle.

Il décroise lentement ses bras et ouvre sur elle deux yeux ronds alors qu'un passage s'ouvre progressivement dans la tapisserie hideuse du salon. Elle tourne son visage blême vers lui et tend sa petite main après avoir lâché à terre l'instrument de torture qui l'occupait.

- J'ai formulé le vœu naïf que vous comprendriez en voyant le reste.

Il ne bouge d'abord pas. Que cherche-t-elle à faire ? Il ne voit pas où elle veut en venir. Malgré tout, il est intrigué. Se pourrait-il qu'il y ait derrière ce mur davantage que ce à quoi il s'attendait en mettant les pieds dans son antre ? Sans prononcer un seul mot, il avance à pas mesurés vers la petite fille et la toise de toute sa hauteur. Comprenant qu'il ne saisira pas sa main, elle laisse retomber son bras et d'une œillade éloquente, l'invite à passer l'ouverture aveuglante de lumière.

Avant de la suivre, il tient à préciser sa position. Elle ne pourra pas dire qu'il ne l'a pas avertie.

- Que les choses soient claires ! Si je suis là c'est dans l'unique but de satisfaire ma curiosité et d'apporter des réponses à mes questions.

- Si déjà vous vous posez des questions à son sujet, c'est que tout n'est pas perdu, lance-t-elle du tac au tac avec un sourire engageant.

- Je n'ai en aucun cas l'intention, ni même l'intention d'essayer, d'accéder à ta demande, termine-t-il comme s'il n'avait pas été interrompu.

Sa bouche sourit encore quand ses yeux se chargent d'une triste résignation dont il se félicite. Le message est passé. Il accepte l'invite explicite de son bras tendu vers le trou béant, empli d'une sensation étrange entre excitation et appréhension, et la lumière l'éblouit quelques secondes avant de faire jour sur le souvenir suivant.

Encore deux chapitres en réserve. Ceux qui pensent que papi Sevy est une ordure tapez 1, ceux qui l'aiment comme ça tapez 2, ceux qui voudraient que je ferme ma gueule tapez 3.

On se retrouve bientôt pour le prochain chapitre?