Bonjour à toutes! Voici enfin l'update de cette petite fic. Petit renversement de perspective au programme. J'espère que ce chapitre vous plaire. Un grand merci à mes 3 fidèles commentatrices.

RAR:

Zign: Merci beaucoup pour ton enthousiasme. Il fait plaisir à voir. En espérant que ce chapitre suscite autant de plaisir.

Magy: Je suis ravie que la superbe de Rogue t'ait plue. Oui je commence à faire allusion à la rentrée parce qu'il se pourrait bien effet qu'Eleonor fasse une saut à Poudlard. A l'origine, cette fic n'était censée s'étendre que sur les vacances d'été. Finalement, c'était beaucoup trop court pour asseoir un développement réel de leur relation alors j'ai préféré revoir un peu la copie. S'agissant de la leçon de vie... on verra bien qui la prendra. ;)

Laorah: Merci mille fois pour cet empressement que tu manifestes chaque fois. La scène du bal commence ici. Et j'ai vraiment hâte de lire tes impressions à ce sujet.

Disclaimer:Rien ne m'appartient, tout est à JKR (sauf mes petits persos persos).

Chapitre 28 : A travers le miroir

Quand elle se lève ce matin là, une boule d'angoisse étreint son estomac : ce soir, elle s'affichera, parée de ses plus beaux atours, au bras de l'illustre inconnu qui lui a permis de ne pas passer la journée de la veille enfermée dans cette lugubre demeure. Il n'est que six heures du matin mais déjà le stress lui donne quelque vertige. Elle exhale bruyamment l'air de ses poumons et s'assied sur le rebord de son lit pour chasser le poids douloureux qui comprime sa poitrine. Dans très exactement huit heures, son preux chevalier viendra la délivrer de cette cage austère pour la soirée… et peut-être pour toujours.

Elle s'assied sur le rebord de son lit pour boutonner sa robe. Elle ne prendra pas de petit déjeuner, certaine de tout rejeter si quoi que ce soit devait franchir ses lèvres.

Elle s'empare de la brosse à cheveux posée sur son chevet et se dirige vers le miroir pour démêler son épaisse chevelure. Elle constate avec une certaine satisfaction que sa tignasse d'ordinaire si difficile à discipliner, lui causera moins de difficulté que d'habitude. Alors qu'elle partage la masse en trois mèches égales, elle tente de réfléchir posément à ce qui se passera ce soir. Marcus Malefoy a eu beau passer la journée de la veille à tenter de la rassurer, elle ne peut s'empêcher de penser aux paroles prononcées à son encontre par l'oiseau de malheur. Severus Rogue… et s'il avait raison ? Elle ne peut nier que l'éventualité lui a effleuré l'esprit. Même s'il est vrai qu'Il n'a pas l'air de lui souhaiter tout le bien de la terre et qu'Il est maladivement tyrannique en ce qui la concerne, elle doit reconnaître qu'Il ne lui a jamais menti pour se rendre la tâche plus facile. Au contraire, il serait plutôt le genre d'individu à préférer jongler avec les vérités qu'il distille lentement à son avantage. Bien qu'en définitive, elle ne le connaisse pas beaucoup plus que Marcus Malefoy, elle le ressent ainsi. S'il y a une chose dont elle est presque sûre, c'est qu'Il est un homme qui se choisit rarement les voies les plus facilement praticables… un peu comme elle il faut l'avouer…Malgré tout, elle n'est pas aussi niaise que ce qu'il peut penser. Évidemment elle s'est posé la question des motivations de ce soudain intérêt pour elle. Et même si à ce jour elle n'a pu trouver la réponse, elle ne perd pas de vue que ce qu'elle cherche à travers cet espoir que le jeune homme soit sincère, c'est avant tout de prouver à celui qui l'a asservie, qu'il a tort. Bien évidemment, elle n'est pas dupe. Elle a beau montrer à son « Maître » une mine réjouie de jeune fille pré-pubère, elle n'agit ainsi que parce qu'elle sait que ça Lui est insupportable. Pourtant, les remarques désobligeantes que son prétendant a maladroitement laissé glisser hors de sa bouche, ne lui ont pas échappée. Même si elle ne sait si elle doit seulement les attribuer à une volonté irréfléchie de rendre coup sur coup à son vis-à-vis, elle estime plus prudent de rester sur la réserve. D'autant qu'Il lui a confié qu'il n'irait pas à la réception donnée au manoir ce soir. Elle sera seule et elle ne pourra compter que sur elle-même et éventuellement sur Marcus Malefoy pour la tirer d'un mauvais pas. Plus par instinct du propriétaire que par souci de son intégrité, elle sait que Lui ne permettrait pas qu'on pose ne serait-ce qu'un doigt sur elle… Reste que le jeune homme n'osera pas forcément s'opposer à sa famille, même si elle a pu comprendre que s'intéresser à une domestique dépourvue de toute capacité magique était en soit constitutif d'un affront pour les siens. Enfin dépourvue de toute capacité magique…

