Coucou à toutes. J'essaye de publier à peu près un mois après mon dernier chapitre. J'espère que vous ne serez pas déçues de l'attente.

Lamia 22 : Un Happy (autant que faire se peut) birthday à toi ma belle ! J'ai tenu à terminer ce chapitre à temps pour ton 20ème anniversaire. C'est mon modeste petit cadeau pour l'occasion et en remerciement pour nos échanges.

Alienor : Je suis ravie que la personnalité de Severus te plaise et que tu ne penses pas que tout évolue trop lentement. J'essaye au maximum de rester crédible et cohérente avec les derniers évènements ce qui explique que l'évolution de leurs rapports n'est pas linéaire. En tout cas, merci pour tes encouragements qui me font toujours un immense plaisir !

Mary12 : Merci à toi pour ce gentil compliment. Oui Severus évolue lentement mais il évolue, peut-être même au-delà de ce qu'il ne veut bien admettre. ;) En tout cas, merci d'être toujours présente. Entre parenthèses : j'espère que spécial ne rime pas avec déplaisant ^^.

C'est moi : Je ne sais pas pourquoi j'aime autant ton pseudo mais il me fait toujours sourire quand je le vois s'afficher sur mon écran. Merci pour tes douces paroles de réconfort et ton soutien inébranlable. J'espère que tu ne seras pas déçue par ce qui arrive.

Cam : Merci beaucoup pour ta contribution. Je me démobilise assez facilement dans l'écriture c'est vrai. J'ai tendance à visualiser ce que j'imagine et chaque fois que je le vois sourciller ou entends sa voix, ma gorge se serre et il me faut du temps pour arriver à me concentrer de nouveau. Merci à toi pour ton adorable message, en espérant que la suite te plaira.

Bonne lecture à toutes !

Chapitre 39 : Façonner et tordre

Ça fait maintenant plus d'un mois et demi qu'ils travaillent ensemble presque tous les soirs et il lui arrive encore de trouver de petits morceaux de verre sous un meuble ou un autre. Alors qu'il se baisse pour ramasser un énième bris coloré, il lui lance un regard en biais par-dessus son épaule. Installée au bureau de fortune qu'il lui a fait aménager près du sien, elle est absorbée dans sa lecture, une main soutenant son front, l'autre faisant distraitement tourner sa baguette tandis que ses lèvres articulent silencieusement les indications qu'elle suit des yeux.

Si l'instrument crachote encore quelques étincelles par moment, il lui aura fallu une bonne semaine pour réussir à la prendre en mains sans que des projections incontrôlées ne manquent de faire exploser le contenu de ses étagères ou de mettre le feu à la pièce. L'exercice relevait du pur défi, d'autant plus qu'elle n'avait pas seulement à maîtriser un instrument trop puissant pour elle et dont la réactivité était calibrée sur ses besoins à lui. Il lui fallait aussi apprendre à dominer ses instincts les plus primitifs, à commencer par la tentation qui coulait dans ses veines de le réduire en charpie. Après quelques jours sans changement, il avait fini par douter de sa capacité à contrôler le flux débordant de magie pure qui menaçait de réduire en cendre tout ce qui l'entourait à présent qu'elle disposait de l'arme idoine pour le faire.

Les premiers temps, il s'est contenté d'esquiver, sans faire la moindre remarque. Il a attendu, patiemment, que les choses se calment, que son tourment s'apaise. Il n'y avait rien à dire. Ses yeux reflétaient tout à la fois : sa haine de lui, son dégoût d'elle-même, la terreur de ce que pouvait faire ce qu'elle tenait dans sa main… Il n'a volontairement pas placé de protection sur ce qui les entourait ; il voulait qu'elle constate de ses propres yeux les dégâts qu'elle était en mesure de causer si elle ne s'efforçait pas de discipliner son esprit. Il fallait qu'elle constate par elle-même les catastrophes auxquelles son tempérament l'exposait… pour trouver le moyen de le canaliser, de si bien le cacher à la face du monde qu'elle devrait s'efforcer de ne plus ressentir elle non plus.

Et l'exercice n'aura pas été de tout repos, songe-t-il en se rappelant le chantier qu'étaient ses appartements il y a seulement quelques jours… d'autant plus ardu que la baguette qu'il lui a fallu apprendre à contrôler est d'une sensibilité rare.

