Coucou à toutes mes poulettes ! J'ai essayé de faire vite et vous remarquerez que c'est toujours plus rapide que ce que j'ai été en mesure de faire jusqu'à présent. C'est parce que vous avez été nombreuses à m'encourager et me rappeler à l'ordre ! MERCI ! Comme beaucoup de chapitres introspectifs, il n'a pas été facile à écrire. J'ai un peu l'impression de me répéter… Je vais maintenant essayer de me concentrer un peu plus sur STOM qui n'a pas eu d'update depuis un bon moment maintenant.

Merci à toutes les lectrices qui m'ont ajoutée en favori. Ca fait chaud au cœur. Réellement !

Merci aussi à toutes celles qui ont accepté d'échanger via FACEBOOK ! C'est un gros vent d'air frais pour moi qui m'a permis de découvrir des personnes adorables. DANNY, quand tu veux, tu bouges tes fesses hein!

Alienor : Merci beaucoup. Je suis ravie que l'échange entre les deux lascars t'ait plu. J'espère que le pendant « de l'autre côté du miroir » ne te décevra pas.

Keana : La plus belle ! Je suis d'accord avec ton ressenti. L'atmosphère est un peu moins pesante, un peu moins lourde et moins noire. Après les récents évènements, je me dis que je ne peux pas continuer de toujours l'étouffer dans un chaudron plein de gaz toxiques. Même pour vous ça deviendrait lourd à la longue. Ah mais tu es tout excusée. Je comprends aussi que cette fic puisse moins plaire que l'autre (et inversement d'ailleurs). L'approche n'est effectivement pas la même. Ouf ! Ca me soulage ce que tu me dis là parce qu'effectivement, j'ai eu beaucoup de mal dans un premier temps à rester crédible dans sa peau et encore aujourd'hui, je sens qu'il me suffirait de pas grand-chose pour basculer. Alors pour le chapitre précédent, en fait, c'est ELLE qui ne réalise pas :D Mais celui-ci, c'est lui… ce qui induit un… un… ouiiiii, un renversement de perspective ! Ouah ! Alors ça c'est du compliment ! Savoir que je peux être, même un tout petit peu une source d'inspiration, c'est tout à fait surréaliste mais ça fait bougrement plaisir à lire. Merci encore d'être là, d'être encore là après plus de dix années. C'est fou !

Mary 12 : *o* Alors ça…alors ça ! Merci beaucoup pour cette adorable review. Tu as réussi en une phrase à m'arracher ce large sourire idiot que je dois expliquer à mon entourage qui ne comprend pas pourquoi je souris comme une débile en regardant mon écran de téléphone. Merci infiniment !

Flore : Merci beaucoup pour ce gentil commentaire. Je suis très contente que ça te plaise toujours. J'espère que la suite, d'un autre point de vue, te plaira aussi.

Guest : Je dois t'avouer que j'étais en train de lire quelque chose d'autre quand ta review est arrivée et qu'après lecture de ta première phrase, je suis passée de l'euphorie à la grosse pierre qui tombe dans l'estomac. Alors je l'ai lue et relue et relue. Et j'aime ta review. J'aime le fait que tu me donnes un véritable avis sans forcément chercher à me ménager. J'aime l'idée d'avoir réussi à t'attirer sur un terrain que tu n'aimes en principe pas. C'est, je crois, un immense compliment et j'en suis vraiment très contente. Merci pour ta sincérité et tes encouragements. Je voudrais plus souvent lire des commentaires comme ça. J'espère que le chapitre suivant te déplaira tout autant ;) .

Clmence : Merci merci merci pour tes gentilles paroles. Ca fait chaud au cœur que tu attendes la suite avec autant d'impatience et j'espère qu'elle ne te décevra pas.

BONNE LECTURE à toutes !