Elle sursaute lorsque sont frappés à la porte de sa chambre trois petits coups secs. Les doigts toujours affairés à tresser ses cheveux, elle tourne la tête vers l'origine du son.

- Entre Zini.

Elle n'a pas besoin de demander de qui il s'agit. Elle sait d'instinct, même si la situation ne s'est jamais présentée, que Lui, ne se s'encombrerait pas d'une telle formalité. Elle a toutefois déjà précisé maintes fois à la petite elfe qu'il n'était pas nécessaire qu'elle se donne la peine de se s'astreindre à ce rituel. Cependant, cette dernière lui répète sans cesse qu'il serait « inconvenant pour quiconque de pénétrer sans demander l'autorisation dans la chambre d'une demoiselle. Imaginez si un jour je vous surprenais nue ! ». Elle n'a pourtant jamais eu ce genre de pudeur… jusqu'à ce que Zini lui explique certaines choses de la vie et que… sentant une chaleur dérangeante dans son ventre, elle coupe court aux souvenirs qui abondent dans son esprit.

- Le Maître m'a donné quelque chose pour la jeune demoiselle, annonce-t-elle en tendant son poing noueux au-dessus de la main de la jeune femme.

- Et j'imagine que le Maître a une trop haute estime de lui pour se donner la peine de se charger lui-même de la petite commission, fait-elle de mauvaise grâce mettant un point d'honneur à ce que sa surprise à l'idée qu'il puisse avoir une attention pour elle ne transparaisse pas.

- Oh non Miss, vous savez, le Maître peut parfois être un grand timide, répond la petite créature en fixant le miroir si intensément qu'elle se demande un instant si elle n'essaierait pas de briser son reflet d'un simple regard.

Elle s'est souvent fait la réflexion que s'Il entendait certains des discours qu'elle tient à Son sujet, Il serait véritablement furieux. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle à l'impression que le message Lui est directement adressé.

Lorsqu'elle déplie ses doigts, elle découvre dans sa paume une petite chose à l'éclat argenté, un pendentif ? Alors qu'elle le laisse pendre au bout de la chaine devant ses yeux, c'est comme si une masse s'abattait sur ses épaules. Ses lèvres s'entrouvrent mais aucun son n'en sort sinon une bruyante inspiration… profonde, douloureuse. Ses sourcils se froncent quand elle reconnait l'objet.

- Où a-t-il trouvé ça ? interroge-t-elle sans quitter la petite pierre des yeux ?

- Zini ne sait pas Miss. Le Maître lui a juste demandé de l'apporter à la jeune demoiselle en s'assurant qu'elle le porterait bien. Il lui a également dit de préciser à la jeune Miss qu'elle devait impérativement le garder sur elle.

Son regard perdu entre les reflets mauves et turquoise du cristal, elle caresse distraitement la faille qui le traverse du bout des doigts. Il n'a pas pu trouver ça comme ça ! Quelque chose se tord dans son estomac.