Sans prendre la peine de redresser sa tête, elle lui lance une œillade par-dessous sa main avant de se remettre au travail. Il sait très clairement ce que signifie ce regard à la fois agacé et hautain. Il lui crache à la figure un « vous avez vraiment du temps à perdre ! » suffisant. Il ne cesse pas de l'observer pour autant. Même s'il s'est habitué à ce spectacle singulier, il conserve quelque chose d'étrange dans ce qu'il génère en lui. Si au départ il avait du mal à en détourner les yeux en ce que la voracité avec laquelle elle engloutissait tout ce qu'il lui confiait était une source d'étonnement perpétuel, aujourd'hui, il se demande d'où vient cette obstination. Chaque fois qu'il l'observe dévorer un ouvrage ou un autre, il s'interroge : est-elle à ce point pressée de prendre sa revanche ou bien son intérêt pour ce qu'elle découvre est-il réel ? Il sait qu'il ne servirait à rien de poser directement la question. Elle est bien trop fière pour confesser une sincère curiosité pour ce monde.

Mais en toute honnêteté, hormis cette insupportable lapine à l'excroissance capillaire proche du handicap de Granger, qui est capable de s'abrutir sur L'Histoire de Poudlard avec une telle avidité dans le regard ?

C'est comme si son esprit était un puis qu'on aurait laissé s'assécher et dont la capacité aurait cru avec les années. Elle semble absorbée par tout ce qui lui tombe sous la main et si elle ne peut nier cette avidité de connaissances qui l'anime, il serait idiot d'essayer de nier celle avec laquelle il se repait de ce spectacle.

Il prend un plaisir particulier à lui enseigner les disciplines dans lesquelles il est passé maître. Il se montre plus exigent, implacable et étonnement, elle se montre réceptive à cette inflexibilité. Il en attend plus d'elle que de cette bande de dégénérés gonflés aux hormones pubères, il ne veut pas la gaver d'un savoir statique et sans intérêt qui en plus, il le sait, la lasserait. Il cherche à modeler sa façon de penser de sorte qu'elle soit toujours amenée à remettre en question tout ce qui passe entre ses mains. En deux mots : il lui apprend à réfléchir.

Il sait son esprit prompt à la critique. Il supputait déjà une qualité et une rapidité d'analyse à la hauteur de ses attentes et de ce qu'il a entrevu jusqu'à présent, il peut se vanter de ne pas s'être trompé. Elle a de bons automatismes de pensée bien que perfectibles, et sa mémoire, presque vierge de connaissances académiques, montre les aptitudes d'un enfant dans la fleur de l'apprentissage.

C'est en étudiant son sens de l'observation qu'il a pu mesurer l'étendue des conséquences de sa vie misérable et solitaire durant toutes ces années. Son esprit est dans les études ce qu'il est dans la vie : toujours prompt à élaborer les théories les plus tortueuses au mépris des solutions les plus évidentes. Et c'est sans doute là son talon d'Achille : habituée à chercher les réponses à des situations inextricables dans des sphères inatteignables pour beaucoup, elle ne voit pas ce qui se trouve juste à ses pieds et néglige l'importance d'un raisonnement simple.

- Lorsque tu auras fini le septième chapitre du manuel de métamorphose, nous passerons à un exercice un peu spécial, lance-t-il en tassant une pile de parchemins raturés de rouge.

Elle lui adresse un regard faussement ennuyé.

- J'ai terminé depuis une heure. J'ai commencé le huitième.

Il émet un sifflement entre agacement et satisfaction : « Granger, quittez ce corps ! »

- Bien, se contente-t-il de répondre sur un ton détaché en s'avançant vers elle, un épais volume dans les mains.

Elle referme le sien alors qu'il dépose le livre ouvert devant ses yeux.

- Je veux que tu te penches là-dessus.

Elle rapproche l'ouvrage et ses yeux entament ce rapide balais de gauche à droite si caractéristique de son empressement à ingurgiter toute nourriture cérébrale qu'il pourrait lui donner.

Il réprime un sourire narquois : elle a l'air d'une affamée.

Au fur et à mesure qu'elle avance dans sa lecture, il voit les sourcils bruns se froncer sensiblement.

- Jusqu'à présent, aucun élève n'a su donner sa pleine puissance à cette potion, explique-t-il.

- Pas même les vôtres ? lâche-t-elle avec léger sourire en coin.

