Salut tout le monde. Je sais que la dernière mise en ligne date de loin mais j'avoue qu'un peu lasse d'attendre les réactions des lecteurs qui ne venaient jamais, j'avais décidé d'avancer dans mon coin avant de reprendre du service. C'est maintenant chose faite et je dispose d'un certain nombre de chapitres d'avance pour ceux que ça intéresse. J'espère que la suite vous plaira.

Merci beaucoup aux rares fidèles qui se sont donné la peine de laisser un mot d'encouragement. Bonne lecture à vous.

Chapitre 22 : Un brin d'éducation

- Pourquoi ça ? ne peut-elle s'empêcher de demander.

- La famille Malefoy n'est pas fréquentable et ce à plusieurs égards Miss. Zini serait en peine de narrer à la jeune demoiselle tous ses méfaits, mais retenez simplement une chose : ces personnes comptent parmi les plus fervents partisans de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

- Qui ça ? s'étonne la jeune femme.

- La jeune demoiselle le sait parce qu'elle n'a pas effectué son entrée dans le monde sorcier dans les meilleures conditions qui soient, mais s'il existe de bons mages, il y a également des sorcières et sorciers qui sont extrêmement mauvais. Le plus puissant d'entre eux est à ce point craint de la communauté magique, que les gens n'osent pas prononcer son nom.

- Et toi aussi Zini, tu as peur ?

- Dans le cas de Zini les choses sont un peu différentes. Si Zini ne le prononce pas c'est que le Maître ne le souhaite pas.

- Il a peur de ce sorcier ? demande-t-elle incrédule.

- Il vous répondrait qu'il faudrait être mort ou inconscient pour ne pas craindre le Seigneur des Ténèbres Miss. Quoiqu'il en soit, le Maître… eh bien… disons que cela fait partie des choses qui ne sont pas encore à la portée de la jeune demoiselle.

La jeune servante darde dans les yeux globuleux un regard inquisiteur auquel Zini semble ne pas être sensible.

- Cela étant Miss, la jeune demoiselle ne devrait pas parti lier avec cette famille de sorciers : ils sont extrêmement mauvais, ne jurent que par la pureté du sang et n'hésiteront pas à lui faire du mal si l'occasion s'en présente.

- Pourtant… il n'a pas eu l'air d'être intéressé par mes origines, ne peut-elle s'empêcher de rétorquer.

- Miss, la coupe l'elfe. Sans doute la jeune demoiselle n'a-t-elle pas oublié ce qui s'est passé la dernière fois qu'elle s'est retrouvée seule en compagnie du jeune Malefoy…

Il peut la voir fermer les paupières et retenir un frisson à l'évocation de l'anecdote déplaisante.

- Je suis quand même restée seule en compagnie de ce Marcus Malefoy assez longtemps durant la soirée et il n'a rien tenté. Il s'est même comporté en parfait gentleman, lui apprend-t-elle une fois ses esprits retrouvés.

- Si la jeune demoiselle se donne la peine de réfléchir, qu'est-ce qui selon elle a pu dissuader ce jeune homme de mettre à exécution ses mauvais desseins ?

- … peut-être la sympathie que je lui inspire ! hasarde-t-elle d'un ton abrupt qui révèle clairement qu'elle a compris où voulait en venir Zini.

Le sorcier de noir vêtu note le regard désolé de l'elfe.

- Que la jeune demoiselle soit assurée de ce qu'elle attirerait la sympathie de n'importe quelle personne normalement constituée…

Doit-il le prendre pour lui ?

- … mais il s'agit d'un partisan du Seigneur des Ténèbres…

- Et alors ? s'empourpre-t-elle de nouveau. Lui aussi non ? Ce vieil aigri à la langue de serpent fait lui aussi partie de cette joyeuse troupe…

- Le Maître est quelque peu différent…

- En quoi ? Il est odieux, suffisant et méprisant vis-à-vis de moi, pourtant il m'a tenu le même discours que toi ! Marcus Malefoy a eu de multiples égards à mon propos. C'est la première fois depuis que mon père a disparu que quelqu'un me témoigne de l'intérêt. Ca vous ferait mal d'envisager la possibilité que je ne sois pas aussi insipide que ce que me rabâche du matin au soir le … Maître ? minaude-t-elle.