- Papa…, souffle-t-elle dans un murmure.

Elle se souvient… des paroles rassurantes de son père. De sa promesse que tout irait bien tant qu'elle garderait la petite pierre autour du cou. Elle se rappelle avoir tellement pleuré lorsque la chaînette s'était brisée… Ca n'a rien d'innocent, Il ne peut pas avoir fait ça dans la plus complète ignorance ! Il sait des choses ! Elle le subodorait déjà, elle en est à présent convaincue.

- Il t'a dit pourquoi il tenait absolument à ce que je le porte aujourd'hui ?

- Zini n'oserait jamais questionner le Maître sur ses motivations Miss, s'estomaque l'elfe d'indignation.

- C'est mon père…

Elle fait une pause, sentant sa voix lui échapper, les larmes lui monter aux yeux. Hier son prénom, aujourd'hui ce bijou… cherche-t-Il vraiment à la torturer le plus cruellement qu'il soit possible ? Elle ne peut pas croire qu'Il se livre à tout ça sans arrière pensée. Elle attache la chaîne à son cou. Ravalant les sanglots qui brûlent sa gorge, elle reprend.

- Il me l'avait offert, pour me protéger.

- C'est un très beau cadeau Miss, dit l'elfe avec douceur, un bijou très fin.

En ajustant la pierre entre les os saillants de sa clavicule, sa main effleure la marque violacée à la base de son cou. Elle tire légèrement le col de son vêtement sur le côté pour la laisser apparaitre entièrement puis elle dévisage son reflet, les pommettes légèrement roses. Son trouble ne pourrait être plus complet. Elle voit que l'elfe a remarqué le « bleu », elle a cependant l'élégance de ne rien dire malgré le regard inquisiteur et quelque peu inquiet qu'elle lui adresse par reflet interposé.

- Tu sais Zini, j'avais finalement commencé à penser qu'il ne me voulait pas vraiment de mal. Depuis presque deux mois que je vis ici, il m'avait semblé qu'il avait perdu le goût de me malmener… j'avais tort il sait !

Un silence pesant s'ensuit, durant lequel la petite créature cherche à croiser le regard de la jeune femme à travers le miroir. En vain.

- Tu ne peux sûrement pas comprendre de quoi je parle mais ceci me prouve bien à quel point il me déteste. Tu as beau le nier, je ne lui inspire que malveillance. Mon jugement a pu être obscurci par quelques évènements récents ces jours-ci, mais les choses sont très claires maintenant. J'ai été naïve, j'ai toujours cru que je pourrais rivaliser avec lui, que je pourrais lui rendre coup sur coup. J'ai délibérément accepté les conditions de ce ridicule petit jeu sans savoir qui était mon adversaire, sans me douter d'à quel point il en savait sur moi. Il a réussi à fouiller dans un passé que je soupçonnais hors d'accès tant il était devenu trouble même pour moi. Il a su raviver des choses auxquelles je ne m'attendais pas. J'ai baissé ma garde, loin de me douter qu'il pousserait le vice aussi loin… je n'étais qu'une enfant, conclut-elle les pupilles rétrécies par le dégoût qu'elle éprouve en jaugeant son image.

- Miss, n…

- Il a gagné ! coupe-t-elle abruptement. Je ne suis définitivement pas de taille. Quelles sont mes armes à moi ? J'ai une dette incommensurable envers lui et je lui suis complètement asservie, pouffe-t-elle amèrement face au constat sans appel.

- Oh Miss, murmure l'elfe à ses côtés en posant une main compatissante sur son bras.

Elle prend une longue inspiration et refait surface. Elle essuie une larme sur sa joue du plat de la main et adresse un sourire forcé à l'elfe.

- Mais je sais ce que je dois faire maintenant. Je vais lui prouver qu'il a tort ! Ce n'est plus qu'une question d'heures ! dit-elle à Zini d'une voix dynamique pour tenter vainement de cacher sa confusion.

