Seconde partie
La mort du Prince

Merci à Caladwen de corriger mes chapitres

La nuit noire mettait encore plus en valeur les lumières du centre-ville, que Lucy pouvait apercevoir depuis l'esplanade. Le silence était tel qu'elle pouvait même entendre la musique du groupe qui jouait tandis que la neige tombait toujours. Vêtue de son manteau blanc, elle avait sorti ses gants et caches-oreilles à motif de flocon de neige.

Alors qu'elle observait la ville depuis son point d'observation, elle entendit la neige crisser sous les pas de plusieurs personnes. En effet, trois silhouettes avançaient dans sa direction, qu'elle avait bien vite reconnues de par leur taille.

« Bonsoir Lucy ! » s'écria la plus jeune, rapidement suivie par les deux autres.
« Bonsoir » répondit-elle poliment, un peu intimidée de se retrouver seule face à eux.
« Gémini nous a dit que tu avais de nouvelles informations » expliqua Sorano.
« Malheureusement... » marmonna la blonde, gênée.

Lucy commença alors à raconter toutes les informations qu'ils avaient regroupées, ce qui ne semblait pas étonner les autres.

« Pour tout te dire, nous avions entendu une rumeur à ce propos pendant nos recherches » expliqua-t-elle à Meldy. « Mais à présent, c'est confirmé : Mira l'a entendu de la bouche de plusieurs soldats » ajouta la blonde. « Erza a été transférée à la prison du Conseil. A Kemusho. »

Lucy avait l'impression d'avoir dit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû en voyant le visage déconfit de Gérard et de Meldy. La seconde constellationniste expliqua à sa consœur pourquoi les deux autres réagissaient ainsi, puis Gérard reprit la parole.

« Même si nous avons pu nous échapper, au fil de nos missions, nous avons appris que le Conseil n'hésitait plus à utiliser des méthodes interdites » expliqua-t-il. « Ce qui correspond à ce qu'a entendu Mirajane. Ce qui me fait peur, c'est que je ne sais pas jusqu'où ils sont capables d'aller pour forcer Erza à leur donner des informations sur Crime Sorcière... et sur moi. »
« Je ne te connais pas aussi bien qu'Erza, mais je peux affirmer une chose : Erza n'est pas du genre à lâcher les informations facilement. En fait, je ne suis même pas certaine qu'elle accepte de donner la moindre information, même si sa vie en dépendait. »
« C'est justement ce qui me fait peur » marmonna le fugitif, inquiet.

Après quelques minutes de silence, le maître de Crime Sorcière décida de partir pour la prison où il avait vécu quelques années, remerciant la fée pour son aide.

« Mission commando pour sauver Erza ! » s'écria Meldy, déterminée.

Cependant, la demoiselle se fit rappeler à l'ordre et remit bien vite sa capuche sur la tête, comme ses compagnons, et tous trois disparurent en s'éloignant vers l'ouest.

Seule à présent, la jeune fille s'en alla en direction de sa nouvelle chambre, dans laquelle elle allait rester plusieurs jours pour guetter le retour du convoi Royal.

Elle fulminait. Son sang bouillait en elle, et pourtant, elle devait se contenir. Rester calme et se maîtriser pour ne pas divulguer la moindre information. Jamais elle ne le trahirait, plutôt mourir que de leur livrer un innocent.

Dans le long couloir où elle marchait, entourée de plusieurs mages spécialisés dans l'anti-magie, Erza ne pipait mot, se contentant de rester silencieuse à leurs questions.

Le long de son trajet, de nombreuses pièces. La plupart étaient vides et sombre. Dans d'autres, des gens enchaînés au mur seuls ou accompagnés par leur tortionnaire. Certains semblaient ne pas avoir subi quoi que ce soit, mais d'autres étaient dans un état déplorable. Etait-ce le sort qu'on lui réservait ?

Plus elle y pensait, plus cela lui semblait absurde. Le Conseil savait pertinemment que Fairy Tail allait se mettre à sa recherche et le Royaume entier savait comment se comportait la guilde quand quelque chose lui déplaisait.

A moins qu'ils n'aient fait cela que dans le but de piéger Gérard. Et alors, elle était tombée dans le piège comme une débutante.

Intérieurement, voir tout cela lui faisait froid dans le dos : c'était la première fois qu'elle se retrouvait dans une prison pour mages, et bien que cela lui rappelle d'affreux souvenirs, l'endroit et l'ambiance divergeaient totalement de ce qu'elle avait connu.

Elle entendait des cris horribles à travers ces cages de verre sans tain alors qu'on la poussait toujours à avancer le long de ce couloir, lorsque soudain, l'homme qui ouvrait la marche s'arrêta devant une cellule qu'il ouvrit avant de faire un mouvement de tête. L'instant suivant, Erza sentit deux mains lui empoigner les bras avant de la forcer à entrer, rapidement suivie par les cinq autres personnes qui formaient le reste de ce curieux cortège.

On l'attacha méthodiquement, comme tous les autres, avant de la laisser seule, la lumière de sa prison éteinte.

Ses quelques heures dans les geôles de Crocus lui en avait appris suffisamment pour savoir ce qu'on lui réservait, sans compter les gens qu'elle venait de voir et d'entendre. Les temps qui allaient suivre promettaient d'être durs, mais elle s'en fichait si ça pouvait protéger son ami.

« Ami... T'ai-je seulement considéré un jour comme un ami ? » se demanda tristement la jeune fille enchaînée. « Peut-être aurais-je dû te le dire, il y a bien longtemps. »

La réponse à cette question... elle la connaissait, mais elle n'en n'avait jamais parlé. Peut-être aurait-elle dû. Peut-être qu'elle devrait le faire la prochaine fois. S'il y en avait une.