Chapitre 41 : Il ne réalise pas…

La douceur avec laquelle il a ouvert la porte de sa chambre l'a déjà plus ou moins tirée de son sommeil. Mais ça fait quoi ? Une heure, deux heures qu'il l'a envoyée se coucher ? La torpeur dans laquelle l'épuisement avait noyé son cerveau ne lui permettait pas alors de former des pensées cohérentes et avant qu'elle ne réalise qu'il était venu pour elle, elle s'était même autorisée à penser qu'il était là pour prendre un livre quelconque sur l'une des étagères qui habillent les murs de la petite pièce. Quand il lui a violemment retiré sa couverture et ordonné de se lever, elle n'a même pas eu la force de chercher à protester ou même de bouger. Son esprit engourdi, à moitié endormi, lui soufflait que s'il constatait qu'il n'arrivait pas à la tirer de son sommeil, il finirait par abandonner.

Comme si cet homme-là était du genre à lâcher son bout de gras aussi facilement…

Abrutie par les heures de travail acharné et devant l'immobilité du sorcier, il ne lui a pas fallu longtemps avant de sombrer de nouveau dans l'inconscience. Quelques secondes plus tard, une sonnette d'alarme est faiblement tirée dans un recoin lointain de son esprit ; elle a senti le sommier s'affaisser sur sa gauche. Elle n'a pas eu la force d'ouvrir les yeux. Elle se sentait plongée dans cet état second entre rêve et réalité, de ceux dans lesquels les interactions avec l'extérieur ont une prise directe dans le songe, de ceux dans lesquels la frontière entre conscience et inconscience est d'une porosité aussi apaisante qu'angoissante.

De toute façon, ça ne pouvait pas être réel. Ça ne pouvait pas être lui, cet homme n'est pas capable d'un geste d'une telle douceur. C'était sans doute une illusion générée par son cerveau ankylosé, alors… quand la vague de frissons agréables provoquée par la sensation d'une caresse dans ses cheveux s'est répandue dans tout son corps, elle s'est autorisé un sourire.

Egarée entre deux mondes, cette sensation à la fois étrange et réconfortante de ne plus savoir réellement où elle est… cette chaleur délicieuse qui réchauffe lentement ses jambes nues, comme les rayons timides d'un pâle soleil d'hiver… remontant lentement depuis le creux de ses genoux, le long de ses cuisses… d'une légèreté… et par moments, cette impression qu'un papillon est venu effleurer sa peau…

Le carillon au fond de son esprit a commencé à sonner plus fort quand la source de chaleur a atteint la naissance de ses fesses, quand cette chaleur, aussi ténue soit-elle, a commencé à s'insinuer vers son entre-jambe, à devenir un peu plus gênante, un peu plus agréable, à presque lui arracher un halètement d'anticipation…

C'est à ce moment-là que ses yeux se sont ouverts sur l'amas de robes noires à ses côtés. Son cœur s'est arrêté de battre l'espace d'une seconde. Elle aurait sans doute dû avoir le réflexe de se redresser vivement et de s'écarter le plus possible de cet homme.

Seigneur, c'était bien lien lui !

Comment a-t-elle pu se rendormir si facilement alors qu'il était présent dans la pièce depuis Dieu savait quand ?

Elle a tout d'abord été pétrifiée, n'osant pas bouger d'un pouce avant de comprendre qu'il n'avait toujours pas remarqué qu'elle était réveillée. Et puis, les secondes s'égrenant sans qu'il ne tente aucun geste plus déplacé que ne l'était sa présence à ses côtés, la peur s'est lentement muée en une incertitude curieuse. Pourquoi est-il resté si longtemps assis sur son lit, si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur de ce corps honni dégeler le sien sans pourtant jamais le toucher, soudainement silencieux comme s'il répugnait à la réveiller ?

Peut-être ne voulait-il simplement pas qu'elle le prenne la main dans le sac.

La main dans le sac de quoi ?

Entre les mèches de cheveux qui sont retombées devant son visage, elle parvient seulement à distinguer qu'il ne regarde pas le sien. Il regarde plus bas… à l'endroit où sa main droite refuse d'entrer en contact avec sa peau…

Si elle sent qu'il est en train de détailler son corps, peut-être même d'en examiner les moindres marques, les moindres imperfections, elle est certaine qu'il ne la touche pas. Tout au plus, de temps à autres, sa paume doit-elle effleurer le fin duvet dressé sur sa peau.

