Coucou tout le monde. Désolée pour l'attente. J'ai eu de gros problèmes avec ma thèse, mon appart'... 'fin bref, c'est un moment assez moche pour moi ces derniers temps et je n'ai pas eu une seconde à moi sans compter que le moral n'était pas toujours au beau fixe. Je reviens donc avec un nouveau chapitre qui m'a donné beaucoup de mal, n'ayons pas peur des mots. J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture tout le monde!^^ Merci à mes 4 revieweuses: Cassandre 8, Arnavin, Mirliton et Sonata Sama. Merci de continuer à m'encourager les filles, ça fait chaud au coeur, c'est mon tit moteur!

Arnavin: Je tiens à te rermercier pour ta gentille review et tes encouragements. J'espère que ce chapitre te plaira et qu'il t'éclairera sur les questions que tu te poses. N'hésite pas à me donner ton avis ^^. Bisous et à très bientôt.

Chapitre 15 : Protecteur

Devant lui, une petite fille vêtue d'un horrible pyjama à nounours vert pomme essuie la vaisselle que sa mère lave pour la ranger dans les différents placards de la petite cuisine. Un détail le frappe : les yeux bruns ont perdu cette lueur mutine qui les faisait tant briller quelques minutes plus tôt. A la place, des cernes bleuâtres soulignent les orbites sans vie, les creusent et font ressortir les globes de manière presque effrayante.

- Mon père, interrompt la fillette à ses côtés, était parti pour affaires durant une semaine.

- Voilà maintenant que c'est TON père, fait remarquer le mangemort avec un regard en biais.

- J'aime à croire qu'à ce moment-là, nous n'étions encore qu'une seule et même personne.

Il note qu'elle ne quitte pas son double des yeux… ils sont à présent presque aussi vides que ceux de son alter égo. Il l'observe quelques secondes, impassible, puis reporte son attention sur la scène quand il entend une assiette se briser. La terreur infuse peu à peu les rétines sans vie alors qu'elles restent braquées sur le verre et l'assiette qu'elle a laissés tomber.

La fillette qui accompagne le sorcier lui tend la main et il lui lance un regard mauvais.

- Besoin de réconfort pour faire face à ses vieux démons ? nargue-t-il avec un sourire narquois.

Elle répond à la remarque indélicate par un léger sourire et sans lui accorder un regard, précise le sens de son initiative.

- Ce sera plus facile pour vous de comprendre certaines choses.

Avec une grimace, il consent à glisser ses doigts dans la petite main tendue et se crispe légèrement en sentant les phalanges fragiles se refermer sur les siennes.

La tête lui tourne un instant et comme un ascenseur en provenance de ses entrailles, une nausée brûlante qui remonterait son œsophage, les sensations étranges l'envahissent doucement. De la haine, de la peur, du dégoût… Et alors qu'il voit le regard que la mère pose sur sa progéniture, il comprend d'où elles proviennent.

Quand la femme aux pommettes rouges de fureur lève une main qu'elle s'apprête à abattre sur le visage de la fillette, les bris de verre et de faïence s'élèvent en une barrière protectrice et menaçante.

C'était couru, songe-t-il, anticipant déjà sur la suite des évènements.

La colère n'est plus qu'une pâle trace rosée sur les joues de la jeune femme et de nouveau, la folie met en évidence les vaisseaux injectés qui ornent les prunelles marrons. La petite fille ne regarde plus sa mère, absorbée dans la contemplation de son bouclier de fortune, les pupilles dilatées d'horreur. Les morceaux de vaisselle cassée retombent dans un nouveau vacarme et la sensation de répulsion qui tiraille son abdomen croît.

Il étudie la gamine aux prunelles apeurées avec étonnement : ce profond dégoût n'est pas dirigé contre sa génitrice, mais contre elle-même.

L'irritation se joint à la surprise. Sa mâchoire se contracte mais il prend garde de ne pas resserrer sa prise sur la main enfantine…

Pourquoi faut-il que les mêmes schémas se reproduisent indéfiniment ?

Aussitôt la protection abaissée, une main enragée empoigne la chevelure de la fillette avec une telle brutalité, qu'elle manque de la faire trébucher.

- La suite vous la connaissez, dit-elle d'une voix caverneuse sans lever les yeux sur lui. Elle est écrite un peu partout sur son corps. Je crois que… ma mère avait pris l'habitude de dormir avec une ceinture de mon père sous l'oreiller.

Il se garde de révéler son étonnement à l'entendre plaisanter de façon aussi cynique sur le sujet.