Passant outre le sarcasme soulignant les traitements de faveur dont il gratifie les étudiants de sa maison, il reprend avec un rictus triomphant :

- Tu vas me montrer que tu sais réfléchir.

Le sourire mesquin s'efface instantanément.

- Comment ça ?

- Ce qui est écrit sur cette page est largement perfectible. J'attends de toi que tu me dises comment.

- C'est une plaisanterie ? Vous espérez vraiment que je sois capable de réussir là où tous les autres ont échoué ?

Il plaque ses mains de chaque côté du livre et se penche en avant pour bien capter son regard.

- J'attends de toi que tu réfléchisses là où tous les autres se sont contentés d'exécuter sans se poser de question.

Elle le fixe durant quelques secondes et il perçoit dans les pupilles fauves un soupçon de doute. Elle ne comprend pas pourquoi il cherche à l'attirer sur cette voie.

- C'est une mauvaise blague, marmonne-t-elle en parcourant la page incriminée. Je ne connais même pas la plupart des ingrédients utilisés dans sa composition et vous voudriez que je perfectionne une… – elle rabat la couverture de l'ouvrage et ses yeux s'écarquillent – potion au programme de la cinquième année ?!

Elle lui adresse un regard venimeux.

- Je ne vous ai pas donné suffisamment d'occasions de vous payer ma tête ces derniers temps, n'est-ce pas ?

- C'est à la portée de n'importe quel enfant sachant lire, répond-t-il avec une légèreté dont il sent bien qu'elle lui est insupportable.

- Vous ne me demandez pas de faire mieux que vos étudiants, vous me demandez de faire mieux que le rédacteur de ce manuel ! tempête-t-elle.

- En substance…

Il voit ses poings se crisper sur la table.

- Il y a dans cette recette une indication erronée dont la mise en application réduit considérablement les effets de la potion, je veux que tu la trouves. Si tu y tiens, je te laisse plein accès à ma bibliothèque pour effectuer tes recherches, mais la seule chose dont tu aies besoin est un cerveau en état de marche.

Il sait qu'en dépit de ses doutes quant à sa capacité à résoudre le problème qui lui est posé, elle prendra la remarque comme une insulte. Elle semble hésiter.

Elle a besoin de motivation...

- Mais si tu penses ne pas être à la hauteur…

Son expression n'aurait pas été différente s'il l'avait giflée.

- Il va me falloir du temps, déclare-t-elle froidement.

Il réprime le sourire moqueur qui démange ses zygomatiques : cette fille est comme un instrument de musique complexe dont il apprendrait à jouer. Et plus il progresse, mieux il sait quelle corde faire vibrer pour en tirer le son qu'il désire.

- On est vendredi soir. Tout le week-end s'offre à toi.

~o~

Il est 21h lorsqu'elle s'arme d'un parchemin vierge et d'une plume et commence à griffonner les prémices de sa réflexion. Elle s'arrête de plusieurs minutes, le regard perdu devant elle sur un point qui n'existe pas. Il lève le nez de ses propres lectures en entendant son siège racler le sol pour la voir s'engouffrer dans sa chambre. De longues minutes s'écoulent avant qu'elle ne réapparaisse, les bras chargés de cinq énormes grimoires parmi lesquels il reconnaît un vieil exemplaire de Mille herbes et champignons magiques par Phyllida Augirolle. Elle n'y trouvera pas tout ce qu'elle cherche mais le réflexe n'est pas dénué d'une certaine logique. Commencer par les bases est le préalable nécessaire à l'élaboration d'un raisonnement sain. Toutefois, il ne peut que noter qu'elle passe, comme il le pressentait, à côté du nœud du problème. En replongeant dans sa lecture, il songe qu'au vu de l'orientation qu'elle a prise, elle n'est pas prête de mettre le doigt dessus.

Il ne sait pas exactement combien de temps s'est écoulé lorsqu'il l'entend soupirer lourdement. Presque bercé par le crissement de la plume sur le parchemin et le bruit des pages qui se tournent, il en a complètement perdu la notion. Après avoir jeté un coup d'œil à la petite horloge posée sur la cheminée, il observe la jeune femme à moitié couchée sur son bureau. Ça fait presque deux heures et demi qu'elle planche sur le même exercice, visiblement sans grande avancée. Plusieurs livres sont ouverts devant elle, quelques parchemins d'une quarantaine de centimètres couverts de ratures se ré-enroulent sur eux-mêmes à même le sol. La tête entre les deux mains, elle laisse échapper un nouveau soupir de lassitude.

