Bonjour à toutes. Oui il m'a fallu pas loin d'une semaine pour achever ces deux chapitres de Spinner's end et STOM. Continuer après la mort d'Alan Rickman s'est avéré plus difficile que prévu. Je n'arrivais pas à me concentrer sur la description des émotions, des évènements plus ou moins légers, alors que j'étais moi-même en train de lutter pour ne pas pleurer à chaque ligne. J'espère qu'ils ne seront pas trop mauvais.
RAR :
Mlie : Tout d'abord, merci de te manifester au bout de dix ans. Mieux vaut tard que jamais dit-on^^. Mettons de suite les choses au point. Je suis ravie d'apprendre que tu t'es attachée à mes personnages et que ma fic a suscité chez toi un engouement tel qu'il te pousse à revendiquer avant de faire usage de la plus élémentaire des courtoisies. Je tiens à te rappeler, comme je l'ai souvent fait ici et ailleurs, que ma motivation dépend en grande (pour ne pas dire en majeure) partie de vos retours. Lorsqu'ils sont faibles voire inexistants, tu comprendras que je ne sois pas au top de l'envie de me casser la tête à mettre sur papier mes inspirations du moment ni à me creuser le citron. Le ton de ton message est agressif d'emblée. Tu es peut-être lasse d'avoir attendu 10 ans mais je le suis aussi d'avoir eu à mendier pendant 10 ans. Au passage, je pense ne pas me tromper en disant que c'est la première fois depuis 2005 que ton nom apparait dans ma liste de reviewers. Comme tu as si justement pu me le faire remarquer, s'il est de ma responsabilité de ne pas vous laisser dans l'attente trop longtemps, tu me laisseras te rappeler qu'il est de la vôtre, lecteurs, de ne pas prêter le flanc à un absentéisme trop zélé de ma part. Je n'ai jamais caché que je fonctionnais aux retours que je recevais sur mes fics. Aussi, non seulement je trouve un peu gonflé que tu prennes ce ton excédé alors que tu ne t'es jamais manifestée depuis le début de l'histoire, mais en plus, j'aimerais clarifier le fait que je n'ai pas de compte à rendre à partir du moment où le contrat n'est pas rempli de l'autre côté non plus. Les mises à jour ne sont pas un dû. Ca représente du travail et comme tu le sais sans doute, tout travail mérite salaire. Et là encore, pour ce qui est d'un débat stérile que j'ai déjà eu 100 fois, il n'appartient pas au lecteur de déterminer de quoi je dois ou non me contenter en guise de « récompense ». Je sais quel est mon moteur et comment l'alimenter. Tout le monde le sait. Un site de fanfictions n'est pas fondé sur le concept de relation à sens unique, c'est avant tout un lieu d'échanges et de rencontres. Sans interaction ni échange, la motivation de l'auteur se sclérose. Je mets plus de temps à écrire et publier un chapitre que vous à le lire. De la même façon, vous mettriez sans doute 10 fois moins de temps à le commenter qu'à le lire… Alors tu me pardonneras ma réaction mais je ne la trouve pas exagérée au regard du ton du commentaire que tu m'as envoyé, lequel ne commente d'ailleurs absolument pas ma fic mais ma façon de travailler. Je ne sais pas sur quelle planète tu vis mais ce n'est pas en pestant que tu obtiendras ce que tu attends, surtout pas de ma part d'ailleurs. Et si j'avais fait mon deuil d'obtenir un nombre de reviews en corrélation avec le 100ème des lectures que je récolte par chapitre publié, ce n'est pas pour rendre des comptes sur mon rythme de publication par ailleurs. Au plaisir de te lire autre chose que tes reproches déplacés.
Menike : Un grand merci à toi. Une jolie review pour le jour de ma fête c'est le top comme cadeau ! Je suis désolée pour l'attente mais j'espère que la suite ne te décevra pas. Je suis bien d'accord sur ta façon de voir la relation qu'ont Eleonor et Snape. Ça ne pourrait et ne devrait pas aller plus vite si on veut rester cohérent et crédible. En fait, je ne sais pas si je dois te dire ou pas quand les choses vont s'améliorer parce que ça risquerait de casser quelque chose dans le suspense. ;) En tout cas, merci encore pour ton adorable message, j'espère avoir de tes nouvelles bientôt. Bonne lecture à toi.
