Bonjour à toutes. Un gigantesque pardon pour tant de retard. Je me suis lancée dans l'écriture d'une mini fic depuis un peu plus d'un mois maintenant après avoir replongé dans les Hellsing. Je n'abandonne pas mes autres fics évidemment, mais j'ai besoin de délester mon cerveau de ce qui le travaille avant de pouvoir me remettre efficacement à l'écriture de mes autres histoires.
Pour me faire pardonner je vous poste un double chapitre ce coup-ci. ^^ J'espère qu'il vous plaira et vous incitera un peu à me pardonner.
RAR :
Maya : Je suis ravie que la suite te plaise toujours malgré le changement de décors. Je pense que c'est un peu un mix des deux concernant ses sentiments. Si tu es en mal de sentiments de mal-être exacerbés, ce chapitre-ci devrait te satisfaire. Du moins je l'espère. En fait, j'ai placé Harry pour lui faire péter un câble de manière plus ou moins justifiée mais tu auras l'occasion de constater qu'il ne sera pas son interlocuteur privilégié. ^^ Concernant les histoires à la demande, je pense que si l'abstract me motive et surtout m'inspire, il y a moyen de moyenner comme dirait l'autre. J Fais –moi part de tes idées. Pleins de bisous ma belle. A très vite.
Lucky : un tantinet sadique non ? Pauvre petite fille innocente ! J'aime bien le concept de « qu'il en profite ! » Ca me rappelle ma première fic !
Zign : Merci beaucoup à toi. Je suis très contente que ma fic continue d'obtenir tes suffrages et j'ai hâte de les obtenir encore. ;)
Chouploum : Il n'y a rien d'égoïste à ce que tu viens de dire et au contraire, ton compliment fait partie des plus beaux compliments qu'on puisse faire à un petit auteur comme moi. En revanche, méfie-toi si tu vas faire un tour du côté de mes autres fics, en tout cas les Potteriennes. Il faut savoir que les trois autres font partie de la même « saga » et qu'à ce titre, la première partie (surtout) est assez nyanyan en ce sens que je l'ai écrite il y a presque 10 ans maintenant ! Je pense essayer de lui donner un coup de chiffon parce que la dernière partie me semble prometteuse mais pour la suivre correctement, les lecteurs ont besoin des deux premières ! ^^ J'espère en tout cas que la suite te plaira et que tu m'en donneras des nouvelles ! ;)
Calimanga : euh… un mois après, tu considères que c'est rapide toi ? Dis oui dis oui dis oui !
Magy : Je suis vraiment contente que la suite t'ait plue. Je ne pense pas qu'on ait vraiment touché à autre chose que son visage. Les douches n'étant pas mixtes, on peut supposer que les seules à l'avoir esquintée sont les filles. Mais sait-on jamais… si tu veux du sport avec eux tu seras sans doute servie dans les évènements à venir. Tu te doutes bien que je ne vais pas la laisser s'en tirer aussi facilement juste parce qu'il y a Dumbledore sous le même toit, si ?
Chapitre 33 : le goût de la résignation
Elle n'a toujours pas manifesté de volonté d'entamer un apprentissage des matières les plus élémentaires de survie. Malgré la réalité des risques qu'elle encourt, il n'a de toute évidence pas réussi à lui faire comprendre qu'apprendre la magie, – à tout le moins défensive – est la seule option qui lui permettra de vivre sereinement entre ces murs.
Quand elle est entrée dans son bureau cette nuit-là, il a pensé qu'elle était déterminée à encaisser en silence. Lorsqu'il s'est heurté à son mutisme au moment où il a cherché à connaître l'identité de ses agresseurs, il a cru un instant qu'elle cherchait à la préserver. Pas pour les protéger, mais pour être certaine qu'ils puissent recommencer… oui, il a cru qu'elle était décidée à faire taire le monstre en elle, quitte à ce qu'un jour, ça lui coûte la vie…
Et puis, il y a deux jours, il l'a vue. A la recherche d'un élève déserteur qui ne s'était pas présenté à la retenue qu'il lui avait donnée – il faudrait songer à ajouter l'inconscience parmi les caractéristiques des Gryffondor au couplet qui leur est réservé dans la chanson du choixpeau – il avait déjà arpenté les deux tiers du château. Il terminait d'examiner la dernière salle de lecture de la bibliothèque en se disant que l'insensé s'était probablement terré dans sa tour afin d'éviter toute rencontre malheureuse, quand il l'a surprise. Le bras levé, une pile d'ouvrages contre son sein et un livre qu'elle s'apprêtait à remettre en rayon dans une main, elle s'était légèrement penchée au-dessus de l'épaule d'un étudiant de première année. Manifestement occupé à terminer ses devoirs à l'aide d'un manuel, le cornichon n'avait de toute évidence pas conscience de sa présence dans son dos. Lui, en a momentanément oublié le fuyard qui fait honte à sa maison. L'occasion était trop belle.
- Comme il est plaisant de constater que le choixpeau ne s'est pas trompé en vous envoyant à Serdaigle Emery.
Instantanément, les deux paires d'yeux se sont braquées sur lui, tout aussi nerveuses l'une que l'autre, mais les siens sont restés figés sur le jeune garçon dont les joues s'étaient empourprées dès qu'il avait identifié l'enseignant dont provenait la remarque. Les lèvres bêtement entrouvertes, il avait l'air de celui qui a rencontré le croquemitaine.
