Coucou à tout le monde. Un grand merci aux très rares lectrices qui se sont données la peine de me laisser un petit mot: c'est à dire 3! Sur le nombre de lecteurs c'est minable, ça m'énerve mais je ne vais pas sanctionner les rares qui font l'effort parce que la majorité est peu scrupuleuse.

Merci beaucoup les filles ça me fait toujours autant plaisir. Pour les intéressées, je sors un nouveau chapitre de "Souviens-toi, oublie-moi" d'ici demain. ^^

Magy: Je suis contente que l'instinct du propriétaire ne te déplaise pas trop. Je sais que ça ne passe pas pour tout le monde! ^^ Mais moi j'aime bien! :D Jusqu'au moment où il ne pourra plus le contrôler. J'ai hâte que tu lises la suite. Merci pour ta gentille review. Ca me fait plaisir que mon style d'écriture te plaise. A très vite, miss! Bisous.

Chouploum: Je crois que ce chapitre-ci est un peu plus long. Guimauve je ne crois pas non. Mais justement quand on parle de rencontre avec le loup... je ne pense pas que les effets que tu crains soient ceux qui se produiront. ;) Mais tu m'en diras des nouvelles! :D A très vite et merci pour ta review. Bises.

Chapitre 32 : En terrain hostile

Elle dine à l'autre extrémité de la grande table, placée entre Mrs Pince et Hagrid. Inutile de l'avoir collée à son siège. Elle se sent suffisamment peu sécure pour adopter un comportement stupide si la situation lui devient insupportable. Il ne serait au reste pas judicieux d'éveiller de trop la curiosité des étudiants en l'intercalant entre Flitwick et lui. Non seulement elle ne fait pas partie du corps enseignant, mais en plus, seul Dumbledore sait que c'est lui qui l'a amenée ici. Seul lui, sait quels aménagements ont été nécessaires afin de faciliter leurs leçons privées dans ses appartements.

Seuls Dumbledore et… Drago Malefoy.

Le jeune homme a son regard résolument braqué sur elle et ce qu'il y lit ne lui plait pas. Autour de lui, gravite une horde de Serpentards. Ils s'agitent en la dévisageant de temps à autres. Certains étaient présents à la réception donnée à l'occasion de l'accession à la majorité du cadet des Malefoy. Les autres ont dû être mis au courant de la situation par leurs camarades. Ce n'est qu'une question de temps avant que la nouvelle ne se répande comme une traînée de poudre à travers l'école.

Le directeur se lève de son siège et comme chaque année, entame son discours de bienvenue pour les nouveaux, de rappel du règlement pour les anciens – son regard se pose sur Potter et son fan club – et d'encouragement pour les dernière année qui d'ici peu passeront leur examen de fin d'études. Il s'autorise une œillade vers le bout de la table. Elle n'écoute pas le laïus. Le regard figé sur son assiette vide, les mains qu'il devine crispées sur ses genoux, elle semble pétrifiée. Il sait que le temps est long pour elle, que cette effervescence l'oppresse, qu'elle n'a qu'une envie : se retirer au plus vite.

- Laissez-moi vous présenter les nouveaux visages que le château accueillera à compter de cette année, poursuit le vieil homme. Tout d'abord, le Pr Horace Slughorn qui reprendra le cours de potions magiques jusqu'alors assuré par le Pr Rogue.

Le temps que l'information s'enracine dans les cerveaux et qu'y murisse le premier germe, les premiers murmures se sont élevés si haut qu'ils ont réduit le silence à néant. Slughorn, assis à la gauche de Minerva McGonagall, se lève de son siège et adresse aux quatre tables son sourire le plus bonhomme. Elle lève ses yeux sur le petit sorcier replet qui agite sa main à l'attention de quelques étudiants. Ils convergent ensuite vers l'assemblée de robes noires qui pépie en bas de l'estrade professorale.

- Un peu de silence, brame Dumbledore. Vous l'avez donc déjà compris, les cours de Défense contre les forces du mal seront désormais dispensés par le Pr Rogue.

L'accalmie est de courte durée. De nouveau, les commentaires fusent, redoublent en énergie. Entre les protestations vigoureuses des trois autres maisons et les regards chargés de haine, il intercepte quelque congratulation obséquieuse de la part de la sienne.