Alors que le décor se fond dans une nouvelle nuée brumeuse, les questions laissées sans réponses ne cessent d'augmenter dans son esprit. Pourquoi a-t-elle ressenti le besoin de lui montrer ça ? Ces ressentis désagréables qu'il avait captés dans son regard avant même qu'elle ne les lui impose en s'emparant de sa main… Comme s'il était incapable d'imaginer quel sentiment de répulsion de ce qu'elle est avait pu s'emparer d'elle…

Avant qu'il n'ait le loisir de poursuivre ses réflexions, il aperçoit devant eux, un homme aux traits figés, fatigués… Ses iris clairs semblent noyés par un chagrin incommensurable. Effondré contre le pied d'un lit en bois dans lequel dort profondément la fillette, il a l'air de celui qui ne pourra plus jamais se relever.

- Ma mère, commence l'enfant, a fait un malaise après m'avoir corrigée… Il faut croire que ce que je suis lui a fait perdre la raison… Quand mon père est rentré à la maison ce soir-là, il nous a trouvées toutes les deux inconscientes.

L'homme avachi sur le parquet était à peine reconnaissable.

- Je crois qu'il s'est senti très mal de ce qu'avaient provoqué mes aptitudes à la magie en son absence. Il s'est peut-être senti un peu coupable aussi… Je sais qu'il a voulu me réconforter et qu'il a cherché à se montrer rassurant mais, … je ne pense pas qu'il ait eu conscience de la portée qu'ont eue ses paroles à ce moment-là.

Instinctivement, il retire sa main de la prise de son interlocutrice. Il ne veut pas savoir. Il n'a pas envie de ressentir à nouveau ce qui aura pu la traverser. Il a compris ce qu'elle cherchait à faire en usant de ce procédé… qu'elle ne compte pas le berner aussi facilement !

Son geste n'est pas passé inaperçu. Elle lui lance un regard éloquent auquel il ne répond pas… il est insistant. De nouveau, le malaise s'insinue en lui. Quelle peste ! Elle imagine certainement qu'il a peur de ce qu'elle pourrait générer chez lui… elle n'a rien compris.

Un gémissement plaintif met fin à l'intense regard qui consumait la base de son cou.

- Papa…

L'homme a fait volte-face avec une vivacité qu'il ne lui aurait pas crue possible et pose une main sur le front de sa fille. Il l'entend renifler… pathétique ! Quel père se laisserait aller de la sorte devant son propre enfant ? …

« Pas le tien en tout cas », raille une voix mesquine dans sa tête.

Il s'éloigne de son accompagnatrice et avance de quelques pas en direction des deux comédiens de mélodrame qui se produisent devant lui. Il suspend sa progression quand il aperçoit le visage de la fillette. La respiration momentanément coupée, il observe, sourcils froncés, la fine lèvre éclatée, l'œil tuméfié au point qu'il ne s'ouvre plus… Les entailles pourpres dans la chair de ses bras nus, agressent les obsidiennes venues s'y égarer.

Elle n'a pas retenu ses coups, relève-t-il en prenant une lente inspiration.

- Où est maman ? questionne l'enfant alitée.

- Elle… elle est à l'hôpital, répond sombrement son père, puis il ajoute comme s'il venait de prendre conscience de sa maladresse : elle était très fatiguée ma chérie.

Elle détourne le regard et son œil valide fixe les étoiles phosphorescentes collées au plafond.

- Je suis sûre que c'est à cause de moi si maman est aussi fatiguée, échappe-t-elle dans un murmure si bas qu'il n'est pas même sûr que son propre père l'ait entendu. Maman ne m'aime plus, s'écrie-t-elle soudain, une larme roulant sous sa paupière enflée pour aller se perdre entre les mèches brunes derrière son oreille.

- Qu'est-ce que tu racontes ? s'exclame l'homme à terre désemparé.

Même pour un enfant de trois ans, il ne saurait être moins convaincant ! Il sent naître en lui une haine infinie pour cet homme incapable de surmonter sa propre détresse afin d'apaiser celle de sa fille. Les gens de cette espèce ne devraient pas se reproduire.

- Maman a arrêté de m'aimer parce que… parce que je suis un monstre ! termine-t-elle secouée par les sanglots silencieux.

- Non Eleonor, non. Tu n'es pas un monstre !

Enfin une parole censée !

- Tu… ce sont juste de mauvaises choses qui se produisent autour de toi. Ces mauvaises choses… ont fait peur à maman. Ce n'est pas qu'elle ne t'aime plus c'est juste qu'elle… qu'elle a eu peur pour toi, elle ne voulait pas qu'elles fassent de toi une mauvaise personne.

Quoi ?!