Sans savoir réellement pourquoi, sans en avoir aucune garantie et en dépit de cet inconfort grandissant dans son bas ventre, elle a su qu'il ne ferait rien qui pourrait la blesser. Si ça avait été dans ses intentions, il l'aurait sans doute déjà fait depuis un bon moment. C'est pourquoi elle ne peut s'empêcher de penser que quelque chose ne tourne pas rond. Il est là depuis bien trop longtemps, immobile et silencieux, sans jamais poser ne serait-ce qu'un doigt sur elle.

Elle lui a expressément ordonné de ne pas la toucher… Mais elle ne croit pas une seconde que cet homme soit de ceux qui se laissent dicter leur conduite par des êtres qu'ils considèrent comme leur étant inférieurs. Elle ne croit pas non plus qu'il s'en est empêché par souci de ne pas la réveiller. Elle sait qu'il lui serait facile de faire d'elle ce qu'il veut, que sa vie entière repose entre ses mains et qu'en dépit de son nouveau cadre de vie, personne ne serait véritablement à même de la protéger s'il décidait de faire disparaitre jusqu'à la moindre trace de son existence. Elle le pressent suffisamment dangereux pour que son seul maître et guide soit sa propre volonté de faire ou ne pas faire. Elle n'est pas naïve au point de croire que s'il s'abstient de lui faire du mal c'est parce qu'il ne le peut pas.

Il a toutes les cartes en mains, il les a toujours eues.

Sans doute, croit-il qu'elle ne le sait pas, qu'elle est trop perdue elle-même pour voir qu'il est indécis, qu'il ne sait toujours pas quoi faire d'elle ? Peut-être ne réalise-t-il pas qu'elle le voit se faire violence pour ne pas perdre le contrôle lors de leurs altercations ? Peut-être ne réalise-t-il pas qu'elle voit ce qu'il lui en coûte de dompter certaines pulsions qu'il s'autorise à exprimer librement avec d'autres ? Peut-être qu'il ne réalise pas qu'elle a conscience de représenter un paradoxe, non seulement pour elle-même, mais aussi pour lui. Peut-être qu'il ne réalise pas qu'elle non plus ne sait pas toujours comment agir en sa présence, qu'elle a bien moins peur de lui que de ce en quoi il est en train de la transformer, des contradictions qu'il fait naître dans sa façon de penser, de ses codes qu'il est en train de briser.

Plus elle le côtoie, moins elle se reconnait.

Il ne réalise pas à quel point elle se sent sale. Il ne réalise pas que chaque jour en sa compagnie, chaque pas en sa direction, l'amène à trahir tout ce qu'elle est, tout ce en quoi elle croit. Le simple fait de s'être perdue dans l'apprentissage de ces choses contre nature a corrompu jusqu'à son identité profonde. Elle se déteste d'avoir cédé à la pression que le sorcier lui a faite endurer, mais surtout, elle le déteste d'avoir su éveiller en elle cette flamme de curiosité, cette flamme qui brûle comme une faim qu'elle ne se connaissait pas et qui aurait grandi en elle durant tant d'années qu'engloutir tout ce qui passe à sa portée ne suffit pas à l'apaiser.

C'est lui qui a insisté pour qu'elle se jette dans cet apprentissage et pourtant, il ne manque jamais une occasion de la diminuer sur le plan intellectuel. Elle a beau savoir que rien de tout ça n'a de sens, à quel point il est facile de rabaisser celui qui n'a pas d'éducation, elle ne peut empêcher cette sensation cuisante de dévorer son estomac chaque fois qu'il lui rappelle qu'elle n'est pas à la hauteur. Elle y parvient d'autant moins qu'elle a conscience d'avoir en face d'elle un sorcier brillant. Un salopard de la pire espèce, mais sans aucun doute aussi monstrueux qu'intelligent. Elle a vu comment ses étudiants le regardent ; entre effroi et admiration. Elle a remarqué le regard que posent sur lui les autres enseignants du château…

A quoi a-t-il servi d'insister autant, de la faire chanter, de marchander, s'il la considère comme un parasite incapable ? C'est lui qui l'a voulu, lui qui l'y a poussée, qui a cherché à la terroriser au dernier degré afin qu'elle finisse par abdiquer.