Les pupilles du mangemort ne quittent pas le spectacle qui s'offre à elles : les iris brillants de colère, le rouge aux joues et des mèches hirsutes voletant autour de son visage au rythme saccadé de ses mouvements de tête, elle ressemble à un hippogriffe furieux. Etrangement drapée dans une dignité qui aurait dû s'épuiser à l'aune du contenu de son verre, elle renvoie une image presque surréaliste.

- Zini ne voulait pas blesser la jeune demoiselle, se confond l'elfe en excuse. Zini demande pardon.

L'hystérique semble se calmer sensiblement.

- Zini ne veut simplement pas qu'il arrive malheur à la jeune demoiselle. La jeune demoiselle est la première personne à s'être inquiétée pour Zini. Qu'un sorcier soit capable de se faire du souci pour un elfe de maison, la jeune demoiselle n'imagine pas l'importance que cela revêt pour nous autres. Zini considère la jeune demoiselle, depuis le jour où elle a pris soin d'elle, comme son amie. Alors elle a souhaité la mettre en garde contre les personnes qui pourraient lui vouloir du mal. La jeune demoiselle doit faire confiance à Zini, elle ne veut que son bien… Du reste… si le Maître lui-même a prévenu la jeune miss à cet égard, c'est qu'il n'est surement pas si méchant, termine-t-elle avec un sourire complice.

Elle lui lance un regard lourd de sens. Il réprime un sourire moqueur.

- La réaction du Maître que la jeune Miss lui reproche n'est très certainement due qu'au fait qu'elle l'ait surpris dans une situation… peu confortable.

Encore une réflexion qui lui est adressée indirectement… il va falloir songer à régler ses comptes avec l'elfe dès qu'il en aura l'occasion. Quoiqu'il en soit, elle perd son temps. Elle ne réalise pas encore à quel point …

- Je n'ai pas très bien compris ce qu'il se passait dans cette chambre mais – il contemple avec un contentement inconvenant le visage de l'elfe dont l'expression goguenarde se meut peu à peu en une franche incrédulité – il n'a jamais eu besoin de prétexte pour me rabaisser jusqu'à maintenant. Cela dit… tout particulièrement ce soir, j'ai eu très peur.

Le regard sombre se perd de nouveau dans les tortueuses contrées de ses pensées. Celui de l'elfe l'examine avec minutie.

- J'ai vraiment cru que…

- Que ? l'encourage Zini et il comprend qu'elle tente d'éclaircir le mystère autour de sa précédente déclaration.

- Qu'il allait me faire du mal ! termine-t-elle en retenant un frisson.

La créature aux yeux encore plus globuleux que d'ordinaire semble ne pas y croire.

- Miss… Zini voudrait poser une question à la jeune demoiselle.

- Je t'écoute, dit-elle en retrouvant une contenance.

- La jeune Miss dit ne pas être sûre de ce qu'il se passait dans cette chambre avant son arrivée…

Terrain glissant.

- … n'en a-t-elle vraiment pas la moindre idée ?

- Pas vraiment, répond-t-elle d'une petite voix.

- Dans ce cas, Zini a une deuxième question, dit l'elfe qui parait de plus en plus embarrassée.

- Zini ne voudrait pas rappeler à la jeune Miss des souvenirs désagréables mais… que pensait-elle que les voyous qui l'ont agressée avaient en tête le jour où le Maître est intervenu pour la tirer d'affaire ?

- Je me demande quel souvenir est le pire, se renfrogne l'insolente. Ces abrutis complets ou ma rencontre avec ce sale type…

- Miss, Zini ne peut vous laisser parler ainsi du Maître. Il n'est pas un ennemi pour la jeune demoiselle, même si elle ne le comprend pas encore…

- Je crois que lui non plus ne le sait pas encore…

- Vous esquivez la question, lui rappelle l'elfe au grand soulagement du spectateur qui n'a pas particulièrement envie d'entendre les louanges de son cœur tendre.

Un silence s'ensuit.

- Je ne sais pas, avoue-t-elle sourcils froncés.

- Pourtant, note Zini, vous avez eu l'intuition de quelque chose… Zini était là aussi, elle a vu dans le regard de la demoiselle qu'elle était terrifiée.

Elle ne répond pas de suite, le visage fermé, le regard sévère mais pensif.

- J'ai eu l'intuition que… plus jamais je ne me relèverai.

