Coucou à tout le monde. Un peu comme d'habitude j'attendais j'attendais sans succès. J'ai en stock deux autres chapitres qui attendent bien au chaud. N'hésitez donc pas à me faire part de vos impressions. Un gros merci à Plop et à Sohanne (ton coup de gueule m'a fait un grand plaisir!) Un gros bisou un peu spécial à Cassandre 8 en cette période difficile.

Bonne lecture à tous!

Chapitre 19 : Pour compenser…

Une pierre vient de s'écrouler au fond de son estomac. Sale petit cancrelat !

Il presse le pas et ouvre d'un geste franc la porte entrebâillée. Il se fige tandis que deux visages incrédules se tournent de concert vers l'intrus. Son ire s'est envolée alors qu'il contemple le tableau pour le moins étrange. Ce résidu de sorcier sans une once d'amour propre est manifestement prêt à tout : à quatre pattes sur le sol, Marcus Malefoy rassemble les coupelles d'amuse-bouche tombés du plateau de la servante… à ses pieds. Il y a des photographies qui se perdent ! Il retient un sourire ironique. Juchée sur de hauts talons, elle ne semble pas particulièrement à l'aise elle non plus. Son plateau serré contre sa poitrine, elle soutient le regard charbon sans ciller. La gêne au fond des iris cannelle se meut peu à peu en une assurance déplacée. Toujours prompte à se montrer insolente…

Il l'examine avec minutie : la tenue qu'elle porte est au fil près, identique à celle que portait la domestique qui est venue perturber la tranquillité de leur petit groupe. Indécente, outrageante…

- Vous ne la trouvez pas très en beauté, professeur ? raille le jeune homme à sa droite en se relevant.

Il ne se donne pas la peine de répondre à la provocation du traitre qui a attendu qu'il ait le dos tourné pour faire fi de sa mise en garde. Il se dresse devant elle, imposant. Elle lève les yeux sur lui et recule d'un pas de sorte qu'elle est à présent coincée entre la haute et impressionnante silhouette et le mur. Ses mains se crispent imperceptiblement sur les bords du plateau qu'elle serre contre sa poitrine et comme la meilleure des défenses reste l'attaque, elle lui adresse un regard impudent :

- Va te changer ! ordonne-t-il d'une voix rauque et basse.

- Pourquoi ça ? ne peut s'empêcher d'intervenir l'indésirable. Personnellement, je trouve que cela lui va à ravir !

- Précisément, siffle-t-il sans adresser un regard à son homologue masculin. Le fait qu'un obsédé notoire tel que vous la trouve à son goût n'est pas pour me rassurer.

- Hmm… Papa se fait du souci pour sa petite fille, comme c'est mign…

Il n'a pas le loisir d'achever sa moquerie : une baguette d'ébène s'est braquée sous son menton.

- Je vois clair dans votre jeu Malefoy. Ne commettez pas l'erreur de me prendre pour un débutant !

Sa langue soudainement avalée, Marcus Malefoy n'a plus l'air en proie à la même diarrhée verbale. Sans avoir besoin de poser ses yeux sur lui, il peut sentir la paralysie instantanée qui a frappé le jeune homme au moment-même où la menace à pris forme.

- Maintenant, dehors !

Il ne se fait pas prier et lorsque les bruits de pas ne sont plus perceptibles, le mangemort redirige son attention vers elle. Il plaque brusquement ses deux mains sur le mur au-dessus de la tête de la jeune femme. Elle sursaute et ses sourcils se froncent c'est chez elle une habitude de vouloir dissimuler sa peur par une apparente colère.

- Je ne me répèterai pas ! reprend-t-il.

- On peut savoir pourquoi ? interroge-t-elle, impertinente.

- Puisque tu as le culot de poser la question, regarde-toi ! crache-t-il méprisant. Que penses-tu qui traversera l'esprit des sorciers qui attendent de l'autre côté ?

Elle continue de le fixer pendant de longues secondes sans ciller, sans même rougir. Elle fait celle qui ne comprend pas. Puis…

- Il a raison, répond-t-elle enfin. Vous ressemblez à un père possessif ! lâche-t-elle sarcastique.

Le poing de l'homme vient frapper durement le mur juste à côté de son oreille. Elle réprime un nouveau sursaut et ses paupières se ferment un instant alors qu'elle cherche à maîtriser le frisson qui parcourt son corps.

- Ne fais pas l'imbécile ! prévient-il. C'est parce que je suis un homme que je peux te dire que ce ne sont pas les avertissements d'un père !