Maryline : Si j'étais une fanfic, je ne pourrais que frémir en attendant pareille déclaration d'amour ^^. Tu me flattes ! Je suis désolée de ne pas avoir été à la hauteur pour ton anniversaire. Bon anniversaire en retard ? Ça te fait quel âge au passage ? Oui oui le séjour se passe bien. Je travaille beaucoup,c'est, je l'espère ma dernière année en tant que thésarde alors je mets les bouchés doubles- Au plaisir de te relire très vite.
Alienor : Je te remercie. Ton commentaire me fait vraiment chaud au cœur, c'est le plus beau des compliments que tu aurais pu me faire. J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances.
Sandrine : Merci d'avoir partagé ton émotion avec moi. Ça fait du bien même lorsque la période est sombre, de sentir qu'on n'est pas isolé dans ce sentiment de chagrin. Je suis vraiment désolée pour ton papa. C'est une douleur que je ne peux même pas imaginer. 67 ans c'est tellement jeune ! 69 ans c'est tellement jeune ! Je suis de tout cœur avec toi, même si la phrase est clichée, elle n'aura jamais autant traduit ce que je ressens vraiment.
Bonne lecture à toutes.
Chapitre 38 : Pactiser avec le diable
- Tu vas faire quoi ? ne peut-il s'empêcher de l'interroger.
Il a beau avoir le pressentiment de ce dont elle parle, il a besoin de l'entendre de sa bouche… pour être sûr…
Elle le fusille du regard. L'obliger à le formuler et à reconnaitre explicitement qu'elle déclare forfait, qu'elle laisse derrière elle ces principes auxquels elle s'est cramponnée toute sa vie durant, est une énième humiliation.
Ce n'est pourtant pas l'état d'esprit qui l'anime à cet instant. Ce n'est pas ce qu'il recherche. Il n'aurait simplement jamais pensé que le traitement qu'elle a subi aurait porté ses fruits. Quels qu'ils soient. Et surtout pas aussi vite !
Pour dire la vérité et même s'il s'était plus ou moins interdit d'y penser ces dernières heures, il était presque certain qu'il avait achevé de la détruire.
A l'évidence, il l'a, une fois encore, sous-estimée.
- Je vais apprendre, lâche-t-elle, ses pupilles si intensément enfoncées dans les siennes qu'il ressent le bouillonnement qui agite ses entrailles en écho au fond des siennes.
Il avait beau l'avoir appréhendé, il ne peut réprimer ce picotement indécent qui taquine son estomac. Il devrait se sentir coupable d'éprouver une telle satisfaction au vu des causes ayant entraîné sa reddition. Ce n'est pas comme si ses actes de la veille avaient obéi à une stratégie quelconque. Il n'espérait pas réellement qu'elle revoie sa position sur la question. Il avait presque fini par abandonner l'idée.
Non, à cet instant précis, il éprouvait simplement le besoin viscéral de lui faire comprendre ce qui ne tarderait pas à se produire si elle persévérait dans son entêtement absurde, de lui faire toucher du doigt à quel point lui-même représentait un danger qu'elle ne pouvait pas continuer à refuser de prendre au sérieux plus longtemps, de lui faire mal, de lui ouvrir les yeux, de lui faire payer toute cette frustration, toute cette colère qu'il refoule depuis qu'elle est là… tout ce qu'elle ne réalise pas…
Il ne peut que repenser à quel point il a perdu le contrôle tandis qu'elle se dresse devant lui et s'il n'a aucun doute quant au fait de l'avoir terrorisée en dépit de l'assurance qu'elle s'efforce d'afficher malgré les tremblements légers de ses mains, il doit avouer, avec le recul, qu'il s'est lui-même fait peur.
- Que les choses soient claires, le tire-t-elle de ses pensées, ma façon de voir les choses n'a pas changé… et ce n'est pas avec ce qui s'est produit hier que c'est prêt d'arriver !
Le rictus qui déforme sa bouche purpurine trahit le même dégoût que le frisson qu'elle réprime.
- Je tiens juste à ne plus vous laisser la moindre occasion de poser ne serait-ce qu'un doigt sur moi !
Inconsciemment, elle s'entoure de ses bras.
Il étouffe le ricanement détaché qui lui tort les lèvres. C'est bien la première fois qu'il se retient de faire quelque chose parce qu'il le trouve inconvenant… S'il ne veut pas risquer qu'elle se ravise, la sobriété est de mise. Pour les mêmes raisons, il ne lui fera pas remarquer qu'elle semble s'être vite remise… pour le simple plaisir de voir la façade fragile se fissurer de nouveau et lui faire payer cette sensation glacée que la remarque pleine de répugnance a niché dans son abdomen.