C'est finalement dans le froid de sa cage qu'elle finit par s'endormir, épuisée par les dernières 48h, ses pensées floues de mélangeant dans un rêve étrange.

Une lumière vive lui brûla les yeux lorsqu'elle se réveilla. Encore à demi endormie, ce n'est que lorsqu'un homme cagoulé entra dans la pièce que ses souvenirs refirent surface. L'arrestation, la prison, le transfert, l'autre prison. Les questions aussi.

Sans dévoiler son visage, il libérera le corps de la rousse sans pour autant lui ôter ses chaînes et lui fit comprendre de la suivre, chose qu'elle fit à contrecœur.

Elle ne savait pas trop quelle heure il pouvait-être, aucune horloge n'était présente et la seule source de lumière se trouvait être les néons blancs, ce qui rendait toute notion de temps impossible.

« Avance et vas manger » lui ordonna l'homme à la voix rocailleuse.

La mage privée de ses pouvoirs avança, s'assit à une table et attendit.

« Tu crois quand même pas qu'on va t'apporter ton plateau ?! » railla l'homme, ricanant.
« Je ne veux pas avaler vos cochonneries, c'est différent » rectifia-t-elle, dédaigneuse.

L'attrapant par le bras, la main ridée et rouge la tira vers le couloir d'où elle venait avant de la remettre dans sa cellule, prenant bien soin de la plaquer au mur sans aucune délicatesse pour attacher ses menottes contre la paroi lisse et froide.

« Profites-en, tu ne feras pas la maligne longtemps. Titania...Tss, une faible femme, comme toutes les autres, oui ! »

Mais elle se fichait royalement de ce qu'on pouvait dire sur elle. Son principal objectif était de rester muette à chaque question qu'on lui poserait sur les sujets secrets.

« Allez-y, envoyez le gaz dans sa cellule » ordonna un homme quelques heures après avoir reçu le feu vert.

Un bruit aigu typique des machines électroniques résonna dans la pièce où deux autres personnes se trouvaient.

« Dans quelques minutes, elle sera toute à vous » déclara celui qui était aux commandes.
« Très bien Barbas, vas t'occuper d'elle. Tu sais ce que tu as à faire... »
« Oui, Conseiller Alteo. »
« Tu n'oublieras pas de lui injecter ça, ça la rendra plus docile » ajouta le Conseiller avant de partir de la pièce.

Lorsqu'elle se réveilla, Erza était confuse. Elle ne comprenait rien. Le soleil était caché par les nuages d'où tombaient encore de la neige, recouvrant d'un manteau blanc les arbres qui l'entouraient. Mais que faisait-elle là, sur le bord d'un chemin en pleine forêt ? C'était étrange. D'ailleurs... Que faisait-elle juste avant ?

Tout était flou, la magicienne avait mal à la tête en tentant de se souvenir, sans compter le froid qui faisait grelotter son corps à moitié dénudé. Au vu de ses vêtements en lambeaux, elle avait dû se battre pour se retrouver dans un tel état, mais... contre qui ?

Le fil de sa pensée fut cependant interrompu par un bruit d'explosion pas très loin de là.

« Un feu d'artifice ? »

Que pouvait faire une animation pareille en pleine forêt ? Erza se posait tellement de questions, c'était de pire en pire, tout se mélangeait dans son esprit et elle préféra se diriger vers le bruit. Peut-être pourrait-être trouver quelqu'un et savoir ce qu'elle faisait là, mais surtout, peut-être pourrait-elle trouver des vêtements chauds.

Elle marcha en direction de la source du bruit au fur et à mesure qu'il se faisait plus net. Cela ne ressemblait plus à un spectacle pyrotechnique, mais plutôt à un combat. Accélérant le pas, elle se mit finalement à courir, un mauvais pressentiment venu de nulle part l'ayant assaillit. Il fallait qu'elle arrive en haut de la colline, là elle pourrait voir ce qui se passe et passer à l'action au besoin.

Après cinq bonnes minutes à grimper, la scène qu'elle vit lui coupa le souffle.

Une véritable bataille se déroulait dans la cuvette. Une bataille aussi surprenante qu'horrible. Dans la neige tâchée de rouge, toute la guilde de Crime Sorcière se battait contre ce qui devait être des envoyés du Conseil. Magiciens spécialisés dans l'anti-magie à en juger par leur tunique, d'autres spécialistes du combat.

Effarée, Erza ne comprenait pas. Comment ces hommes avaient-ils eu ces informations, alors qu'elle seule...

« Non... » marmonna-t-elle alors qu'un pan de souvenir lui revenait en mémoire.

Elle se revoyait, prisonnière de cette prison, interrogée. Devant son refus de réponse, on lui avait injecté quelque chose, et quelques minutes plus tard, elle s'était mise à répondre à la moindre question sans pouvoir user de son libre arbitre.

Elle avait avoué où se trouvait Gérard...

Comment avait-elle pu faire une chose pareille ? C'était la question qui restait en suspend dans sa tête. Jusqu'à ce qu'un nouveau bruit assourdissant la fasse redescendre sur terre. Gérard. Crime Sorcière. Ses amis. Elle devait aller les aider. Ses jambes s'étaient misent à bouger, à courir en direction du champ de bataille, dévalant la pente à toute allure, avec la peur au ventre et la rage de vaincre.

Sur le sol, elle pouvait déjà voir Meldy en train de s'occuper de Macbeth, visiblement bien amoché tandis que les autres les protégeaient tout en se battant. Elle le savait, ils étaient en difficultés, et une personne de plus pour les aider ne serait pas de trop.

