Salut à toutes. Ca faisait assez longtemps sur Spinner's End, c'est vrai. Je n'ai pas vu le temps passer tant j'ai été prise par le travail. Je suis à deux mois de la soutenance de ma thèse et j'ai le plus grand mal à me plonger dans l'esprit tortueux de Severus Snape, alors pour ce qui est d'écrire sur le sujet, je vous laisse imaginer… mais voilà, ça arrive maintenant et il est tout chaud. Ne m'en voulez pas trop.

Même si j'ai conscience de mettre régulièrement votre patience à l'épreuve, je tiens simplement à rappeler quelques règles élémentaires de savoir-vivre en essayant cette fois de ne pas trop m'énerver. Ne m'invectivez pas pour avoir la suite : c'est la plus sûre façon de me bloquer. Les reproches ne fonctionnent pas non plus. Pas plus que les tentatives agressives de culpabilisation qui m'expliquent en substance ce dont je dois me contenter ou non ou à quel point je devrais être reconnaissante qu'on se contente de lire mon travail même sans aucun retour. On ne s'inscrit pas sur un site comme sans espoir de partage avec la communauté des lecteurs-auteurs. Enfin, je tiens à faire toucher du doigt à ces personnes qu'elles n'ont aucune légitimité à tenir des propos aussi durs quand elles ne se sont elles-mêmes jamais donné la peine de laisser le moindre commentaire avant le commentaire incriminé.

J'ai aussi une vie en dehors de qui ne me laisse pas le loisir de m'y consacrer autant que je le voudrais, merci de le garder à l'esprit. En outre, ce ne serait respectueux ni vis-à-vis de mon travail, ni vis-à-vis de vous de vous pondre des chapitres d'une qualité médiocrissime sous couvert d'un impératif de productivité. Merci à toutes celles qui me soutiennent et comprennent. Mille mercis pour vos encouragements et votre patience, je vous dois beaucoup et vous adore !

Ah oui, n'hésitez pas à chercher Saizo Hotohori sur Facebook si le cœur vous en dit. J'ai créé le profil pour l'occasion et il pourra vous tenir informées de l'avancée de mes traaux et peut-être vous aider à patienter un peu. ^^

Bonne lecture à toutes !

RAR :

Fantomette34 : Merci beaucoup à toi. Ca me fait plaisir que tu apprécies toujours autant. Je sais que je t'ai faite attendre plus que beaucoup puisque tu es toujours une de mes premières lectrices mais merci d'être encore là. Ca signifie beaucoup pour moi. J'espère que ce chapitre te plaira. (Merci pour le partage de ma fic. Une nouvelle lectrice adorable s'est égarée dans mon petit monde tortueux grâce à toi :D )

Flore : Je suis vraiment désolée pour l'attente. La suite arrive enfin après de trop longs mois. J'espère que tu ne seras pas déçue. Merci pour ce merveilleux compliment. Le fait de me dire que ma fic sort des sentiers battus est sans doute un des plus beaux que l'on m'ait faits.

Alienor : Merci beaucoup. Je suis contente que le travail de description autour des potions ait été convaincant. Ce chapitre m'a donné du mal à ce niveau. Je ne pense pas que Severus puisse être autre chose que détestable sous ma plume pour répondre à ta question. En réalité, même dans l'expression de ses sentiments les plus « nobles », il y a toujours ce côté salopard qui vient ternir le tableau… ou le rendre plus excitant… c'est selon le point de vue ;)

Mary 12 : J'ai conscience que j'ai fait attendre et je suis vraiment vraiment désolée. Pour être honnête, ne plus avoir le temps de me consacrer à l'écriture est une de mes plus grosses craintes pour la suite, mais je dois admettre que le processus est d'ores et déjà bien amorcé. En tout cas, je te remercie d'être toujours là, malgré tout. Ca compte vraiment beaucoup pour moi. J'espère que tu ne seras pas déçue par la suite.

Lane : Wahou ! Alors là… je reste sans voix face à ce magnifique compliment. Mille mercis pour tant de jolies choses. Ca me touche beaucoup ! Je suis ravie que tu aimes « mon » Snape. J'espère que la suite ne te décevra pas.

Lily Rogue : Il y a en effet eu beaucoup de problèmes avec HPF et les modératrices n'ont jamais répondu à mes appels à l'aide. Alors me revoici sur . Merci beaucoup d'avoir fait le voyage jusqu'ici ! ^^ J'espère que la destination ne sera pas décevante.

Danny : Tu as vu une faute ? Mais moi chaque fois que je relis mes chapitres, évidemment après les avoir postés hein, c'est beaucoup plus drôle, je me rends compte que j'en ai oublié des tonnes ! Et ça ne s'arrange pas avec le mélange des langues. En tout cas, merci beaucoup. J'espère que la suite te plaira.