Il lui suffit de poser les yeux sur elle pour se rendre compte d'à quel point elle est sur le point de s'effondrer. Il est sûr que, sous sa robe, ses jambes tremblent encore de ces mêmes convulsions incontrôlables qui les agitaient la nuit passée. Elle a surement dû rassembler tout son courage pour le confronter de nouveau aussi rapidement, avec cette assurance plus feinte que jamais, sans détourner son regard du sien. Il se demande vaguement combien de pas il pourrait faire avant qu'elle se recroqueville sur elle-même et n'éclate en sanglots terrifiés.
Non elle ne s'est pas remise. Il y a même peu de chances désormais pour qu'elle lui accorde un jour une once de confiance. Malgré tout, elle consent à présent à se livrer à l'apprentissage auquel il la pressait de se soumettre depuis plusieurs semaines et il serait contreproductif de la braquer bêtement.
- Dans ce cas, nous commencerons demain, se contente-t-il de répondre sobrement sans faire étalage de la satisfaction sans doute déplacée qu'il éprouve à cet instant.
- J'ai une condition, s'empresse-t-elle d'ajouter.
La remarque sonne comme un rappel à l'ordre qu'il ne goûte guère. Pourtant, malgré son agacement, il retient in extremis la réplique acerbe qui lui brûle la langue et se contente d'arquer un sourcil interrogateur.
- J'ai eu l'occasion de parcourir le programme des première année…
Il savait bien que le projet la titillait depuis quelques temps quoiqu'elle s'en soit toujours défendue.
- … Il n'y a que quelques disciplines qui m'intéressent. Je n'ai pas envie de perdre mon temps avec des apprentissages inutiles.
Idiote !
L'insulte a manqué de lui échapper. Il pressent à la sensation d'agacement qui irrite son estomac que conserver son calme va être de plus en plus délicat.
Merlin ! Lui qui est naturellement froid et réfléchi, pourquoi est-ce devenu aussi difficile de contrôler ses emportements ?
- Tu dois posséder de solides bases dans chacune d'elles si tu veux être efficace dans celles qui t'intéressent le plus.
La mine contrariée, elle le dévisage silencieusement. Elle devine qu'elle n'aura pas le choix.
- Simple curiosité, reprend-t-il calmement, quelles sont ces matières ?
- La défense contre les forces du mal, les sortilèges et les potions.
Cette fois-ci, il ne peut contenir le sourire narquois qui orne ses lèvres minces. Quelles sont les chances pour qu'elle sache que sa sélection comporte les deux disciplines dans lesquelles il est passé maître ?
Bras croisés sur son torse, il la détaille avec une minutie qui semble l'incommoder davantage qu'à l'accoutumée…
Les sortilèges, il devine aisément pourquoi, tout comme la défense. Quant aux potions, il hésite… Soit qu'elle cherche à se rassurer en s'immergeant dans un univers qui la rapproche de son imbécile de père, soit qu'elle essaye de se donner les moyens de l'empoissonner un jour, il ne peut que noter que chacun de ses choix s'est porté sur des considérations élémentaires de survie.
Judicieux bien qu'elle ne semble pas avoir conscience que son obstination à acquérir un savoir à ce point parcellaire ne pourra lui conférer que des aptitudes d'une pauvreté dangereuse. Elle n'est pourtant pas stupide au point de ne pas avoir remarqué que chaque matière proposée par le programme est complémentaire des autres. Il la soupçonne de vouloir gagner du temps sur les disciplines qu'elle aura décidé de laisser de côté… mais ce n'est pas comme ça que les choses fonctionnent. Et si elle espère obtenir de lui ce qu'elle désire en pensant qu'il est certain qu'elle lui fait une faveur…
- Je décide quoi t'enseigner, lui rappelle-t-il impassible. Si cela ne te convient pas, trouve-toi un autre instructeur.
L'espace d'un instant, elle reste plantée là, les bras ballants et les yeux ahuris, la bouche légèrement entrouverte. Elle ne s'attendait pas à ça.
Elle ne tarde pas à reprendre contenance.
- C'est vous qui insistiez pour que j'apprenne toutes ces choses ! s'indigne-t-elle.