Se rendant soudain compte de sa présence, Gérard avait tourné son regard vers elle, étonné de la voir là. Sans attendre plus longtemps, Erza fit apparaître une épée avant de sauter sur le premier soldat et de fendre son armure. Elle se moquait des dégâts occasionnés ou reçus, il fallait juste que Crime Sorcière puisse fuir.

Se frayant un chemin vers les fugitifs, elle se rendit compte que son épée était la seule chose qu'elle pouvait utiliser, sa magie ne lui permettant pas de faire apparaître autre chose. Encore une chose dont elle n'avait pas souvenir et qu'elle n'avait pas senti, heureusement, elle pourrait certainement faire illusion quelques temps contre de simples sous-fifres, aussi nombreux étaient-ils. Après tout, sa réputation n'était plus à faire, Titania la Reine des fées sortait toujours victorieuse. Du moins, c'est ce que tout le monde pensait.

« Erza, mais qu'est-ce que tu fais là ?! » s'exclama le bleu lorsqu'ils furent dos à dos.
« Je viens t'aider, ça ne se voit pas ? »
« Si l'un d'eux en réchappe, tu auras des problèmes ! » répliqua-t-il, visiblement mécontent.
« Je m'en fiche. »

Soudain, parmi le fracas des épées, des lances et de la magie, une voix se détacha des autres, une voix qu'Erza et Gérard connaissaient bien. Sorano venait de tomber à son tour.

C'était très dur, mais il fallait absolument rester concentrer si elle ne voulait pas connaître le même sort. Cependant, elle sentait sa réserve de magie se vider rapidement. Trop rapidement. Son énergie était absorbée, c'était la seule explication. Elle devait donc plutôt s'occuper de ces hommes voleurs de magie, mais pour lutter efficacement, il lui fallait une chose.

L'épée d'un garde. Inerte et déjà existante, cela lui permettrait d'économiser sa magie déjà bien entamée. Mais malgré cette astuce, le combat n'était pas égal. Ils étaient trop nombreux, et même si Crime Sorcière était une guilde exceptionnelle, Erza commençait à douter. Meldy avait été touchée également. Ces brutes n'avaient pas hésité à la frapper dans le dos, lâches qu'ils étaient, mais cela renforçait encore l'esprit combatif de la rousse. Et pas seulement le sien.

Titania donnait tout ce qu'elle avait, comme tous les autres. Il fallait survivre, c'était la seule options à présent, la fuite n'était plus envisageable.

Un par un, ils tombaient. Épuisés, évanouis, blessés, peut-être même morts, elle ne savait pas, mais de Crime Sorcière ne subsistait plus que son Maître. Les autres avaient été emmenés à l'écart, certainement prêts à être emmenés en prison. Ils s'étaient tout de même bien battus : la moitié de la garnison avait été décimée.

Dos à dos, Gérard et Erza étaient encore debout. Haletant, épuisés par ce combat démesuré où les soldats étaient sans cesse renouvelés.

« Tu as épuisé ta magie, n'est-ce pas ? » demanda son partenaire, inquiet.
« Aspiré serait plus juste » répondit la rousse, haineuse.
« Dans ce cas, nous serons bientôt à égalité tous les deux. Espérons que cela suffise. »
« S'ils ne nous envoient plus de gardes, ça devrait aller. L'unité anti-magie est inutile pendant un combat sans magie. Avec un peu de chance... on pourra en venir à bout. »
« Toujours aussi optimiste, hein? »
« Il le faut bien » répondit-elle dans un sourire un peu nostalgique.

L'instant suivant, ils donnaient leur dernier assaut. Le temps était passé, et le soleil allait bientôt se coucher sur la prairie enneigée et souillée de sang. Les coups d'épées avaient remplacé les dernières formules magiques, et malgré tout ce qu'il y avait autour d'elle, Erza se surprit un instant à admirer son camarade combattre à l'épée. Chose rare, pourtant, et il maniait le fer avec beaucoup d'habileté.

Cet instant de tranquillité allait pourtant avoir un prix démesurément élevé. Bien qu'elle parvint à terrasser son ennemi, ce moment de déconcentration avait été suffisant pour permettre aux soldats de la submerger.

« Erza ! » cria le bleu lorsqu'il se rendit compte de la scène.

Elle était à présent désarmée, une lame ennemie sous sa gorge, des larmes d'excuses coulant le long de ses joues pour avoir été ailleurs juste un instant. Pourtant, la voir dans cette position misérable semblait avoir décuplé les forces du recherché qui se défaisait de ses opposants, se dirigeant vers ceux de la rousse.

« Un pas de plus et elle meurt » déclara celui qui avait fait d'Erza sa prisonnière.

Tous les regards étaient tournés vers Gérard, qui s'apprêtait à se rendre. A son tour, Titania profita de leur inattention, écrasant le plus possible le pied du milicien, lui faisant lâcher prise. Aussitôt, la combattante se saisit de l'arme et avança de quelques pas pour rejoindre le dernier renégat encore debout.

« Gérard, attention ! » cria-t-elle soudain en voyant l'un des épéistes s'approcher sans bruit derrière le magicien.

Sa course s'arrêta subitement, le souffle coupé en voyant l'arme transpercer la poitrine du tatoué. Doucement, son regard fixa la lame qui sortait de son corps, un peu en-dessous du cœur, avant de fixer Erza et tomber à genoux, son sang coulant allègrement sur la neige déjà pourpre, tandis que le soldat retirait son épée, prêt à recommencer.

« Non... » murmura la fée. « Non... » répéta-t-elle un peu plus fort en se rendant compte de la scène. « Gérard ! » cria-t-elle en se précipitant vers lui, le regard embrumé de larmes.