Et même là… quand elle y pense, elle éprouve plus de dégoût pour elle-même qu'envers lui.

Elle sait qu'il a fait ce qu'il lui a fait pour la faire céder, pour éviter qu'une situation aussi déplaisante que celle du soir d'Halloween ne se reproduise. Elle n'est pas dupe du jeu auquel il joue et contrairement à ce qu'il peut croire, elle n'est pas le genre de personne à qui la peur fait perdre la raison. Elle a vécu trop longtemps dans la rue, elle serait morte bien rapidement si elle n'avait su comment conjuguer intelligemment les deux. Elle sait pourquoi il l'a fait même si les raisons en sont principalement égoïstes. Elle sait mais elle ne l'en déteste que davantage. Parce que l'espace d'un instant, elle y a cru ; elle a vraiment cru qu'il allait faire ce dont il avait privé ses agresseurs. Elle ne pensait pas, malgré le sinistre état d'esprit avec lequel elle avait décidé d'accepter leurs actes comme une fatalité salvatrice, qu'elle serait à ce point soulagée qu'on les en empêche… qu'Il les en empêche. Elle n'a pris la mesure de cet inacceptable sentiment de sécurité qu'elle éprouvait en sa présence que lorsqu'il l'a trahi pour lui faire croire qu'il allait la prendre de force. Elle a senti sa résolution se fissurer, sa forteresse intérieure s'écrouler et a cédé au dernier cran de désespoir.

Après tout, il aurait pu le faire. S'il les en a empêchés, c'est bien pour s'en assurer la primeur, non ? Elle ne parvient d'ailleurs pas à s'expliquer qu'il ne l'ait toujours pas fait. Ce qu'il a en tête demeure un mystère et elle n'est pas idiote au point de croire que s'il se contient c'est par égard pour elle. Cet homme… il agit avec elle comme un enfant qui attendrait le meilleur moment pour savourer un bonbon qu'il conserve jalousement depuis plusieurs semaines…

Si elle lui en veut encore de s'être montré si persuasif, ce qu'il ne sait pas, c'est qu'elle s'en veut encore davantage de ne pas avoir su prendre la mesure des évènements passés, d'éprouver une angoisse réelle quand elle se retrouve seule avec lui mais de ne se sentir en sécurité que lorsqu'il est là…

Elle aimerait pouvoir dire que les hommes lui font peur après ce qu'elle a vécu. N'importe quelle femme normalement constituée en serait sans doute rendue à ce point. La vérité c'est qu'elle voudrait que son toucher la dégoûte… peut-être qu'elle se dégoûterait moins.

Tout serait plus simple et elle ne serait pas sans cesse en train de déchirer son esprit entre des envies qu'elle ne comprend pas et les sursauts de sa raison… Elle ne redouterait pas autant qu'elle l'espère que sa main finisse par toucher sa peau.

Seigneur ! Ce sale type pourrait-il avoir utilisé sa magie sur elle pour envoûter ses sens ?

Lorsque la vague de chaleur se répand dans le creux de ses reins, elle recroqueville ses jambes devant sa poitrine.

Non ! Est-ce qu'elle vient de gémir ?

Elle aperçoit désormais son visage ; mortellement sérieux. Il inspire profondément. Ses sourcils sont légèrement froncés, ses lèvres étroitement fermées et le mouvement du muscle sur sa joue droite laisse deviner la crispation de sa mâchoire. Ses yeux suivent le mouvement de sa main qu'elle sent remonter lentement le long de son flanc. Il expire bruyamment et elle peut voir un tic agiter sa lèvre inférieure.

Seigneur !

