J'avais prévu de ne rien écrire pendant un moment. Je suis actuellement en plein rush de thèse, mon directeur me met la pression pour que je ne pense à rien d'autre. Malgré tout, mon cerveau est très fort pour élaborer des stratégies d'évitement. J'ai beaucoup pensé aux suites de mes fics ces derniers jours, sans avoir jamais la possibilité de les écrire. Et puis ce mois de janvier est venu faucher de sa malédiction celui qui est la source de mon inspiration. Je ne voulais rien écrire là-dessus, je n'ai pas réagi aux messages de mes amis ni sur les réseaux sociaux. Je ne partage pas ma peine avec les autres en général. J'ai trouvé refuge cette nuit auprès d'une amie rencontrée sur , elle ne parle même pas ma langue mais elle a su trouver les mots qui ont tout déclenché. Peut-être que vous n'avez pas de temps à perdre avec ça, auquel cas, je ne pourrai vous en vouloir de passer votre chemin, mais je me dis qu'il y a peut-être parmi vous des personnes qui ont vécu la nouvelle comme moi et c'est aussi à elles que s'adresse mon message.
Il y a deux jours, avec toutes ces morts dans le milieu du showbiz, je me suis posé la question de comment je vivrais le jour où j'apprendrais qu'Alan Rickman n'était plus. Je n'ai pas tardé à avoir la réponse. J'ai appris la nouvelle d'un coup de fil d'un de mes amis qui semblait presque empressé de m'annoncer le scoop. Quand il m'a dit « tu vas bader méchamment », j'ai tout de suite compris. Mais il m'a fallu du temps pour réaliser. C'est venu dans la nuit. Je voyais les articles défiler sur mon mur d'actualités et j'ai commencé à pleurer sans pouvoir m'arrêter. Je viens d'une famille où ce genre de sentiments n'a pas sa place, où si j'avais montré mes larmes, on aurait peut-être pris la chose avec légèreté en me disant « remets-toi, c'est qu'un acteur ! »… Même les messages envoyés par mes amis me semblaient indécents « Alan Rickman est mort, j'ai tout de suite pensé à toi. Sinon, ça va depuis le temps ? ». J'avais envie de répondre « si ça t'a fait penser à moi et que tu sais comment je me sens, ne m'en parle pas comme d'un restau qui vient de fermer ! »… Mais je me suis demandé jusqu'à quel point ils auraient pu comprendre ma réaction. C'est peut-être ça qui m'a amenée à m'interroger sur la légitimité de ma tristesse. J'ai commencé à réfléchir à ce qui m'autorisait à me sentir aussi mal. Après tout, c'est vrai : je ne le connaissais pas personnellement alors est-ce que j'ai le droit d'éprouver cette sensation d'avoir perdu un ami intime et de pleurer autant alors que ses proches ont perdu un époux, un parent, un ami ? Est-ce que c'est normal ? Est-ce légitime ? Je me suis posé la question de ce qu'il représentait pour moi pour comprendre pourquoi j'avais aussi mal. La vision que j'en avais était surement éloignée de la réalité alors n'était-ce pas ridicule ? Et puis j'ai compris que peu importe la façon que j'avais de le voir, erronée ou idéaliste, que ce soit légitime ou non, le sentiment de perte est réel. J'ai perdu hier celui qui m'a donné envie d'écrire, qui a été une source d'inspiration, d'admiration. Grâce à cette passion, j'ai rencontré des gens merveilleux d'un monde que je ne soupçonnais pas exister il y a 12 ans de ça… Je sais que pour les personnes que vous êtes, qui partagez cette passion de l'écriture, de l'imaginaire et de la lecture, mes mots auront un sens : hier une partie de mon monde intérieur s'est écroulée ce monde dans lequel je me réfugie pour fuir la réalité quand elle devenait ennuyeuse ou trop pesante, celui dans lequel je mets mon cœur et mon énergie, celui dans lequel ma folie rencontre la vôtre, ce monde qui me rend heureuse quand j'en foule le seuil, quand j'échange avec vous, ce monde sans lequel je ne serai pas moi et que je ressens comme une vraie richesse, ce monde dans lequel je vis plus intensément encore que dans le monde réel parce qu'il est MON monde réel ! Alors que mon sentiment soit légitime ou non, que ma perception soit erronée ou non, j'ai perdu une part importante de ce qui m'apportait du bonheur (Pour beaucoup de gens qui n'ont pas ce petit univers enfoui en eux, mes propos sont sans doute exagérés, pourtant je le ressens profondément comme ça) et c'est normal d'avoir mal quand on perd une source de de bonheur, de ce qui nous fait tel qu'on est, avec nos travers et nos excentricités bizarres que beaucoup peineront surement à comprendre.
Alan Rickman s'est éteint. Je ne ferai pas de discours pompeux sur qui il était : je n'en sais rien. Ou sur quelle perte représente sa mort pour le monde : je n'en sais rien. Mais je peux dire ce qu'il représentait pour moi et quel trou béant il laisse dans mon, peut-être ridicule et illégitime, refuge intérieur.
J'ai du travail, beaucoup même si certains pensent que c'est une excuse. J'avais un message à délivrer aussi, à celle qui m'a fait un reproche non dissimulé pour ma maigre production ces dix dernières années sans pour autant n'avoir jamais donné son avis sur mon travail. Mais aujourd'hui, je ne ferai rien de tout ça et ne quitterai mon ordinateur que lorsque j'aurais écrit les deux chapitres de chacune de mes fics pour vous en faire part.
C'est un grain de sable dans le cosmos mais c'est ma pierre personnelle sur l'autel dressé en l'honneur de ce qu'était Alan Rickman pour moi.
Je vous embrasse.