L'espace d'un instant Zini reste muette, comme figée d'horreur par les paroles si définitives que sa comparse vient de prononcer. Il connait la sensiblerie de l'elfe… il devine l'impact des propos de la jeune femme sur elle. Passé le choc, l'elfe reprend le fil de ses questionnements.

- Miss, Zini ne pense pas que c'était l'objectif premier de ces garçons… Comment expliquer ça ?

Oui, comment ? Il serait curieux de le savoir.

Bras croisés sur sa poitrine, adossé contre le mur, il observe l'elfe avec un sourire narquois. La gêne extrême dans laquelle elle s'est plongée toute seule face à l'ignorance complète de la jeune femme risque de rendre l'explication comique. Il ne lui manque qu'un fauteuil confortable et un verre de whisky. Impatient, il attend que la créature se lance enfin dans un développement épique dont la confusion sera le maître mot. L'autre ne la quitte pas des yeux, sa curiosité piquée par la remarque de l'elfe.

- C'est davantage le corps de la jeune demoiselle qu'ils voulaient, lâche soudain la créature.

Le sorcier arque un sourcil, un peu surpris par l'assertion pour le moins crue de sa servante. Ce n'est pourtant pas la surprise qui se lit dans les iris bruns, c'est l'incompréhension.

- Pour en faire quoi ? demande la jeune femme manifestement de plus en plus perdue.

Le rictus moqueur s'amplifie…

- La même chose que ce que le Maître était en train de faire dans cette chambre.

… pour disparaitre aussitôt. Il refuse d'être assimilé à cette bande de dégénérés.

« Pourquoi ça ? » l'asticote de nouveau l'insupportable voix sournoise qui a de toute évidence élu domicile dans son cerveau pour une durée indéterminée.

Il n'a pas envie de créer l'amalgame dans son esprit Godway était jusqu'à preuve du contraire, consentante et même demandeuse…

Et alors ? Après tout, il pourrait saisir la perche que lui tend Zini pour qu'elle le craigne davantage. Il a toujours regretté qu'elle ne connaisse pas ses antécédents et n'ait pas conscience de la position qui est la sienne au sein de la communauté des mages noirs. Qu'elle réalise dans l'antre de quel individu elle se trouvait prise au piège, c'est ce qu'il voulait… mais pas comme ça.

Tss… Pathétique ! Il ne peut s'empêcher de penser que si le vieux fou pouvait arpenter ses pensées – et il se pose parfois sérieusement la question – il rirait de le voir si ridiculement soucieux de ne pas paraitre comme ce type d'individus… alors qu'il est tellement pire ! Il a fait bien plus de mal, bien plus de dégât qu'ils ne pourront jamais en causer… C'est tout simplement risible : depuis quand tient-il à ce qu'on le prenne pour une personne bien sous tout rapport ? … ridicule !

- Je ne suis pas sûre de te suivre Zini…

- Miss, il semblerait qu'il y ait quelques zones d'ombre dans certains pans de votre éducation.

Loin de s'offusquer de la remarque de l'elfe, elle rejette la tête en arrière et échappe un soupir en se massant douloureusement la nuque.

- Au cas où tu ne serais pas au courant, j'ai vécu dans la rue depuis l'âge de quatre ans jusqu'à il y a quelques semaines. Il doit en effet me manquer plus que quelques vaccins.

La créature fait fi de la réflexion mordante.

- Miss, est-ce que la thématique de la perpétuation de l'espèce est quelque chose qui parle à la jeune demoiselle ?

Il arque un sourcil et ricane sous cape. Elle n'est pas prête de se tirer d'affaire en empruntant ce type de chemins détournés.

- Pas vraiment, avoue la jeune femme.

- Zini ne sait pas vraiment par où commencer pour expliquer ce genre de choses à la jeune demoiselle sans la heurter…

Et c'est justement ça qui est drôle ! L'elfe ne se démonte pas pour autant.

- A aucun moment vos parents ne vous ont appris comment vous êtes venue au monde ? tente-t-elle une dernière fois.

Il ne serait pas étonné de l'entendre se mettre à divaguer sur les philosophiques méandres du pollen et des abeilles.

- Tu essaies de me dire que cette… abomination que tu appelles « Maître » était en train de se reproduire ? éructe-t-elle.

Les sourcils noirs se froncent imperceptiblement. Pas que l'insulte l'ait offensé, mais ces attaques gratuites et sans intérêt commencent à franchement le lasser. Elles sont indignes d'elle… « Gratuites, vraiment ? » Silence !