Guest : Merci beaucoup pour ta review. Non, je n'attends pas 340 reviews / sec. Mais quand on a 30 mins pour lire un chapitre, on a aussi 2 minutes pour le commenter ^^. Pour ce qui est de l'absence, elle est simplement due à mon travail. Je ne peux pas mettre ma vie pro en stand by malheureusement, même si j'aimerais créer de grosses parenthèses dédiées à HP. D'ailleurs, je ne pense pas que l'intérêt autour de la saga s'émousse, surtout en ce moment. Au plaisir de te relire, je devrais être un peu moins prise pour le mois à venir ;).

Chapitre 40 : Elle ne réalise pas…

Il agite sa baguette dans les airs alors que se profile le portail imposant. Une volute brumeuse vacille tout autour de l'édifice monstrueux et il n'a pas besoin de ralentir le pas tandis qu'il traverse, sans s'arrêter, la gueule d'acier qui marque l'entrée de la propriété des Malefoys.

Il ne doit pas perdre de temps. Il est tout juste 16h mais il voudrait être de retour à Poudlard avant son réveil. Depuis qu'il l'a chassée de la pièce principale de ses appartements pour qu'elle aille dormir en vue d'être correctement préparée à ce qui l'attend ce soir, il n'a pas entendu le moindre son s'échapper de son ancienne bibliothèque.

Il n'a pas quitté une seule fois le château depuis Halloween. Il ne l'a pas une seule fois laissée sans surveillance entre ces murs depuis l'incident. Zini a reçu des consignes très précises la concernant et bien qu'ils n'aient pas abordé le sujet, il pressent désormais que Dumbledore garde un œil sur elle. Malgré tout, s'il s'est autorisé à quitter l'enceinte de l'école sans la traîner à sa suite, c'est uniquement parce qu'il la sait en sécurité là où elle est actuellement. Reste qu'il n'est pas homme à quitter sa tanière sans avoir au préalable pris les précautions nécessaires. Et c'est même précisément pour ça qu'il espère être rentré avant qu'elle ne réalise qu'il lui est impossible de sortir. Pas que ce qu'elle pense du concept de séquestration l'inquiète vraiment mais une nouvelle crise, dans la situation qui est la leur actuellement, pourrait compromettre les progrès accomplis et à venir. Sans compter qu'il n'a pas réellement envie de connaître son interprétation quant à ce que révèle le geste sur son état d'esprit vis-à-vis d'elle…

- Papa t'a laissé violer le couvre-feu ? raille Malefoy père tandis qu'il s'empare de la tasse qu'un elfe vient de poser devant lui.

- Dumbledore n'est pas un idiot. Il sait que je dois pouvoir me rendre auprès du Seigneur des Ténèbres pour accomplir, sans éveiller de doute, la mission qu'il pense m'avoir confiée. Si je ne veux pas qu'il m'ait trop à l'œil, je dois faire profil bas après la descente d'Halloween.

- Quelle position inconfortable, marmonne sournoisement Lucius en faisant tourner le pied d'un verre à vin entre ses doigts. Sois prudent. Il serait fâcheux que tu en oublies à qui revient ta réelle allégeance.

Il observe l'aristocrate savourer une gorgée du breuvage pourpre par-dessus sa tasse. La remarque sonne comme un avertissement. Lucius n'est pourtant pas, de ses camarades mangemorts, celui qui a pour habitude de remettre en cause sa loyauté à la moindre occasion.

Il a toujours pris soin de lui faire miroiter une relation privilégiée de confiance qu'il n'aurait qu'avec lui, son aîné, son modèle en quelque sorte… Quitte à devoir tordre le cou à son caractère véritable pour s'assurer de préserver sa couverture, autant choisir un individu qui bénéficie, comme lui, d'une place privilégiée auprès du Lord. Il y a gagné un appui de poids et s'est, par la même occasion, épargné la peine de devoir gagner la confiance de tous… Il n'a jamais été suffisamment souple pour ramper sur des kilomètres et l'âge raidit.

Il suit du regard chacun des mouvements de son homologue, silencieusement. Quelque chose s'est passé. Quelque chose qui a éveillé la méfiance. Pas nécessairement celle de Lucius mais peut-être celle du Seigneur des Ténèbres lui-même. Même si l'appréhender comme tel lui donne la nausée, le sorcier suffisant est sans doute le seul véritable allié qu'il ait au sein des troupes de Voldemort. La plupart le craignent, les autres le détestent pour diverses raisons et la jalousie n'est pas la dernière sur la liste.