« Capitaine, c'est le moment » déclara un soldat à celui qui avait détenu la guerrière quelques minutes plus tôt.
« Non. Gérard mort, elle ne pourra pas nous vaincre seule sans magie, elle n'aura pas d'autre choix que de se rendre. Laissons-la donc lui dire au revoir convenablement. »

D'un geste, tous les gardes avaient baissé leurs armes, patientant devant les derniers instants d'un homme qui s'était amusé d'eux pendant bien longtemps.

Allongé sur le sol, quelques larmes s'étaient formées au coin de ses yeux. Il regardait Erza, paniquée, en larmes. C'était la première fois qu'il la voyait ainsi.

« Tu sais Erza, il y a des choses dont j'aurais voulu te parler » déclara-t-il sans écouter sa demande de ne pas parler. « Mais je doute d'avoir assez de temps pour aborder tous ces sujets avec toi. Alors... J'vais te dire le plus important. »
« Non, non, s'il te plaît, je... je suis sûre qu'ils ont quelqu'un qui pourra arrêter l'hémorragie ! » dit-elle entre deux sanglots.
« J'en doute. C'est pour ça que je veux que tu m'écoutes attentivement » reprit-il en levant sa main vers le visage en larmes de la magicienne. « J'ai été très bête de ne pas te le dire plutôt et de te mentir à ce sujet, mais je pense que tu m'avais déjà démasqué. Tu me l'as souvent dis, je ne sais pas mentir avec toi. »
« Gérard, s'il te plaît... »
« Chut... » sourit-il. « Je n'ai jamais eu de fiancée. La seule que j'ai jamais aimée depuis toutes ces années, c'était toi. J'aurais dû écouter les filles, c'est bête, non ? »
« Non » répondit Erza en secouant la tête. « Non, ce n'est pas bête, ou alors... je l'ai été tout autant que toi. J'aurais pu te le dire aussi » souffla-t-elle, sa voix éteinte par le chagrin. « Gérard, c'est toi que j'aime. Alors s'il te plaît, ne pars pas, ne m'abandonne pas... »
« Prends soin de toi, Erza » murmura le blessé avec difficultés en fermant les yeux, « Je t'aim... »

Mais il ne termina pas sa phrase. Son souffle déjà faible s'était arrêté, tout comme son cœur, malgré les efforts de la rousse pour comprimer la blessure. Il était trop tard.

« GERARD ! » cria-t-elle, désespérée. « S'il te plaît... juste encore un peu... reste... » suppliait-elle.

Mais c'était terminé. Il était mort par sa faute. Serrant la dépouille de son aimé, il lui fallut quelques minutes pour réaliser que son cœur était mort en même temps que son amour avant de le reposer doucement sur la neige froide et de se lever.

Les poings serrés et tâchés de sang, le regard assassin, elle était enragée. Un état qu'elle n'avait jamais ressenti par le passé. Elle devait le venger. Doucement, son corps commença à fumer tandis que quelque chose se formait sur son corps. Son corps se recouvrait d'un métal doré tandis qu'entre ses mains se formaient deux épées.

« Jamais je ne vous pardonnerai » déclara-t-elle comme une menace de guerre avant de s'élancer vers la ligne de soldats.

L'énergie du désespoir lui donnait un surcroît de force qu'elle utiliserait pour le venger. Elle ne savait pas s'ils étaient terrifiés ou autre, elle s'en fichait, mais elle s'élançait déjà vers le meurtrier de son aimé qui n'avait même pas eu le temps de réagir.

« Attends, Scarlet ! » cria le chef des troupes. « Tu ne penses pas qu'il y a eu assez de morts ? »
« Je m'en fiche à présent. C'est à cause de vous s'il n'est plus là ! » criait-elle, son visage toujours larmoyant.
« Pour l'avoir connu à travers les informations qu'on me rapportait, je sais qu'il n'a jamais tué, et je sais que toi non plus » reprit-il, espérant la résonner.

Mais il était trop tard. Elle avait planté son arme à quelques millimètres du visage du meurtrier et s'était mise à le tabasser assez longtemps pour que les chevaliers s'avancent pour l'encercler.

Presque mort, ça lui suffisait, il fallait juste qu'il comprenne la douleur qu'il lui infligeait, même si elle devait lui casser tous les os du corps pour ça.

Surveillant les autres, elle lâcha sa cible lorsqu'un autre garde avança vers elle pour la prendre par derrière pour l'arrêter, mais Titania avait été plus rapide. Bien qu'essoufflée, elle laissa exploser sa colère, sa rage, sa peine, sa tristesse. La fée n'était plus qu'une boule d'émotions qu'il fallait qu'elle canalise. Et sa manière à elle était de venir à bout des miliciens qui avaient repris leurs épées pour se battre contre elle.

Cependant, elle savait que ça ne durerait pas bien longtemps, elle ne sentait presque plus son corps, elle ne savait même pas comment elle avait fait apparaître cette armure.

Après un quart d'heure de sueur, de sang et de combat acharné, son armure finit par s'évaporer et elle tomba à terre, inconsciente et épuisée.

Dans la salle de surveillance, la Conseillère regardait la scène, visiblement satisfaite. Barbas se débrouillait à merveille dans son travail, bien qu'il ait été en difficulté à deux reprises. Il quittait à présent la salle où la Reine des Fées dormait, sur un lit enchaîné au mur, une fine couverture couvrant son corps ensanglanté.

Quelques minutes plus tard, l'homme à l'allure fantomatique frappa à la porte, et on l'invita à entrer.