Elle parait vouloir se tasser encore plus contre le mur. Quelque chose dans les iris bruns vient de changer et il se sent comme obligé de ne pas s'attarder là-dessus.

- Comment peux-tu exhiber à la vue de tous les marques hideuses qui ravagent ta peau ? lance-t-il sarcastique.

La pointe de haine qu'il attendait nait dans les prunelles féminines.

- Regarde tes bras, tes jambes… tu ne ressens donc aucune gêne à ce que tout le monde puisse admirer l'étendue du désastre ?

- Si vraiment c'est un tel désastre, je ne vois pas ce qui pourrait susciter des pensées lubriques chez qui que ce soi, fait-elle justement remarquer.

Un tic nerveux vient agiter sa lèvre supérieure alors qu'il se retient de ne pas la gifler de dépit. Petite peste !

- Et puis, je ne vois pas bien ce que la façon dont vos copains vont m'envisager peut vous faire ! Après tout, c'est vous qui m'avez faite venir ici, lui rappelle-t-elle provocante. Vous ne me ferez jamais avaler que vous ne saviez pas à quoi vous m'exposiez.

Insolente ! Frustré, son point gauche vient s'écraser sur le mur juste au-dessus de sa tête. Ce serait bien la première fois qu'il se retrouve à court d'arguments. Même si elle a en partie raison concernant le fait qu'il était curieux à l'idée de savoir comment elle pourrait évoluer sur ce terrain, il ne peut décemment pas lui avouer qu'il avait finalement prévu de décliner l'invitation parce que… parce que ce sont des mangemorts ! Elle n'a pas l'air de réaliser à quel point ces gens-là sont dangereux et sans pitié quand ils ont ciblé leur proie. Elle ne peut pas savoir, elle ne connait rien d'eux, rien de lui, rien de ce monde-là. Si elle savait, elle ne le regarderait pas avec une telle suffisance. Si elle savait… elle prendrait ses jambes à son cou. C'est peut-être de ça dont elle a besoin finalement : un électrochoc. De voir enfin la réalité telle qu'elle est.

- Tu ne sais pas ce dont ces gens sont capables, l'informe-t-il au risque de dévoiler certaines zones d'ombre de sa propre vie. Ce sont tous sans exception des mages noirs. Ils ne sont pas seulement gras et stupides pour la plupart d'entre eux, ils sont cruels et acharnés. Ils pillent, torturent et exécutent femmes et enfant au seul motif que ça leur procure un plaisir inégalable.

Le visage abîmé devient blême.

- Certains parmi eux, comme Lucius Malefoy, sont plus vicieux, plus intelligents. Drago est son fils et tu l'as humilié. Il est peut-être jeune mais il est tout aussi sournois que son père. Tu es dans sa ligne de mire, prévient-il, il ne te lâchera pas. Et celui qui parait être un gentil benêt trop flatteur pour être honnête n'est rien d'autre que le moyen qu'il a trouvé pour te faire payer l'insulte que tu lui as faite.

Alors que l'angoisse qu'il lit dans les iris bruns semble avoir atteint son paroxysme, elle exhale bruyamment l'air de ses poumons et un sourire indéchiffrable vient étirer ses lèvres.

- Ca vous insupporte n'est-ce pas ?

Il la fixe, désappointé.

- Que quelqu'un puisse me porter un tant soit peu d'intérêt vous est intolérable… Vous étiez si sûr en me trainant ici que j'amuserais la galerie…

- Et c'est précisément ce que tu es en train de faire…

- … Vos prévisions se sont trouvées compromises et vous ne pouvez pas l'accepter, conclut-elle victorieuse.

Il aurait dû se douter que ses avertissements sonneraient faux pour elle. Comment aurait-il pu en être autrement ? C'est lui qui l'a menée dans la gueule du loup. Il ne la convaincra pas par les mots, elle n'a pas confiance en lui. Rien d'étonnant à cela. Il esquisse un mouvement de recul.

- Alors va-t-en !

Les pupilles féminines se figent un instant.

- Si j'avais voulu te jeter en pâture à une bande de dégénérés, j'aurais créé l'occasion moi-même. Les idées germent dans mon esprit au moins aussi fertilement que dans celui de Lucius Malefoy.

Il approche lentement son visage du sien, elle retient sa respiration.