Ce n'est pas le cas du mangemort aux cheveux blonds. Pas qu'il l'apprécie non plus, ou pire, qu'il lui porte de l'affection… Leur relation n'est fondée sur rien de tout ça. Il a stratégiquement su se placer dans une position d'infériorité par rapport à son aîné. Lucius Malefoy n'a qu'un mépris bienveillant pour lui et cette bienveillance il la doit pour moitié à la position qu'il occupe vis-à-vis de son fils, pour moitié à celle de faire-valoir qu'il s'efforce de conserver auprès de lui… Il n'est ni aveugle ni stupide. Plus l'égo est important, plus l'esprit est facile à manipuler, à séduire… Lucius tient à cette relation qu'il croit sincère au moins autant que lui pour d'autres raisons.

C'est la mise en garde d'un camarade.

- Je crois comprendre qu'elle a fait l'objet d'une conversation récente, hasarade-t-il. Ta belle-sœur aurait-elle, d'une façon ou d'une autre, réussi à m'imputer ses derniers débordements ?

- Les élucubrations de ma belle-sœur trouvent malheureusement une oreille attentive en celle de notre Lord.

Lucius confirme ses soupçons. Néanmoins, il ne voit pas ce qu'il pourrait y avoir dans les évènements relatifs au dernier raid qui pourrait jeter le discrédit sur ses actes en comparaison de ceux de Bellatrix.

- Ne t'inquiète pas trop. Tu as la chance d'avoir des compagnons fiables.

Il ravale le sarcasme que lui inspire la remarque et adresse un regard faussement curieux à son homologue.

- Personne parmi nous n'a corroboré les absurdités dont elle t'accuse.

- Et à tout hasard, de quoi m'accuse-t-elle ?

- Des inepties Severus, balaye Lucius en se servant un nouveau verre de vin. Elle a l'air persuadé que tu as toi-même causé cette frénésie qui l'a rendue hors de contrôle… mais quiconque a déjà assisté à ses débordements sur le terrain sait qu'il faut prendre les mots qui sortent de la bouche de Bellatrix pour ce qu'ils sont : les excentricités d'une folle.

Le discours de Lucius se veut rassurant mais il a quand même estimé nécessaire de le mettre au courant…

- Tu pourrais tenir ta langue en ma présence Lucius, je n'apprécie pas que tu parles de ma sœur en ces termes.

Dans l'embrasure de la double porte du grand salon, apparait la silhouette longiligne de Narcissa Malefoy, une enveloppe entre les mains. Son mari ne se retourne même pas, signe du peu de considération qu'il porte aux opinions de sa femme. D'un air détaché, il continue de siroter son grand cru tandis que la sorcière s'avance dans la pièce.

- Mais Lucius a raison sur le fond, ajoute-t-elle en posant une main sur l'épaule du mangemort, comme pour appuyer ses allégations. Aucun Malefoy ne compromettrait son nom en accordant trop de crédit aux accusations de Bella. Pas même moi.

- C'est réconfortant de constater qu'il existe encore des personnes dignes de confiance.

Si Lucius est trop vaniteux pour déceler le cynisme dans la réplique, le haussement de menton suffisant de Narcissa lui laisse entrevoir qu'elle a été piquée.

- Tu voulais quelque chose en particulier ? demande son hôte à la nouvelle arrivante.

- Je profitais simplement de la présence de Severus pour t'apporter ça, répond-t-elle en lui tendant l'enveloppe brune. Elle vient d'arriver.

Il observe Lucius retourner l'enveloppe entre ses doigts et afficher un sourire narquois.

Il se sent plisser les yeux, dans l'attente de ce qui va suivre.

- Ça n'est jamais que la cinquième depuis septembre, lâche Narcissa avec une pointe de dégoût avant de tourner les talons.

- Ta femme semble avoir une dent contre moi, reléve-t-il en observant la silhouette mince s'éloigner dans le grand hall.

- Elle n'apprécie pas beaucoup le fait que je reçoive autant de lettres de Vivian Godway, marmonne-t-il en décachetant l'enveloppe.

- De Godway ? s'étonne-t-il. Et on peut savoir pourquoi Narcissa me tient pour responsable de tes frasques ?

- En réalité, il s'agit des tiennes, Severus, corrige Lucius avec une œillade moqueuse.

Il suspend le geste qui ramenait la tasse de porcelaine à ses lèvres.

- Je ne sais pas ce que tu lui as fait l'autre soir mais elle semble ne plus pouvoir se passer de toi.

Qu'est-ce que ce pervers raconte ?

- Et c'est pourquoi elle t'écrit, j'imagine, te rendre compte de mes performances en plusieurs volumes.