« Alors, comment ça s'est passé ? J'ai cru voir que tu t'en étais bien sorti. »
« En effet, Conseillère. Le cauchemar a tellement bien fonctionné qu'elle aura l'impression qu'il s'agissait de la réalité » expliqua l'homme. « Cependant, je ne m'attendais pas à devoir lui injecter de telles doses anti-etherion, encore moins à la droguer pour qu'elle se calme. »
« Titania est une des plus puissantes mages de Fiore, peut-être même plus puissante que certains de nos mages Saints » expliqua Alteo. « Mais elle n'en reste pas moins une femme, sentimentale qui plus est. Je ne lui aurais d'ailleurs pas soupçonné cette facette. Mais ça nous a bien servis, et à présent nous savons où il se trouve. »
« Pas tout à fait » rectifia le magicien. « Je n'ai pas pu sonder totalement son cerveau, elle est tombée inconsciente avant que je n'en ai eu le temps. Cependant, avec ce qu'elle a dans les veines, elle nous donnera tous les renseignements que l'on veut à son réveil. »
« Je te trouve bien sûr de toi. Quelles sont les doses ? » questionna la femme aux cheveux violets.
« 200mg d'anti-ethérion et 50µg pour l'autre. En tout, elle a eu trois fois la dose de chaque produit.»
« Trois fois ?! » s'écria Alteo. « Sombre idiot, on ne veut pas la tuer ! » hurla la Conseillère, hors d'elle.
« Ce sont les doses qui ont été nécessaires à la calmer. Ce n'est pas moi qui les lui ai administrées, c'est le médecin qui était avec moi. Il m'a dit qu'elle supporterait cela sans problème. »
« A moins qu'elle n'ait atteint les 20.000 unités, la troisième dose était de trop ! Avec ça, elle risque de nous claquer entre les doigts pour cause d'insuffisance magique ! »
« Vous vous trompez, Conseillère » dit doucement Barbas. « Nous avons administré la première dose en voyant qu'elle dépassait les 45.000 unités. Mais elle n'est pas descendue en-dessous des 30.000, d'où la seconde, puis troisième dose. »

La conseillère le regarda, ahurie, lui demandant comment il était possible d'atteindre un tel niveau de puissance magique.

« C'était au moment où Gérard est mort. Sa puissance était à 28.000 unités, et à partir du moment où il a rendu son dernier soupir, la puissance de Titania n'a cessé de croître de façon exponentielle. Si elle avait continué, je n'aurais pas réussi à la contenir. Et malgré ces doses, il a fallu lui administrer une grosse dose de calmants, car je n'arrivais plus à la maîtriser. Mais à présent, avec ça, elle sera d'une docilité extrême pendant deux jours environ, et les effets de l'anti-etherion se dissiperont dans une petite semaine d'après le médecin de la prison. »

Après quelques minutes de discussion, Barbas fut congédié pour se remettre de cette expérience extrêmement fatigante tandis que la Conseillère en avisait le reste du Conseil et chargeait une autre personne de la prison d'interroger la magicienne à son réveil.

Plusieurs heures étaient passées, et une femme s'était installée près du lit, le dernier Sorcerer Magazine à la main, attendant le réveil de la prisonnière. Erza avait été tellement stupéfiante que par mesure de sécurité, son poignet avait été attaché à un maillon de la chaîne qui maintenait le lit en l'air.

Une tablette avait été installée près du lit, avec de l'eau et un sandwich. Le surveillant de garde avait eu une telle frayeur lors de la manipulation dont elle avait fait l'objet dans la matinée qu'il avait décidé qu'elle ne sortirait plus de sa cellule pendant quelques temps.

La gardienne avait eu le temps de lire plusieurs pages lorsqu'Erza se réveilla, le regard vide, sans expression.

« Bien. As-tu faim ? » demanda la blonde de but en blanc.
« Non » répondit la rousse d'une voix blanche.
« De combien de membres est constituée Crime Sorcière ? » demanda-t-elle sans se soucier du reste.

L'interrogatoire avait duré quelques heures durant lesquelles Erza avait été interrogée sur la guilde indépendante, sur Gérard, sur elle et même sur Fairy Tail. Et elle avait répondu à toutes ces questions sans sourciller, la drogue agissant admirablement bien sur son esprit reconnu comme étant très difficile à asservir. Une fois son travail terminé, la blonde s'en alla, laissant simplement la bouteille d'eau près de la prisonnière puisqu'elle avait mangé le sandwich entre temps.

« A présent tu peux dormir » déclara la femme en sortant de la cellule.

Seule, elle se dirigea vers son bureau pour faire un rapport détaillé de ce qu'elle avait noté. La gardienne préférait travailler la nuit, c'était plus calme, tous les prisonniers dormaient. Il y avait également moins de personnel, elle pouvait donc travailler sans avoir à supporter leurs conversations grivoises sur les rares femmes qui travaillaient ici. A croire que tous les hommes étaient pareils.

Installée à son bureau, elle écrivait depuis un moment long moment lorsque quelque chose l'interpella : le silence. C'était étrange. D'ordinaire, même la nuit, il y avait toujours un bruit métallique d'épée cognant à la ceinture, le bruit des conversations ou des ronflements.

En sortant de sa pièce, son étonnement ne fit que croitre. La lumière des couloirs était éteinte tandis que les gardiens dormaient, affalés contre les murs du couloir, et elle n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu'une immense fatigue l'accabla. A son tour, elle se laissa tomber dans les bras de Morphée.

