Chapitre 6 : Fusion
Alice ouvrit les paupières, laissant ses yeux verts apparaître. Elle avait toujours la tête posée sur les genoux de son double. Elle s'endormait puis se réveillait. La brise était douce. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait plus sentie, ni en rêve, ni dans la réalité.
"Peut-être, dit-elle, peut être qu'ici c'est la réalité en fait. Et lorsque je suis à l'asile, c'est un cauchemar.
-Sans doute, répondit l'autre. Mais si c'est un rêve que nous vivons, alors je ferais tout pour qu'il continue car rêve ou réalité, c'est ici où je suis le plus heureuse, c'est ici où je suis... moi."
Les Alice se regardèrent. Elles sourirent, leurs têtes se rapprochèrent puis leurs lèvres. Elles restèrent un moment ainsi. Elles relevèrent la tête et se sourirent.
"Blondie, puis-je voir tes merveilles?
-Nos merveilles. Suis-moi!"
Elles se relevèrent, se promenèrent, s'amusèrent. Combien de temps s'était-il écoulé? Elle n'en avait aucune idée.
"Je voudrais rester pour toujours comme ça! Personne pour m'électrocuter, me faire manger des choses ignobles! Me traiter de meurtrières!
-Personne pour me dire quoi ou ne pas faire! Personne pour m'obliger à me marier!"
Elles rirent et continuèrent à se promener, à jouer. Plus jamais elle ne devait sortir de là! Une voix discrète se fit entendre, puis elle devint de plus en plus fort.
"Cessez de vous voir, ou vous disparaitrez toutes les deux."
Les Alice se figèrent. La voix continua.
"L'espace et le temps vont se déchirer, cessez de vous voir, restez dans vos mondes respectifs."
Les Alice se serrèrent dans leur bras.
"Non, ces mondes nous font trop souffrir, nous voulons rester là!"
Un vent se déchaina. Elles tentèrent de rester agrippée l'une à l'autre mais la brunette fut emportée vers le miroir. L'autre lui courut après mais plus elle se rapprochait, plus elle s'éloignait.
"Alice! Au secours!"
Elle le traversa violemment. Elle retomba sur son lit, dans l'asile. Elle se leva en sursaut.
"Non, non, ce n'est pas possible... NON!"
L'autre se réveilla brusquement de retour dans sa maison. Elle avait entendu un cri. Un cri de désespoir. Ses parents arrivèrent dans la chambre.
"Alice, que s'est-il passé?
-Je... j'ai fait un terrible cauchemar, pardon de vous avoir réveillé"
Lorsque que ses parents partirent, elle se précipita à la fenêtre pour prendre l'air.
Le lendemain, elle avait une petite mine. Son père prit la parole.
"Ma chérie, tu as fait sensation lors du pique nique, tu sais?
-Non père, je l'ignorais.
-Je t'ai même trouvé un bon parti, Eric Wilson."
Alice manqua de s'étrangler Cet homme avait la réputation d'être violent avec les prostitués qu'il fréquentait. Lorsqu'elle tenta d'en parler, son père dénia tout et déclara que c'était des diffamations. Alice n'osa plus parler. Ainsi son sort était scellé.
Comme ils allaient à Londres voir la famille Wilson ce jour là, ils partirent. Eric l'accueilli chaleureusement mais Alice perçut une lueur sinistre dans son regard. Durant leur promenade en ville, ils passèrent devant un asile. Elle pensa à son double, est-ce qu'elle était là dedans?
"Père, je voudrais faire une donation pour l'asile.
-Quelle bonne idée!"
Ils furent reçus par le directeur avec un grand sourire qu'Alice ne put supporter. Lorsque le don fut terminé, elle insista pour voir les patients arguant qu'elle désirait constater le formidable travail des docteurs. Ne voulant pas fâcher les donateurs, le directeur accepta.
Pendant qu'ils se dirigeaient vers les cellules, Eric serra fort le bras d'Alice et lui murmura:
"Quand nous serons mariés, je ne tolérerais pas ce gaspillage d'argent."
Alice sentit la colère et le dégout monter en elle mais ne répondit pas. Elle passa devant une cellule où une jeune fille brune avec des yeux verts étaient assise. C'était elle. Elle était maigre à faire peur. Lorsque que son regard rencontra le sien, la patiente leva la main difficilement et ouvrit la bouche. Mais aucun son ne put sortir. Alice demanda sa condition.