- Si je ne te connaissais pas, je pourrais croire que tu es jaloux de ma correspondance avec Miss Godway.

Il a du mal à croire que Lucius le connait mal au point de penser qu'il peut nourrir un besoin d'exclusivité envers cette femme, simplement parce qu'il a eu la faiblesse de l'utiliser. Les choses sont en réalité bien plus basiques. Il commence simplement à perdre patience. Faire des ronds de jambe n'a jamais compté parmi ses aptitudes dont il aime user et le « mystère » que se plait à cultiver son homologue alors qu'il est pressé de regagner le château, joue sur ses nerfs.

- Narcissa l'est en tout cas, fait remarquer Lucius comme si ce n'était pas déjà suffisamment évident. Elle a peur que cette relation épistolaire ne me donne des idées.

Bien entendu… Lucius Malefoy n'est pas un précurseur en matière d'idées tordues et se les laisse régulièrement souffler par d'autres…

- J'ai du mal à comprendre pourquoi elle t'écrit pour faire l'éloge de MES prouesses, se contente-t-il de répondre sobrement.

- La pauvre femme essaie de te contacter depuis des semaines sans succès, l'informe l'homme au regard concupiscent en lui tendant la feuille de papier.

Il parcourt rapidement la lettre écrite de la main du succube avant de la laisser mollement retomber sur la table basse. Le peu d'intérêt qu'il porte à l'individu se reflète à l'évidence dans le geste.

- Comment peux-tu être insensible aux appels de cette âme esseulée à l'approche de l'hiver ? nargue l'homme aux cheveux platine.

S'il s'en réfère à la garde-robe de la sulfureuse, il ne parierait pas sur sa sensibilité au froid.

- Je suis un animal à sang froid, renifle Rogue avec mépris, mais la prochaine fois que tu croises sa route, sens-toi libre de céder à tes pulsions bienveillantes.

Son homologue lui répond par un large sourire en exhibant son annulaire droit.

- Voyons Severus, je suis un homme marié…

Et parfaitement comblé, ne peut- il s'empêcher de penser avec une certaine dose d'ironie tandis qu'il songe aux serres de Narcissa possessivement refermées sur l'épaule de son mari.

- … mais, reprend le mangemort en jetant un furtif coup d'œil de côté et son vis-à-vis comprend qu'il tend l'oreille pour saisir le moindre son qui trahirait la présence de son épouse, je suis curieux. Comment est-elle ?

Il hausse un sourcil par-dessus sa tasse.

- Je ne peux pas croire que tu n'aies jamais croqué cette pomme-là.

- Ça peut te surprendre Severus, mais je n'ai pas planté mes crocs dans tous les fruits de la corbeille.

Et à la lueur de lubricité pure qu'il a entrevue dans le regard acier lorsqu'il a posé la question, il devine que s'il n'a pas touché celui-là, c'est qu'elle ne lui en a pas laissé l'occasion.

- Alors ? relance l'homme aux cheveux blonds. Comment est-elle ?

Il n'a jamais compris ceux de ses coreligionnaires qui sentent leur virilité exploser en livrant le détail de leurs expériences sexuelles. Il a un réel problème avec les pratiques de mauvais goût. Il n'a pas besoin de confier ses exploits pour en tirer satisfaction et si tel était le cas, les incessantes missives de Godway devraient à elles seules suffire à tarir les questionnements de son vis-à-vis.

Il a hâte d'en terminer et comprend à l'avidité dans le regard acier que son vieil ami ne se contentera pas d'un silence réservé.

- Docile et étonnamment… flexible, lâche-t-il, aussi concis que suggestif.

Il observe le sorcier qui lui fait face réajuster sa redingote avant de se repositionner dans son fauteuil. Il ne lui en aura pas fallu beaucoup pour se sentir à l'étroit dans son pantalon.

- Intéressant, ponctue-t-il avec une retenue qui contraste admirablement avec le vice qui suinte à présent par tous les pores de sa peau. Ta servante soutient-elle la comparaison ?

Evidemment, il fallait bien qu'elle arrive sur le tapis à un moment ou l'autre. Il ne s'explique pas cette obsession des mâles Malefoy pour cette fille.

- Il n'y a pas de concurrence envisageable entre ces deux-là.

Lucius le fixe intensément. Il semble hésiter quant à l'interprétation qu'il doit donner à ses propos.

- Ne me dis pas que tu ne l'as jamais touchée, lâche-t-il enfin.

- Même si je le voulais, elle est désormais sous la protection de Dumbledore. Je n'ai plus la possibilité d'en disposer à ma guise.

