Coucou tout le monde. Un ptit coucou et un gros merci à mes 3 revieweuses pour leurs adorables commentaires: Lookie, Zign et Calimanga. Vous avez été adorables les filles, merci pour vos encouragements. J'espère que ce chapitre vous plaira.
Chapitre 23 : l'eau aigre-douce
Il se serait cru rassasié après avoir quitté le manoir. Manifestement pas ! Tout son organisme semble protester, hurler sa frustration en réaction aux images qu'il vient de voir. Il se sent comme un homme qui aurait erré dans le désert pendant des jours et à qui on aurait servi un grand verre d'eau de mer pour qu'il se désaltère… La soif, plutôt persistante et furieuse d'avoir été dupée, parait s'être réveillée à la vue de cette tentante étendue d'eau douce.
C'est bien la première fois qu'un verre d'eau plate lui inspire un tel goût d'interdit !
« Et te coupe la respiration… »
N'importe quoi ! Il prend une profonde inspiration et expire bruyamment en passant une main pâle sur son faciès blafard. Il a besoin d'un verre !
« De quoi ? » le taquine l'insupportable voix de sa conscience.
Pas d'eau c'est certain…
Il s'assied lourdement dans son fauteuil, un verre au contenu ambré à la main. Non, pas d'eau… elle est corrosive, changeante et dangereuse… surtout celle-là !
« Il est surtout assez déroutant de se trouver subjugué par une image aussi banale que celle-là à ton âge… »
Subjugué ? Et puis quoi encore ? fait-il taire la voix d'autant plus déplaisante qu'elle a adopté son propre timbre. Il avale une importante gorgée de cognac en espérant noyer la sagacité dérangeante de l'impertinente, sous un flot de vapeurs éthyliques.
« Pourtant, ce n'est pas cette menthe de Godway qui aurait accompli l'exploit de te faire, surtout inconsciemment, caler ton souffle sur le sien ».
Le verre se brise dans sa main. Indifférent aux coulées qui se répandent le long de son avant bras comme aux coupures dans sa paume, il réalise à quel point cette assertion est emprunte de vérité. Cette fille… sans le toucher, sans même avoir conscience de sa présence ou du regard qu'il posait sur elle, a réussi à modifier le rythme de sa respiration…
- Balivernes ! s'écrie-t-il, furieux contre lui-même, en jetant au feu les débris de verre qui lui restaient en main.
Malgré tout, son influence croît… et il serait un imbécile de refuser indéfiniment de l'admettre. Le visage fermé, il baisse les yeux sur les blessures de sa main. L'alcool brûle les plaies.
Il esquisse un mouvement pour se lever – agacé par les picotements qui le lancent, il doit passer sa main sous l'eau claire – puis se relaisse tomber dans le fauteuil, ses pupilles fixées sur la peau meurtrie…
L'eau claire… ne lui apportera qu'un soulagement passager… qu'une satisfaction éphémère… mais le cognac sur la chair à vif est un mal pour un bien. Tôt ou tard, la douleur de l'alcool sera nécessaire à la cicatrisation… Il n'avait pas jusqu'à lors, envisagé la possibilité d'être tenté par l'apaisement d'une solution animalement intuitive… presque basique…
- Professeur Rogue Monsieur ?
Tiré de ses tortueuses réflexions par l'elfe dont il n'a pas senti la présence, il extirpe sa baguette magique de la poche de sa veste et en tapote légèrement la base de son poignet. En une seconde, toute trace de sang a disparu et le verre d'alcool semble n'avoir jamais existé.
- Quoi ? grince-t-il de mauvaise humeur.
- Zini pensait que le Maître voudrait la voir après ce qui s'est passé dans la cuisine tout à l'heure…
Si elle se met à anticiper maintenant… Il aurait en effet beaucoup de choses à remettre en place chez cette créature de l'enfer. A commencer par les allusions trop ciblées pour être innocentes, qu'elle a lancées sans vergogne devant Elle. Il ne peut tolérer plus longtemps que ses domestiques fassent la loi sous son propre toit, qu'on se moque impunément de lui, qu'on le provoque si narquoisement…
Mais, ses yeux aux paupières lourdes restent braqués sur les lignes de sa paume. Il sait que ce n'est pas aussi simple, que c'est là une vision bien manichéenne des choses… Aussi, lorsqu'il reprend la parole, c'est pour congédier l'elfe de maison.