- Ca ne te parle peut-être pas, mais je suis aussi un mangemort : un mage noir. Je ne cherche pas à te paraitre altruiste, je n'ai juste pas l'intention de laisser quelqu'un d'autre s'approprier ce que j'ai gagné à la loyale !

Il est maintenant si près qu'il peut sentir le souffle court de la jeune femme sur sa propre bouche.

- Une soirée entre leurs mains : ils tireront de toi la seule distraction que tu es susceptible de leur apporter – sa voix n'est plus qu'un murmure rauque qui la fait tressaillir de la tête aux pieds – ils te feront subir les pires outrages, s'amuseront des souffrances qu'ils pourront t'infliger et lorsqu'enfin ils se seront lassés de toi… ils te tueront.

Les obsidiennes sondent les iris marron. Il sait que l'intensité du contact visuel et sa proximité l'incommodent. Contrairement à ce qu'elle voudrait faire croire, ses propos n'ont pas fait que glisser sur elle. Malgré tout, il sait qu'elle prendra l'exact contrepied de la réaction que la logique aurait commandé. C'est la seule façon pour elle d'être certaine, de le défier, de prendre le dessus ne serait-ce qu'un instant.

Il s'éloigne brusquement et l'observe.

- A moins que ton chevalier servant ne décide de t'accorder un répit afin de prolonger le… divertissement.

Elle n'a pas bougé, pourtant elle ne le regarde plus… elle semble perdue dans ses pensées, tiraillée entre audace et raison, sans savoir vraiment quel crédit accorder au discours de celui dont elle est sûre qu'il cherche à la tromper. Il lui accorde un semblant de répit et ne tarde pas à lui asséner le coup de grâce : il sait qu'après ça, elle ne pourra plus faire marche arrière et pourtant, elle sera alors certaine qu'il dit la vérité.

- Si tu parviens à me prouver que j'ai tort, si tu m'apportes un semblant d'indice laissant entrevoir que Marcus Malefoy nourrit un intérêt sincère à ton égard… je consens à effacer ton ardoise et à te rendre ta liberté.

Les yeux hagards papillonnent et se lèvent sur le visage cireux, incrédules. Elle sait désormais qu'il ne bluffait pas. Il ne lui aurait pas proposé un tel marché s'il n'avait pas été certain d'en sortir gagnant. Pourtant, par cette simple proposition, elle se sait bloquée. Elle ne peut plus se défiler, faire demi-tour lui est à présent impossible sans perdre la face et c'est tant mieux : c'est ce qui évitera qu'il lui paraisse trop humain. Non, elle n'est pas stupide, loin de là. Sa naïveté n'entache en rien la qualité de ses réflexions et elle a d'ores et déjà compris qu'il a fini par la mener là où il le voulait sous couvert d'une inquiétude fallacieuse.

Elle reste muette, ne préfère émettre aucune supposition qu'il pourrait entendre. Après un dernier regard inquisiteur, elle se baisse et termine de ramasser les ramequins dans lesquels étaient présentés les amuse-bouche. Elle se redresse et sans lui faire face, tourne les talons en direction des cuisines. Elle n'a pas fait deux pas que son escarpin la trahit et sa cheville se tort, elle trébuche. Instinctivement, il la rattrape par le bras alors que les différents plats tombent de nouveau sur le marbre dans un vacarme assourdissant. Elle se raidit mais ne se retourne pas. Les yeux noirs se posent un instant sur la cambrure des talons qu'elle porte. Marcher avec des chaussures est déjà une nouveauté en soit pour elle, alors lui imposer de tels escarpins… Les coquilles n'ont pas fini de se multiplier.

Il est pleinement conscient que par ce geste, il ne fait qu'ajouter à son trouble. Son refus d'affronter les obsidiennes est plus qu'éloquent. Satisfait de son petit effet, il tire sur son poignet et pour intensifier son malaise, vient susurrer derrière son lobe.

- Garde mes paroles à l'esprit quand tu déambuleras en claudiquant entre des invités qui t'envisageront comme une potentielle façon de terminer leur soirée.

L'étoffe de sa robe noire frôle la jeune femme et le duvet sur sa nuque se hérisse. Il rompt alors tout contact et s'éloigne, empruntant la même porte que celle par laquelle il a effectué son entrée.

Adossé contre le mur opposé de la pièce, bras et jambes croisés, Marcus Malefoy le considère d'un œil narquois. Arrivé à son niveau et juste avant de franchir la porte qui mène dans la salle de réception, le regard fixe et braqué droit devant, il lance un dernier avertissement au jeune homme.