- J'ose espérer que vous mettrez la même ardeur dans la préparation de votre devoir de Défense contre les Forces du mal...
- Je… c'est celui que je suis en train de faire, Professeur.
En une seconde, son regard s'est arrimé à celui de la jeune femme.
Intéressant !
Il a senti l'embarras la gagner au moment-même où il a réussi à faire dire à celui qui a sûrement été envoyé par erreur chez les bleus et argent, le nom de la discipline qu'il était en train d'étudier. Elle a détourné vivement le regard et s'est remise à la tache. Après lui avoir lancé une œillade appuyée dont il savait qu'elle ne ferait que renforcer son malaise, il a quitté la bibliothèque en laissant le garçon qu'il avait interrompu en plein travail dans l'expectative.
Ainsi donc, son entêtement pourrait bien être en train de faiblir. Il ne s'était jamais véritablement posé la question de ce qui la retenait de plus en plus tard sur son lieu de travail. Mrs Pince étant elle-même une acharnée, – et c'est bien la seule qualité de la vieille femme qui trouve grâce à ses yeux – il avait tout naturellement pensé qu'elle n'avait pas terminé de remplir ses obligations. Mais il s'est montré plus attentif les jours suivants et chaque soir avant qu'elle ne regagne leurs appartements, il est passé par la bibliothèque désertée par les élèves… et il l'a vue. Tantôt adossée à une étagère, tantôt assise à même le sol, feuilleter avec une curiosité proche de l'avidité, parfois des manuels, d'autres fois des grimoires moins abordables encore loin de sa portée. Chaque fois, elle prend garde à se retrouver seule, sursaute au moindre bruit suspect… elle tient évidemment à garder la chose secrète. Peu de personnes savent qu'elle ne pratique pas la magie et parmi celles qui le savent, il en est une en particulier à qui elle tient assurément à cacher son intérêt…
Il sait que lui mettre le nez dans l'incohérence de son comportement ne ferait que la pousser dans ses retranchements. Alors il n'a pas d'autre choix que de se montrer digne représentant de la maison qu'il dirige en balisant son parcours à son insu.
Sa vivacité d'esprit n'a plus à être démontrée et il la sait sur la défensive. Il attend donc que quelques jours se soient écoulés avant d'agir. Les soirs qui ont suivi, il s'est souvent invité, en sa présence, dans sa chambre de fortune afin de consulter ou d'emmener un ouvrage de sa bibliothèque privée. Mais il attendra le week-end suivant pour omettre, après une longue consultation sur place, de replacer le charme visant à préserver de son accès les précieux livres. Comme tous les soirs, elle a suivi le moindre de ses gestes dès son entrée dans la petite pièce, comme chaque soir, elle est restée silencieuse… même au moment de son départ. C'est à cet instant précis qu'il a su qu'elle avait mordu à l'hameçon sans même nourrir le moindre doute concernant la manœuvre. Une fois la porte refermée derrière lui, il entend le lit grincer et sait qu'elle s'est levée pour s'approcher de la bibliothèque. Il n'a pas besoin de vérifier en l'épiant par la serrure, il sait que sa curiosité l'y aura poussée.
oOoOoOo
- Je ne pense pas que ce soit humainement réalisable, entend-t-il pleurnicher le dernier des Weasley mâles.
- Je ne crois pas que vous vous soyez donné tous les moyens pour y parvenir jusqu'à présent.
Merlin ! Même lorsqu'il ne cherche pas à surveiller ses faits et gestes, il faut que ce soit elle qui lui impose sa présence.
- Vous dites ça mais vous n'avez aucune idée de ce que représente jouer un match de Quidditch à un poste aussi important !
- D'autant que je n'ai aucune idée non plus de ce qu'est le Quidditch…
- Tous ces gens qui ont leur regard braqué sur vous, qui attendent de vous que vous soyez un mur infranchissable qui ne laisse pas passer la moindre balle.
Prisonnier de la panique qui l'envahit, Weasley n'écoute même plus les commentaires cyniques de son interlocurtrice.
- Vous savez, je ne comprends pas bien pourquoi vous ressentez le besoin d'épancher vos craintes auprès de moi.
Au silence qui suit la remarque cinglante, il comprend que lui non plus.
- Ah… euh…
Pour la première fois depuis le début de cette interminable conversation qui l'empêche de mener ses recherches à sa guise, le rouquin semble prendre conscience du caractère déplacé de sa démarche.
- Je… je ne voulais pas vous ennuyer avec mes histoires, murmure-t-il penaud.
Il peut aisément devenir le rouge épais qui recouvre sur ses tâches de rousseur.
- Vous ne m'ennuyez pas, cherche-t-elle à le rassurer. Simplement, je pensais que si vous aviez des appréhensions à apaiser, vous chercheriez plutôt les encouragements du côté de votre capitaine d'équipe.
Quelle mouche est venue piquer Ronald Weasley ? A quel moment son cerveau d'une mollesse extrême a pu ne serait-ce qu'une seconde, envisager que déverser ses états d'âme auprès de la bibliothécaire était une bonne idée ?