S'il en venait à laisser ses doigts courir sur sa peau alors qu'il la regarde de cette façon…

Elle se rend bien compte d'à quel point elle est loin de son état normal. Elle ne sait pas bien si c'est lié au fait que son cerveau encore somnolent vienne péniblement de se réveiller d'un sommeil dont elle a encore terriblement besoin ou si la situation est à ce point surréaliste qu'il ne peut l'assimiler complètement, mais elle a conscience qu'elle devrait être terrifiée de le savoir là compte tenu des récents évènements ; se livrant à ces agissements bizarres, la fixant de façon aussi étrange.

Bon sang, ce regard !

Elle réprime à grand peine un frisson.

Il ne peut pas ne pas s'être rendu compte de ses réactions épidermiques !

Comment peut-elle rester aussi… calme ?

Comment peut-elle être aussi dérangée ?

Quel individu normal se glisserait dans la chambre d'une femme pour l'observer dans son sommeil ?

Quel individu normal ferait encore semblant de dormir après l'avoir pris la main dans le sac ?!

En un sens, elle est aussi tordue que lui. Sinon, elle aurait déjà bondi hors de portée de cette chaleur insupportable, de ce regard impudique…

Elle devrait le craindre en cet instant. Elle voudrait le craindre. Mais si elle ressent cette même angoisse qui lui étreint les poumons chaque fois qu'elle se trouve en sa présence, elle n'arrive pas à s'alarmer de ce qu'il pourrait advenir d'elle s'il décidait que l'observer ne lui suffit plus.

Elle sent son cœur s'emballer tandis que les yeux noirs remontent le long de son omoplate, suivent la ligne de son épaule…

Elle retient sa respiration.

Il l'a vue.

Il vient de se rendre compte qu'elle ne dormait plus, qu'elle aussi était en train de l'observer. Elle sent le nœud de tension descendre insidieusement le long de son œsophage pour se nicher dans son sternum : il a enfoncé ses yeux d'onyx au fond des siens.

Elle ne cille pourtant pas.

Elle n'en ressent pas l'urgence. Ce regard confirme son ressenti. Il n'est ni agressif, ni dédaigneux… il n'est pas dans son état habituel.

Elle ne sait pas depuis combien de temps elle contemple son propre reflet dans les obsidiennes, tellement happée par les deux prunelles sombres qu'elle en a presque oublié dans quelle position ils se trouvent.

Presque comme si la situation n'avait rien de dérangeant…

- Je vous ai connu moins circonspect.

Elle n'a perçu aucun mouvement dans les traits du faciès cireux et pourtant, elle ressent le changement dans le regard noir comme une onde gelée qui lui glace les os. Il a suffi d'une remarque stupide pour briser la chimère et c'est un brusque retour à la réalité.

Pour tous les deux visiblement.

- C'est une requête ?

Sa voix est un murmure profond qui creuse encore davantage le malaise qui s'est soudainement niché dans son estomac. Ses yeux se plissent et les commissures de ses lèvres se relèvent en un rictus familier qui n'est pas de nature à apaiser le flot d'angoisse liquide qui a commencé à se déverser dans ses veines.

Elle sent le lit s'affaisser tandis qu'il se penche dangereusement au-dessus d'elle. Elle entend le froissement du tissu de la taie d'oreiller quand les doigts noueux de l'homme s'enfoncent dans la mousse de chaque côté de sa tête. Elle retient son souffle en sentant celui du sorcier sur son visage.

Seigneur ! Il est trop près.

Son cœur s'est emballé et cogne à présent comme un fou contre les barreaux de la cage qui le retiennent prisonnier.

Lui fallait-il vraiment ça pour se rappeler qu'elle a toutes les raisons du monde de le craindre ? Comme si elle pouvait réellement baisser sa garde face à un monstre de son espèce !

Ce regard… ce sourire…

Lui fallait-il vraiment ça pour réaliser qu'elle se trouve avec l'homme qui, il y a peu, s'est faufilé entre ses cuisses avec la douceur d'un bulldozer avec la ferme intention de la culbuter ?

La peur monte d'un cran.

- Vous ne me toucherez pas.

C'est sa propre voix qui est aussi tranchante ?