- Je vous souhaite de tenir le rôle que vous vous êtes donné jusqu'au bout ce soir, marmonne-t-il d'un timbre métallique.

- Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, rétorque l'outrecuidant.

Les pupilles sombres se vissent soudain au regard grisâtre avec une telle lueur de férocité que Marcus Malefoy peine à se retenir de déglutir.

- Ne vous faites pas plus stupide que vous n'êtes Malefoy ! Croyez bien que je ne laisserai personne profiter à ma place des prérogatives que m'octroie la propriété d'une domestique. – la rugosité de sa voix s'intensifie – J'espère pour vous que vous aurez à cœur de me garantir une paisible jouissance de mes droits. Soyez l'hypocrite protecteur que vous prétendez être : que personne y compris vous ne la touche !

Le visage séduisant devient livide.

- Si tel n'est pas le cas, je le saurais. Si tel n'est pas le cas… je vous garantis une incapacité définitive à œuvrer dans un lit pour autre chose que dormir !

Un ange passe durant lequel les deux hommes se défient du regard, lui : profondément assuré de l'impact de son petit discours, Malefoy : raide et immobile, intimement convaincu que cette prophétie là se réalisera à coup sûr s'il ne se soumet pas aux roides suggestions du mangemort.

oOoOoOoOo

Cela fait maintenant plus de deux heures que, Vivian Godway pendue à son bras, il s'efforce de maintenir son attention éloignée de sa servante dès qu'il aperçoit la cascade de cheveux bruns aux reflets cuivre d'un peu trop près. Paradoxalement, et ce n'est pas pour tranquilliser ses nerfs, plus il cherche à ce qu'elle quitte son champ de vision, plus ses pensées convergent vers les réflexions, tantôt grasses tantôt désobligeantes, que les convives adressent à la jeune femme. Cela étant, ce n'est pas comme s'il pouvait se permettre que quelqu'un remarque l'agitation à laquelle il est sujet. Il ne doit tout de même pas sa survie malgré sa double fonction, à la chance. Il sait que son visage ne laisse rien transparaitre mais il n'aurait pas pensé être en proie à une anxiété comparable à celles qui innervent sa personne lorsqu'il doit mentir au Lord en le regardant dans les yeux.

Alors qu'il détourne la tête pour esquiver la tentative avortée de Godaway consistant à déposer un baiser sur sa joue, « elle » apparait quelques instants devant ses yeux. Entourée par un petit groupe de sorciers qui la lorgnent d'un œil torve, elle a pris son air le plus revêche et fait face aux œillades impudiques qui la déshabillent clairement. Une main forte arrimée à son poignet l'oblige à déposer son plateau sur la table la plus proche afin d'éviter la catastrophe. Elle lui adresse un prompt regard alors que Wilkes la fait pivoter pour l'observer tout à loisir. Il n'y a ni angoisse ni détresse dans ce regard, une sorte d'assurance absurde émane d'elle.

Idiote !

Elle ne sait pas… et lui n'aime pas la manière dont ce mangemort la scrute, cet air affamé… qu'il n'est pas le seul à avoir du reste. C'est au tour de Rowle d'évaluer la marchandise.

- Je ne t'ai jamais vue avant. Depuis quand Lucius t'a-t-il acquise ?

- Je n'appartiens pas à… cet homme, répond-t-elle légèrement cassante.

Elle ne réalise vraiment pas qu'il ne pourra pas intervenir ou bien n'a-t-elle simplement pas pris ses « recommandations » au sérieux ?

Entre les rires obscènes et les réactions amusées de plusieurs d'entre eux, il discerne la question de Mulciber.

- A qui diable es-tu ?

Il ne sait pas s'il redoute la réponse pour la piètre image qu'elle leur renverra de son autorité, ou pour les conséquences qu'elle pourrait déclencher.

- Tu as avalé ta langue ? s'impatiente-t-il en saisissant rudement son menton. Je suis curieux de savoir qui connait le plaisir de clouer tes yeux remplis d'arrogance au sol.

Entre curiosité dévorante et frustration, il ronge son frein : il ne PEUT pas intercéder. Son estomac se noue, il enrage.

- C'est Rogue.

Ce n'est pas sa voix qui a prononcé son nom, néanmoins le timing ne pouvait être plus parfait.

- Elle vient tout juste de rentrer à son service, précise Marcus Malefoy en s'immisçant entre eux.

- Cette vieille chauve-souris, s'étonne Mulciber un sourire ironique aux lèvres, tu es sérieux ?