- Miss, la jeune demoiselle ne devrait pas…, la reprend la créature.

- Oh ça va, Madame la rabat-joie ! De toute façon s'il est encore occupé à… à…

- A ?

- Précisément, j'attends que tu me l'expliques et je t'avoue ne pas avoir saisi le rapport entre les différentes situations que tu as prises pour exemples.

- Bon essayons d'appréhender la question sous un autre angle ! Le jeune homme que la demoiselle a trouvé fort à son goût… , commence-t-elle.

L'angle lui parait trop obtus pour pouvoir glisser le long de sa gorge sans en écorcher les parois, songe-t-il avec un rictus de dégoût.

- Ca n'est peut-être pas l'expression que j'aurais utilisée, nuance la jeune femme.

Sans qu'il ait le temps d'anticiper la réaction pour ainsi dire physique, il ne peut empêcher une once de satisfaction de venir chatouiller son estomac.

- Il ne laisse pas la jeune demoiselle indifférente. Ca ne sert à rien de nier l'évidence Miss ! Zini voit bien la gêne qui s'empare d'elle chaque fois qu'elle en parle.

La teinte rose vif qui irradiait déjà les joues de sa nouvelle servante se propage encore davantage.

- Admettons que ce jeune homme, envers qui la jeune demoiselle nourrit une attirance certaine, appuie-t-elle – et il sait que la précision lui est destinée – en vienne à la prendre dans ses bras… quelle serait sa réaction ?

Elle semble tout à coup mal à l'aise et il n'a aucun mal à deviner la cause de son trouble.

- Pou… pourquoi ferait-il ça ? bredouille-t-elle, visiblement incommodée.

- Parce qu'il semblerait que vous lui plaisiez… si tant est que l'on puisse valablement se fier aux apparences avec un Malefoy, tempère-t-elle néanmoins son propos.

Entre stupéfaction et irritation croissante, il observe la jeune femme s'enfoncer dans ses pensées dont le contenu peut se lire sur son visage rubicond.

- Et s'il s'approchait pour embrasser la jeune demoiselle, hasarde Zini. La jeune Miss sait assurément ce qu'est un baiser ?

La fumée qui s'échappe de ses oreilles répond pour elle…

Quant à lui, il hésite entre quitter la pièce et mettre ainsi un terme à cette mauvaise retransmission de série B pour adolescente en mal d'amour, ou la trainer manu militari hors de la cuisine par les cheveux. Entre deux eaux, l'esprit embrumé par la fatigue et la colère qui bourdonne à ses oreilles, il ne parvient pas à esquisser le moindre geste dans un sens ou dans l'autre.

- J'ai eu l'occasion de voir mes parents s'embrasser… , murmure-t-elle d'une voix suraigüe.

On a eu l'occasion de s'en douter.

- C'est déjà ça, soupire l'elfe pour elle-même. Bien bien… voyez-vous Miss, l'attirance, psychologique comme physique, qu'il peut y avoir entre deux êtres, peut les pousser à un contact… comment dire… plus soutenu. Le genre de contact qui peut devenir très charnel si les circonstances s'y prêtent…

Le regard dont la gratifie son élève pourtant attentive, est éloquent. En regardant l'elfe tenter de faire surface dans cet entrelas d'explications confuses, il ne peut s'empêcher de penser à Don Quijote luttant contre les moulins à vent…

- Donc, j'aurais interrompu un contact physique... induit par... une attirance psychologique…, risque la jeune femme d'un ton peu assuré.

- Miss enfin, ils étaient en plein rapport sexuel !

L'éclat de voix excédé de la petite créature ne fait pas sursauter que la nouvelle recrue. Lui-même ne s'était pas attendu à ce qu'elle finisse par perdre patience aussi rapidement. Cela étant, au vu de l'expression affichée sur le visage féminin et pour aussi claire qu'ait pu être la déclaration de Zini, elle n'a toujours pas compris.

- Zini ne va plus y aller par quatre chemins Miss, reprend l'elfe en adoptant un ton extrêmement sérieux. Les hommes et les femmes, quand ils se plaisent, quand ils s'attirent, comme toute créature vivante, ressentent le besoin d'un rapport charnel. Mus par une excitation sexuelle, ils finissent par laisser libre cours à leurs pulsions et…

- …

- Enfin Miss, Zini ne va tout de même pas vous faire un dessin. Quel âge avez-vous ?