Pour toute réponse, la petite créature lui adresse un regard triste.

- Je dois quitter cet endroit avant qu'il ne me brise définitivement, finit-elle pour elle-même.

oOoOoOoOoOo

Elle sent qu'elle va exploser si cette horrible coiffeuse tire encore une fois sur ses cheveux. Cela fait presque trois heures maintenant que Marcus – comme il a insisté pour qu'elle l'appelle – l'a emmenée dans ce salon de beauté. Trois heures qu'elle observe deux sorcières différentes s'affairer sur sa seule personne. Trois heures qu'elle voit des palettes de couleurs, des pinceaux de formes et de tailles différentes, des brosses et des pinces diverses, s'envoler jusque dans les mains de leurs propriétaires pour retourner sagement se ranger à leur place une fois l'usage terminé. Si le balai de baguettes et d'objets lévitant en tous sens a pu l'impressionner au début, après autant de temps passé les fesses ancrées sur ce siège inconfortable, la seule chose qui continue de l'étonner c'est sa capacité à endurer les fourmis qui remontent le long de ses jambes.

- Aie ! s'indigne-t-elle alors que sa tête est sèchement tirée vers l'arrière.

- Roh ce que vous pouvez être douillette, râle la petite femme replète qui s'occupe de sa chevelure.

Cette imitation de fût de chêne sur pattes lui fait mal et se permet en plus de la reprendre ! Elle ne sait pas ce qui la retient de se lever et de tout envoyer balader. Après tout, elle n'a jamais demandé à se trouver là.

- Ne vous inquiétez pas, la rassure la voix caressante de Marcus tout près de son oreille. Le calvaire est bientôt terminé.

Elle pince les lèvres et s'efforce de regagner son calme, ce qui lui vaut une nouvelle réflexion de sa maquilleuse cette fois.

- Oh mais ce n'est pas possible ! Je vous avais pourtant dit de ne pas serrer les lèvres avant que ce soit sec ! Je dois tout recommencer !

Avec une nouvelle vague de lassitude tintée d'irritation, elle tend docilement son visage vers la vieille femme qui lui fait face. Sa peau est si ridée qu'elle se surprend à perdre son attention dans les crevasses sous ses yeux. Ca ne l'empêche pourtant pas d'arborer des couleurs criardes sur les paupières ainsi que des faux-cils d'une longueur impressionnante, note-t-elle.

- Vous allez être magnifique, renchérit le jeune homme en pressant son épaule comme pour lui redonner un brin de patience.

Elle voudrait bien lui répondre que n'ayant pas eu la possibilité d'observer son reflet depuis son arrivée, elle ne peut que s'en remettre à son jugement, mais elle risquerait de s'attirer encore une fois les foudres de la sorcière qui s'applique à immobiliser ses lèvres. D'ailleurs, lorsqu'elle fait le compte de tous les instruments plus ou moins effrayants qui sont passés sous ses yeux, elle ne peut s'empêcher d'appréhender le résultat.

- Caaa y est ! lâchent les deux femmes d'une même voix.

Et alors qu'elle prend appui sur les accoudoirs de son siège pour se remettre sur ses pieds, elle est obligée de stopper le mouvement devant les deux employées du salon qui paraissent mener un examen minutieux de son visage.

- Parfait, parfait ! s'exclame l'une d'elle. Levez-vous maintenant ! Habilleuse !

L'hystérie ambiante la laisse perplexe, le stress environnant contaminant chacune de ses veines. Plus elle avance dans son processus de préparation, plus elle sent l'adrénaline emplir ses poumons. Marcus lui tend le bras afin qu'elle s'y agrippe pour se rendre derrière le rideau de brocard bleu nuit où une troisième préparatrice l'attend.

- Leurs manières sont un peu rugueuses mais passer entre leurs mains est le rêve de beaucoup de jeunes sorcières. Vous avez, surtout entant que moldue, beaucoup de chance d'avoir affaire à de telles professionnelles, lui confie-t-il avec un sourire charmeur.

