Merci à Laorah, Guest et BaeMin Chan pour leurs gentils messages. J'espère que la suite ne vous décevra pas. Bonne lecture à toutes.

Chapitre 24 : Elle n'aurait pas dû…

- N'ayez pas l'air si étonné Severus, reprend le vieux sorcier après une seconde d'éternité durant laquelle l'homme en noir n'avait pu s'empêcher de se demander s'il avait bien entendu.

Foutue elfe ! Finalement, elle a vendu la mèche.

- Ne cherchez pas qui est à blâmer, je…

- Je croyais qu'il était clair entre nous et dans l'optique d'une collaboration sereine, que vous deviez cesser d'user de la légilimencie sur moi Dumbledore ! s'emporte-t-il tout à coup.

- Si vous me laissiez le temps de terminer mes phrases Severus, vous auriez compris que la légilimencie n'a rien à avoir là-dedans, reprend le vieil homme nullement perturbé par la réaction pour le moins agressive de son cadet. Je vous connais trop bien pour en avoir besoin mon cher ami, continue-t-il une lueur paternelle au fond des yeux… le genre de lueur qu'il déteste voir dans le regard de cet homme-là !

Ses paupières se closent quelques secondes et c'est d'un ton nettement plus posé qu'il reprend la parole.

- Vous me connaissez si bien que cela vous est soudainement apparu comme une évidence d'émettre des soupçons quant aux rapports que j'entretiendrais avec la gent féminine ? Mes « pulsions les plus primitives » … commencez donc par sonder l'opinion de vos étudiantes à ce propos, siffle-t-il narquois.

- Je n'ai aucun doute sur votre intégrité professionnelle Severus, rectifie le directeur. Comme j'imagine que vous n'en ressentiriez pas même l'envie, je devine que vous ne pourriez pas nourrir ce genre de pensée à l'égard d'une de vos élèves…

- Elle pourrait en être une, précise-t-il en omettant de rebondir sur la nature de la pensée en question.

- Voyons, nous savons tous les deux que son cas en particulier n'a à voir ni avec son âge ni avec votre statut.

- Au risque de me répéter Dumbledore, vos sous-entendus me fatiguent. Je n'ai ni le temps ni l'envie de m'appesantir sur les fantasmes insensés d'un vieillard sénile.

- J'ai la faiblesse de croire que vos mots dépassent votre pensée Severus, le reprend le mage blanc dont le timbre s'est sensiblement durci.

Il n'a pas besoin de croiser les prunelles azur pour comprendre qu'il ne peut se permettre d'outrager davantage les propos de son aîné. Ce n'est pourtant pas l'envie qui lui manque de lui faire avaler sa barbe par les narines. Toutefois, si Dumbledore se met en tête de mettre son nez dans ses affaires et compte tenu de la situation pour le moins délicate chez lui, il se trouvera contraint à refouler encore davantage si c'est possible, ses pulsions vis-à-vis d'elle. Pire, il ne pourra plus faire la loi sous son propre toit. Il connait suffisamment l'individu pour savoir qu'il est capable de lui mener une vie impossible s'il se rend compte… « S'il se rend compte… ? » le nargue la voix.

Tss…

- Dumbledore, reprend-t-il en soupirant agacé, croyez bien que rien ne me ferait plus plaisir que de perdre mon temps en bavardages inutiles avec vous au château, néanmoins, il y a des personnes pour lesquelles les vacances scolaires ne signifient pas l'arrêt de toute activité professionnelle !

- Professionnelle… comme vous y allez, le taquine le vieil homme en le jaugeant par-dessus les verres épais de ses lunettes.

Il n'est pas stupide, il a parfaitement compris l'allusion, mais il ne peut tout de même pas lui envoyer dans la figure à titre de réponse, que risquer sa vie chaque jour au profit de ses projets insensés et pour le compte d'un gamin qu'il abhorre, ne constitue en effet pas son choix premier en termes de carrière.

- Et si vous en veniez directement au fait, lâche-t-il épuisé par cette conversation de sourds. Que voulez-vous Dumbledore ?

- Rien de plus que prendre de vos nouvelles et savoir comment s'accoutume votre nouvelle domestique à sa nouvelle vie.

Sa mâchoire se crispe : dans la bouche de Dumbledore, il sait très bien que le terme n'est pas anodin, qu'il a émis un jugement sur la situation avant même d'avoir pu s'en faire une idée réelle.

- Elle s'habitue, se contente-t-il de répondre d'un ton plutôt sec.

- Bien bien, ponctue le vieux sorcier en appuyant un regard qui signifie clairement qu'il pense l'inverse de ce qu'il dit.

- Si cela peut vous rassurer Dumbledore, elle et l'elfe de maison que dans votre infinie sagesse, vous avez collé entre mes pattes, sont devenues les meilleures amies du monde : elles rient à mes dépends et s'enivrent dans mon dos.

- Bien bien, répète le vieillard, ce coup-ci manifestement plus convaincu par le sens de ses propres paroles. Cette chère Zini a fini par se dérider un peu.

Il ne sait pas pourquoi, la légèreté du directeur l'irrite.