- C'est que… Harry est lui-même assez occupé vous savez… il est assez angoissé ces derniers temps.
Pauvre petit Potter entraîné dans la tourmente de ses jeunes années et de sa célébrité malgré lui…
- Vous m'en avez déjà parlé.
…
Pardon ?
- Si je peux faire quelque chose pour vous aider…
Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ? Depuis quand Potter et Weasley organisent-ils avec elle des salons de discussion de cet ordre ? Si ces crétins boutonneux lui ont révélé quoi que ce soit de capital…
- C'est gentil mais ça ira. C'est juste que…
Il décèle sans peine l'embarras dans sa voix.
- J'apprécie beaucoup nos conversations. C'est bizarre je sais. J'adore mes amis. Harry est un réel soutien et on partage tout. Quant à Hermione c'est… Hermione.
Une vague nausée lui soulève le coeur quand tout ce miel se déverse sur le prénom de Granger. Au moins, réalise-t-il, il n'a rien à craindre de lui de ce côté-là.
- Je ne sais pas comment vous dire mais, vous ne me parlez pas comme les autres. Ca va peut-être vous étonner mais, la plupart du temps, soit on s'adresse à moi comme à un demeuré…
Pas le moins du monde !
- … soit on me couve. On s'attend peut-être à ce que je ne sache pas faire face à certaines choses. Vous ne faites ni l'un ni l'autre. Depuis que je discute avec vous, vous ne m'avez jamais ménagé.
Il ne réalise pas qu'elle ne saurait pas le faire même si elle le voulait. La vie ne l'a pas épargnée. Elle ne sait pas ce qu'est mettre des gants.
- Vos propos sont durs mais d'une justesse… ça me fait du bien. Je vois toujours les choses sous un autre angle après une conversation avec vous, comme si votre point de vue m'ouvrait de nouvelles perspectives.
…
- Hermione me reproche souvent de ne pas réfléchir suffisamment.
Encore un scoop !
- Pourtant, je ne me sens jamais stupide en votre compagnie. J'ai toujours la sensation que ce que j'ai à dire a un réel intérêt.
S'il était la jeune femme, il ne serait pas certain de devoir le prendre comme un compliment. Il a toujours su que Weasley était en quelques sortes la cinquième roue du carrosse et pour dire la vérité, non seulement il a toujours pensé que sa seule qualité intellectuelle se limitait aux échecs, mais en plus il n'en a jamais rien eu à faire. Entendre le garçon parler de cette manière pourrait le surprendre s'il n'était pas obnubilé par cette pensée monomaniaque : ils échangent régulièrement.
Les secondes s'étirent sans que ni l'un ni l'autre ne prononce un mot. Il devine la gêne du jeune homme lorsqu'il reprend la parole.
- Au fait, j'espère que vous n'avez pas eu d'ennuis après… après que vous ayez pris notre défense à Harry et moi l'autre jour.
- Comment ça ?
Est-elle stupide ? Même lui a saisi l'allusion.
- Eh bien, quand le professeur Rogue…
- Je ne prenais pas spécialement votre défense, répond-t-elle de mauvaise foi. Je procédais simplement à un rappel du règlement.
- … si vous le dites… Mais quand même, c'était le Professeur Rogue !
- Et ?
- On voit que vous êtes nouvelle ! Tout le monde le craint ici.
- Vous n'avez jamais réfléchi quant au fait que c'est précisément cette crainte que vous nourrissez à son égard qui renforce ce pouvoir qu'il a sur vous ?
- Vous parlez comme ça parce que vous n'avez jamais eu à faire à lui.
- Pourtant si ! ne peut-elle s'empêcher de répondre avec une amertume qu'elle a du mal à dissimuler.
- Alors vous avez sûrement bénéficié d'un traitement de faveur de sa part…
Il devine ce qu'il lui en coûte de ne pas nier ses propos d'une naïveté qui l'irrite certainement.
- Peut-être parce que vous le connaissiez avant d'arriver à Poudlard, hasarde-t-il. La rumeur court que vous travailliez pour lui avant d'être engagée ici.
La nouvelle a rapidement fait son chemin si même Gryffondor la colporte. Le silence s'égrène lentement sans qu'elle daigne rebondir sur les derniers propos de Weasley. Ce n'est pas comme si elle pouvait nier purement et simplement. Tôt ou tard, tout le monde finira par être au courant.
- Désolé, ça ne me concerne pas après tout. Je… je dois y aller.
Elle ne répond pas. Il voit bien que le garçon attend qu'elle lui donne la répliquer pour partir mais elle ne répond pas.
- Oubliez tout ce que je vous ai dit. Je ne voulais pas vous embarrasser.
- Vous ne m'avez pas embarrassée, refait-elle surface. C'est simplement que… au même titre que c'est nouveau pour vous qu'on vous prenne au sérieux, c'est assez inédit pour moi qu'on accorde autant de considération à ce que je pourrais avoir à dire.
…
Idiote !
- C'est même assez surréaliste que quelqu'un recherche ma présence et ma conversation à vrai dire.