La croit-il sincèrement aussi bête ? De « mauvaises choses »… sa mère aurait eu peur pour elle … En voilà une honnêteté à toute épreuve ! Cherche-t-il à préserver ses illusions d'enfant ou bien préfère-t-il protéger sa femme en lui racontant de telles sornettes ? La magie serait une mauvaise chose… Elle a effrayé sa mère qui aurait craint pour l'intégrité de sa fille … Jusqu'à quel point peut-il se montrer lâche et démissionnaire ? A quel moment compte-t-il se remettre en cause ? Jusqu'à quel point va-t-il faire d'elle la coupable de l'état de sa névrosée de mère ?

Il aurait peut-être mieux fait de la laisser penser qu'elle était un monstre plutôt que de lui servir ce tissu d'inepties… Il se retient de risquer une œillade vers l'enfant qui observe la scène de loin… il devine sans mal l'expression de son visage et a le bon goût de ne pas se retourner. Père lâche et fuyard, incapable d'assumer ce qu'il est à en accabler sa propre fille…

- C'est ma faute…

Deuxième propos censé… il en faut bien des compensations pour encaisser toutes ces énormités !

- C'est moi qui aurais dû veiller sur maman et toi. Je pensais que…

Il fronce les sourcils et croise les bras en s'adossant au mur contre lequel repose le lit. Il sait que la suite de la phrase ne viendra pas.

- Ca va aller maintenant, reprend-t-il avec un sourire qu'il veut engageant. J'ai parlé à Sirus cette nuit pendant que tu dormais et – il saisit le chien en peluche, assis sur le haut de l'oreiller – on a convenu tous les deux qu'il te protègerait des mauvaises choses quand je serai absent.

L'enfant tend la main vers le jouet pour l'attraper.

- C'est vrai ?

- Oui, assure son père confiant d'avoir enfin su capter l'attention de sa fille. Comme tu le gardes toujours près de toi et que tu prends soin de lui, il a décidé que si des mauvaises choses approchaient de nouveau, il les chasserait pour toi.

Comment ose-t-il ?!

Il contient sa colère et ne laisse échapper qu'un bruyant soupir excédé.

- Pourquoi me faire subir ce pitoyable spectacle ? interroge-t-il.

- Il vous perturbe ?

- Les babillages de ton idiot de père commencent à me chauffer les oreilles !

- Auriez-vous peur de la prendre en sympathie ? le provoque-t-elle.

Le sorcier lui lance un regard assassin qui fait temporairement disparaitre le léger sourire de l'enfant. Quoiqu'il réponde à ça, il sait qu'elle s'est d'ores et déjà forgée sa propre opinion sur la question… sinon elle n'essaierait pas de l'attendrir sur le sort de cette… de cette quoi au juste ?

- Tant que tu garderas Sirus près de toi, il n'arrivera plus rien de mal, assure le père.

- Tu me le promets ? demande-t-elle d'une voix pleine d'espoir mais aussi et paradoxalement, résignée.

- Je te le promets !

Hypocrite…

A moins que…

De nouveau, les contours se floutent jusqu'à devenirs indéfinis et les volutes de fumée sombres emportent le père et son enfant.

- Cette peluche t'a-t-elle réellement protégée ? ne peut-il s'empêcher de demander.

- Vous ne pensez tout de même pas que mon père a briefé un jouet ni même que Sirus ait été animé d'une volonté propre ? raille-t-elle moqueuse.

Des gifles se sont perdues dans son éducation…

L'image du visage tuméfié lui revient alors en mémoire et il ravale ses pensées acides.

- C'est à toi qu'il faut poser la question, marmonne-t-il venimeux. C'est toi qui as gardé près de toi cette peluche durant des années comme si ta vie était liée à elle…

- … Jusqu'à ce que vous la mettiez au feu, termine-t-elle le visage dur et une pointe de reproche dans la voix. Sirus – il ne peut réprimer une grimace en entendant ce nom si proche de celui de son vieil ennemi – était un précieux souvenir qui me rattachait à mon père. Et qu'il s'agisse d'auto-persuasion ou de magie, les incidents se sont calmés après ça…

Les voilà dans une pièce baignée de lumière aux murs si blancs qu'il en a mal aux yeux.

- Vous devriez essayer le bord de mer, l'entend-il se moquer à ses côtés. Ca ferait du bien à votre teint de cadavre et vous réhabiliterait un peu au monde des vivants.

L'outrageante ne manque pas de souffle.

- Tu peux parler, se contente-t-il de répondre avec ironie.

Elle lui adresse un regard bon perdant qui signifie clairement « un point partout » et croise ses mains derrière son dos.