« Ton esprit est vraiment parfait pour ce genre de situation » avait déclaré Mirajane en voyant la blonde tomber littéralement.
« Oui, mais je ne tiendrai pas très longtemps, la prison est plus grande ce que j'aurais imaginé » expliqua Angel, concentrée. « Hypnos me prend beaucoup d'énergie, je ne pourrai pas l'utiliser plus de 30 minutes. »
« Maintenant que la voie est libre, il faut trouver Erza » déclara Meldy.
« Reste-là, gamine, ça va être rapide » interrompit Erik, commençant à humer l'air. « Par-là. »

Le groupe se laissa diriger par le flair hors du commun du dragon slayer. Après quelques minutes cependant, la trace se perdait.

« J'ai l'impression d'être dans un hôpital... » expliqua le serpent.
« C'est parce que nous sommes dans l'aile médicale. Mais que ferait Erza par ici ? » se demanda le maître de Crime Sorcière.
« Ils ne l'auraient pas utilisée pour une expérience, quand même ?! » s'exclama la rose. « J'ai entendu des rumeurs là-dessus » expliqua-t-elle en voyant les regards un peu moqueurs.
« Je doute qu'ils fassent des expériences sur les humains, par contre, jouer les tortionnaires leur ressemblerait plus. Mais malgré tout, ça n'expliquerait pas pourquoi elle est par ici » reprit le tatoué.

Chacun vérifiait les noms sur les dossiers avant de les reposer dans les supports près de la porte où se trouvait la personne en question. Finalement, les paroles de Meldy n'étaient pas tout à fait fausses : cette partie de la prison avait des allures de laboratoire avec des cobayes humains.

« J'ai trouvé, elle est là ! » s'écria la démone en tentant d'ouvrir la porte verrouillée.

Forçant, la fée finit par enfoncer la porte après s'être transformée, avant de retrouver son apparence habituelle. Suivie par le reste du groupe, elle s'était précipitée dans la pièce plongée dans le noir, comme tout le reste des lieux.

« Erza ? Erza, réveille-toi ! » suppliait la jeune femme qui n'obtenait aucune réponse. « Gérard, prends-la, il y a quelque chose qui cloche mais on verra ça dehors. »
« D'accord. Erik, tu t'occupes des lacryma de surveillance ? » demanda le maître.
« Déjà fait, mais je vais aller faire un petit tour dans la salle de contrôle au cas où » répondit le brun. « Je vous rejoins dehors. »
« Courage Sorano, on a presque fini » encouragea la seule autre fille de sa guilde en voyant qu'elle commençait à s'essouffler.
« Ouais... »

Tous se pressèrent de sortir de la gueule du loup, prenant soin d'effacer le plus possible leurs traces. Ils devaient se hâter, car la disparition d'Erza n'allait pas passer inaperçu bien longtemps et le Conseil allait certainement se mettre à leur recherche très vite. Le plan était simple : chacun devait aller dans une direction différente pour brouiller les pistes, puis ils rejoindraient le point de rendez-vous, dans les montagnes de l'ouest, celles réputés pour êtes sauvages.

Ce n'était pas faux : peu de gens osaient s'aventurer dans ces montagnes sans nom à cause des créatures qui y vivaient. Pourtant, au cours de leurs mission, Gérard et Meldy, à l'époque accompagnés d'Ultear, avaient parcouru ces monts et avaient découverts une petite vallée, coupée du monde et tranquille, où ils avaient installé un campement secret, camouflé dans le paysage.

Mais pour y accéder, il fallait faire plusieurs heures de marche.

« Je pars en premier. Mira, tu viens avec moi. Vous autres, comme convenu, chacun de son côté. Je vous dis à demain. »

Ils acquiescèrent et chacun s'en alla. Le fugitif avait convenu qu'il utiliserait sa magie pour aller plus vite, tandis que Mira utiliserait la vitesse que lui offrait Satan Soul pour le suivre dans les airs jusqu'à la lisière de la montagne.

Près d'une heure plus tard, ils étaient arrivés, essoufflés par l'utilisation intensive de leur magie, mais ils n'étaient pas encore en sécurité, il fallait continuer. La fée se demandait comment ils allaient traverser les montagnes jusqu'à ce que son camarade lui montre un passage souterrain caché par la végétation.

Une fois à l'intérieur, Mira avait pris soin de cacher à nouveau le trou tandis que des lacryma lumineux s'allumaient tout au long du chemin.

« On y sera dans deux heures à peu près » déclara le mage en posant Erza sur le sol. « Mais d'abord une petite pause : j'ai l'impression que tu as du mal à suivre. »
« J'avoue que je n'ai plus l'habitude de me servir de ma magie si longtemps. Mais ça ne peut pas me faire de mal » sourit la blanche en l'aidant à asseoir l'inconsciente.
« C'est étrange, je croyais qu'elle s'était rendue sans se battre... Et pourtant, elle a des blessures un peu partout » déclara Mira qui en profitait pour examiner un peu celle qui ne se réveillait pas. «Regarde, elle a été piquée. »
« Ils ont dû lui injecter de l'anti-étherion. Ils le font souvent pour les personnes qui pourraient les menacer. Mais je ne sais pas d'où viennent ses blessures. Le Conseil a beau employer des moyens parfois peu éthiques, ils ne sont pas du genre à faire dans les blessures physiques. »
« On verra tout ça plus tard. J'ai repris mon souffle, allons-y. Plus vite on sera arrivés, plus vite je pourrais dire au Maître et aux autres qu'elle est en sécurité. »

Tout au long du chemin, ils parlèrent un peu de la suite des évènements, réfléchissant à ce qu'ils feraient si Lucy ne parvenait pas à convaincre la Princesse. Par la suite, Mira demanda des renseignements sur ce qu'avait pu subir Erza.