- Je ne doute pas que cette délicieuse enfant égaye quelque peu votre quotidien à tous deux ! Après tout, si la jeune Eleonor parvient à sociabiliser notre Zini, si Merlin l'aide, il n'est pas interdit d'espérer que le miracle se produise vous concernant…

Il ne relève pas la remarque. Il a enfin mis le doigt sur ce qui le titillait depuis le début de la conversation.

- Otez-moi d'un doute Dumbledore, comment avez-vous connu le nom de cette fille ?

Alors que ses yeux plissés étudient la réaction du mage blanc, les iris de ce dernier semblent irradier d'une lueur révélatrice derrière les verres épais… Exactement le genre de lueur qui laisse présager que le vieux sorcier ne lui a pas tout dit.

- Vous n'avez sûrement pas oublié notre première rencontre dans votre laboratoire Severus, lui rappelle-t-il.

Comme s'il avait pu l'oublier aussi facilement.

- Même si cette jeune fille n'a usé d'aucune magie sous mes yeux, la peur qui émanait de sa personne lorsqu'elle a posé son regard sur moi, recélait de fortes vibrations magiques.

Les sourcils de l'homme en noir se froncent.

- Ce qui m'a d'ailleurs conforté dans l'idée qu'elle n'était certainement pas une banale moldue c'est que vous ne vous seriez pas intéressé à elle si elle n'avait pas su titiller d'une façon ou d'une autre votre curiosité scientifique, continue-t-il d'un ton plus léger.

D'ordinaire, il se serait empressé de houspiller le directeur d'invectives menaçantes. Il aurait mis un point d'honneur à rétablir la vérité concernant ce pseudo intérêt qu'il porterait à cette pouilleuse et aurait très amplement fait comprendre à son aîné que la vile flatterie relative à son esprit scientifique ne l'avait pas dupé quant à la perfide moquerie qu'elle cachait.

Mais pour l'heure…

- Poursuivez !

… Il n'a pas envie de dépenser inutilement son énergie, bien trop empressé qu'il est de connaître le fin mot de l'histoire. Il sait son ton directif mais il n'en a cure. Ce vieil Olybrius le fait tourner en bourrique depuis bien trop longtemps.

- Votre petite protégée s'est vue préinscrite à Poudlard dès lors qu'elle a su révéler son potentiel magique.

Comment n'y a-t-il pas pensé plus tôt ? Le grognement émis par l'homme incite le vieillard à poursuivre.

- Eleonor aurait dû faire ses études à Poudlard comme tous les enfants présentant des aptitudes en matière de sorcellerie.

- Vous êtes en train de me dire que cette fille a grandi dans la rue comme un chien errant pendant presque vingt ans alors qu'elle aurait pu bénéficier d'un toit et d'un enseignement adapté au château ? grince-t-il entre ses dents.

Sans qu'il sache exactement pourquoi, un nœud de frustration se forme dans sa gorge. Tout ça est tellement rageant ! Quel gâchis !

- On peut savoir pourquoi ça n'a pas été le cas ? interroge-t-il circonspect.

- Vous n'êtes pas sans savoir que la préinscription n'a rien d'obligatoire pour un enfant doté de pouvoirs magiques, elle ne fait pas office d'inscription définitive à terme. La démarche en ce sens appartient aux parents et…

- … et elle a disparu de la surface de la terre pendant dix-sept ans après que ses pouvoirs aient été bridés, termine-t-il pour lui-même.

Le cheminement a beau être logique, il n'en reste pas moins insupportable.

- Et personne ne s'est inquiété de ne pas la voir faire son entrée à l'école ? demande-t-il de plus en plus agacé.

- Ce n'est pas à vous que j'apprendrais qu'il y a encore de nombreuses familles en Grande-Bretagne pour lesquelles la révélation d'une aptitude magique est vécue comme une tare, un tabou. Nous n'enquêtons pas personnellement sur chacun des enfants admissibles Severus, et sauf pour les familles strictement moldues, les enseignants ne se déplacent pas dans les foyers comportant au moins un sorcier. De plus, comme vous l'avez fait remarquer, durant les années qui ont suivi, elle n'a jamais plus fait usage de la magie jusqu'à récemment. Ce qui explique qu'elle n'ait jamais reçu de lettre.

- Je n'arrive pas à y croire, marmonne-t-il, furieux.

- Je vous ai rarement vu vous insurger des injustices faites aux autres, se moque gentiment le directeur, étant vous-même à l'origine d'un certain nombre d'entre elles…

Il n'est pas d'humeur à relever l'ironie du propos.

- Quoiqu'il en soit, j'imagine que la nouvelle ne vous surprend qu'à moitié. Vous étiez bien sûr déjà au courant qu'il ne s'agissait pas d'une cracmole, encore moins d'une moldue.

Dubitatif, il jauge le vieil homme à l'affût de la moindre de ses réactions. Il n'a pas besoin de poser la question qui le démange, il sait d'ores et déjà que le sorcier y répondra. Il attend.

- Depuis toutes ces années qu'elle n'a pas changé de place, vous admettrez que cela aurait été plus logique de venir en aide à une enfant de quatre ans livrée à elle-même, qu'à une jeune adulte.