Formidable ! Elle est déjà convaincue qu'il est le diable en personne, voilà qui va faciliter les choses. Les prunelles fauves rencontrent les siennes. Les manifestations hostiles qui lui sont personnellement destinées ont l'air de la crisper davantage. Dire qu'il espérait jouer sur l'impact de la bombe pour que son arrivée à elle passe inaperçue…

- Dans le même temps, continue le directeur, nous accueillons une nouvelle aide à Poudlard. Miss Stubborn1 qui contribuera avec Mrs Pince, au bon fonctionnement de notre précieuse bibliothèque.

Il lui fallait bien un patronyme pour intégrer l'école et celui-ci s'est imposé à lui avant même qu'il ne commence réellement à y réfléchir. Tellement en phase avec sa personnalité… Son immersion totale dans le monde magique est en soi un choc suffisamment important à gérer pour que Dumledore ne révèle en plus son véritable nom. Il se souvient du jour où il a volontairement laissé échapper son prénom, il n'a pas besoin d'un nouveau traumatisme sur les bras. Sans compter qu'il préfère ne pas prêter le flanc aux coups pendables que pourraient leur jouer certaines personnes s'ils détenaient une telle information. Bien que lui-même n'en ait encore rien fait, il n'est pas dit qu'il n'y ait pas matière à exploiter la chose au moment opportun.

Le semi-géant indique par un coup de coude discret qui expédie la jeune femme sur sa collègue de besogne, qu'il serait de bon ton qu'elle se lève à son tour afin de saluer la foule. Il observe les réactions diverses qu'elle suscite en quittant sa chaise. Si les Serpentards la dévisagent pour une grande majorité, les autres se contentent de l'examiner comme une bête curieuse pour la plupart. Il songe avec une certaine cruauté, que leurs réactions seraient beaucoup moins mesurées s'ils pouvaient voir sa tête à la lumière du jour.

Les remarques et suppositions à cet égard n'auront d'ailleurs pas mis longtemps à fuser en tous sens, chacun y allant de son hypothèse sur l'origine des cicatrices qui marquent le visage de la nouvelle assistante bibliothécaire. Certains évoquent un lien de parenté avec Lupin. Crétins irréfléchis ayant oublié un peu vite la raison des stigmates du lycanthrope… Les Serpentards raillent les traitements que son « maître » aurait pu lui faire subir, sans jamais le nommer… Il a d'ailleurs remarqué un changement dans le regard de certaines de ses élèves les plus craintives. Les enseignants ne sont pas en reste. C'est même en leur sein qu'il lui est arrivé d'entendre les suppositions les plus invraisemblables. Drago Malefoy quant à lui, ne s'est toujours pas manifesté. Il sait pourtant qu'il ne restera pas toujours tapi dans l'ombre, que le serpent attend son heure pour se glisser hors de son trou et mordre de nouveau.

Bientôt deux semaines que les cours ont repris. Deux semaines qu'il ne passe pas une journée sans faire un saut à la bibliothèque. Même s'il ne la surveille pas à proprement parler, il sait que sa seule présence est suffisante à maintenir le calme dans une salle de classe et à plus forte raison, à tenir d'éventuels trouble-fête en respect. Si seulement cette peste n'était pas si résolument réfractaire à l'idée d'apprendre ne seraient-ce que des rudiments de magie défensive, il n'aurait pas besoin de se livrer chaque jour à des agissements aussi suspects. C'est cependant la seule façon pour lui de garder un œil sur elle. En dépit du fait qu'ils partagent des appartements communs, ils ne se sont pas adressé la parole une seule fois depuis qu'elle est entrée en poste. S'il a personnellement fait en sorte que sa chambre ne soit pas située dans l'aile opposée du château, il a dû consentir le sacrifice de réaménager sa bibliothèque personnelle de sorte qu'elle en est actuellement l'occupante. Comme seule sa chambre à lui est attenante à la salle de bains, il n'a rien objecté face à son insistance d'utiliser les douches communes les plus proches. Il aime autant ne pas la voir traverser sa chambre chaque fois que l'envie d'aller aux toilettes la prend. Cela étant, lorsqu'il se réveille, elle est déjà partie et quand il regagne ses appartements après dîner, sa porte est close.

Après tout, il lui a fait comprendre qu'il préférait la voir le moins souvent possible dans la pièce principale. Malgré tout, il aura eu l'occasion de constater qu'elle observe ses consignes à la lettre : l'anneau est chaque jour rivé à son annulaire.