« Tu n'as pas besoin de prendre des pincettes avec moi, tu sais ? Même si nous n'avons jamais eu l'occasion de parler vraiment ensembles, Erza m'a beaucoup parlé de toi » déclara la blanche. «Mais malgré le peu de temps passé à discuter avec toi, je peux te dire qu'elle a raison, tu as l'air d'être quelqu'un de très gentil contrairement au portrait dépeint par les avis de recherche. »
« Et toi tu es bien curieuse, comme elle me l'avait dit » répliqua le magicien avec un sourire blasé.
« En effet, mais c'est toujours pour de bonnes raisons » se justifia la demoiselle.

Il faisait nuit noir lorsqu'ils sortirent enfin du passage. L'air était froid, glacial même, et Mirajane ne savait absolument pas où elle se trouvait. Tout ce qu'elle pouvait observer, c'était une bâtisse un peu plus loin, lieu vers lequel ils se dirigeaient d'ailleurs.

A l'intérieur, on détectait une odeur de renfermé et de poussière qu'il faudrait qu'elle fasse disparaître. Visiblement, la guilde n'était pas venue ici depuis très longtemps. Cependant, il y avait une pièce commune un peu à l'instar de la taverne de Fairy Tail, puis, au fond, un long couloir. Le tout était éclairé par la faible lueur des lacryma que Gérard venait d'allumer. Sans un mot, il se dirigea vers le couloir qui desservait plusieurs portes.

« On va l'installer dans ma chambre » déclara le recherché en ouvrant la troisième porte.

Il la déposa sur le lit avant d'aller ouvrir un peu la fenêtre et prendre une couverture et un oreiller tandis que la blanche examinait les membres dévêtus de son amie, ne pouvant cacher sa stupeur.

« Ce sont des monstres... » marmonna-t-elle. « Je ne sais pas ce qu'ils lui ont fait précisément, mais elle est couverte de blessures, d'hématomes... J'ai aussi l'impression qu'elle en a sous ses vêtements. Pourtant, ils sont intacts. C'est complètement illogique » déclara Mirajane en mettant l'oreiller sous la tête de la fée.
« Le Conseil a de nombreuses manières de faire parler les gens. La torture en fait partie. A première vue, ce n'est pas très grave, mais ce qui m'inquiète c'est qu'ils sont très doués pour manipuler les gens. Et on ne saura pas si elle a été victime de ce type de manipulation avant plusieurs heures. »
« Je ne les aimais déjà pas, mais à présent, je les hais. Comment peuvent-ils s'en prendre à des innocents ?! » s'écria la barmaid.
« Pour eux, tous les moyens sont bons pour trouver ceux qu'ils recherchent. Mais je ne pensais pas qu'ils s'en prendraient à Erza... » avoua-t-il en regardant le corps inerte allongé sur son lit.
« Moi non plus. Ce sont vraiment des monstres » ajouta la jeune femme, les dents serrées.

Après quelques minutes, le maître de guilde conseilla à son invitée d'aller se reposer tandis que lui resterai à veiller la rousse, mais elle semblait hésitante.

« Je pense que demain elle sera réveillée, et j'aurai tout le temps de dormir plus tard. Et puis, j'ai encore des choses à faire avant que les autres n'arrivent. »

Convaincue, Mira se laissa guider vers une chambre plutôt féminine, que Gérard déclara comme étant celle de Meldy, expliquant qu'elle resterait certainement avec lui si elle revenait plus tôt que prévu.

Gérard lui sortit des couvertures du placard, puis il fit un détour par la cuisine où il attrapa du linge propre et une bassine qu'il remplit d'eau tiède avant de retourner dans sa chambre.

La voir ainsi le faisait bouillir de l'intérieur, il n'arrêtait pas de se demander ce que le Conseil avait pu vouloir à tout prix pour la mettre dans un état pareil.

Posant la bassine sur la table de chevet, il attrapa une chaise, s'installa près du lit et entreprit de nettoyer le visage d'Erza couvert de sang séché. Il espérait que ce simple geste l'aiderait à se sentir mieux. Après tout, elle avait toujours été là pour lui, il pouvait bien s'occuper un peu d'elle à son tour, non ?

Voyant sa peau frissonner légèrement, l'hôte déposa une couverture sur le corps inconscient qui gisait sur son lit et qu'il s'évertuait de surveiller.

Il s'en voulait. A présent qu'il était seul, il pouvait l'avouer. C'était encore de sa faute si elle se retrouvait dans un tel état de faiblesse. A croire que le destin s'acharnait sur eux.

« Si tu savais à quel point je m'en veux, Erza... Encore une fois c'est de ma faute. Parfois je me demande si je ne suis pas né pour te faire du mal » marmonna-t-il en caressant le visage endormi de la fée.

Perdu dans ses pensées, le maître de Crime Sorcière finit par s'endormir, épuisé par les dernières 48h où il n'avait pas dormi.

Elle revoyait la scène en boucle. Un cauchemar qu'elle n'oublierait jamais et dont elle était la cause. Pourquoi n'avait-elle pas fait attention ?

« Gérard... » murmura-t-elle, des larmes s'échappant de ses yeux sans qu'elle ne cherche à les retenir.

A nouveau, elle voyait cette épée lui transpercer la poitrine. Elle n'en pouvait plus, il fallait que ça cesse. C'était bien la quatrième fois, si elle devait le revoir mourir, elle allait devenir folle.

Ouvrant les yeux, elle n'avait pas fait que rêver. Son visage était humide, sa respiration difficile. Malgré l'endroit inconnu où elle se trouvait, elle n'avait envie de rien. Sa tristesse l'emportait sur le reste. Erza ne voulait plus se battre, elle ne voulait plus se venger, elle avait oublié Fairy Tail, elle voulait juste retrouver son amour perdu.