Il referme le grimoire qu'il tient entre les mains et se lève lentement. Absorbée par la difficulté à laquelle elle est confrontée, elle ne l'entend même pas s'approcher tandis qu'il étudie par-dessus son épaule le contenu du seul parchemin qu'elle a conservé : « Glossaire » lit-il tout en haut de la feuille marbrée. Elle n'est manifestement pas encore habituée à écrire à la plume et il doit avancer encore son visage pour déchiffrer ce qui est écrit entre les tâches sombres. Elle a énuméré tous les ingrédients et un par un, a répertorié leurs propriétés. Elle a poussé la réflexion jusqu'à se poser la question du rôle de chacun dans la potion d'amnésie. Il saisit sans peine sa démarche : trouver l'ingrédient qui n'a pas sa place dans la composition. Il comprend mieux l'usage qu'elle a fait de ses ouvrages et doit s'avouer agréablement surpris de sa capacité à se poser les questions induisant les recherches les plus avancées.

Cela étant, elle ne trouvera pas dans cette liste un seul élément dont la suppression ne changerait pas la nature de la potion.

Comme si elle avait entendu ses pensées, mue par une énergie nouvelle, elle s'empare d'un nouveau rouleau de parchemin et écrit à la hâte un entête qu'elle encadre : « possible substitution d'un ingrédient ». Sous l'intitulé, elle note une dernière phrase avant de s'emparer du grimoire le plus éloigné : « Rechercher des substituts pouvant amplifier les effets de la potion ».

Il hausse un sourcil, de plus en plus surpris par son audace. Elle ne pense pas réellement à se lancer dans des recherches de cette envergure ! Elles pourraient faire l'objet de vrais travaux scientifiques et bien qu'aucune nouveauté ne puisse être découverte en la matière, même si elle savait quels ouvrages interroger, elle en aurait pour des heures à recenser l'infime partie des éléments à sa portée.

Il s'éloigne aussi silencieusement qu'il s'était approché et une fois attablé à son propre bureau, appelle Zini pour lui passer commande d'une grosse théière de thé vert : la nuit promet d'être longue.

Il est 3h passées lorsqu'il termine de corriger les copies des quatrième année. Ça fait un bon moment qu'il n'entend plus rien en provenance de son bureau à elle. Tandis qu'il glisse la pile d'atrocités académiques dans un tiroir, il observe sa posture. Une main enfouie dans ses cheveux ; maintenant sa tête à demi levée, l'autre tenant encore, entre des doigts pâles et desserrés, une plume à l'extrémité de laquelle l'encre a séché, elle a finalement été vaincue par le sommeil.

Le claquement du tiroir qu'il referme la fait sursauter sur sa chaise. Sans lever la tête en sa direction, elle frotte vigoureusement ses yeux et se plonge de nouveau dans les colonnes épaisses qu'il imagine troubles.

- Je vais me coucher, l'informe-t-il, curieux de sa réaction.

- Hmm…

Elle ne lui adresse même pas un regard. Il sait qu'elle va passer la nuit-là… et probablement s'endormir de nouveau. Il accueille sa ténacité avec un rictus amusé : elle doit apprendre à savoir se retirer. Elle perd son temps et son énergie.

~o~

Quand il quitte sa chambre après avoir pris sa douche du matin, il est 8h30. Il ne s'explique pas avoir pu dormir autant. Alors qu'il ferme le dernier bouton de sa redingote avec la sensation désagréable d'avoir perdu une partie de sa journée, un reniflement peu gracieux l'interpelle.

Elle est de nouveau derrière son bureau. Seul le manuel de potions de cinquième année est encore ouvert devant elle et ses yeux oscillent frénétiquement d'un parchemin à un autre. Elle cherche quelque chose qu'elle peine manifestement à trouver.

En s'approchant un peu, il note la rougeur de ses yeux et les cernes violacés qui les soulignent. Elle est restée là toute la nuit !

C'est ridicule. Si elle n'a pas encore trouvé la réponse, ce n'est pas dans cet état qu'elle s'en approchera.

D'un pas décidé, il s'approche du petit bureau encombré et d'un geste précis, récupère le livre et les trois feuillets qu'elle scrutait comme si elle espérait y trouver de l'or.

- Qu'est-ce que vous faites ? s'offusque-t-elle d'une voix caverneuse.