- … je ne sais pas très bien, confesse-t-elle.

- Vous êtes une jeune femme en âge de vivre toutes ces choses. Vous avez bien remarqué les transformations de votre corps, non ? N'avez-vous jamais rien ressenti à ce niveau ? Aucune sensation étrange ? Aucune envie ?

- … pas vraiment, chuchote-t-elle piteusement.

- Et vous n'avez jamais eu la curiosité de… d'explorer votre corps ?

- Comment ça ?

Intrigué par la tournure qu'a prise la conversation et tout à la fois amusé et consterné par l'innocence à peine croyable de sa jeune captive, le sommeil semble avoir été balayé de son esprit.

- Miss… faites confiance à cette vieille Zini : nous ne pouvons pas continuer maintenant cette conversation mais… quand vous serez seule, dans votre chambre ou sous la douche, visitez les zones de votre anatomie que vous ne connaissez pas.

La jeune femme lui lance un regard incrédule.

- Vous comprendrez quand vous aurez tenté cette expérience, lui assure la créature. Ce n'est pas normal qu'à votre âge vous ne soyez pas au fait de ces choses-là et ayez une si faible connaissance du fonctionnement de votre propre corps. Croyez-moi Miss !

Il rêve ou cette vieille taie d'oreiller sur patte lui conseille de se toucher ?!

- Vous devriez aller dormir maintenant. Le réveil risque d'être rude avec ce que vous avez ingurgité.

Alors que l'elfe s'affaire à ranger la cuisine et à aider son homologue à se remettre sur ses jambes, il en profite pour se glisser discrètement hors de la pièce.

Cette soirée, depuis son commencement, a eu quelque chose d'irréel… surtout l'instructive petite discussion qu'il a surprise entre les deux domestiques. Cela fait à présent un bon quart d'heure qu'il a regagné son bureau et qu'il ressasse les propos échangés durant la dernière heure. A présent parfaitement éveillé, l'esprit alerte et à l'affût du moindre bruit suspect, il ne peut aller à l'encontre des dérives de ses pensées. Le craquement du plancher au-dessus de sa tête nourrit son imagination et malgré lui, il devine le moindre de ses gestes. C'est de ce fait, mécaniquement que ses pas le guident vers le miroir qui surplombe la cheminée.

- Montre la moi ! ordonne-t-il d'une voix rendue rauque par l'impatience.

Il ne prend conscience qu'il était en train de retenir sa respiration que lorsque son reflet disparait pour dévoiler une toute autre scène et qu'il expulse l'air de ses poumons dans un soupir bruyant.

Etendue dans son lit, duvet remonté jusqu'au menton, les paupières à demi closes et les pupilles fugitives, elle semble absorbée par une réflexion d'une densité hors du commun.

En examinant mieux les oscillations des couvertures dans la semi-pénombre de la petite chambre, il aperçoit de légers mouvements sous la flanelle… Il ne tarde pas à se faire une idée sur ce qui occupe les pensées de la jeune femme quand les prunelles brunes se figent et qu'il entend un faible égarement vocal.

Son estomac s'embrase instantanément. Il ne peut détacher ses yeux de l'image cerclée de métal argenté, épiant le moindre de ses mouvement. Lorsqu'enfin, les légères ondulations qu'il localise aisément, reprennent leur cours sous la couette, il voit le visage féminin se crisper peu à peu. Un soupir… il fronce les sourcils. Un mince gémissement franchit ses lèvres entrouvertes… la brûlure dans son ventre s'intensifie.

Soudain, elle se redresse, la respiration haletante et les joues rouges. L'air hébété, une lueur honteuse dans le regard, elle a l'air coupable de l'adolescent qui a pour la première fois, pris conscience de son corps. Après quelques secondes qui lui paraissent durer une éternité, elle souffle finalement la bougie sur son chevet, lui tourne le flan, et enfouit sa tête dans son oreiller.

Quand sa propre image réapparait de nouveau dans le miroir, il réalise qu'il s'est agrippé au bord de la cheminée. Le souffle court lui aussi mais d'une pâleur que jalouserait un cadavre, il observe au rythme d'une respiration saccadée, ses phalanges diaphanes encore arrimées à la console de marbre.

J'espère que ce chapitre vous aura donné envie de connaître le suivant. A bientôt alors.