L'aptitude de cette fille à le mettre hors de lui l'étonne chaque jour un peu plus. Depuis qu'il a découvert qu'elle s'intéresse secrètement à ce nouvel environnement, il a pris le parti de la laisser seule le plus souvent possible afin que la crainte d'une rencontre fortuite ne bride pas ses aspirations naissantes. Mais quelle chance avait-il d'intercepter une conversation entre ces deux-là ? Un dimanche matin de surcroit ? Si l'on excepte le fait qu'elle ne travaille pas le week-end (son intuition de lui faire intégrer cet endroit était finalement la bonne), surprendre Weasley dans un lieu d'érudition est encore plus étonnant. D'autant plus étonnant qu'aujourd'hui est jour de match !
Un instant il se demande s'il doit quitter la réserve et se montrer afin de les dissuader de se voir en catimini. Tout compte fait, il juge préférable de ne pas se faire remarquer. Nul doute qu'elle refuserait de lui faire part de ce qu'ils se sont dits s'il la confrontait directement. Leur laisser la liberté de se revoir sans craindre de représailles est sans doute la seule opportunité qu'il ait de découvrir un jour ce dont ils se sont mutuellement informés. Et puis… même s'il s'agit de Weasley, qu'elle tisse des liens avec un sorcier n'est peut-être pas une si mauvaise chose. Sa curiosité pour le monde auquel elle appartient s'en trouvera certainement renforcée.
- Vous… , reprend le rouquin apparemment nerveux. Je ne pense pas que ce que vous dites puisse être vrai. Attention ! se reprend-t-il brusquement et il imagine le regard furieux que doit lui renvoyer son homologue. Je ne prétends pas que vous mentez mais… je ne crois pas que votre façon de voir les choses… disons qu'elle surement assez éloignée de la réalité.
Peut-être que sortie de son terrier, la belette n'est pas complètement aveugle finalement.
- J'y vais ! Si je n'arrive pas à temps, l'équipe sera déclarée forfait.
- Vous n'aurez plus d'occasion de vous inquiéter, relève-t-elle piquante.
Un rire imbécile échappe au garçon.
- A l'occasion venez assister à un match de Quidditch ! Si je n'y prends pas part, je vous expliquerai les règles pour que vous puissiez suivre ce qui se passe sur le terrain.
Crétin ! Comme s'il allait la laisser se mêler aux gradins des supporters de Gryffondor ! Surtout pour un match qui aurait deux chances sur trois de voir Serpentard en lice.
Une fois qu'il entend la double porte se refermer, il se replonge dans son travail jusqu'à ce que les cris en provenance du terrain de Quidditch rende toute concentration impossible. Il rassemble ses notes, remet à leur place les grimoires qu'il a utilisés et décide de partir s'isoler là où les salves de hurlements hystériques des supporters en manque de sensation forte ne le dérangeront pas. Tandis qu'il évolue à grandes enjambées dans les geôles, un sourire narquois étire ses lèvres. Il suffirait de proposer à un ou deux d'entre eux de l'accompagner lors de son prochain entretien avec le Seigneur des Ténèbres pour qu'ils soient comblés. Il profite du calme qui règne dans les cachots pour y corriger les quelques copies qu'il doit rendre le lendemain aux troisième année. Absorbé par la tâche, il ne voit pas le temps passer si bien que lorsqu'il lève enfin le nez vers l'horloge murale au fond de la salle de classe, il réalise qu'il a raté le déjeuner. Ils doivent entamer le dessert et il n'a pas franchement envie de se joindre à la foule en délire saluant les grands vainqueurs du dernier match. Surtout s'il s'agit des rouge et or. Il prend le temps de convoquer un elfe de maison afin que lui soit apporté de quoi se restaurer dans ses appartements avant de terminer la dernière copie de la pile. Cette promotion est une calamité !
Alors qu'il reprend la route en direction de ses quartiers privés, il ne peut que noter que l'hiver est en avance cette année. Il savait bien qu'il ne devait pas laisser son cerveau trop libre de toute occupation trop longtemps. Le rassemblement qui doit avoir lieu ce soir s'impose à nouveau à son esprit. Le Lord noir est particulièrement mécontent depuis quelques temps et il n'a pas besoin de réfléchir longuement pour en deviner la cause. La succession d'échecs qui a frappé les dernières missions confiées par le Seigneur des Ténèbres n'y est sûrement pas étrangère. Tous ces fiascos sont signés de son nom. Dire qu'il appréhende la rencontre est un euphémisme. Pour dire la vérité, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi nerveux. Un frisson d'anticipation parcourt son échine. L'air givré qui s'échappe de sa bouche à chaque expiration lui gerce les lèvres. Pas qu'il soit particulièrement sensible au froid mais…
Il pousse la porte de ses appartements.
… d'autres le sont apparemment.
Durant quelques secondes, les prunelles ambrées le fixent farouchement. Emmitouflée dans son épaisse cape de voyage, elle se tient accroupie au coin de la cheminée dans laquelle crépite un feu réconfortant. Elle se raidit dès qu'elle l'aperçoit. Elle a le regard de l'enfant prise en faute. Presque aussitôt, elle se redresse et prend le chemin de sa chambre.
- Je sais que je n'ai pas à etre ici, épargnez votre salive !
- Reste là ! élève-t-il la voix pour couvrir la sienne alors qu'il referme la porte dans son dos.
Elle se fige sans se retourner. Elle attend la remontrance. Alors qu'il traverse la pièce pour venir se délester sur son bureau des copies et notes qui encombrent ses bras, un POP retentissant attire son attention.