D'abord étonnée, celle-ci ne réagit pas de suite. Elle s'est certainement attendue à recevoir quelque foudre bien méritée d'ailleurs, mais après quelques secondes d'un silence presque inquiétant, elle se retire.
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Il ne sait plus très bien à quel moment ni comment il s'est trainé jusqu'à son lit. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il prendrait un malin plaisir à Avadakedavradiser cette saleté de pic-vert qui malmène avec entêtement les parois de son crâne. Alors qu'il enfonce ses doigts dans son cuir chevelu et commence à masser ses tempes par de petits mouvements circulaires, les images de la soirée passée refont surface par vagues. Des vagues désordonnées et vaporeuses, lointaines mais néanmoins très réalistes. Il laisse échapper un grommellement quand ce qu'il a manqué de justesse de faire à sa nouvelle domestique se rappelle à son bon souvenir.
Il se redresse vivement.
Un remède anti-gueule de bois semble être d'une nécessité absolue. Et pourquoi pas une potion d'amnésie partielle pour enterrer toute réminiscence de ce dérapage…
Il descend les escaliers en se maudissant de ses excès de la veille. Chaque fois qu'il affronte une marche, son crâne semble sur le point de se fissurer. Soulagé d'avoir terminé sa descente, mais pressé d'arriver jusqu'à son laboratoire, il traverse le salon sans un regard en arrière. La lumière vive qui filtre par les carreaux de la pièce, agressent ses yeux meurtris.
Il ne fait qu'une gorgée de la fiole de potion anti-migraines qu'il a fini par trouver derrière une rangée de flacons poussiéreux. Il faudra songer à réapprovisionner sa réserve… pas qu'il soit friand de ce type de d'évènements mais, il apparait que ses mixtures visant à apaiser les maux de tête se sont réduites comme une peau de chagrin depuis quelques semaines…
Il quitte la pièce sombre après s'être assuré que la douleur commence à décroitre. Sitôt de retour dans le salon, il ne peut que froncer les sourcils en notant le détail qu'il ne s'explique pas ne pas avoir remarqué à l'allée. Il s'accroupit et observe de plus près la petite flaque pourpre, obscurcie par le parquet sombre.
Du sang…
Sa jumelle quelques centimètres plus loin… et encore une !
Un gémissement étouffé attire son attention derrière le fauteuil près de la cheminée. Il se redresse et tout en suivant le sillon de rougeâtre des yeux, dirige ses pas vers l'origine de la plainte.
Il se fige un moment et frotte ses paupières encore brumeuses en voyant le tas de chiffon noir qui tressaille, ramassé dans un coin de la pièce. Comme une noctambule effrayée par la lumière, elle se terre le plus possible contre la paroi de pierre. Seule une masse de cheveux emmêlés dépasse du col de sa robe. L'apercevoir ainsi si vulnérable, si désemparée, après le cinéma de suffisance auquel elle s'est livrée quelques heures auparavant, fait naitre en lui une irrépressible envie de la brutaliser. Il inspire à plein poumons afin de calmer ses pulsions et s'adresse à elle d'une voix aussi maîtrisée que possible.
- Pleurer ne ramènera pas ton prince charmant, crache-t-il aigri.
Elle relève doucement sa tête vers lui et entre les mèches désordonnées qui barrent son visage, il ne voit pas la moindre trace de larmes dans les yeux sombres. Il a failli oublier qu'on ne les lui tire pas aussi facilement, que celles qu'il a pu apercevoir n'auraient jamais dû être vues par quiconque… non, pas de larmes, mais de la peur. D'ailleurs, elle n'a pas réagi à la pique acide qu'il lui a lancée… Et quand les iris cannelle le transpercent de cette terreur qu'il connait bien pour l'avoir côtoyée sur de nombreux faciès condamnés, les perles de sang lui reviennent en tête. Le sien gèle dans ses veines lorsqu'elle prend la parole.
- Je vais mourir.
L'espace de quelques secondes, le temps semble ralentir au rythme lent des tic tacs de la lourde horloge de merisier. Quand il réalise enfin la signification de ces trois mots, une main souillée de rouge vient s'agripper à la manche de sa chemise. Cette franche épouvante qu'il lit dans les pupilles dilatées fait écho à la sensation glacée qui s'est emparée de lui au moment où elle a posé sa main cramoisie sur lui.