- Vous l'auriez fait depuis longtemps, continue-t-elle avec un peu plus d'assurance maintenant qu'elle a réussi à transcender son mutisme.

Au tic qu'elle perçoit sur son sourcil, elle comprend qu'elle vient de lui confirmer qu'elle est consciente de sa présence depuis un certain temps.

- Quel intérêt si je ne vois pas tes réactions ?

Cette fois, elle ne contrôle pas le frisson qui secoue son corps en un spasme violent.

Comme si cet homme était le genre d'interlocuteur avec lequel elle pouvait se permettre de parler avant de réfléchir !

Le sourire s'étire narquoisement sur les lèvres minces tandis qu'il balaye son corps recroquevillé du regard avant de transpercer les prunelles brunes des siennes de nouveau.

Elle va mourir.

Elle va vraiment mourir !

Il semble s'amuser de la terreur qu'il lit dans ses yeux. Il approche encore son visage du sien, à tel point qu'elle ressent l'urgence de fermer étroitement ses paupières.

Ses lèvres se pincent d'anticipation quand elle entend ce petit rire qui ressemble presque à un grognement.

- Tu as dix minutes pour te préparer. Je t'attends dehors.

oOoOoOo

Elle resserre sa cape d'hiver autour de ses épaules tandis qu'elle remonte les escaliers menant au grand hall et souffle sur ses mains pour les réchauffer. Elle songe avec une certaine dose d'ironie qu'il avait raison : on ne croirait pas en la voyant greloter sous plusieurs couches de vêtements qu'elle a vécu presque toute sa vie dans la rue.

Ce sale type !

Quand elle s'est décidée à rouvrir les yeux, il avait déjà quitté sa chambre et lorsqu'elle en est sortie, il n'était plus dans ses appartements.

Elle réprime un frisson en se remémorant le regard sombre et ajuste encore un peu plus son long manteau. Elle traverse le grand hall d'une foulée rapide. Ca faisait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti ce flot de panique engourdir peu à peu son corps jusqu'à ce qu'il ne lui soit plus possible de bouger le moindre orteil.

Là encore, ça n'a finalement été qu'une occasion supplémentaire de se jouer d'elle.

Les lourdes portes du château s'entrebâillent à son passage.

Irritée par le souvenir du ricanement corrosif, elle remonte son col pour protéger son cou du froid et dévale les premières marches qui mènent au parc en laissant échapper un soupir excédé.

- Où penses-tu aller comme ça ?

La présence dans son dos la fait sursauter. Elle fait volte-face et se retient de justesse de porter une main à sa poitrine. Est-ce que ce tordu se cache volontairement pour essayer de l'effrayer ?

- Je croyais que nous allions dans la forêt ? avance-t-elle d'une voix néanmoins assurée.

L'homme adossé au mur bras croisés hausse un sourcil.

- Et tu pensais t'y rendre seule ?

- …

D'une impulsion du pied, il se redresse et s'avance vers elle.

- Il y a dans cette forêt des créatures qui dévorent les idiots sans défense qui s'y égarent, marmonne-t-il en dardant ses yeux noirs au fond des siens.

C'est ça, il essaie réellement de la terrifier.

- Ce n'est pourtant pas dans vos habitudes de m'envoyer, sans défense, là où je risque de me faire dévorer par des êtres épouvantables, n'est-ce pas ?

Elle jurerait que ses yeux rient.

Il recule d'un pas et la détaille de bas en haut en plongeant la main dans une poche de sa cape. A son tour, elle esquisse un pas en arrière quand il braque sur la partie basse de son corps la baguette qu'il en a extraite.

- Tu ne feras pas dix mètres sans te retrouver prise dans les ronces.

Un mince filet d'air s'enroule autour de ses chevilles et remonte le long de ses mollets. En quelques secondes, elle sent l'étoffe de sa longue jupe lui coller aux cuisses. Elle jette un œil à ses jambes. La lourde jupe de corkscrew est à présent un pantalon épais et robuste.

Elle lui lance une œillade sous cape.