L'elfe a fait vite. Elle dépose sur la table basse le plateau d'argent sur lequel s'amoncèlent quelques sandwiches aux côtés d'une théière et d'une tasse assortie. Balayant du regard la pièce silencieuse, la petite créature semble soudainement horrifiée.
- Que le Professeur Rogue pardonne Roody Monsieur, couine-t-elle en courbant le dos à tel point que son long nez touche presque le sol. Elle n'avait pas vu que le Professeur Rogue était accompagné. Le professeur Rogue désire-t-il que Roody apporte une deuxième tasse pour la demoiselle ?
- Non, répond-t-elle à sa place.
- Oui ! impose-t-il et il peut sentir le regard flamboyant brûler sa nuque.
Alors que l'elfe disparait, il prend place dans le grand fauteuil qui fait face à la cheminée et sans un mot, pointe sa baguette magique sur son siège de bureau qui traverse aussitôt la pièce pour se positionner devant l'âtre. L'invitation a beau être plus qu'explicite, elle ne bouge toujours pas.
- Je n'ai pas le souvenir d'avoir fait le moindre commentaire concernant le fait que tu prenais tes aises chez moi, lance-t-il ses yeux rivés sur les flammes.
- Ce n'est pas chez vous, déclare-t-elle froidement dans son dos.
Un rictus amusé étire le coin de ses lèvres. L'elfe est de retour. Après avoir déposé la tasse manquante sur le plateau aux côtés de sa jumelle, elle effectue une ultime courbette et disparait tout aussi rapidement qu'elle a fait son apparition.
- Ton potentiel d'argumentation s'est bien appauvri, raille-t-il.
- Je manque de pratique ces temps-ci.
- Assieds-toi ! lui ordonne-t-il.
Il sent qu'elle hésite quelques secondes, puis les bruits de pas l'informent qu'elle obéit enfin. Alors qu'elle prend place sur le siège qu'il a déplacé exprès pour elle, elle lui adresse une œillade interrogatrice.
- Je croyais que vous ne vouliez pas de moi dans la pièce principale.
Sans se donner la peine de répondre, il saisit une tasse qu'il porte à ses lèvres et lui désigne la seconde d'un mouvement de tête. Les yeux bruns oscillent de l'homme qui lui fait face à la tasse fumante avec suspicion. Doucement, elle se baisse pour glisser deux doigts à travers l'anse de porcelaine. Distraitement, il observe les deux mains bleuâtres se réchauffer sur la faïence. Lentement, il lève les yeux sur son visage jusqu'à ce qu'ils croisent les siens.
- Etonnant que tu sois devenue si peu résistante au froid après avoir vécu tant d'années dans la rue.
Les pupilles féminines se sont sensiblement durcies. Elles semblent le remercier de ne jamais manquer une occasion de lui rappeler d'où elle vient et combien elle lui doit… Ce n'était pourtant pas le but de la remarque.
- Sans doute me suis-je faite un peu vite au confort de mon nouveau train de vie princier, ironise-t-elle.
Il ne relève pas l'ironie du propos.
- Je demanderai à Zini de t'apporter des vêtements de saison.
Il voit dans son regard qu'elle ne comprend pas son comportement. Est-il si difficile pour elle de concevoir qu'il ne soit pas constamment dans la moquerie ?
- Je touche un salaire… ici ! le renseigne-t-elle.
Apparemment oui.
- Tu ne t'ennuies pas à ne rien faire durant des journées entières ? la provoque-t-il en prenant un sandwich du plateau.
Les sourcils bruns se froncent. Elle semble réfléchir à sa réponse. Elle ne peut pas être certaine qu'il sait à quoi elle les occupe. Elle ne peut pas prendre le risque d'une attaque en ce sens. Alors qu'il mord dans son sandwich, il entend un gargouillement peu élégant à sa droite. Lentement, il détourne les yeux vers elle. Elle fixe résolument ses genoux, une légère rougeur rehaussant ses pommettes. Il en avait presque oublié l'heure. Si elle était déjà là quand il est arrivé, il ne fait aucun doute qu'elle aussi a raté le déjeuner.
- A quoi tu joues ? interroge-t-il en lui tendant le plateau. Tu entames une grève de la faim en guise de protestation ?
Pour toute réponse, elle continue de l'observer en plissant les yeux.
- Et vous, à quoi jouez-vous ? lance-t-elle en s'emparant prudemment d'un sandwich.
Un rictus moqueur tort sa lèvre inférieure. Est-elle réellement troublée à ce point par son comportement ?
- Depuis quand prenons-nous les repas ensemble ?
- Rassure-toi, c'est tout à fait exceptionnel. Il m'arrive parfois d'être bon et magnanime, ironise-t-il.
Elle ne cherche pas à retenir le pouffement sarcastique qui franchit sa bouche.
- Y a-t-il eu d'autres tentatives d'intimidations ? lance-t-il sans préavis en avalant une gorgée de thé brûlant.
Les yeux bruns vrillent les siens.
- J'ai vraiment failli croire à un écart de bonté de votre part, raille-t-elle.
Malgré l'air détaché qu'elle s'efforce d'adopter, il ne peut que noter l'amertume dans sa voix. Il en est le premier surpris.