Il ne retire pas son bras, il ne la raille pas. Toute amertume et envie de lui faire du mal s'est évaporée à mesure qu'il a pris conscience de la gravité de la situation. Incapable de détourner son regard des phalanges presque diaphanes tant elles sont serrées sur le vêtement, il ne parvient pas à penser calmement. Il n'est pourtant pas dans ses habitudes de perdre son sang froid aussi facilement.
Une autre plainte le ramène à lui.
- Où es-tu blessée ? interroge-t-il d'une voix rendue rauque par… l'inquiétude ?
En guise de réponse, elle retire vivement sa main et se tasse encore davantage sur elle-même si c'est possible. Les obsidiennes se plissent. Il ne comprend pas sa réaction. Elle lui demande tout d'abord de l'aide pour mieux se cacher ensuite…
Il fait un pas supplémentaire vers elle et elle se recroqueville un peu plus.
- Dis-moi ! ordonne-t-il sentant son self-control le quitter.
Le regard fixe, elle secoue vigoureusement la tête de gauche à droite en ramenant ses genoux sous son menton.
- Je… ne peux pas, marmonne-t-elle les prunelles fuyantes.
C'est lorsqu'elle tire sur sa jupe pour couvrir le bas de ses jambes comme si sa vie en dépendait, que son cerveau se remet en marche.
…
Non… ça ne peut quand même pas…
…
- Tu as mal ? demande-t-il d'une voix qu'il veut plus posée.
Elle hoche frénétiquement la tête.
- Où ça ?
De nouveau, elle lève sur lui son regard d'enfant perdue. Un bref silence s'ensuit avant qu'elle ne recommence à secouer la tête. Alors, et pour aussi absurde que cela puisse paraitre, il en a désormais la quasi certitude…
- Zini !
L'elfe ne tarde pas à répondre à l'appel. Les deux onyx rutilants ne quittent pas une seule seconde le visage mat dont les joues palissent de plus en plus.
Que la peur de mourir ne transcende pas la gêne qu'elle éprouve à l'idée de révéler la nature de sa blessure ne peut signifier qu'une chose.
- Combien de temps as-tu servi à Poudlard auprès de Pomfresh ? interroge-t-il la nouvelle arrivante.
- Environ 8 ans Professeur Rogue Monsieur, répond-t-elle avec un hochement de tête servile.
- J'imagine en conséquence, que tes connaissances en matière d'anatomie humaine, et plus précisément féminine, est à la hauteur de ta culture concernant les relations homme-femme, lâche-t-il, narquois.
- Monsieur ?
Il sent posé sur lui, le regard interrogateur de l'elfe qui ne cesse d'osciller entre la jeune femme à l'air perclus de frayeur, et ses yeux qu'elle semble chercher des siens.
- Il est temps de terminer ce que tu as commencé cette nuit, déclare-t-il d'une voix soudainement froide et distante en tournant les talons.
La créature ne met pas longtemps à comprendre à quoi il fait allusion bien que la situation ne soit pas des plus limpides. L'œillade inquiète qu'elle lance à sa congénère ne passe pas inaperçue.
- Tu viendras me rendre compte de la situation plus tard !
Alors que l'eau brûlante lui fait oublier les excès d'une nuit riche en excès, il ne parvient pas à penser à autre chose qu'à cette silhouette fantomatique recroquevillée sur le plancher de son salon. Il a beau retourner les différentes hypothèses dans sa tête, il n'arrive pas à se décider sur le caractère vraisemblable de celle à laquelle il pense. Son esprit ne peut s'éloigner de la question plus de quelques secondes invariablement rattrapé par ce poids dans son estomac… C'est cette même présence pesante qui l'a décidé à lui tourner le dos et à charger Zini du reste. Il ne saurait expliquer cette pénible redondance.
« Menteur ! » se moque la petite voix mutine. « Tu ne VEUX pas l'expliquer. »
Tais-toi !
Cette fille va finir par avoir raison de sa santé mentale. Malgré lui et l'agacement que susciterait l'adéquation de son hypothèse à la réalité, il espère qu'il ne s'agit de rien de plus grave.
- Faible…
En maugréant, il s'enroule dans une serviette et frictionne vigoureusement ses cheveux mouillés.
Il n'est pas de retour dans son laboratoire depuis deux minutes, que l'elfe y fait irruption.