« Peut-être plus par peur de voir ressurgir des pouvoirs dont elle veut oublier l'existence… »

Très probablement… mais tant qu'elle restera butée sur sa position et refusera d'apprendre, c'est ce qu'elle a de mieux à faire.

oOoOoOo

La mi-octobre seulement et déjà tout le château est en effervescence pour les préparatifs d'Halloween. Il ne sait pas si c'est parce qu'il est amené à s'y rendre plus souvent, mais cette année, la folie semble même avoir gagné la bibliothèque, seul havre de paix généralement épargné par les inepties du genre.

Elle n'a pas l'air de s'y intéresser, ce qui lui vaut sans doute de conserver une entente professionnellement cordiale avec la très académique Mrs Pince. Si les deux femmes parviennent à travailler en bonne intelligence c'est sans doute parce que, sans être d'une nature discrète, elle tente le plus possible de se fondre dans le mobilier depuis son arrivée. Il est d'ailleurs étonné que ne lui soient jamais parvenues aux oreilles les revendications de la bibliothécaire titulaire à ce sujet. Personne ne s'est par ailleurs jamais interrogé sur son recrutement. Tous ont cru ou ont feint de croire à l'argument avancé par Dumbledore, selon lequel il devenait urgent que Mrs Pince se voit accorder une aide dans son labeur… même s'il parait évident que l'intéressée s'est sentie insultée par l'initiative directoriale. Il est de notoriété commune que la vieille harpie est hostile envers toute forme d'intrusion sur son territoire, qu'il s'agisse des élèves comme des professeurs. Seule McGonagall a su faire remarquer que la bibliothécaire n'avait jamais eu besoin d'aide en cinquante ans de carrière et qu'il était fort curieux qu'elle se satisfasse de cette situation. Il imagine aisément les efforts déployés par le directeur afin que la vieille femme aigrie garde le silence et ses opinions sur l'affectation d'une collaboratrice indésirée, pour elle.

De son côté, la jeune femme ne fait pas vraiment d'effort de sociabilisation. S'il se satisfait de ce constat, il ne peut que s'interroger sur les raisons qui la poussent à agir de la sorte. Il n'arrive pas à déterminer si elle cherche à s'éloigner de toute forme de contact parce qu'elle a décidé d'opposer une farouche résistance à toute idée d'intégration, ou bien si elle a peur d'être engloutie par ce monde qu'elle a toujours diabolisé. Elle a l'air déterminé à n'établir aucun lien avec qui que ce soit et même si cette misanthropie ne va pas faciliter les choses pour lui, il doit reconnaitre qu'il préfère qu'elle ne se lie à personne.

Et jusqu'à aujourd'hui, il pensait franchement que ce jour n'arriverait pas. Par-dessus tout, c'est sans doute la dernière personne sur laquelle il aurait parié.

Il lui manque un ouvrage qu'il a procuré à l'école quelques jours auparavant, pour achever la vérification d'une recherche ponctuelle et il est dix sept heures quand il franchit les portes de la bibliothèque pour la première fois de la journée. La plupart des cours sont terminés. Nombreux sont les étudiants qui occupent les tables mises à disposition dans l'espoir vain d'achever la montagne de devoirs qu'ils ont laissés s'accumuler ces dernières semaines, avant le diner.

Il traverse la première salle de lecture et pénètre dans la deuxième aile de la bibliothèque.

C'est entre les deux dernières étagères qu'il aperçoit un tableau qu'il n'aurait jamais cru voir entre ces murs. Elle est en pleine conversation... et son visage s'anime, « s'illumine, tu peux le dire », à chaque parole. Trop en retrait pour voir les traits de son interlocuteur, agacé, il fait mine de chercher le grimoire dont il a besoin entre les rayonnages. Il est hors de question qu'il se livre à ce genre d'absurdités adolescentes ! Dès qu'il aura mis la main sur ce maudit bouquin…

Il capte des bribes de conversation. Un éclat de rire étouffé puis un chuchotement discret.

Si Dumbledore le voyait…

Il s'éloigne le temps de fouiller les étagères les plus en recul en essayant de chasser de sa tête le son du rire féminin qui l'a contrarié aussi soudainement que sûrement.

Nulle part ! Foutu grimoire ! Il se rapproche d'un mètre… les murmures redeviennent audibles mais il n'en saisit pas la teneur… ça l'irrite. D'autant que le livre semble n'être nulle part !

Il ne va quand même pas rester en retrait pour ne pas qu'elle pense qu'il l'observe, tout ça devient ridicule ! Pas après deux mois de silence complet entre eux ! Il est temps de mettre un terme à cette situation grotesque.