- C'était ma jupe préférée.

Un deuxième sourcil se hausse et il s'autorise un ricanement moqueur.

- Tu as déjà le loisir d'avoir une jupe préférée ? s'étonne-t-il en la jaugeant avec hauteur.

La remarque n'avait pas d'autre but que de lui signifier qu'elle ne veut pas qu'il se permette de pointer sa baguette sur elle et il en a profité pour la tourner en ridicule comme une gamine trop gâtée.

Le pervers qui se faufile dans la chambre de son esclave pour la reluquer à moitié nue se permet de se moquer d'elle !

- J'ai aussi une petite culotte fétiche, répond-t-elle avec une candeur dont elle-même peut sentir le vernis. Ça vous intéresse ?

Les yeux noirs se plissent encore. Son sourire s'estompe tandis qu'il la détaille silencieusement.

Ce regard !

Seigneur, ce regard !

Elle est certaine qu'il a pu la voir frissonner à travers sa cape.

Pourquoi baisse-t-elle les yeux ? Pourquoi maintenant après lui avoir envoyé une remarque aussi tendancieuse ?

Elle entend le son caractéristique de ce sourire suffisant qu'il s'autorise chaque fois qu'il pense avoir remporté une victoire sur elle.

Merde !

Il la dépasse sans un mot et dévale rapidement les escaliers. Elle lui emboite le pas. Bientôt, ils ont traversé le parc et se trouvent à la lisière du bois.

A quoi rime cette excursion ? Que cherche-t-il à lui enseigner en la traînant dans cette forêt maudite de nuit ? Un craquement suivi d'un grognement qu'elle ne saurait identifier la fige sur place l'espace de quelques secondes. Ses yeux grands ouverts sont rivés sur le dos de l'homme qui s'est arrêté devant elle. La visibilité est pour l'instant médiocre mais tous ses autres sens sont en alerte.

- Tu vas en avoir besoin.

Elle met plusieurs secondes à apercevoir et à s'emparer de la baguette que le sorcier lui tend sans même se retourner sur elle.

Si un type aussi prudent remet sans hésitation entre les mains d'une femme qui le déteste l'arme avec laquelle elle pourrait le tuer sans même se donner la peine de lui faire face, c'est que sa vigilance est clairement focalisée ailleurs. Cette forêt doit littéralement regorger de créatures aussi terrifiantes qu'elle a pu le lire.

D'un coup, elle sent toute son assurance la quitter et elle doit avouer que si elle n'a pas réellement envie de regarder derrière elle ce qui pourrait être en train de la suivre, tapi dans l'ombre, à présent qu'ils ont commencé à s'enfoncer profondément dans le bois, elle est bien contente de ne pas ouvrir la marche non plus.

Elle est presque sûre qu'il peut percevoir les frissons qui l'agitent ; il incline plusieurs fois sa tête de côté sans jamais la regarder véritablement.

Comment pourrait-il s'inquiéter d'elle alors que c'est lui qui lui a imposé cette virée ? Que c'est toujours lui qui la met en danger de manière générale ?

Sale enfoiré !

- Un problème ? lâche-t-elle irritée alors qu'elle aperçoit son nez proéminant dépasser par-dessus son épaule pour la cinquième fois en dix minutes.

- Tu traînes, répond-t-il sobrement.

Il ne se rend sûrement même pas compte d'à quel point son détachement l'agace un peu plus.

- Moi qui croyais que vous veniez de réaliser que vous tournez le dos à celle que vous avez délibérément armée, le raille-t-elle.

Il ralentit le pas puis s'arrête complètement.

Elle s'autorise un petit sourire satisfait. Aurait-elle réussi à froisser sa susceptibilité ?

Il se retourne lentement. Le regard qu'il lui lance est indéchiffrable.

- Tu as raison, passe devant !

Voilou voilou. La suite en cours d'écriture. Le lien permanent avec vous depuis que j'ai ce compte facebook me garde un peu dans le bain. C'est agréable et m'empêche de m'éloigner trop longtemps. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! ^^ Des bisous les girls.