- Ca faisait une semaine que ma mère était hospitalisée quand je suis allée la voir, commente-t-elle détachée. Mon père était à l'extérieur, il discutait avec le médecin qui suivait sa progression. De ce que j'ai pu comprendre, elle n'avait passé que deux jours en observation mais elle refusait de rentrer à la maison.

- Ce qui n'était pas une mauvaise chose, marmonne-t-il en observant l'enfant et sa mère se faire face sans pour autant que leurs pupilles se croisent.

Assise dans un fauteuil, le regard perdu, résolument tourné vers la fenêtre, elle n'avait pas l'air de s'être rendu compte de la présence d'une tierce personne dans la chambre. Une poche de plastique accrochée à une perche en aluminium diffusait dans son sang un liquide translucide. Les perfusions avaient quelque chose qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver barbare.

- Je n'ai pas sollicité votre avis, dit-elle sèchement au bout d'un moment.

- Tu as sollicité ma présence, lui rend-t-il la politesse. Et tant que nous sommes dans le vif du sujet, n'aie pas la bêtise de croire que je tairai ce que je pense de ton couard de père et de ta détraquée de mère alors que tu m'imposes ce genre de spectacle ! Ne pense pas que tu peux me balader dans tes souvenirs à ta guise sans que j'aie mon mot à dire sur ce que je vois ici !

- J'aime mon père et ma mère… Rien ne vous autorise à les juger sur quelques images qui ont d'ailleurs été choisies.

- Tu es venue me demander de l'aide, cela me donne tous les droits en la matière ! Tu es d'une naïveté affligeante si tu accordes encore aujourd'hui du crédit au misérable discours de ton père.

Un long silence s'ensuit durant lequel le mangemort et l'enfant se dévisagent.

- Vous vous inquiétez pour elle, finit-elle par déclarer. Que vous portiez un jugement à l'emporte pièce ne m'étonne pas de vous mais, vous ne vous seriez pas mis en colère si vous ne vous inquiétiez pas pour elle.

- Ah tu crois ? … tu ne me connais pas.

Nouveau silence.

- C'est vrai, concède-t-elle, mais vous non plus.

Il l'observe se replacer face aux deux protagonistes de sa mémoire, une tenace envie de la secouer afin qu'elle se réveille, chevillée au corps.

- Papa m'a mis ma jolie robe et m'a coiffée ce matin… il voulait que je sois belle pour te rendre visite. Moi aussi, je suis contente de te voir…Tu sais, commence au cœur du sujet la voix tremblotante d'hésitation, papa a demandé à Sirus de veiller sur nous maintenant et… les choses mauvaises n'arriveront plus maman.

Pas la moindre réaction, la femme assise sous son plaid aux motifs floraux, reste amorphe, le regard hébété, perdu à l'horizon.

- Je voudrais que tu rentres, continue courageusement l'enfant en faisant un pas vers sa mère. Papa est dehors, il parle avec le docteur. Il est d'accord pour que tu quittes l'hôpital.

Un battement de cils… elle ne semble toujours pas entendre sa fille.

- On pourrait rentrer, dis ? insiste-t-elle.

Après quelques secondes d'un silence pensant, elle reprend, le timbre chevrotant.

- Je suis désolée d'être un monstre…

Il sent ses poings se serrer, indécis sur l'identité de la personne à gifler.

- Je ne referai plus jamais des choses qui te font peur.

Elle continue d'avancer lentement vers la jeune femme, comme si elle craignait de l'effrayer. Les lèvres pincées et légèrement tremblantes, les yeux oscillant des longues mains blanches aux yeux bruns embrumés, elle tend ses petits doigts.

- On rentre à la maison… s'il te plait !

Sa main se referme sur la main sans vie de sa génitrice… un instant… un instant si bref qu'on pourrait douter du fait que le contact ait bien eu lieu.

Sa mère a retiré son bras dans un mouvement brusque. Ses yeux emplis de répugnance se sont posés sur la petite fille.

- On ne cesse pas d'être un monstre, explique calmement la voix grave de la jeune femme – trop calmement peut-être ; le sorcier y décèle sans mal l'empreinte de la folie - . La mauvaise chose c'est toi.

Ses yeux reflètent à merveille la réalité de l'expression « le calme avant la tempête »…

De la main qu'elle vient de dégager, elle repousse violemment la fillette qui tombe à la renverse et glisse sur une courte distance. Elle se lève et la toise de toute sa hauteur.

- J'ai engendré un monstre, lâche-t-elle la bouche tordue par le dégoût en s'agrippant à la tige métallique. Tu es une malédiction ! Tu es née dans le seul but de me rappeler à mes plus noirs souvenirs ! J'aurais mieux fait de me débarrasser de toi quand tu es venue au monde.