Il contourne l'étagère et découvre les jeunes gens en pleine conversation. S'il n'en laisse rien paraitre, son sang n'a fait qu'un tour dans ses veines. Weasley et… Potter !

Tout se passe en une fraction de seconde dans son esprit alors qu'il balaye la scène du regard. Son sourire, celui de Lily, celui du garçon qui s'efface en le voyant apparaitre, le mépris dans les yeux de James Potter et le dégout dans les yeux de Lily… dans les siens. L'espace d'un instant il ne sait pas s'il pourra parler tant la colère qui se répand sous sa peau menace de se déverser hors de ses lèvres scellées. Il revoit l'enfant qu'il était, épier les rencontres de Lily et James Potter entre les rayonnages de la bibliothèque… la symétrie avec ce qui se joue à l'instant lui donne la nausée. Au sentiment de frustration se mêle l'humiliation due à son âge… il ne le permettra pas ! Il lance un regard noir aux deux garçons et ils comprennent qu'ils sont de trop.

- Merci encore Miss Stubborn. Je crois que le Professeur Rogue a quelque chose à vous demander alors nous…, s'excuse Potter.

- Le Professeur Rogue attendra que j'aie terminé avec vous.

Pas devant eux ! Pas devant lui, pas ici…

Elle n'a même pas levé les yeux vers lui. « Elle » aurait agi avec la même froideur… Il note, avec une pointe d'aigreur, le sourire goguenard que Weasley cherche à dissimuler.

- Je souhaite que ce soit l'euphorie de votre récente réussite à l'examen de ce matin qui vous emplisse de joie Weasley, ne peut-il s'empêcher de sabrer.

La rangée de dents blanches disparait aussitôt derrière les tâches de rousseur que le rouge ne met décidément pas en valeur.

- Vous souhaitiez ? lui demande-t-elle alors en lui faisant face et il n'a pas besoin que son comportement soit plus explicite pour comprendre qu'elle tente de s'opposer à l'assaut sur les deux étudiants.

- Savoir pourquoi les ouvrages qui viennent tout juste de rentrer ne sont pas en place dans les rayons, la houspille-t-il. Je croyais que votre présence ici était due à une suractivité.

Elle ne se départit pas de son calme pour autant et continue de le regarder fixement, un lourd ouvrage serré contre sa poitrine. Un lourd grimoire à la couverture élimée, un lourd grimoire dont il reconnait le titre pour être celui qu'il cherche depuis bientôt trente minutes.

Merlin… comme si la situation n'était déjà pas si ridiculement évidente à ses yeux…

D'un geste résigné, il agrippe l'ouvrage et le tire à lui si abruptement qu'elle perd momentanément l'équilibre.

- Voilà donc la raison ! lâche-t-il de mauvaise humeur. Tâchez de faire correctement ce pour quoi vous avez été engagée plutôt que de flirter dans les rayons en promenant les documents que ceux qui travaillent réellement ont besoin d'emprunter !

- Ce livre n'est pas à l'emprunt, l'informe-t-elle en conservant un calme qui n'est qu'apparent.

Il la côtoie depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'à cet instant précis, elle bout.

- Pardon ?

Il hausse un sourcil circonspect.

- Cet ouvrage vient de rentrer, récite-t-elle. Il y a un délai de deux mois avant qu'il soit empruntable.

- Qu'est-ce que c'est que cette nouveauté ?

- Ce n'est pas une nouveauté. C'était inscrit dans le règlement de la bibliothèque bien avant mon arrivée. Mais… peut-être que ceux qui travaillent réellement ne vous en ont jamais informé.

Garce !

- J'ai moi-même procuré cet ouvrage à l'école.

- Cela ne vous octroie aucun passe-droit, conclut-elle en tendant la main pour récupérer la nouvelle acquisition du château.

Il l'évite. Lui rappeler à lui, les règles ! Devant ces deux arrogants Gryffondors de surcroit… elle ne s'en tirera pas aussi facilement.

- Si vous vouliez faire valoir une quelconque priorité sur les livres que vous fournissez à l'école à titre personnel, pourquoi ne pas les avoir conservés dans votre bibliothèque privée ?

La peste ! Elle parle fort… et lui faire remarquer que c'est parce qu'un parasite y a élu domicile les mettrait tous deux en posture délicate.

- Vous feriez bien d'observer avec plus d'attention ce qui vous entoure, susurre-t-il en s'avançant lentement vers elle.