- Je sais, répond-t-elle sentant ses pommettes s'embraser. Merci, je vous dois beaucoup.

D'un mouvement ample, il la fait pivoter face à lui et saisissant ses deux mains dans les siennes, les porte à ses lèvres. Son visage a pris feu.

- Il n'y en a plus pour très longtemps, murmure-t-il en plongeant son regard dans le sien.

Malgré la gêne qu'elle ressent, elle ne sait si c'est parce qu'elle est davantage habituée aux rudesses de son « Maître de maison », mais elle ne peut s'empêcher de trouver que tout ça sonne faux…

Non ! Il ne le faut pas. Pas maintenant. Chasse cette idée de ta tête ! Ce soir sonnera l'heure de ta libération. A cette pensée, une petite flamme – d'excitation ? – commence à chatouiller le creux au centre dans sa cage thoracique.

Quelques minutes plus tard, elle retient difficilement sa respiration, ballottée de droite et de gauche, ses deux mains à plat sur le mur en face d'elle. Elle peine à inspirer tant sa taille se trouve comprimée.

- Encore un effort Miss, je serre le dernier lacet et…

- Huuuuhhhhh !

- Terminé ! Je le noue, et voilà.

Jamais elle ne pourra supporter ce vêtement contraignant toute la soirée. Elle se sent coincée dans un étau étouffant, comme si elle ne pourrait plus jamais courber le dos. Elle a la sensation que ses côtes sont en train de s'enfoncer lentement dans ses poumons.

- Vous pouvez entrer Monsieur ! s'écrie l'habilleuse, manifestement satisfaite du résultat tandis qu'elle s'efforce d'afficher un sourire crispé au minimum.

- Par Salazar, Eleonor ! s'extasie Marcus dans son dos. Vous êtes… époustouflante !

- M… merci mais, j'ai l'impression que je vais mourir étouffée, confie-t-elle au jeune homme en essayant tant bien que mal de prendre une profonde inspiration.

- C'est la première fois que vous portez un corset, vous vous habituerez, la rassure-t-il. Avez-vous envie de vous voir ?

Elle esquisse un timide sourire et opine vigoureusement du chef.

- Alors suivez-moi ! dit-il en lui prenant la main.

Elle voit les trois préparatrices sortir de la pièce pour leur laisser un peu d'intimité. Elle a du mal à canaliser les tremblements de son corps alors qu'elle marche dans son sillage, elle sent son cœur tambouriner contre l'étoffe rigide du corset et remercie intérieurement son habilleuse de l'avoir parée de gants longs qui lui permettent de cacher la moiteur de ses mains. Ses pas sont fébriles quand elle s'approche du miroir, mais avant que son image ne s'y reflète, Marcus passe derrière elle. Il est si près qu'elle peut sentir dans son dos les battements de cœur réguliers du jeune homme contrastant singulièrement avec les siens. D'un mouvement doux, il pose une main fraîche devant ses yeux et lui intime gentiment d'avancer. Un instant, elle se demande s'il peut sentir la chaleur qui se dégage de son propre visage. Le fait d'être privée de la vue décuple les sensations et elle n'arrive pas à se concentrer sur autre chose que sur ce corps qui se meut collé au sien. Ils s'arrêtent soudain.

- Un, deux, trois.