- On ne peut plus sérieux. D'ailleurs vous pouvez d'ores et déjà ôter vos mains : elle ne fera pas partie des réjouissances de l'après.

- Si c'est une nouvelle, la tradition veut que…

- On fera une entorse à la tradition la concernant.

Confronté aux regards mécontents de ses vis-à-vis, Marcus Malefoy hausse le ton en arborant un air travaillé de profond mépris.

- Tu penses sincèrement que le bras droit du Lord s'encombrerait d'une fille sur laquelle tous les sous fifres du Seigneur des Ténèbres sont passés ?

Mulciber fronce les sourcils et se rapproche du jeune homme.

- Fais attention à ce que tu dis Marcus ! se fait-il menaçant.

- Je suis encore chez moi, fait remarquer le blond en dégageant le menton de la servante de la prise du mangemort. Par ailleurs, les résidant sont les premiers servis quand les morceaux sont de choix, termine-t-il en empoignant le bras de la jeune femme.

Ils ont disparu dans la foule opaque. Soulagé par l'intervention de Malefoy, il n'en est pas moins peu rassuré quant aux conséquences qu'elle aura engendrées dans l'esprit de sa domestique. S'il est convaincu que le sorcier ne tentera rien de déplacé sur un plan strictement physique, il réalise que cette prohibition sans appel qu'il a lui-même posée ne fera que servir son intérêt dans son entreprise de lavage de cerveau. Il s'est déjà posé en grand défenseur de sa cause, si en plus il s'astreint à ne pas la toucher, cela ne fera que renforcer cette image de grand seigneur aux mains pleines qu'il tente de se donner auprès d'elle… il n'aurait pas pu l'aider davantage.

Une sensation d'aigreur tenace se joue de son estomac depuis bientôt une heure et demie. Il s'empare d'un énième verre de vin qui passe à sa portée dans l'espoir de faire taire l'exaspérante voix qui le nargue. Bien que son maintien reste irréprochable, il sent le fil de ses pensées lui échapper peu à peu il ne parvient plus à museler la fillette qui semble prendre un malin plaisir à lui rappeler le faux pas de néophyte qu'il a commis. En retrait du groupe de mangemorts qui parviennent encore à débiter de sinistres banalités quatre heures après le début de la soirée, enfoncé dans un haut fauteuil, il étudie avec soin la silhouette sulfureuse de Godway. Plus ses pensées s'égarent plus l'irritation le gagne. Une sourde colère gronde en lui. Se contenter d'elle alors que… Il expire bruyamment en s'adossant au velours. Juchée sur de hauts escarpins, la provocatrice ondule suffisamment du bassin pour laisser paraitre la jarretière d'un bas de nylon noir entre les pans ouverts de sa longue robe. Faisant jouer ses doigts dans les boucles luisantes, elle s'esclaffe, pouffe, se met en scène en prenant garde de toujours cambrer ses reins pour mettre sa poitrine en avant…

Il la méprise… elle ne suscite en lui nul autre désir que celui de lui faire mal. Elle n'est qu'orgueil déplacé et paraitre. Rien de foncièrement intéressant. Rien ne brille en elle que ses bijoux d'apparat, même ses prunelles luisantes de stupre lui paraissent ternes. Aucun mystère qu'il pourrait brûler de percer, aucun esprit à dompter, aucune excitation intellectuelle à la faire sienne sinon à compenser un manque physique et se libérer d'une tension dont il ne serait pas judicieux qu'elle s'échappe au moment le moins opportun. Sans crier gare, ses divagations l'entrainent perfidement sous une robe qui n'est pas celle de la femme qui se tient devant lui. Il se remet rapidement sur ses pieds en prenant soin de tordre le cou à ce moment de divagation insensée. Une chaleur caractéristique a envahi son bas ventre. Inutile de se voiler la face : il sait pertinemment qu'il est là pour ça et pour ça uniquement… parce qu'il ne peut pas, non il ne veut pas ! Pour mille et une raison, il ne faut pas… Depuis quand se montre-t-il aussi scrupuleux ?

Il cherche le regard de l'aristocrate et quand enfin il croise le sien, il sait qu'ils se sont compris elle ne tardera pas à le rejoindre.

Sans plus de cérémonie, il se dirige vers l'aile du manoir dans laquelle se trouve la chambre qui lui a été préparée en espérant ne pas « la » croiser au détour d'un couloir.

Une tite review pour me donner vos avis? (fait la tête du chat potté)