Il voit les pupilles brunes s'agiter et avise le groupe de Serpentards installés à une table reculée, qui n'en a pas perdu une miette. Il vrille le regard cannelle et lui adresse un message dont il sait qu'elle saura l'appréhender dans son intégralité.

- Si vous n'intégrez pas rapidement que les règles du château ne vous protègeront pas, vous n'y serez pas longtemps en sécurité.

Les sourcils bruns se froncent.

- Alors gagnons du temps. Faites-moi renvoyer maintenant !

Tu aimerais trop… il esquisse un rictus moqueur et, indifférent aux deux garçons laissés pour compte, se penche si près qu'elle seule peut l'entendre.

- Bien entendu, je ne fais pas allusion à ton récent recrutement au château…

Il n'a qu'à observer ses pupilles pour savoir qu'il a réussi à faire passer son message. Son grimoire sous le bras, il adresse un regard en biais à Potter qui ne le quitte pas des yeux. Le garçon aussi a compris que son travail n'était pas l'objet visé par le péril dont il parle, même s'il n'a surement aucune idée de qui sont ses véritables ennemis.

Avant de tourner les talons, il achève :

- A l'avenir, évitez de vous donner en spectacle ! Vous vous mettez toute seule… en posture délicate.

oOoOoOo

Dans son bureau, il trépigne depuis plusieurs heures. Délibérément rentré plus tôt pour pouvoir lui tomber dessus lorsqu'elle aurait terminé sa journée, il s'impatiente. Pourquoi tarde-t-elle autant ? Si elle espère qu'il s'épuise avant son retour après s'être permise un tel scandale cet après-midi, c'est mal le connaitre.

Vingt-trois heures viennent de sonner et toujours pas le moindre bruit en provenance du couloir…

Il songe qu'elle se cache peut-être, attendant son heure. Elle ne s'est pas même présentée au dîner. Après avoir retiré une poignée de points à une bande de Poufsouffles – certainement présents dans la bibliothèque au moment des faits – qu'il a entendus le soupçonner d'avoir « trucidé la bibliothécaire » en guise de représailles, il s'est empressé de regagner les cachots aussitôt son souper terminé. Mais là encore : personne, comme le lui a assuré l'elfe qui terminait de remettre de l'ordre dans sa chambre au moment où il rentrait.

Il faut qu'il se calme, qu'il se remette au travail. Elle ne doit pas le trouver en train de faire les cents pas comme un père possessif quand elle franchira la porte. D'autant que s'il l'attend de pied ferme ce soir, c'est uniquement pour lui faire passer le goût de se donner en spectacle de nouveau. S'il n'avait aucune marge de manœuvre cet après-midi, il reste encore le maître des lieux dans ses appartements… et son Maître à elle où qu'elle soit…

Il prend place derrière son bureau et se lance dans la correction des copies de la matinée.

« Sois honnête ! Ce n'est pas tellement le fait qu'elle te tienne tête devant tes élèves qui t'a excédé… »

Ferme-la ! Ce n'est pas le moment.

« Ca ne l'est jamais… tu es tellement transparent ! Ta jalousie était comique à voir. »

Rien à voir avec de la jalousie.

« Sincèrement ? Serais-tu le seul à ne pas avoir fait le parallèle avec le cuisant échec de tes jeunes années ? »

Pour la dernière fois : elle n'est pas Lily !

« Ce n'est pas moi qu'il faut convaincre… »

Il tire un épais trait d'encre rouge en travers d'un parchemin qu'il assortir d'un énorme T.

« La voir sourire à Potter de cette façon… alors que dans ses yeux il n'y a pour toi que du dégoût. »

Sa plume flotte un instant au-dessus du papier. Une goutte pourpre s'échappe de son extrémité. Il observe quelques secondes le papier absorber dans ses veines la tache luisante… puis donne un coup sec de sa baguette sur le parchemin.

Quelle importance cela peut-il bien faire ? C'est dans l'ordre naturel des choses, non ?

« Certainement. Après tout, tu t'es comporté comme un beau salaud avec la première comme avec la seconde. »

Il rature une phrase qu'il ponctue d'une remarque acerbe en marge.

« Logique qu'elles en soient venues à te haïr. »

Oui mais Potter ! Pourquoi lui en particulier alors que le château compte plusieurs centaines d'étudiants ?

« L'histoire se répète… Trelawney appellerait ça le karma ».

Non ! Certainement pas…

« Parce qu'elle n'est pas Lily ? »

Parce que je ne le permettrai pas !