- C'est la raison de ce guet-apens ? Un interrogatoire pour lequel vous espérez me soudoyer à coup de thé à la menthe et de sandwiches ?
- Réponds à la question ! Je dois savoir.
- Vos charmants bambins m'adorent, grimace-t-elle. Ils multiplient les attentions à mon égard.
Il repose sa tasse d'un geste sec, se lève et entame une marche lente derrière le fauteuil dans lequel est enfoncée la jeune femme, irrité. Si son visage reste impassible, cette obstination de longue haleine commence à sérieusement le fatiguer. Si elle ne daigne pas s'ouvrir davantage, il ne voit pas comment il pourrait un jour parvenir à lui enseigner les rudiments de magie nécessaires à sa propre protection.
- Je suis sérieux, siffle-t-il si bas qu'il perçoit le tressaillement qui secoue ses épaules.
- Moi aussi, lui tient-elle tête.
Elle dévisage l'homme qui vient de s'adosser sur le bureau situé à deux pas.
- Je ne vois pas ce que ça peut vous faire ! clame-t-elle haut et fort. Ne faites pas comme si ça vous intéressait alors que vous ne m'avez quasiment pas adressé la parole en presque deux mois !
…
Bras croisés sur sa poitrine, il hausse un sourcil perplexe. Serait-ce un reproche ? Sourcils froncés à l'extrême, elle l'avadakedavrise du regard. Ses mains tremblent autour de la tasse qu'elle agrippe fermement. Il ne serait pas étonné de la voir exploser entre ses doigts.
- Dois-je te rappeler que tout ce qui se trouve sur ce fauteuil est à moi ? marmonne-t-il. Je m'y intéresse quand bon me semble et ne tolèrerai de personne qu'on altère la substance de ce qui m'appartient !
C'est à son tour de déposer rudement la tasse. Le claquement sonore de la porcelaine sur le bois résonne dans toute la pièce. Quelques gouttes de thé se renversent sur le meuble. Tâches qu'il fait disparaitre d'un geste distrait de baguette tandis qu'elle se redresse, furibonde.
- Ce n'est pas tant le fait qu'on dégrade votre joujou que le fait qu'on en exploite des utilités que vous-même n'avez encore jamais exploitées qui vous ennuie !
Le regard qu'il pose sur elle la pétrifie un instant. Elle sent le danger. Il en est persuadé. Elle a pu penser qu'entre ces murs elle serait hors de portée. Il lui faudra prendre conscience rapidement qu'ici ou Spinner's End ne sont rien d'autre que ses propres terrains de jeu. La mâchoire de la jeune femme tremble légèrement et ses sourcils se froncent davantage encore alors qu'elle déglutit.
- Vous pensez que je ne sais pas ? Que je n'ai pas compris ?
Il hausse un sourcil interrogateur. Où veut-elle en venir ?
- Qu'est-ce que vous croyez ? Que je doute encore du sens à donner à votre comportement le soir du bal ?
Il serait curieux de le connaître.
- Vous voulez être le premier à m'utiliser, rien de plus.
Jusque là…
- Si j'avais été naïve, j'aurais pu… Qu'importe !
Que cherche-t-elle à lui dire ?
…
Elle ne peut quand même pas être en train de sous-entendre que…
- Je sais parfaitement que dès que vous aurez pris ce que vous voulez, dès que j'aurais cessé de vous divertir en d'autres termes, vous vous débarrasserez de moi.
C'est en effet ce à quoi il pensait le jour où il l'a ramassée : se divertir.
- Alors abrégeons le supplice ! Vous voulez toutes mes premières fois ?
Elle avance à pas lents pour finalement se planter devant lui.
- Vous n'avez même pas conscience d'en avoir eu un paquet. Mes premières larmes en public, mes premières humiliations…
Elle arrache littéralement les premiers boutons de son corsage, ses yeux rutilants enfoncés dans les prunelles noires.
- Si c'est celle-là que vous voulez absolument avoir, il n'est pas nécessaire de soudainement vous forcer en amabilités : je vous la donne.
Son chemisier à présent ouvert laisse entrevoir un fin liseré noir qui cache temporairement sa poitrine. Alors qu'elle commence à glisser les doigts dans les passants de sa jupe, sa voix se fait basse.
- Allez-y ! Je ne m'enfuirai pas. Je ne résisterai pas. Je pourrais même faire semblant d'aimer ça, lâche-t-elle en s'emparant de sa main qu'elle presse contre son sein gauche.
Il se dégage avec une vivacité qui semble la déstabiliser un instant.
- Vous préférez peut-être le prendre par la force… à moins que je ne vous dégoûte… Ma peau n'est sans doute pas aussi douce et mes yeux pas aussi beaux que ceux de Miss Godway. Il faut me comprendre ; ces dernières années j'ai rarement eu l'occasion de prendre soin de mon corps.
- Tu es grostesque ! crache-t-il en s'évinçant.
Elle le rattrape et l'emprisonne contre le bureau. Par Merlin, d'où lui vient une telle audace ?