"Une patiente qui ne guérira jamais. Si on la laisse sortir, elle fera du mal aux autres. Du coup, on la garde et on lui donne les meilleurs traitement possibles. "
Alice voulut la prendre dans ses bras, la faire sortir mais elle ne put s'arrêter.
La brunette la vit partir. Elle avait senti ses efforts pour venir à elle. Cela aurait du la toucher. Mais ce n'était pas le cas. Elle était jalouse. Elle voulait sa vie! Elle se souvint de la voix qui avait déclaré qu'elles pouvaient disparaitre toutes les deux. Et si elles échangeaient de place? Ainsi, elle serait libre de se venger! Et elle au moins, ne se laisserait pas faire contrairement à son double qui acceptait qu'on la prenne aussi violemment par le bras. Oui, c'était un bon plan.
De retour chez les Wilson, Alice s'isola sur le balcon. Si seulement elle l'avait pu l'aider!
"L'asile vous a bouleversé. Très bien, que ce soit une leçon pour vous."
Alice se retourna. Eric s'assit près d'elle.
"Cela vous apprendra à aider ces vauriens.
-J'ignorais qu'aider était une tare. La compassion n'est-elle pas une vertu?"
Eric eut un ricanement.
"Quand il s'agit de causes perdues, oui c'est une tare. Je ne vous confierais jamais mon argent que j'aurais avec votre dot.
-Notre argent.
-J'avais entendu dire que vous aviez la langue pendue. Cela cause du chagrin à vos pauvres parents. Imaginez si je rompais nos fiançailles, cela briserait leur cœur. Sans compter la réputation que vous aurez."
La main d'Alice tremblait de rage. Eric la prit et la serra fort.
"Je vous conseille de corriger ce défaut avant la cérémonie, sinon c'est moi qui vous corrigerai. Et je ne serais pas aussi doux que vos parents."
Il l'embrassa sur la joue. Elle se sentit sale.
A la fin de la journée, ils rentrèrent chez eux. Les parents d'Alice étaient ravis car le mariage était scellé Alice ayant fait bonne impression. Mais c'était un masque qu'elle avait porté toute la journée et elle n'avait qu'une envie: l'arracher.
Le soir, elle s'endormit et se réveilla à ses Merveilles. Cheshire était là.
"Tu sembles bien en colère ce soir.
-Je les hais! Prétendre savoir ce qui est bon pour moi! Je dois la voir, je l'ai vue et j'ai rien pu faire!"
Elle se précipita vers le miroir. Il fallait qu'elle soit là! Et elle y était. Elle semblait encore plus sinistre que d'habitude.
Alice colla ses mains sur le miroir et hurla toute sa haine envers ses parents, son fiancé, la société, et surtout cet asile qui la maltraitait. La brunette haussa les sourcils. Pourquoi elle réagissait comme ça?
"Ma condition te mets en colère?
-Bien sur que ça me met en colère! Te voir dans cet état me fait souffrir! J'ai voulu te faire sortir mais rien à faire!
-Mais pourquoi mon sort te met dans cet état?
-Parce que tu es importante pour moi! Depuis qu'on s 'est embrassé, je le sais! Je ne suis moi même qu'avec toi!"
Alice serra son cœur. Elle eut l'impression de recevoir une maison sur sa tête. Elle pensait que son double blond avait juste pitié d'elle mais c'était parce qu'elle aimait? Elle devrait balayer ces sentiments d'un revers de main mais elle n'y arrivait pas. Pourquoi? Etait-ce mutuel? Oui, l'autre fois, elle était heureuse, elle ne s'était pas sentie comme ça depuis une éternité. Si elle prenait la place de son double, connaitrait-elle de nouveau ce bonheur? Pas sûre, toutes les deux étaient spéciales. Son double ajouta.
"Cette colère me fait mal."
La blonde mit la main sur son cœur comme pour atténuer ses sentiments. La brune prit un air grave et tendit la main.
-Viens.
-Quoi?
-Tu m'as accueilli autrefois, maintenant c'est mon tour."
Elle ouvra ses bras et le miroir disparu. Elles étaient dans les merveilles dévastés.