L'épaisse trainée sang qui fend de haut en bas l'essai de Ronald Weasley lui arrache un rictus de satisfaction alors qu'il repense au sourire niais du rouquin.

C'est à ce moment que la porte s'entrebâille, doucement. Si discrètement à dire vrai qu'il pourrait presque croire qu'il s'agit d'un courant d'air… s'il ne sentait pas sa présence derrière le panneau de bois. Il lui semble qu'elle met une éternité à s'ouvrir, comme si elle craignait de se faire surprendre… mais les gonds mal graissés la trahissent.

- Il est 1h30 ! lâche-t-il en gardant consciencieusement le nez dans sa pile de désastres.

- Je croyais que le couvre-feu ne concernait que les étudiants, riposte-t-elle impertinente.

La porte se referme alors sèchement et il entend ses pas traverser la pièce avec empressement. Il l'arrête alors qu'il entend la poignée de la porte de sa chambre s'abaisser.

- Où penses-tu al…

Les mots restent coincés dans sa gorge alors qu'il lève les yeux sur elle.

- Pourquoi n'as-tu que ça sur le dos ?

Il dépose sa plume et se lève lentement de son siège.

- Où sont tes vêtements ? interroge-t-il en contournant le bureau.

Elle se fige l'espace de quelques secondes et ouvre finalement la porte de sa chambre.

Pas question ! Ce serait trop facile, pas cette fois !

Elle retire vivement sa main de la poignée lorsque celle de l'homme l'enserre pour repousser rudement l'édifice de bois. Malgré un léger sursaut, elle ne se défile pas davantage. Elle ne fait pas volte-face, excédée pour lui cracher au visage qu'elle n'a pas de compte à rendre… Il est si près : il peut sentir les longs cheveux trempes humidifier peu à peu sa chemise… il est tellement proche et pourtant, elle ne fuit pas… Quelque chose ne tourne pas rond.

- Que s'est-il passé ? demande-t-il enfin.

- J'ai eu envie d'un bain de minuit, répond-t-elle avec une effronterie qui masquerait à merveille son malaise… si son corps ne percevait pas les légers tressaillements du sien.

- Et de jouer les exhibitionnistes à travers le château j'imagine.

- Le couvre feu est à 21h non ? Je n'ai croisé sur le retour, personne en âge de voir sa pudeur heurtée par cette vue renversante, trouve-t-elle intelligent d'ironiser.

Il passe outre la condescendance dans le ton de sa voix. Le fait qu'elle vienne de faire irruption dans son bureau en pleine nuit à peine vêtue d'un drap de bains y est sans doute pour quelque chose, mais il est convaincu que l'ironie dont elle charge ses propos est d'autant plus importante que la réalité de la situation est préoccupante.

- Où sont passés tes vêtements ? demande-t-il pour la deuxième fois.

Aucune réponse. Pas même un sarcasme. Sa patience malmenée durant la journée a finalement atteint ses limites.

- Regarde-moi quand je te parle !

Il agrippe fermement son bras dénudé mais d'un vif mouvement d'épaule, elle se dégage. Contre toute attente, il l'entend ricaner. Que diable s'est-il passé ?

- Vous avez un certain talent pour les prophéties auto-réalisatrices, pas vrai ?

Il ne faut pas plus de quelques secondes à son cerveau pour percer l'opacité du propos. Les éléments se remettent étonnement vite dans l'ordre. La bibliothèque, leur altercation, sa mise en garde et… la tablée des Serpentards dont la moitié a assisté aux récentes festivités organisées au Manoir Malefoy… D'un geste rude, il la retourne face à lui.

- Qu'est-il arrivé à ton visage ?

S'il n'en laisse rien paraitre, il doit avouer qu'il ne s'attendait pas réellement à ce que ses prédictions s'accomplissent aussi rapidement. Elles n'avaient en vérité pas d'autre dessein que celui de l'effrayer suffisamment de sorte qu'elle lui témoigne un respect minimal au moins en public. Seulement, bien qu'elle ait essayé de le dissimuler en rabattant une épaisse mèche de cheveux mouillés sur sa joue droite, il devine sans peine les boursoufflures qui s'étendent sur toute une moitié de son visage. Du bout des doigts, il soulève avec précaution les mèches torsadées par le poids de l'eau pour examiner l'ampleur des dégâts.

- Tu ne peux pas prétendre t'être fait ça en glissant dans un escalier, anticipe-t-il avec une grimace écœurée.