- Pas plus que votre comportement. Je me suis récemment demandé si cette attente interminable que vous m'imposiez était le fruit de votre esprit pervers. Si vous cherchiez à me rendre folle en me maintenant dans une situation précaire où je serais constamment en train de me demander ce qui va m'arriver et à quel moment. Que vous poussiez le vice au point d'être encore en train de jouer avec moi ou que je vous répugne, faites-vous violence ! Qu'on en finisse ! … Je n'ai pas ma place ici.
- Ta place est là où je l'ai décidé.
- Ma présence ici n'a aucun sens et vous le savez !
Les paroles lui ont échappé comme une supplique. Bien que basse, sa voix raisonne comme un hurlement. Les pupilles brunes ont beau être sèches, tout en elle pleure.
Il observe cette femme qui lui tient tête, le menton dressé, le regard provocant, tellement résignée qu'elle ne réalise pas la gravité du défi qu'elle lui propose. Tellement sûre d'elle qu'elle ne voit pas où sa perte de sang-froid pourrait l'entrainer… Tellement détruite qu'elle sacrifierait son honneur à sa liberté. Malgré la lueur qui brille au fond des iris cannelle, ce qu'il voit en elle n'est que lassitude et résignation…
Est-il responsable de tout ça ?
Il se sent soudainement monstrueux… Réellement ! Comme il ne l'avait pas ressenti depuis bien longtemps.
« Depuis Lily. »
Ce n'est vraiment pas le moment.
- Quoi, vous ne voulez vraiment pas ? Même pas en fermant les yeux ?
Les yeux noirs se plissent. Ce qui s'agite avec ferveur au fond de sa poitrine rend le spectacle insupportable. Il faut qu'elle mette un terme à tout ça maintenant.
« C'est sans doute ce qu'elle-même a dû penser quelques douzaines de fois depuis que tu la retiens prisonnière d'une dette inextinguible… »
- Vous préférez faire durer le plaisir ? susurre-t-elle en se penchant légèrement en avant dans une posture tentatrice. Très bien.
Elle fait brusquement volte-face et se dirige à grandes enjambées vers la porte.
- Je m'en vais donc trouver quelqu'un qui sera moins regardant que vous ne l'êtes. Je suis certaine que le vieux Rusard n'a pas touché une femme depuis des lustres.
Devant elle, le loquet se verrouille avant que sa main n'atteigne la poignée.
- Pourquoi ? interroge-t-elle en inclinant le visage sur le côté. C'est pourtant ma seule issue non ? Une fois que ce sera fait, je ne présenterai plus le moindre intérêt pour vous.
Est-ce qu'elle est sérieuse ? Peut-elle un seul instant croire à ce qu'elle dit ? Ne voit-elle pas les incohérences de son raisonnement ?
« Lui as-tu déjà donné matière à les déceler ? »
Elle semble déterminée. Elle est à deux doigts de lui glisser entre les doigts, il le sent. Il voit clair en elle malgré sa contenance et… il voit clairement qu'elle est désespérée. Une légère angoisse remonte le long de son estomac lorsqu'il réalise qu'il n'aura pas éternellement la possibilité de contrôler ses faits et gestes et qu'à la moindre faille…
- Vous ne serez pas en mesure de m'enfermer indéfiniment, lance-t-elle à son encontre.
L'anguille a bien su s'engouffrer dans la brèche. Il avance de quelques pas et très calmement vient se positionner à quelques centimètres d'elle de sorte qu'elle est obligée de lever les yeux pour croiser son regard. C'est avec une maîtrise à glacer le sang qu'il enfonce les lames d'onyx dans les jeunes prunelles et murmure :
- Fais-le… et je te tue.
La voix est à peine plus élevée qu'un murmure et durant quelques secondes, il voit la panique emplir les yeux de la jeune femme. Elle sait qu'il ne plaisante pas.
Malgré tout…
- Alors gagnons du temps ! Amenez-moi chez vos amis les Malefoys !
Le malaise en lui s'épaissit. La provocation aurait presque pu l'exciter, en d'autres temps, avant qu'il n'apprenne à la connaître… mais aujourd'hui, elle lui laisse un goût de sang dans la bouche.
- Nous avons un compte à régler tous les trois. Je suis certaine qu'ils se feront une joie d'exaucer nos vœux à tous deux… et j'en aurai enfin fini avec cette vie.
Malgré ses traits comme figés dans le marbre, il sent la douleur qui émane d'elle comme si elle suintait par tous les pores de sa peau.
- Que tu crois, s'entend-t-il lui répondre sans que sa morgue n'ait pris le temps de consulter son cerveau.
Il avance encore d'un pas. Elle ne recule pas. Leurs visages ne sont plus qu'à une poignée de centimètres alors que sa bouche se fend d'un sourire ironique qui lui laisse pourtant un poids désagréable sur l'estomac.
- Tu ne l'as peut-être pas encore compris mais cette famille est vraiment très intéressée par toi. Ils te prendront sans aucun égard. Une fois. Deux fois. Trois fois. Jusqu'à ce qu'ils soient lassés de toi. Peut-être à ce moment qu'ils te mutileront afin de faire de toi une servante adéquate.
Ses propres paroles alimentent son ire. L'absence totale de réaction de cette femme lui est intolérable. Elle devrait être terrifiée, le supplier de lui pardonner sa folie…
- S'ils n'estiment pas nécessaire que tu la conserves pour les satisfaire, ils couperont certainement cette langue que tu acères depuis des années. Occasionnellement, tu leur serviras encore. S'ils s'ennuient. S'ils n'en ont pas une plus fraîche à se mettre sous la dent.