- Quel gâchis ! Sortir cette pouilleuse de la rue tout ça pour voir ce vieux sénile te couper l'herbe sous le pied…

- J'espère que le sacrifice me vaudra au moins de renforcer mon crédit auprès de lui, feint-il la frustration.

- Si cela s'avère insuffisant, je serai toujours à temps de rectifier le tir.

L'insinuation le crispe légèrement. Il n'aime pas la lueur de cupidité qu'il perçoit dans ce regard.

- De rectifier le tir ?

- La faire sortir du giron de Dumbledore sans que ça ne te soit imputé ne devrait pas être trop compliqué. Actionner quelques contacts très bien placés ne serait pas un problème.

Il tente de maîtriser la pression qu'il inflige à l'anse de sa tasse.

- Tu oublies que Poudlard est une des rares institutions à encore disposer d'une certaine indépendance, même par rapport au ministère.

- Tu sais bien que l'influence de la famille Malefoy s'étend au-delà des risibles pantins qui siègent au gouvernement, renifle Lucius avec un mépris affiché.

Il n'a pas besoin que le sorcier s'en vante pour le savoir, mais qu'il envisage d'aller si loin ne laisse présager qu'un amoncèlement de complications.

- Je ne tiens pas à ce que d'autres s'arrogent les privilèges qui me reviennent par ton entremise, place-t-il habilement.

- Plutôt que de privilèges, il s'agirait d'éducation, rectifie Lucius. Ta souillon a besoin d'être dressée et j'ai ma petite idée sur la façon de procéder pour que ses yeux arrogants restent définitivement cloués au sol. Bien sûr, j'y pourvoirais moi-même.

Comme si la perspective de la savoir entre les mains du sorcier était de nature à le rassurer…

Bien que son visage n'en reflète rien, regarder Lucius caresser pensivement sa lèvre inférieure de la tranche de son verre à pied génère en lui une irritation qu'il voudrait ne pas avoir à contenir.

- Je vois très exactement comment occuper cette langue acérée pour la priver de toute occasion de se montrer insolente.

Malgré la violence de ce qui se joue dans ses entrailles à cet instant précis, il dépose tranquillement sa tasse sur la table et continue d'observer fixement son vis-à-vis manifestement perdu dans des pensées qu'il a du mal à tolérer.

- Quand j'en aurais terminé avec son dressage, la douleur permanente dans chacun de ses membres se chargerait de lui rappeler quelle est sa place…

Imaginer ce qui se passe dans la tête de l'homme, l'imaginer elle, se tordre sous ses assauts, a achevé de brûler ses dernières réserves de patience.

- L'idée est séduisante, coupe-t-il enfin court aux divagations déplaisantes du mangemort, mais je ne saurais attendre de celui qui m'a si vivement conseillé de ne pas toucher à « ça » qu'il se salisse les mains à ma place.

Le sourire qu'échangent les deux sorciers est glacé. Il peut voir au regard de Lucius que ses pieds sont de nouveau solidement arrimés au sol. Il semble avoir du mal à comprendre pourquoi son allié et ami de longue date tient tant à la garder éloignée de ses griffes et il parait évident que le stratagème utilisé pour le renvoyer dans sa propre ère de jeu ne lui a pas plu.

Que Lucius pense qu'il cherche à la garder pour lui seul ou qu'il le croie incapable de braver la menace que le directeur fait planer au-dessus de sa tête, il semble avoir compris qu'il n'entend laisser personne l'approcher… Et il connait suffisamment l'individu pour savoir que l'interdit attise d'autant plus sa convoitise.

- Je tiens à la paix qui règne sous mon toit, Severus, reprend Lucius manifestement refroidi par le rappel à l'ordre, assure-toi de faire ce qu'il faut pour ne plus qu'elle écrive ici.

Quel hypocrite !

Il regarde l'homme brandir l'enveloppe qui contenait la missive de Vivian Godway avant de la jeter sur la lettre dépliée devant ses yeux.

Lucius Malefoy n'est réellement pas le genre d'homme qui apprécie de se laisser dicter sa conduite, n'est-ce pas ? Pas même lorsque ses intentions impliquent de piétiner les platebandes de ceux qu'il qualifie pernicieusement d'amis. S'il pense pouvoir étendre aux siens la mainmise qu'il s'est octroyée sur les biens des autres partisans du Seigneur des Ténèbres, il pourrait se heurter à une surprise de taille. Si pour l'instant il a toujours mis un point d'honneur à conserver une parfaite maîtrise de son comportement face aux travers de la famille Malefoy, Lucius n'imagine sûrement pas à quel point il saurait se montrer dissuasif s'il poussait la plaisanterie trop loin.