Elle écarte la main noueuse d'une claque de la sienne et plante ses prunelles dures dans le regard d'ébène.

- C'est l'atmosphère de cet endroit qui est toxique pour les gens comme moi !

- Cet endroit n'est peuplé que de gens comme toi.

Elle ouvre la bouche et il pressent à la hargne qu'il décèle dans ses pupilles qu'elle s'apprête à verser dans une surenchère d'épithètes dédaigneux visant à qualifier la gent sorcière en général et lui en particulier… pourtant, les mots semblent mourir sur sa langue et les sourcils sombres se défroncent sensiblement tandis que ses yeux perdent seconde après seconde de leur éclat meurtrier. Leur ire et toute la morgue dont ils débordent ont changé de cible…

- Alors je commence à comprendre pourquoi pas mère avait peur du monstre que j'étais en train de devenir.

- Ta mère elle-même était un être monstrueux, lâche-t-il avec un reniflement méprisant dont il sait qu'il concentrera de nouveau sur lui le brasier de ressentiments.

- Je ne veux pas entendre ça dans la bouche de celui qui s'est livré à un vil chantage pour me tenir sous son emprise.

- Et ce fut facile, l'en éloigne-t-il encore davantage en attisant sa colère.

- Vous êtes celui qui s'amuse avec moi comme un enfant cruel observe les réactions de la mouche dont il arrache les membres ! s'écrie-t-elle rageuse.

- Tu n'avais ni pattes ni ailes quand je t'ai ramassée…

Pour la seconde fois consécutive, il sent qu'elle lui glisse entre les doigts. Il pensait qu'il serait facile d'exalter sa rancœur envers lui en lui rappelant les raisons de leur cohabitation, mais… il est de nouveau en train de la perdre, elle est en train de s'enfoncer dans un ailleurs loin de la scène dont elle est pourtant la principale protagoniste.

- Pourquoi ne pas m'avoir laissée mourir dans cette ruelle ? demande-t-elle d'une voix caverneusee qui lui glace le sang.

- Tu me divertis bien davantage sur tes deux jambes, vient la réponse dans un automatisme pourtant dépourvu de sincérité.

- Hmm… je suppose que c'est à peu près tout ce dont je suis capable pour vous…

Il ne supporte pas de la voir se dévaluer de la sorte. Malgré l'ironie dont sont chargés ses propos, il sait que c'est ce qu'elle pense profondément et ça… ça lui donne l'impression d'avoir été roulé sur la marchandise. Sait-elle seulement qu'il n'y a que lorsqu'elle se met dans cet état qu'elle parvient à le mettre hors de lui véritablement ? Elle se rend pathétique. Il a envie de la gifler.

- C'est de ta faute ! cingle-t-il.

Il a beau savoir qu'elle ne sur-joue pas… Même en sachant cela, en sachant qu'à sa place, une personne normale lui aurait déjà ouvert ses bras pour qu'elle courre s'y réfugier, même en sachant qu'elle l'autorise à entrevoir ce qui l'habite de plus sombre, il ne peut s'empêcher de la détester de se montrer si faible, si vulnérable. Il la veut forte ! Elle ne peut, elle ne doit montrer ses failles à personne, pas même à lui. Surtout pas à lui ! Il n'a aucun besoin qu'elle les lui révèle pour les déceler, il les connaissait avant même de plonger dans son esprit… avant même de la rencontrer… il ne les connait que trop bien… elle n'est par certains aspects qu'un risible calque de ses propres craintes.

- Parce que je suis un monstre ? hasarde-t-elle.

Il refuse de rentrer dans son jeu d'apitoiement et de constante auto-flagellation.

- Parce qu'il ne tenait qu'à toi d'apprendre à te défendre.

- Vous n'auriez pas dû m'emmener ici, botte-t-elle en touche.

Ce n'est pas la première fois qu'il constate qu'elle n'aime pas qu'on confronte ce qu'elle croit être sa part de déterminisme à son potentiel d'autodétermination. S'enfermer dans un fourreau hideux sous couvert que la vie le lui a greffé à la peau est bien plus confortable que d'admettre qu'elle peut coexister avec ce qui la dérange et peu à peu, à force de travail, apprendre à maîtriser la bête, à accepter l'inacceptable.

- Peut-être…, concède-t-il.