- Alors ? demande-t-il aussi détaché que possible.
- Alors, répond la créature, avec l'autorisation du Maître, Zini va devoir s'absenter un moment pour faire une course.
Ses traits monstrueux ne traduisent aucune inquiétude, à tout le moins de l'amusement. Il le savait, pourtant, il ne peut empêcher la boule de haine de grandir au creux de son estomac. Il se fait violence pour ne pas laisser sa colère rejaillir sur l'expression d'impassibilité – il l'espère – qu'affiche son visage. L'elfe le sonde de ses yeux globuleux. Cette horreur a déjà compris… elle l'avait compris bien avant lui.
- Zini a donc procédé à un complément d'information comme vous le lui avez suggéré, lance-t-elle provocante. Zini doit bien admettre que le professeur Rogue a de l'intuition.
- Où est-elle maintenant ? interroge-t-il ignorant la moquerie.
- Zini l'a envoyée sous la douche dès que le Maître a quitté la salle de bains Monsieur.
- Bien, lâche-t-il en lui tournant le dos. J'ai du travail, file faire ce que tu as à faire à présent.
- Très bien Monsieur.
Dans un claquement mat, la créature a disparu.
Il est le premier surpris par la violence de son geste lorsque son point vient brutalement s'écraser contre la paillasse sur laquelle il travaille. Un flacon se renverse et se brise.
Tss… cette gamine…
Il n'y a pas de mot suffisamment fort pour qualifier ce qu'il ressent en cet instant. Soulagement ? Colère… oui de la colère. Colère contre elle, contre sa foutue innocence de fillette, colère contre lui et son manque de self-control. Elle ne peut pas se comporter comme une femme fière et méprisante pour afficher ensuite cette candeur enfantine, cette ignorance de petite fille ! Quel était le pourcentage de chance pour qu'à son âge, elle découvre seulement maintenant ce que sont les menstruations ? S'il n'était pas convaincu de sa sincérité déconcertante, il penserait qu'elle se fiche de lui. Est-ce que la vie qu'elle a mené jusqu'à lors a raisonnablement pu engendrer ce genre de dérèglements dans son organisme ?
Comment fait-elle pour imprimer sur son visage une telle arrogance parsemée d'éclats d'ingénuité ? Ce contraste perpétuel le perturbe bien plus qu'il n'aurait cru…
Il en viendrait presque à se demander si elle ne s'emploie pas volontairement à le rendre fou. Elle ne peut pas ne pas savoir, ne pas comprendre ce qu'elle suscite en lui ! Les images de la veille lui reviennent en tête : si hautaine, si froide alors qu'elle lui tenait tête, drapée dans un morceau de tissu de la surface d'un mouchoir de poche et dans toute sa dignité face à ses propos insultants… puis désemparée et vulnérable entre ses mains, à sa merci… si désirable…
La boule dans son estomac a pris des proportions telles qu'elle lui provoque une légère nausée. Il se déteste de tant de faiblesse.
Pathétique !
…
Et lui… Merlin, que lui a fait cette fille ? Il y a quelques semaines de ça, il aurait pu la regarder se vider de son sang sans sourciller. Et voilà qu'à présent, il est incapable de garder son calme à la simple idée qu'elle puisse un jour prochain le priver de sa présence…
On s'habitue vite à ces bêtes-là !
Un ricanement enfantin lui répond.
Il ne peut pas se laisser troubler aussi facilement par ce morceau de clocharde insensée ! Jusqu'à quel point est-elle enfant ? Jusqu'à quel point est-elle femme ?
Il ferme les yeux et inspire à fond, s'obligeant à regagner son calme. Il ne peut pas se permettre de s'emporter aussi facilement. Cette morveuse finira par payer les affronts réguliers qu'elle fait endurer à son esprit.
« A ce stade, on pourrait parler de tourments », le raille la voix mutine.
Il faut qu'il sorte. Il a besoin d'air. Il doit s'éloigner de cette maison, il doit s'éloigner d'elle… avant de faire… ce à quoi s'il est honnête, il s'interdit même de penser depuis quelques temps.
S'éloignant du plan de travail sans même se donner la peine de réparer les dégâts de son ire, il se dirige vers la cheminée et s'empare d'une poignée de poudre grisâtre dans un pot de terre posé au-dessus de l'âtre. L'homme s'y engouffre et prononce distinctement : « Bureau du professeur Rogue à Poudlard », avant de disparaitre dans un foyer émeraude surgi de nulle part.