- Va te coucher ! ordonne-t-il en étudiant alternativement les parchemins qu'elle a noircis. Le temps imparti est écoulé.

- Vous m'aviez dit que j'avais jusqu'à demain, lui rappelle-t-elle en quittant sa chaise d'un bon.

- Et donc ? arque-t-il un sourcil en la jaugeant. Tu comptes restée éveillée jusque-là pour résoudre une équation dont tu t'éloignes de la solution au fil des heures ?

Elle déglutit.

Le premier parchemin est celui du glossaire qu'elle a conservé. Il jette un œil au second et constate qu'elle a été bien plus méticuleuse qu'il n'aurait pensé dans sa recherche d'ingrédients de substitution. Non seulement elle en a trouvé au moins un plus puissant pour chacun des éléments présents dans la recette, mais elle a su rapidement les écarter un à un en raison des incompatibilités qui auraient eu pour effet, soit de neutraliser les propriétés des autres, soit de rendre la mixture impropre à la consommation. Le troisième feuillet s'inscrit dans la suite logique du second : elle a recherché quelles incompatibilités pouvaient exister entre les ingrédients présents dans la liste et les interactions susceptibles d'amoindrir les effets de la potion telle qu'elle est présentée dans le manuel.

Si elle prêtait davantage attention aux évidences, elle pourrait presque être brillante…

- Qu'est-ce que ça signifie ? se manifeste-t-elle de nouveau en tentant de lui arracher ses notes des mains.

D'un mouvement sec et précis, il les éloigne de sa portée.

- Ça signifie que dans ton état, tu n'es plus bonne à rien et qu'il faut savoir reconnaître ses limites.

Les yeux vitreux se chargent d'une lueur haineuse qu'il ne leur avait pas vue depuis longtemps.

- J'ai peut-être eu tort de te surestimer, marmonne-t-il d'une mauvaise foi absolue. De toute évidence, tu n'étais pas à la hauteur du défi.

Il jurerait l'avoir vue frémir de rage.

- Vous saviez avant de me le donner que cet exercice n'était pas à ma portée, rugit-elle. La potion en question n'est étudiée que dans le courant de la cinquième année, je n'avais ni les connaissances ni la documentation nécessaire…

- Tu avais bien plus que ce qui était suffisant à disposition, l'interrompt-il.

- Vous avez déjà dit ça hier, pourtant j'ai tout passé en revue.

- Je suis d'ailleurs assez surpris, reconnaît-il, tu as éliminé de ton raisonnement les éventualités qui étaient pourtant les moins évidentes. Que tu n'aies pas su voir ce qui était juste sous ton nez est d'autant plus étonnant.

- Il n'y avait rien sous mon nez et ce depuis le début ! Vous saviez que je ne réussirais pas.

- C'est vrai, concède-t-il. Je savais que tu échouerais mais la difficulté de la tâche n'était pas en cause. C'est sa simplicité enfantine qui t'aura perdue.

Il peut voir à sa façon de respirer, à la posture qu'elle a adoptée et à ses yeux rouges qu'elle braque sur sa jugulaire, qu'elle se retient avec peine de lui sauter à la gorge… et en dépit de son teint pâle et de son visage marqué, elle n'en est que plus tentatrice.

- Vous bluffez, lance-t-elle avec conviction.

Il la toise un instant, puis avec un sourire condescendant, ouvre de nouveau le manuel qu'il dépose sous son nez. De son index, il lui indique une ligne vers le milieu de la page.

- Lis à voix haute !

Elle lui adresse un regard méfiant.

- Lis.

- « Coupez les huit fèves de bubobulb pour en extraire tout le jus, puis le faire… »

- Stop ! l'interrompt-il.

- Quoi ?

Elle s'impatiente. Entre l'épuisement et la colère, il sent qu'elle n'est plus apte à réfléchir de façon cohérente.

- Le cœur du problème se trouve dans cette phrase.

Elle la relit plusieurs fois à voix basse, puis le silence retombe durant plusieurs secondes avant qu'elle n'oscille la tête de droite à gauche.

- Je ne comprends pas, murmure-t-elle d'une voix à peine audible et il peut imaginer ce que la confession lui coûte compte tenu de son discours sur la trivialité du problème.

- Si tu te contentes de couper les huit fèves, tu n'en extrairas jamais que le jus de quatre ou cinq tout au plus.

Elle lève ses yeux hagards sur lui.

- Il faut les écraser, précise-t-il.