- Miss Godway prétend qu'elle a essayé de me contacter à mon domicile et à l'école, décide-t-il de jouer son jeu de dupes pour l'instant. Mon elfe de maison s'assure que je reçoive tout ce qui est envoyé à Spinner's End et je n'ai reçu aucune de ses prétendues lettres. Je ne sais pas ce que cherche cette femme, mais il me parait évident que ma pseudo indifférence n'est qu'un prétexte pour entretenir un contact avec toi.

Le sorcier platine scrute un instant son vis-à-vis. Il essaie de jauger son état d'esprit… à l'évidence sans succès puisqu'il change rapidement de sujet.

- En parlant de courrier sans retour, Drago a des problèmes à l'école ces derniers temps ?

Il prend quelques secondes pour donner l'impression qu'il réfléchit à la question, conscient que le sujet pourrait facilement déraper.

- Pas à ma connaissance, répond-t-il laconique.

- Au cours des dernières semaines, je lui ai envoyé plusieurs hiboux, restés sans réponse à ce jour.

- Curieux…

Comment peut-il ne pas envisager que son fils lui tient rancune pour l'humiliation qu'il lui a faite subir le soir de son propre anniversaire ? Ce n'est certainement pas lui qui lui fera toucher du doigt l'évidence. Il n'a aucune envie de rouvrir le dossier qu'il a péniblement réussi à refermer il n'y a pas deux minutes.

- Tu es son professeur préféré…

S'il savait quelle guerre froide les oppose actuellement… Apparemment et comme il l'avait présagé, l'avorton pleurnichard n'a pas daigné porter les récents évènements à la connaissance de papa.

- … garde un œil sur lui. Narcissa est inquiète.

Mais peut-être serait-il bien avisé d'assurer ses arrières malgré tout.

- Qu'elle se rassure. Je n'ai rien remarqué de très préoccupant.

Lucius lui adresse un froncement de sourcils interrogateur, signe qu'il a mordu à l'hameçon.

- Quelques tensions avec certains de ses camarades de classe, répond-t-il à la question silencieuse. Rien de surprenant. Ton fils est devenu majeur cette année et sa place auprès du Seigneur des Ténèbres tend à devenir de plus en plus importante. Il suscite la jalousie. Il n'y a rien d'anormal là-dedans, continue-t-il tranquillement.

Son homologue boit avec une soif déconcertante les presque-vérités qu'il énonce.

- Drago sait qu'il bénéficie de ma part d'un soutien sans réserve mais…

- Mais ?

- Mais dans sa lutte pour assurer sa domination sur ses camarades, il me voit comme un obstacle sur sa route. Il n'est pas très compliqué de comprendre qu'il redoute qu'on ne reconnaisse aucune légitimité à une hégémonie qui serait assise sur les relations de son père…

D'une pierre deux coups ; il rassure le père et discrédite le fils quant à de potentielles accusations qu'il pourrait être tenté de porter contre lui. Il préfère avoir quelques coups d'avance et s'assurer le soutien de Lucius en détournant le véritable nœud du problème dans l'hypothèse où Drago viendrait à lui jouer un mauvais tour. Désormais, il ne verra dans les plaintes de son morveux de fils que les caprices d'un enfant trop gâté déterminé à bêtement cracher dans la main qui lui a généreusement été tendue.

oOoOoOo

La nuit est tombée depuis plusieurs heures sur le domaine lorsqu'il regagne enfin les cachots. Il sent ses muscles se détendre un à un à mesure qu'il avance dans les dédales souterrains de l'école. Il est habitué à devoir se balancer au-dessus du vide lors de ses entretiens réguliers avec le Seigneur des Ténèbres mais c'est la première fois qu'il vit la fin d'une rencontre avec Lucius Malefoy comme un soulagement. Il prend conscience de la tension qui innerve chaque parcelle de son corps lorsque d'un coup d'épaule, il se débarrasse de sa cape de voyage sur le bras d'un fauteuil.

Pas un bruit ne vient troubler le silence de la pièce. S'il n'avait pas eu à lever les charmes qu'il avait mis en place avant de quitter le château, il pourrait croire que les lieux sont déserts.

Son regard se pose sur la porte attenante à sa bibliothèque tandis qu'il se sert un fond généreux de Whisky pur feu.

Il sait qu'elle est là derrière, peut-être même en train d'attendre que celui qui a eu le culot de la séquestrer pointe le bout de son énorme nez. Il ne peut empêcher un rictus sarcastique d'étirer ses fines lèvres en l'imaginant assise sur son lit, bras croisés sur sa poitrine, une grimace moqueuse ou furibonde déformant légèrement ses traits arrogants.

Il termine son verre d'une traite et se dirige vers la porte.