- Une jeune adulte, siffle-t-il, c'est vite dit…

- Quoiqu'il en soit, je ne vous crois pas suffisamment altruiste au point d'avoir recueilli cette enfant si sa présence n'avait pas présenté pour vous le moindre intérêt. Pas que je doute de votre capacité à faire preuve d'une extrême abnégation pour…

- Ne vous perdez pas dans des débats stériles Dumbledore !

Il préfère mettre un terme à la tournure que prend la conversation. La pente qu'emprunte le directeur est trop glissante pour qu'il se risque à le suivre sur ce terrain-là. Il n'a pas envie de parler d'elle maintenant… il aura tout le temps d'y repenser lorsqu'il croisera de nouveau le regard de cet arrogant de Griffondor à la rentrée scolaire.

- Epargnez-moi la pommade, nous savons l'un comme l'autre que ce sont ses aptitudes magiques qui m'ont attiré.

« Dis surtout que c'est plus confortable pour toi qu'il se contente de ce fallacieux prétexte… à moins que ce ne soit à toi-même que tu essaies de le cacher. » Ca suffit ! Il n'est pas homme à écouter sa conscience, cela ne lui a jamais rien valu. « Pourtant, cela t'énerve de voir le vieux fou parler de ce fiasco avec autant de légèreté, de se jouer de toi alors que lui-même n'a rien fait pour elle ». Regarde-le ! Il aborde le sujet avec cet éternel sourire… ça ferait bondir n'importe qui ! « Mais tu n'es pas n'importe qui ! Il a raison il y a un an de ça, tu aurais pu la regarder se faire massacrer sans sourciller »…

La ferme !

Je n'ai jamais prétendu être le messie pour lequel il se fait passer auprès de toute une population ! Il savait. Il savait qui elle était, il savait même qu'elle a passé tout ce temps dans la rue, il avait son nom… et il n'a rien fait. Elle aurait pu vivre différemment, elle aurait pu avoir une vie normale, aller à l'école, se faire des amis… ne jamais croiser ma route…

Tant d'années gâchées par une simple négligence… Ca le dégoûte ! Tout ce potentiel, perdu. Il sent une bouffée de haine le submerger et préfère mettre un terme à la conversation avant de perdre définitivement patience.

- J'ai du travail, lance-t-il alors qu'il lui tourne le dos.

- Je ne vous ennuie pas davantage, répond le mage blanc qui a compris que la discussion est définitivement terminée.

Il n'a pas besoin de se retourner pour savoir qu'il est parti. Néanmoins, le poids sur son estomac ne semble pas enclin à en faire de même.

Je savais bien que rien de positif ne pourrait ressortir de cette conversation…

Dire qu'il pensait passer à l'école en coup de vent, il n'a désormais plus aucune envie de rentrer chez lui pour y entamer l'ouvrage commandé par le Seigneur des Ténèbres. Il ne veut pas la voir. Il a besoin de s'éloigner, de respirer. Ce climat d'animosité perpétuelle mêlée de frustration sur tous les plans, l'étouffe. Elle est trop innocente, trop vulnérable et lui… il n'aurait qu'à resserrer un peu l'étau pour la briser. Elle n'a rien demandé, pourtant la voilà à sa merci. Il s'est permis de la mettre en garde contre les Malefoy mais à ses yeux, il reste plus dangereux encore qu'eux. Elle n'aurait pas dû en arriver là, elle n'aurait pas dû vivre cette vie, elle n'aurait pas dû tomber entre ses mains… Il ne peut pas rentrer, croiser son regard chargé de non-dits et de dégoût pour lui alors qu'il n'a pas réussi à faire taire ce sentiment de malaise qui lui ronge les entrailles.

Pathétique ! Ce serait bien la première fois qu'il aurait du mal à soutenir le regard de quelqu'un… enfin presque, se corrige-t-il en tentant de chasser les yeux verts noyés de cheveux roux de son esprit.

« Tu l'en aurais presque oubliée… », fait remarquer la voix.

La ferme!

Il n'a pas besoin qu'un autre railleur succède au premier. Il ne pourrait pas l'oublier, jamais ! Même s'il en avait envie… Il n'y a qu'elle dont le regard ait jamais su le mettre mal à l'aise, il n'y a que face à elle qu'il se soit jamais senti coupable…

« Tu mens… »

Son poing se serre sur le parchemin qu'il tient dans sa paume. Un bocal explose quelque part derrière lui. Les mèches noires barrent son visage sans expression. Peut-être un jour ses traits reflèteront-ils vraiment ce qui bouillonne en lui…

« Tu es trop impliqué ».

Il se surprend à regretter le brin d'ironie habituel dans son intonation.

J'espère que ce petit dialogue vous aura plu. On en apprend des choses avec papi Dumby. Il n'est pas aussi clean qu'il en a l'air et c'est pour ça que j'adore ce personnage. On pardonne toujours moins facilement leurs écarts aux personnes de bien. Le prochain chapitre sera plus... Rock & Roll. A très bientôt.