- C'est moi qui décide quoi t'apprendre, répète-t-il avec un calme déconcertant. Te livrer un savoir lacunaire ne m'intéresse pas. J'ai suffisamment d'étudiants médiocres par ailleurs.
Les sourcils bruns se froncent. Elle se renfrogne franchement. Sa voix frémit de colère contenue lorsqu'elle reprend la parole.
- Vous m'avez poussée à bout pour que je cède à votre… harcèlement incessant, commence-t-elle rageuse en avançant droit sur lui, vous vouliez que je reçoive cet enseignement pour satisfaire une sorte d'égo déplacé ! C'est pour ça que vous m'avez trainée ici, pour me confronter à ce monde dans l'espoir ridicule de me donner envie d'en apprendre davantage !
- C'est chose faite, glisse-t-il en éludant le reproche. N'essaie pas de me faire croire que c'est un service que tu me rends quand tu as toi-même acquis la certitude que tu devais te plier à cet apprentissage.
A l'évidence, le ton nonchalant qu'il s'emploie à conserver la met hors d'elle et il note avec un sourire intérieur à quel point il lui est beaucoup plus facile de conserver son self-control quand elle perd le sien. Elle fulmine. Elle s'est tellement approchée pour le défier qu'il peut voir ses yeux bruns étinceler et les ailes de son nez frémir.
Il la toise d'un regard indifférent dont il sait pertinemment qu'il va lui échauffer le sang.
- Si tu ne veux pas que je te touche, tu ferais mieux de garder tes distances, conseille-t-il.
- Vous êtes l'être le plus abject que cette Terre ait porté, crache-t-elle, féroce.
Le rictus qui ourle sa lèvre supérieure s'amplifie tandis qu'il observe l'expression de pure haine sur le visage abîmé.
- Apprends-moi quelque chose que je ne sais pas déjà, lâche-t-il avant de tourner les talons en direction de la porte.
- Alors c'est tout ? le retient-elle. Vous prenez la fuite ?
Main sur la poignée, il se fige et inspire calmement par les narines. Elle sait parfaitement que parmi toutes, c'est la seule accusation qu'il ne peut entendre.
- Encore ? appuie-telle.
Cette fois, il se retourne avec une lenteur calculée et peut facilement imaginer le regard qui habille ses obsidiennes quand il la voit esquisser un mouvement de recul réflexe.
- Qui m'accuse de fuir ? fait-il trainer sa voix de baryton. Celle qui est incapable d'assumer qui elle est ou bien celle qui refuse d'assumer ses propres choix ?
- MES choix ? On parle de quels choix ? De celui de me mettre au service du monstre que vous êtes ou de celui de vous suivre jusque dans cette école pour criminels en herbe ?
La remarque lui arracherait presque un sourcillement amusé. Bien qu'il s'agisse de décisions qu'elle a prises elle-même, il sait qu'elle considère n'avoir jamais eu le choix. Elle s'avance encore.
- Ou peut-être de celui de me plier aux caprices d'un vieux tordu sadique…
- Ou peut-être parle-ton des livres cachés sous ton lit.
Ses yeux s'écarquillent alors qu'elle stoppe net sa progression, ses traits légèrement déformés par une angoisse soudaine.
- Quel était le but de me faire subir tout ça ? reprend-t-elle après plusieurs secondes d'un silence pensant.
Comme s'il ne voyait pas où elle veut en venir…
- Je ne marchanderai pas avec toi, persiste-t-il. Tu as changé d'avis mais n'essaie pas de me faire croire que c'est une faveur que tu me fais alors que tu as déjà commencé à apprendre. Bien sûr que si, tu as déjà commencé, insiste-t-il en haussant la voix avec un rictus mesquin tandis qu'elle fait mine de protester. Et je suis sûr que tu apprends vite…
Son regard est horrifié.
- Tu passes de plus en plus de temps à la bibliothèque et même si je veux bien croire que tu cherches par tous les moyens à fuir ma délicieuse compagnie, tu ne peux pas penser que je manque de vigilance au point de ne pas avoir remarqué que des ouvrages ont disparu de mes étagères.
Le visage de la jeune femme se ferme, elle se sent piégée. Mais ce n'est pas ce qu'il cherche.
- Tu as simplement besoin d'un guide. D'autres se proposeront.
Il la voit baisser la tête, ses prunelles s'agitent, semblent chercher à toute allure la solution à un problème auquel elle ne s'attendait pas à être confrontée.