Elle lève brusquement les yeux. Pour la première fois depuis qu'ils ont franchi les portes du château, le regard qu'elle pose sur lui est vide de toute forme de prisme. Il n'y lit ni reproche, ni dégoût, ni colère…

- Mais, continue-t-il d'une voix dure, tu ne peux pas continuer à blâmer ton sang pour les épreuves qui se mettent sur ta route. Il n'est pas responsable de tes malheurs. Te complaire dans le déni de qui tu es ne sera jamais la solution !

Merlin, il n'arrive pas à croire qu'il soit en train de lui tenir ce type de discours !

- C'est sans doute plus facile de te convaincre que tu es enchaînée par une forme de fatalisme du simple fait de ta naissance, que de lutter pour apprivoiser le monstre en toi. C'est un parti pris hypocrite. Hypocrite et lâche, tente-t-il de la faire réagir.

Un pas, puis un autre. Il réduit l'espace entre eux et continue de s'enfoncer profondément dans les yeux bruns. Il sait qu'elle est là, qu'elle l'écoute, qu'il a touché ce qui la déchire quand elle butte contre la porte à force de reculer sans même sourciller.

- La vérité, susurre la voix grave à peine plus élevée qu'un murmure, c'est que ce monstre ne te répugne pas autant qu'il te terrifie.

Les sourcils sombres tressaillent sensiblement. Il peut presque sentir la douleur qui émane d'elle, elle qui malgré la vaine barrière visuelle qu'elle s'efforce de mettre en place, n'est plus à cet instant précis qu'une plaie béante dans laquelle il s'est engouffré sans invitation avec la subtilité d'un troll arrosé au whiskey. Si ses lèvres ne se pincent pas, ses mâchoires se livrent un violent combat afin de maintenir le masque de presque-sérénité, dernier rempart entre lui et ce qu'elle a toujours tenté de dissimuler sous un manteau de sarcasmes.

- On arrive aisément à se persuader que ce qui nous fait peur nous écœure, s'obstine-t-il, pour trouver une autre raison, une raison valable, une raison de rejeter ce qu'on est parce qu'on est trop effrayé à l'idée de l'affronter sans avoir à s'avouer ouvertement qu'on est un pleutre.

Il est le premier étonné de la facilité avec laquelle les mots sont sortis. Peut-être parce qu'ils tournaient dans sa tête depuis plusieurs années déjà…

Il s'attendait à la bousculer, à ranimer sa fureur, à la faire réagir d'une façon ou d'une autre… mais le regard qu'elle pose sur lui est indéchiffrable. C'est celui d'un amnésique. Comme si elle regardait une tout autre personne, ou … qu'elle le voyait pour la première fois.

Le visage cireux devient livide lorsqu'il se demande si elle a deviné l'existence d'un deuxième destinataire à son sermon…

Peut-être a-t-elle arrêté de l'écouter depuis un moment et s'interroge-t-elle sur ce qui a bien pu lui passer par la tête pour en venir à lui servir un tel flot d'absurdités. Et elle n'aurait pas tort…

Elle rompt le silence qui s'est installé en accompagnant la moquerie d'un sourire en coin et il comprend qu'elle a fini par retrouver ses esprits.

- Que vous, vous livriez à ce genre de leçons de morale est assez cocasse.

Sa tentative de donner le change est maladroite mais il sait que le message a été imprimé au fer rouge…

- Qui t'a mise dans cet état ? coupe-t-il court aux débats stériles.

- …

- Si tu refuses de parler, je te laisse dans cet état.

- Ce n'est pas comme si j'avais pensé à vous demander votre aide de toute façon, fait-elle justement remarquer.

Il se retient de siffler entre ses dents.

- Sans compter que tous ceux qui ont assisté à la petite scène de cet après-midi auront tôt fait de s'imaginer que vous avez cherché à me faire payer l'affront en m'infligeant ces… horreurs, grimace-t-elle en effleurant la peau mutilée de son visage.

- Pour ceux qui sont assez stupides pour me les attribuer, ils craindront davantage ma colère. Ca m'arrange plutôt. Quant aux autres, ils savent pertinemment que les sanctions que j'inflige sont infiniment moins visibles et bien plus déplaisantes.

La façon qu'elle a de l'observer l'indispose terriblement. Elle n'a pas l'air le moins du monde de prendre au sérieux ses paroles.

Si elle devient capable d'appréhender ses traits d'humour en tant que tels, c'est qu'il s'est considérablement ramolli.

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1 Stubborn signifie obstinée, entêtée…

J'espère que cette entrée à Poudlard vous a plue. Une petit commentaire? Ca me ferait trèèèèèèèèèèèèèèèès plaisir!