- … Maman…

Il aurait pu sans peine prédire la suite des évènements.

- Ne m'appelle pas maman ! s'écrie la furie en soulevant la perche qu'elle abat rudement sur l'épaule de sa fille. Je n'ai pas d'enfant !

De nouveau, la barre se soulève pour frapper lourdement la fillette déjà au sol. Il voit la gamine serrer son chien en peluche contre sa poitrine et fermer les yeux si fort qu'ils auraient pu lui ressortir par les oreilles.

Alors que la perche retombe pour la seconde fois, il le voit… il voit le halo écarlate émaner d'elle et repousser la perfusion avec une telle puissance qu'elle vient frapper avec force le front de la mère indigne. Cette dernière recule et heurte le bras du fauteuil pour finalement s'écraser par terre dans un cri de douleur mêlée de surprise. Entre ses larmes, l'enfant continue de presser son protecteur contre son torse, une main sur son épaule endolorie. Des bruits de pas se pressent derrière la porte et deux hommes, dont un en blouse blanche, passe le seuil et se dirige droit sur la patiente. Le second est resté figé à l'entrée de la pièce, les yeux agrandis par… la peur ? … l'étonnement ?

Il est clair que ce que l'enfant a pu analyser comme étant l'œuvre protectrice de sa peluche avait une origine toute autre… à l'évidence, le père n'avait pas prévu ce genre de débordements !

- Votre présence ici trouble ma patiente plus que de raison, fait sèchement remarquer le médecin. La visite est terminée, vous feriez mieux de rentrer chez vous.

Quelques secondes plus tard, la chambre aseptisée a disparu. Le sorcier continue de regarder droit devant lui ; il ne peut détourner ses pensées de cette étrange peluche. S'il y avait une raison pour que le père demande à sa fille de conserver ce jouet près d'elle, il mettrait sa main à couper que ce n'était pas pour la protéger de sa mère.

- C'est la dernière fois que j'ai vu ma mère, raisonne la voix fluette. Après ça, elle est revenue chercher quelques affaires à la maison et j'ai surpris une conversation entre elle et mon père. Il a essayé de la convaincre de rester près de nous, que je ne lui ferai aucun mal… Elle a répondu qu'elle était déjà passée outre sa monstruosité à lui sous promesse qu'il n'userait pas de ses pouvoirs, qu'il était hors de question qu'elle accepte de m'élever comme les monstres de notre espèce.

- Tiens tiens… ainsi donc, ta chère maman a toujours su que ton père était un sorcier.

- Il faut croire… Je l'ai entendue dire qu'elle refusait d'attendre gentiment que notre véritable nature se révèle et qu'on l'assassine dans son sommeil comme « les autres » ont assassiné ses parents.

Il hausse un sourcil : voilà donc la raison de cette terreur imprimée au fond des prunelles maternelles lorsqu'elles se posaient sur la jeune sorcière.

- Par la suite, le jour de mon cinquième anniversaire, presque six mois après son départ, c'est mon père qui – elle exhale l'air de ses poumons et baisse les paupières – … Je sais ce que tout le monde a pu dire de lui ; qu'il était un félon et un homme faible qui a laissé ma mère me faire du mal et s'est laissé mourir quand elle l'a quitté. Certains racontent même que c'est en apprenant qui il était qu'elle a décidé de partir… il est clair qu'elle a toujours su que mon père était un sorcier… C'est à cause de moi si elle l'a abandonné.

- Les êtres humains sont très forts pour rejeter sur leurs semblables la responsabilité de leurs actes, anticipe-t-il exaspéré sans savoir pourquoi il refuse de la laisser se fustiger de la sorte. Ta mère a choisi de son plein gré de s'unir à un sorcier et ton père savait quels en seraient les risques. Le fait qu'elle l'ait quitté et qu'il se soit laissé mourir sont des choix, aussi misérables et lâches soient-ils, qui leurs sont propres !

- Justement non… mon père ne s'est pas laissé mourir ! s'écrie-t-elle les joues empourprées.

Il la jauge un instant : sa tête baissée, ses petits poings serrés, elle a perdu de son aura énigmatique. Il retrouve l'enfant qui a grandi trop vite, trop mal…

- Il faut que vous voyiez un dernier souvenir.

J'espère que vous n'avez pas été déçus du voyage. J'ai eu beaucoup de mal à écrire ces chapitres-ci, alors je prie pour que ça ne se sente pas trop. En tout cas, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. J'ai besoin d'encouragements dans cette ô combien sombre période!^^ Bisous à tous et à tout bientôt!