Il retire sa main et fait un pas en arrière pour la laisser seule dans le champ de reflet du miroir. Son ventre se retourne littéralement quand elle aperçoit dans le cadre de bois cette jeune femme apprêtée et élégante qu'elle ne reconnait pas. Elle avance prudemment vers la glace, comme si elle craignait qu'en marchant trop vite son image ne s'efface du morceau de verre poli. Elle s'approche tellement que son nez effleure la vitre. Elle essaye de reconnaitre les yeux farouches sous le dégradé de fards violets qui orne ses paupières. Lentement, elle porte des doigts frémissants à ses pommettes saillantes, redécouvre les contours d'une bouche pâle, redessine ses traits. Elle n'y croit pas. Cette fille aux ondulations soyeuses, aux mèches parfaitement disciplinées sous une cascade de perles mauves qui s'entremêlent au chocolat de ses cheveux… ça ne peut pas être elle. Elle recule de quelques pas et se met de profil pour apprécier l'ensemble de sa tenue. De longs gants de soie recouvrent ses bras jusqu'au dessus du pli du coude, sa poitrine compressée dans un riche corset brodé assorti à sa coiffe luxueuse. Il habille à merveille un ample et long jupon de taffetas violet aux reflets sombres. Perdue dans sa contemplation, elle sursaute quand deux bras l'enserrent par la taille. Dans le miroir, elle voit le visage fin du jeune homme se glisser au-dessus de son épaule, sa joue caresse la sienne, l'obligeant à incliner sa tête sur le côté. La proximité l'embarrasse, le nœud dans son estomac, loin de s'apaiser, se resserre un peu plus.

- Eleonor ?

- … oui, tente-t-elle d'assurer sa voix.

- Vous vous sentez lui appartenir ?

Ce disant, elle voit ses doigts s'aventurer sur sa gorge, caressant la marque juste au-dessus de sa clavicule… Sa marque. L'embarras s'épaissit. Elle ne peut pas même penser échapper au regard impudique qui se greffe au sien à travers le miroir.

- Je…

Il n'attend pas sa réponse et déviant sa main agile vers sa joue, détourne son visage vers le sien. Ses joues s'empourprent alors qu'une vague de malaise la submerge. Il est si près… trop près…

oOoOoOoOoOo

L'homme au bras duquel elle est accrochée est d'une rare élégance, physiquement agréable, avenant envers elle, parfait en tout point. Cela fait presque une heure que la soirée a commencé et jusqu'à présent, elle n'a eu à essuyer aucun comportement déplacé. Personne n'a posé à son cavalier de question qui aurait pu laisser deviner qui elle était et chaque fois qu'il appert que la conversation manque de déraper, Marcus prend alors les reines et parvient à la détourner avec une subtilité qui l'étonne. Tout autour d'elle lui semble irréel : la salle de réception somptueusement décorée, les costumes d'une beauté à couper le souple, l'orchestre majestueux, l'alcool qui coule à flot et les mets délicieux dont les tables s'engorgent comme par magie…

Comme il insiste, elle saisit une coupe de champagne sur un plateau d'argent qui passe sous son nez. Elle regarde la petite créature s'éloigner avec un regard chargé de sympathie. Elle se demande vaguement ce que fait Zini… certainement occupée à cette heure-ci à préparer le dîner pour Lui… Rogue… elle connaît son nom pour l'avoir lu sur son courrier, et entendu Marcus le prononcer chaque fois avec un peu plus de dédain. Elle ne l'a pas croisé de la journée avant son départ. Même si elle a pu être étonnée qu'il ne montre pas le bout de Son nez avant que les deux jeunes gens ne s'éclipsent, elle n'en est toutefois pas mécontente. Anxieuse comme elle l'était, elle n'aurait pas réussi à dissimuler son angoisse aux yeux experts du Maître des lieux… Elle se demande vaguement ce qu'il aurait eu à dire sur sa tenue ce soir. Aurait-Il trouvé qu'elle était toujours aussi laide et repoussante ? A la simple pensée de ce regard sur elle, elle sent son corset compresser insupportablement son abdomen. Gênée par celui que lui adresse Marcus, elle avale d'un trait le contenu de son verre. Prise d'une violente toux, elle entend le rire amusé de son compagnon qui lui tend sa propre coupe en lui conseillant de ralentir un peu la cadence. Elle le remercie et remarque que les yeux de glace ont légèrement baissé de ses prunelles pour se perdre sur ses lèvres. Elle cligne bêtement des paupières et détourne vivement la tête sentant ses joues s'embraser. Ce n'est de toute façon ni le lieu ni le moment pour penser à Lui…

Entre les nombreuses danses auxquelles elle s'est soumise de bonne grâce et les quelques coupes qu'elle a bu, elle a complètement perdu la notion du temps. Enivrée par l'alcool et cette ambiance intemporelle, elle quitte les bras d'un énième cavalier masqué lorsque la musique s'arrête, pour s'accrocher de nouveau au bras de Marcus. Cela semble faire une éternité que la fête bat son plein quand le silence se fait dans l'immense salle. Marcus lui chuchote quelque chose à l'oreille qu'elle feint de comprendre.