Lucius est un imbécile. Comment peut-il envisager de briser son esprit par la force alors que s'y frotter chaque jour représente le plus délectable des défis qu'il ait eu à relever depuis des années ? Comment peut-il penser qu'il attend d'elle qu'elle tienne son regard baissé en sa présence quand il prend à ce point plaisir à y déceler le trouble, à y lire les tourments qu'il fait naître en elle, quand il se plait à lui faire baisser les yeux chaque fois que les siens les croisent ?

Il baisse la poignée et pénètre dans la petite pièce, sans préavis.

Son pas se fige un instant. La pièce est faiblement éclairée par une chandelle posée dans un coin de la table de travail. Son regard s'arrête sur la silhouette étendue sur le lit. Il s'approche d'un pas lent. La respiration est profonde et régulière.

Face contre l'oreiller, les cheveux en bataille recouvrant la moitié de son visage, une main repliée devant sa bouche entrouverte et une lourde couverture remontée jusqu'au menton, elle dort encore profondément.

Il se demande si elle serait encore capable de dormir aussi paisiblement dans l'antre de son bourreau s'il mettait en application les conseils sordides dispensés par Lucius. Elle prétend le haïr et elle le hait très certainement… mais elle ne le craint pas autant qu'elle le devrait. Même aujourd'hui. Même après tout ce qui s'est passé. Même après ce qu'il lui a infligé. Elle s'autorise à dormir à ce point profondément tout en le sachant qui rôde autour d'elle qu'elle ne l'a même pas entendu entrer dans sa chambre.

Cette fille est sans doute la créature la plus étrange, la plus dépourvue de logique, sur laquelle il ait été amené à se pencher au cours de sa vie entière.

Pourquoi se sent-il soudainement aussi agacé ?

- Debout ! lance-t-il d'une voix forte en tirant brusquement la couverture en bas du lit.

Le corps encore endormi se raidit sensiblement. Elle émet un gémissement incommodé et hausse les épaules comme pour se protéger du froid… mais ne se réveille toujours pas.

Il sent ses sourcils se froncer.

Merlin, elle ne le craint vraiment pas à hauteur de ce qu'elle devrait ! ne peut-il s'empêcher de songer en balayant du regard sa presque nudité.

Avec une précaution dont il ne s'explique pas avoir le souci, il se laisse doucement tomber sur le bord du lit.

D'un coup, lui aussi sent l'épuisement accabler ses épaules.

Il avait pris des résolutions ; celle de lui enseigner, de la guider vers une autonomie qui lui permettrait de ne plus craindre ni les autres sorciers, ni les Malefoys, ni même lui, celle de la tenir écartée autant que possible des dangers que l'introduire dans ce monde sans y être préparée lui fait encourir le temps de son apprentissage… celle de la tenir écartée du danger que lui-même représente pour elle…

Jusqu'à quel point a-t-elle prévu de lui compliquer la tâche ?

Machinalement, il dégage les mèches qui l'empêchent de distinguer les traits du visage abîmé. La lumière vacillante de la bougie fait danser les reflets cuivrés sur les torsades brunes et souligne le léger sourire qui s'est dessiné sur les lèvres pâles.

Il sent le serpent dans sa poitrine resserrer ses anneaux autour de ses côtes.

Il promène ses yeux sur sa silhouette immobile. Il réalise qu'il n'avait pas vu son corps depuis un certain temps en appréciant le supplément de chair que les repas préparés par les elfes du château ont accroché à ses os. Il fait lentement courir sa main à quelques millimètres de la surface de sa peau. Sa paume est irradiée par la chaleur du corps encore endormi. Le grain de sa peau réagit à sa présence tandis qu'il trace le galbe de l'arrière de ses cuisses, remonte celui de ses fesses.

La pression dans son estomac s'est intensifiée tandis que ses yeux détaillent la culotte de coton noir.

Imaginer Lucius enfoncer ses doigts dans les globes charnus suffit à faire bouillonner son sang. Rien que de songer qu'il a pu se projeter entre ses cuisses, ses mains sales agrippées à ces hanches que lui seul à touchées, pour prendre possession de quelque chose que lui-même ne s'est toujours pas autorisé à lui arracher, le plonge dans une rage blanche dont il n'aurait pas soupçonné qu'elle puisse l'habiter.

Il réprime la violente pulsion qui palpite dans son ventre et contient péniblement l'envie qui lui tort les tripes de l'attraper par les cheveux pour la retourner manu militari et la prendre sans ménagement tandis qu'elle serait encore trop groggy par le sommeil pour réagir.

Il expire profondément par le nez pour chasser la sensation de brûlure qui s'étend progressivement de sa poitrine jusqu'à son bas ventre. Il lutte contre ce besoin d'empoigner fermement sa chair, de la marquer de telle façon que personne ne puisse ignorer à qui elle appartient.