Un ange passe.

- Les écraser…, répète-t-elle comme absente, les écraser ? Vous vous moquez de moi ?

La fureur se lit de nouveau sur tous les traits de son visage.

- J'ai cherché un véritable problème de fond pendant des heures alors qu'il s'agissait d'une difficulté mineure relative au mode opératoire ?

Une difficulté mineure ?

Que ce soit la frustration qui parle ou la bêtise, il ne peut pas la laisser proférer ce genre d'âneries impunément.

- C'est le genre de difficulté mineure qui peut déséquilibrer une équation et mener à la mort dans d'autres circonstances, lâche-t-il d'un timbre méprisant. Tu ne peux pas accueillir sans même réfléchir toutes les aberrations qui sont écrites sous le label du ministère. Il semblerait que le vide dans ton crâne ne soit pas qu'une illusion générée par le regard de poisson mort que tu promènes autour de toi.

A dire vrai, en plus de l'absurde complexité de son esprit, elle doit son échec à l'absence totale de pratique. Si elle a vu en images à quoi représente la fève, elle n'a jamais pu éprouver la difficulté d'en récolter l'essence de ses propres mains puisqu'il a toujours retardé le passage à la conception en la matière. Elle touche les limites de la théorie, signe qu'elle est mûre pour appréhender l'intérêt de la pratique.

Il aurait pu se contenter de cette explication, mais à cet instant, il avait besoin de blesser sa fierté.

- Comment osez-vous me traiter comme ça ? hausse-t-elle le ton. Après ce que vous m'avez fait…

Il ne cherche pas à cacher le rictus narquois qui tord ses lèvres à l'écoute de cet argument du désespoir, quoiqu'il se retienne de lui faire remarquer qu'elle devrait plutôt se focaliser sur ce qu'il aurait pu lui faire.

Elle est vexée. Il a bousculé son amour propre alors elle le remet face à ses propres dérives. Si elle parvient à se servir de cet événement comme d'une arme…

« C'est qu'elle a compris que ça t'affectait… »

- Utiliser ce que j'ai failli te faire avec une telle légèreté est le signe que tu t'es plutôt bien remise, susurre-t-il tout près de son oreille.

Ce brusque mouvement de recul lorsqu'il la frôle ne peut pas l'étonner.

- Pourquoi n'avouerais-tu pas que tu te sens simplement diminuée par ton incapacité à résoudre les problèmes les plus simples ? provoque-t-il.

Il ne lui en faut pas plus pour exploser.

Ses yeux rivés sur sa table de travail, elle envoie tout son matériel par terre dans un cri rageur.

Alors qu'il la fixe longuement, pas une fois elle ne lève les yeux sur lui. Il sait qu'il a visé juste : c'est après elle qu'elle en a le plus.

En replaçant les précieux volumes en sécurité dans les étagères, il s'adresse à la jeune femme, restée immobile au milieu de la désolation de parchemin, d'encre et de plume cassée à ses pieds.

- Maintenant va te coucher ! Tu dois avoir les idées claires pour ce que nous allons faire ce soir.

- Je ne vais rien faire ce soir, s'oppose-t-elle à la consigne dans une attitude profondément infantile de gamine vexée.

- Oh si ! Tu vas éprouver l'importance de la « difficulté mineure » que nous avons soulevée.

Elle lève sur lui un regard perplexe et interrogateur.

- Puisque tu sembles persuadée qu'il s'agit d'une correction négligeable, je pense qu'il est temps de passer à l'étape supérieure … et ça implique que tous tes sens soient en alerte.

- Parce que ? demande-t-elle méfiante.

- Parce que nous allons faire un tour dans la forêt interdite.

oOoOoOo

Merci à tous d'avoir pris le temps de lire ce chapitre. J'espère qu'il vous aura fait passer un bon moment. La suite de STOM devrait arriver dans les jours à venir alors ne vous démobilisez pas et ne perdez pas espoir. Les choses devraient évoluer dans les chapitres à venir.

NB : Ce chapitre a dû rappeler aux lecteur de Lily Snape 63, un passage de sa fic, chapitre 13 : « Une chance de tout changer ». C'est un peu de moi dans la fic de mon amie la plus chère. Je vous invite à aller la lire si vous en avez le temps et la curiosité. Elle vous replongera dans les années prof de Snape et un peu dans les bouquins puisqu'elle en suit toute la chronologie.

A très vite les amies.