Mais elle n'en fait rien. Elle ne cille pas. Les iris éteints ont déjà accepté ce qui l'attend. Et ça…
- Eventuellement, ils te jetteront en pâture à leurs sous-fifres, continue-t-il avec une rage glacée. Mais ne t'y trompe pas, ils ne seront pas assez conciliants pour t'accorder une mort rapide.
Ça, il ne peut pas le permettre.
- Ils te préfèreront agonisante et suppliante que morte.
- Hmm…
Un léger sourire relève le coin des lèvres pâles. Ce n'est pas qu'elle ne le prend pas au sérieux, c'est qu'elle ne se préoccupe pas des conséquences.
Il ne peut pas l'accepter.
Les mains noueuses s'arriment aux épaules dénudées et les plaquent rudement contre le panneau de bois. Frustré par son impuissance à dénouer la situation, à lui faire entendre raison, son self-control commence à lui faire défaut.
Il ne peut pas l'accepter.
Les yeux bruns se ferment un instant avant de s'ouvrir de nouveau sur lui.
Il ne peut pas parce que… à lui aussi…
- La perspective semble ne pas te déplaire, lâche-t-il avec un rictus empli de dégout.
A lui aussi, étrangement… ça lui fait mal.
- Encore une fois, la fuite ! Devenir la chose des Malefoys serait la solution de facilité pour t'extraire d'une condition difficile… Tel père…
Les sourcils bruns se froncent. Quelque chose siffle à son oreille tandis que sa main se referme vigoureusement sur le poignet féminin. La scandaleuse vient d'essayer de le gifler.
Touchée !
Elle tente un instant de se dégager mais la poigne d'acier se resserre.
- Je n'aurais jamais cru qu'être la chienne des Malefoys était la première de tes ambitions.
Elle rue et il a le réflexe d'écarter son bassin quand le genou de la jeune femme se tend brusquement devant elle. La lueur de démence au fond de son regard ne ment pas.
- La moitié de l'école croit déjà que je suis la vôtre ! lui hurle-t-elle au visage. « Tiens, regardez, voilà la putain du corbeau ! » Vous croyez peut-être que vous êtes un bourreau plus prestigieux ?
Il sent son sang-froid le quitter.
- Tu te ferais baiser par les Malefoys pour le prestige ?
Les yeux cannelle s'écarquillent d'horreur et de colère… Enfin !
- Je me ferais baiser par un régiment de trolls si ça pouvait mettre un terme à ce supplice !
Le claquement raisonne dans la pièce avec une telle force qu'il se demande s'il ne lui a pas brisé la mâchoire.
La lèvre tuméfiée, elle vrille le regard d'ébène.
- J'avais oublié, lâche-t-elle cynique, le prestige.
Ses yeux se sont mis à briller. Elle est à deux doigts de craquer.
- Ça suffit ! commande-t-il.
- Ah bon ? Pourquoi ça ? reprend-t-elle insolente. Oh ça y est, je me souviens : l'exclusivité à mon maître.
Il retient les mains qu'elle aventure vers lui dans un ultime geste licencieux et les emprisonne au-dessus de sa tête.
- Ca suffit j'ai dit !
- Lâchez-moi ! crache-t-elle avec une froideur dans la voix qui dément l'intention des gestes qu'elle a pu esquisser plus tôt.
Il serre plus fort ses doigts autour des poignets frêles. Une première larme s'échappe de son œil droit et reste prisonnière dans les longs cils noirs. Elle détourne le regard.
Elle laisse échapper un grognement en se débattant pour se dégager.
- Non, marmonne-t-il contre son oreille, se rapprochant encore pour verrouiller son emprise.
- Lâchez-moi ! s'écrie-t-elle en gesticulant en tous sens.
Il l'immobilise de son corps et bientôt elle ne peut plus faire le moindre mouvement.
- Non, fait-il plus fermement.
- Je… je…
Sa voix chevrote et il sait d'instinct qu'il ne doit pas bouger sous peine qu'elle cherche de nouveau à se draper dans cette invulnérabilité feinte. Il faut mettre un terme à ce numéro ridicule, maintenant ! Il ne saurait gérer cette situation plus longtemps.
- Je veux que ça s'arrête ! murmure-t-elle… S'il vous plait…
La supplique est déchirante, hurlante de détresse et de sincérité. Tétanisé par les sanglots qui lui échappent enfin, il n'esquisse pas le moindre mouvement. S'il est hors de question pour lui de se livrer à un quelconque rapprochement, il a l'intuition qu'il ne doit pas non plus s'éloigner jusqu'à ce qu'elle se soit calmée. Crispé jusqu'au bout des doigts, les pupilles fixées sur les rainures ancrées dans le bois de la porte devant ses yeux, il n'arrive pas à apaiser son pouls quand il songe qu'elle se vide enfin de ses larmes, là, sur sa redingote, devant lui ; son tortionnaire, la raison de ses malheurs, de ses angoisses…
C'est le signe indiscutable qu'elle est à bout.
Son cœur s'arrête de battre quand la tête ébouriffée s'y pose lentement.
Un petit signe d'amour, de paix et de soutien?