Comme il la déteste !

Comme il se déteste !

Ses doigts effleurent à peine la peau ambrée dans le creux de ses reins. Elle frémit et se recroqueville en articulant quelques sons inaudibles. Sa nouvelle posture laisse entrevoir l'arrondi d'un sein.

Elle ne réalise pas la proximité de l'épée de Damoclès qui plane au-dessus de sa tête, qu'il s'agisse des Malefoys ou de lui. Elle ne réalise pas qu'en dépit de ses discours chargés de ressentiment, elle le tente en permanence, elle joue avec ses nerfs, avec ses démons, avec ses travers les plus sombres. Elle ne réalise pas que s'il perdait le contrôle, il ne serait pas à moitié aussi conciliant que le serait Lucius dans ses plus mauvais jours, ni à quel point il est proche de le perdre. Elle ne réalise pas que s'il s'interdit de la toucher c'est davantage par souci de ne pas ouvrir de brèche vers un nouveau traumatisme que parce qu'il espère se racheter une nouvelle image à ses yeux. Elle ne réalise pas à quel point il serait simple de la broyer entre les rouages de ce qu'elle décrit comme un enfer. Elle ne réalise pas à quel point il serait aisé de tout lui prendre, tout ce qu'elle est persuadée que la vie lui a volé. Elle ne réalise pas qu'il pourrait creuser encore plus profondément ce puis de désespoir au fond duquel elle s'échine à s'enterrer chaque jour un peu plus. Elle ne réalise pas combien il lui serait facile de la saboter en dépit du discours qu'il a servi à Lucius, en dépit de la protection de Dumbledore et en dépit des regards réprobateurs de Zini. Elle ne réalise pas à quel point le fil sur lequel il s'emploie à garder un équilibre précaire est étroit. Elle ne réalise pas qu'il n'est, d'ordinaire, pas homme à s'embarrasser de cas de ce type de cas de conscience. Elle ne réalise pas que sa vie tient dans le creux de sa main et elle n'a pas l'air de réaliser que la seule barrière qui la préserve encore de lui n'est érigée que par son unique volonté de conserver la maîtrise de la situation.

Peut-être qu'elle réalise… et qu'elle s'en contrefout.

- … froid, marmonne-t-elle en fronçant les sourcils alors qu'il survole à présent son omoplate.

Lucius ne pourrait pas avoir plus faux.

Si elle l'abhorre, lui la déteste au moins autant qu'il la désire et c'est la raison pour laquelle il ne peut pas envisager de ne plus croiser son regard chargé de reproches et d'aversion au quotidien. Il se délecte de chacune de leurs confrontations, il jubile chaque fois qu'elle baisse les yeux devant lui non pas par crainte mais de confusion, de gêne. En faire une poupée de chair sans âme n'aurait que peu d'intérêt.

Pourtant, si la situation actuelle l'excite sur tous les plans, il serait idiot de nier qu'elle lui échappe chaque jour un peu plus… et que quelque chose échappe à son contrôle lui est tout simplement insupportable.

Il exècre toutes ces contradictions au sein de ses propres pensées et les incohérences qui en découlent.

Cette ambivalence en lui le tue.

Le visage fermé, ses doigts dessinent le contour d'une cicatrice qui s'étend de l'omoplate jusqu'à l'épaule.

Elle est à lui. Elle lui appartient et il n'aurait qu'à raffermir sa prise pour s'emparer de ce qui lui revient…

Par Salazar, depuis quand s'encombre-t-il d'autant de scrupules ?

Soudain, il suspend son geste : les yeux bruns l'observent fixement.

Il ne détourne pas les siens. Si la sensation d'avoir été pris la main dans le sac est inconfortable, il n'entend pas lui laisser entrevoir le moindre indice qui trahirait un quelconque malaise de sa part.

L'absence totale de surprise ou d'indignation dans le regard de la jeune femme l'indispose presque et pour la première fois depuis des siècles, une sensation très similaire à celle que doivent éprouver ceux qu'il soumet à la légilimencie s'empare de lui. Il n'y a pas que de l'incompréhension dans les iris cannelle, il y a aussi une forme d'inquiétude qu'il ne parvient pas à identifier.

- Je vous ai connu moins circonspect, murmure-t-elle après un moment.

oOoOoOo

Hâte d'avoir terminé d'écrire la suite. J'espère que vous aussi. Le chapitre 41 s'intitule « Il ne réalise pas… ». Ça vous inspire quelque chose ? ;)

Je vous embrasse toutes et espère lire vos avis tout bientôt ^^.