Il devrait se sentir coupable de se livrer à cette énième tentative de manipulation après ce qu'il lui a fait endurer il n'y a pas 24h… pour autant, il ne peut pas abdiquer si près du but. Il la jauge un instant, perdue dans les méandres d'une réflexion difficile avant de faire mine de détourner son attention vers la pile de paperasse sur son bureau. Il intercepte son regard sous cape.
- Vous allez m'obliger à vous supplier ? marmonne-t-elle.
Il songe que la situation ne manquerait pas d'ironie.
Il lève les yeux sur le visage crispé et hausse un sourcil faussement dubitatif.
- Je ne procéderai pas comme tu me le demandes. Ta condition est devenue un secret de polichinelle, tu pourrais solliciter n'importe lequel des enseignants du château.
- Il n'y a que vous qui puissiez m'enseigner, tente-t-elle.
Il dépose la plume avec laquelle il était occupé à négligemment annoter un parchemin et se redresse. Il ne peut qu'imaginer ce que le presque-compliment lui en a coûté.
- Il y a des tas de professeurs parfaitement qualifiés autour de toi.
Sa voix baisse encore d'un ton, comme si elle avait honte de ce qu'elle s'apprête à dire.
- Vous êtes le plus qualifié…
Elle évite le regard inquisiteur et il ne tarde pas à comprendre en observant les prunelles fuyantes, que les paroles de sa domestique vont bien au-delà d'une flatterie calculée.
Un sourire sarcastique se dessine sur les lèvres fines.
- Pour ? T'apprendre ce que tu aurais le loisir de retourner contre moi ?
Elle a le regard de l'enfant pris en faute la main dans le pot de chocogrenouilles. Si les implications n'étaient pas aussi sérieuses, il pourrait s'autoriser une moquerie bien sentie.
Néanmoins, elle ne peut pas sérieusement penser qu'il lui laisserait une brèche de cette nature.
- Sans parler du fait que tu te trompes de cible, ne compte pas trop là-dessus.
Les sourcils bruns se froncent tandis qu'elle le transperce de son regard d'adolescente vexée.
- Ma vie ne m'appartient pas, je ne peux pas me permettre le luxe de la laisser à une gamine avide de mener à bien sa petite revanche personnelle.
Quelque chose dans les pupilles féminines l'interroge. Il voit bien qu'elle ne comprend pas, qu'elle est intriguée sans oser poser la question qui trahirait un intérêt coupable. Alors, elle botte en touche.
- C'est vous qui insistiez.
Voilà l'argument du désespoir !
- Je ne serai pas celui qui te dispensera un enseignement aussi inutile.
Elle le défie du regard mais il ne sait pas bien lequel des deux elle cherche à convaincre. Elle semble en proie à un dilemme cornélien alors qu'il ouvre le premier tiroir de son bureau. Il connait l'argument qui la fera basculer. Perdue dans ses pensées, elle suit du regard les doigts noueux s'affairer autour de l'écrin longiligne.
- Nous pourrions commencer très rapidement, reprend-t-il en extrayant de l'étui une baguette qui semble taillée dans une fine branche d'acajou.
Il a capté son attention. Les prunelles vives sont à présent figées sur la baguette qu'il manipule avec précaution.
- Je pourrais te la laisser le temps que tu en acquières une qui te corresponde.
Il la voit pincer les lèvres et sait exactement quelle pensée lui traverse l'esprit en cet instant : songer qu'il avait tout prévu depuis le départ et pourtant l'obliger à courber le dos une fois encore ravive sa colère. Une fois de plus, elle a le sentiment qu'il l'a piégée… ce qui l'amène à devoir formuler une précision.
- Mais je te déconseillerais de penser l'utiliser à des fins… malheureuses.
Elle hausse un sourcil dans un mimétisme parfait de sa personne.
- Elle m'a choisi, précise-t-il- Tu auras du mal à la maîtriser, poursuit-il son explication devant la mine dubitative qu'elle affiche. Elle est taillée pour répondre à mes besoins, elle est trop puissante pour toi. Tout ce que tu ferais passer par elle risquerait de t'exploser à la figure.
- Vous essayez de me dissuader de la retourner contre vous ?
Le demi-sourire qui déforme ses lèvres pâles est à la fois chargé en ironie et glacé.