Tout à coup, une sensation extrêmement désagréable lui retourne l'estomac.

- Je vous souhaite à tous la bienvenue ! lance un jeune homme aux cheveux platine qu'elle reconnait fort bien.

Perché sur une marche à moitié des escaliers, Drago Malefoy remercie ses invités d'être venus pour sa réception d'anniversaire. Un tantinet ivre, elle ne comprend pas tout ce qu'il raconte, seul le dégoût qu'elle éprouve pour cet être infâme lui tord les boyaux. Elle savait pourtant que la fête était organisée en son honneur. Mais elle ne pouvait décemment pas passer à côté de cette occasion de prouver à Rogue à quel point il a tort. Ca fait un moment qu'elle y pense mais… Il s'est trompé d'objet dans leur pari. Ce n'est pas de retrouver sa liberté dont elle brûle, c'est simplement de Lui montrer qu'elle est digne d'intérêt… elle songe avec un sourire en coin qu'il faut vraiment qu'elle ait bu pour reconnaître la chose sans provoquer un véhément lever de bouclier dans son esprit.

- C'est le moment de la distribution de ses cadeaux, murmure Marcus en se penchant à son oreille. Entant que cousin aîné et dans la mesure où il n'a pas de frère, c'est à moi d'ouvrir la marche. Vous m'accompagnez ? demande-t-il en la gratifiant d'un regard enjôleur.

Elle lui adresse un sourire franc malgré sa répugnance à s'approcher de cet énergumène et s'agrippe fermement à son avant-bras afin de ne pas trébucher sur ses hauts talons. Au fur et à mesure qu'ils avancent vers le jeune homme, les convives s'écartent pour former une sorte de haie d'honneur qu'emprunteront chaque invité désireux d'offrir son présent à l'ôte.

Lorsqu'ils arrivent en bas de l'escalier, Marcus s'incline légèrement face à son cadet et exerçant une légère pression sur le bras de sa cavalière, l'invite à en faire autant. Bien que l'idée de courber l'échine face à ce misérable cancrelat lui soit insupportable, elle se plie au rituel détestable. Lorsqu'ils se redressent, le jeune homme prend la parole.

- Permets-moi de te souhaiter un joyeux anniversaire au nom de ton oncle et ta tante qui n'ont pas pu se libérer pour venir assister à ce superbe bal organisé par la famille Malefoy. Ils te font savoir qu'ils te remettront leur présent dès leur retour.

Le sourire trop large de Malefoy junior l'incite à continuer.

-Le cadeau que je te porte ce soir n'est que ma modeste participation, mais j'ose espérer qu'il sera à la hauteur de tes attentes.

Soudain, elle se sent happée par le bras et poussée violemment vers l'avant. Sa tête se met à tourner et sa cheville se tort alors qu'elle vient s'échouer à genoux sur la première marche, sa tête manquant de justesse de percuter la pierre de la quatrième. Alors qu'elle se redresse aidée de ses mains qu'elle devine écorchées à travers la soie, la voix de Marcus Malefoy dans son dos tonne froidement :

- Voici ma contribution. Joyeux anniversaire cousin !

oOoOoOoOo

Le chapitre suivant est mon chapitre préféré pour l'instant. Je sais, c'était cousu de fil blanc mais on pouvait bien se permettre d'y croire un brin non? Merci pour vos lectures. Un petit commentaire pour encourage la bête à poster la suite trèèèèès vite? ;)