Quitter une tanière lugubre pour se terrer dans une autre… Il n'a de toute façon pas l'intention de s'attarder. Il doit simplement remettre la main sur une liste importante d'ingrédients dont il a besoin pour la réalisation de « cette » potion. La potion qu'Il lui a demandée…
- Je ne m'attendais pas à vous trouver ici par une si belle journée d'été Severus.
Si son corps ne laisse rien transparaitre, son cœur en revanche a manqué un battement. Ce vieil hibou est complètement inconscient certes il n'y a en théorie aucune raison d'être sur le qui-vive à Poudlard, néanmoins, ses réflexes d'agent double sont une véritable seconde nature. Il ne le sait probablement pas, mais il était à deux doigts de perdre la vie…
Il se retourne lentement vers le directeur de l'école de sorcellerie et le toise avec mécontentement.
… Ou plutôt si : il le sait, mais il s'en amuse à ses dépends.
- Dumbledore, se contente-t-il de le saluer avec un sobre hochement de tête avant de rejoindre sa bibliothèque.
Maintenant qu'il y pense, il avait justement glissé ce papier dans un grimoire pour éviter que ce genre d'intrusions inopinées ne lui vaille de longues et fastidieuses explications. Il s'empare de l'ouvrage en question et glisse subrepticement le morceau de parchemin dans sa poche. Les yeux rieurs captent son regard alors qu'il s'apprête à rebrousser chemin.
- Comment se porte votre petite protégée ? l'interrompt la voix du vieillard alors qu'il s'apprêtait à attraper le pot au-dessus de la cheminée.
Il est trop jeune pour être sujet aux infarctus ! Cependant… il décèle derrière le verre épais de ses lunettes en demi-lune que la question de Dumbledore n'est pas anodine. Un long moment passe sans que l'un ou l'autre ne prononce le moindre mot. Les obsidiennes vrillent les saphirs pétillants de malice. Il déteste quand le vieux fou se plait à jouer avec ses nerfs. En ce sens, il ressemble également à cette peste ! Il déteste cette impression – qui transforme son sang en une substance glacée – qu'il connait déjà la réponse aux questions qu'il pose…
Il n'a aucun moyen de savoir. Il doit se reprendre : il ne peut pas. Même si Zini est liée avant tout à l'école, il n'y a aucune chance pour qu'un elfe de maison rapporte ce qui se passe dans la maison qui l'emploie… n'est-ce pas ?
Et puis après ? Même si c'était le cas ? Ce ne sont pas ses affaires. Il n'a pas à s'immiscer ni dans sa vie privée, ni dans ses rapports à ses domestiques… Mais c'est Dumbledore ! Le mage aussi réputé pour sa puissance que pour sa propension à ramasser tous les chiens sans collier qui grattent à sa porte…
- Allez droit au but Dumbledore ! lance-t-il excédé par ses propres réflexions.
Comme il aurait dû s'y attendre, c'est en adoptant le regard de l'innocent outré qu'on l'accuse à tort qu'il lui répond.
- N'y voyez rien d'autre que la question que je vous ai posée Severus.
L'homme en noir fronce les sourcils, suspicieux, trop habitué aux excentricités mais aussi à la clairvoyance dérangeante du directeur.
- S'habitue-t-elle à sa nouvelle vie ? J'imagine que vous prenez bien soin d'elle…
- Vos insinuations sont lassantes Dumbledore, le coupe-t-il avec mauvaise humeur. Si vous avez quelque chose à dire, allez directement au fait !
- Mes questions n'ont pas d'autre sens que celui qu'elles induisent Severus. Etes-vous si peu serein que vous percevez des sous-entendus derrière les propos les plus innocents ?
- Sauf votre respect, je ne crois plus en l'innocence de vos paroles depuis ma première année entre ces murs.
Un ange passe. Le regard pétillant de malice devient insoutenable. Il est à deux doigts de disperser la poudre de cheminette dans l'âtre quand…
- Pour tout vous dire Severus, je me demandais simplement si la jeune Eleonor pourrait éveiller davantage que vos pulsions les plus primitives.
Qu'en pensez-vous? J'espère que ce petit chapitre vous aura donné envie de connaître la suite.
A très vite pour le chapitre 24 déjà en réserve.