- Je pensais que nous avions élevé la conversation à un autre niveau, lâche-t-il dans un reniflement condescendant, mais puisque visiblement tu en es encore là…
Il s'empare d'un objet de petite taille qu'il dissimule à son regard indiscret en l'enfermant aussitôt dans son poing, avant de s'avancer de quelques pas pour s'adosser contre le bureau.
- Je te propose un marché.
Sa voix devient basse et doucereuse. Elle attend, la ride entre ses sourcils trahissant son inquiétude de ce qui va suivre.
- Soumets-toi à un apprentissage rigoureux, autrement plus poussé et exigeant que celui qu'on dispense aux élèves de cette école… et je te laisse ta chance.
- Ma chance de quoi ? soupire-t-elle excédée.
- De me tuer, termine-t-il sobrement.
Sa bouche s'entrouvre légèrement. Les pupilles dilatées dénoncent un intérêt réel pour la proposition. Il sourirait presque de voir à quel point son corps s'exprime pour elle si sa réaction ne lui inspirait pas une telle amertume.
A quoi t'attendais-tu après ce que tu lui as fait ?
- Vous disiez que vous ne pouviez pas me laisser décider de votre sort, avance-t-elle méfiante.
- Je n'ai pas dit que je te laisserais me tuer. Je te donnerai une occasion de m'affronter. Mais pour avoir une chance, il te faudra bien plus qu'une baguette et quelques notions de magie défensive.
Elle lui adresse un regard soupçonneux.
- Pourquoi feriez-vous ça ?
Parce qu'il espère qu'elle finisse par se rendre compte qu'il ne s'agit pas pour lui de chercher à assouvir il ne sait quelle pulsion de domination en l'amenant à se livrer à un apprentissage qu'elle ressent intimement comme étant contre nature, qu'il ne fait pas tout ça pour se divertir, mais parce que c'est dans son propre intérêt.
Tu ne peux pas espérer que placer entre ses mains l'arme avec laquelle elle pourrait te tuer te fera regagner sa confiance !
Ce serait ridicule…
- Alors ? élude-t-il.
- Vous me laisseriez vous affronter ? demande-t-elle suspicieuse. Qui vous dit que je ne vous planterais pas un couteau dans le dos avant ?
Il ne réprime pas le sourire rempli de sarcasme qui étire ses lèvres.
- Ce n'est pas parce que tu n'as jamais essayé que j'ai un jour laissé tomber ma garde.
A son expression, il voit qu'elle se sent insultée.
S'il est honnête, non, il n'a jamais envisagé qu'elle pourrait profiter d'un moment d'inattention. Mais il ne peut pas lui révéler qu'il a toujours plus ou moins compris qu'elle était le genre de personne qui ne se satisfait d'une revanche que lorsqu'elle est obtenue à la loyale. Il ne voudrait pas lui donner d'idées…
Cela étant, elle marque un point. Au vu des récents événements, il se demande jusqu'à quel point il est judicieux de lui confier une arme.
- Tu ne la conserveras pas hors des heures de cours, répond-t-il en replaçant précautionneusement la baguette dans son écrin, et le reste du temps, tu porteras ça.
Il place l'anneau d'argent serti d'une pierre sombre dans la paume de sa main. Son regard oscille entre le bijou et les onyx impatients. Elle pèse le pour et le contre.
- Bien évidemment, tu ne laisseras jamais un incident de cette nature se reproduire.
Son jeune corps se crispe sensiblement. Elle a compris qu'il ne rejetait pas sur elle uniquement la responsabilité de ce qui s'est passé dans cette bibliothèque mais aussi de ce qui a suivi.
Il ne se souvient pas avoir vu un jour autant de haine dirigée contre lui dans les yeux de quelqu'un… pas même dans ceux de Lily.
C'est bien… très bien. S'il ne peut pas retrouver sa confiance, autant cultiver au mieux ce sentiment meurtrier pour qu'il lui soit utile.
- Alors ? la presse-t-il. Nous avons un accord ?
Elle l'observe longuement. Elle cherche à comprendre quel sera son profit dans cette histoire… sans y parvenir. Comment le pourrait-elle quand ses convictions s'inscrivent à l'opposé de la vérité ?
Ses yeux ambrés passent de l'anneau à l'écrin qu'il tient encore entre ses mains. Elle déglutit et pour toute réponse, fait finalement glisser la bague le long de son annulaire.
J'espère que vous n'avez pas eu la sensation d'avoir attendu pour rien. Au plaisir de vous lire mesdames. Cheer up !