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu'elle se rendit finalement compte qu'elle avait besoin de respirer. Respirer... ou s'isoler ? Il fallait qu'elle reste seule quelques temps, qu'elle évacue son chagrin, même si en faisant cela, elle avait peur que cela ne soit qu'un geste pour oublier, pour faire comme si de rien était.

Elle venait de passer par la fenêtre pour sortir lorsque la porte s'ouvrit. Redressant la tête, la mage se figea. Il était là, debout dans l'encadrement de la porte, l'air fatigué. Vivant.

« Ce... ce n'est pas possible... » murmura-t-elle en le fixant, ses larmes se remettant à couler abondamment.

Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, elle s'était enfuie. Ce n'était pas possible. Elle l'avait vu mourir. C'était forcément une illusion du Conseil pour qu'elle leur donne des informations. Sur quoi ou qui, elle ne savait pas, à présent que la guilde avait été assassinée dans sa totalité, mais faire cela était horriblement cruel de leur part. Et elle n'était pas prête à se frotter à une illusion.

Sans se soucier de la température extérieure, elle s'était aventurée dans les bois qui bordaient le bâtiment d'où elle s'était enfuie, vite rattrapée par de nombreuses douleurs qui parcouraient son corps.

Essoufflée, elle préféra se dissimuler derrière un arbre, son corps douloureux l'empêchant de se mettre en hauteur. Reprenant son souffle tant bien que mal, elle ne se sentait pas bien. Elle venait de le voir, lui, alors qu'il n'était plus de ce monde. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?

« Réfléchis Erza, il n'y a pas 50 possibilités... Ou c'est un fantôme, comme Maître Mavis, ou c'est mon esprit qui me joue des tours... ou alors c'est un coup du Conseil. »

Mais même en tentant de rester rationnelle, le fait de l'avoir vu l'avais déboussolée. Totalement. Mais elle n'eut pas le temps de se calmer qu'elle entendit déjà un bruit de pas se rapprocher, et une voix qui l'appelait. Sa voix.

Elle savait que ce serait dur de le revoir, mais après, elle pourrait enfin faire son deuil. Et se venger du Conseil.

Sortant de sa cachette, elle lui fit face. C'était bien lui, elle n'avait pas rêvé. Les larmes coulaient le long de ses joues mais son regard était déterminé. Elle devait en avoir le cœur net, même si ce dernier espérait se tromper et se trouver face un Gérard bien vivant.

« Je ne sais pas ce que tu es. Un fantôme, une illusion... Mais je le saurai bientôt » déclara-t-elle en s'élançant vers lui, prête à le frapper.

Surpris, le mage ne fit que se défendre, lui demandant pourquoi elle faisait cela.

« Tu n'es pas Gérard... Même si tu sembles être réel... » expliqua-t-elle en cessant son assaut.
« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? » demanda son opposant, surpris par l'attitude de la rousse.
« Parce que tu es mort... » murmura-t-elle en essuyant ses larmes qui coulaient de plus en plus. « Je t'ai vu mourir de mes propres yeux, alors si c'est encore une technique du Conseil pour me faire parler, je trouve ça bien cruel... »

Abasourdi, il était en train de comprendre doucement ce qui la rendait ainsi. Elle avait certainement été victime des illusions de Barbas, qu'il avait lui-même testées du temps où il siégeait au Conseil. Mais le fugitif ne pensait pas que sa mort la mettrait dans un tel état.

« Ecoute Erza... » commença-t-il, ne sachant pas trop quoi faire devant la détresse qu'elle ressentait. « Je crois que je sais ce qui s'est passé » finit-il par dire en s'approchant d'elle.

Mais la fée le repoussa.

« Arrête. Ça n'a pas suffi au Conseil de m'humilier, maintenant ils veulent que je devienne folle, c'est ça ? » s'écria-t-elle, énervée. « Laisse-moi, stupide illusion. »

Elle commençait à s'éloigner sous le regard du maître de Crime Sorcière qui ne savait pas quoi faire. La dernière fois, il savait qu'il était dans une illusion et avait simplement ordonné au sous-fifre de la faire cesser, mais Erza n'en avait pas eu conscience. Et pour elle, visiblement, c'était lui, l'illusion.

« Erza, attends ! » cria-t-il en la rattrapant quelques secondes plus tard. « S'il te plaît, explique-moi » demanda-t-il. « Admettons que je sois une illusion, j'aimerais savoir comment je suis... « mort». Pour te prouver que je suis bien réel » reprit-il calmement. « Je sais que ce n'est pas facile pour toi, mais si tu ne m'aides pas, je ne pourrais pas te sortir de l'illusion de Barbas... »

Elle ne le laissa pas terminer. C'en était trop. Elle avait été suffisamment patiente pour lui laisser une chance de la laisser seule, et il ne l'avait pas saisie. Elle voulait en finir vite, mais sa magie était trop faible pour être utilisée. Elle était d'ailleurs étonnée de tenir debout sans une once d'éthérion en elle. Tant pis. La mise en garde de tout à l'heure n'ayant pas fonctionné, elle l'attaqua de front, puisant son énergie dans sa peine.

Cette fois, la copie n'aurait pas le choix, ce faux Gérard allait devoir se battre contre elle, même si sa rapidité et son agilité étaient altérés par les douleurs qui la parcouraient.

« Je ne veux plus écouter les paroles d'une marionnette du Conseil ! » cria-t-elle. « Encore moins leur donner des informations sur les personnes que j'aime ! Fairy Tail et Crime Sorcière sont bien plus respectables que le Conseil ! »

Elle enchaînait les coups, ressentant une vive douleur à chaque fois, mais tant pis.

« Gérard était mon meilleur ami, il était gentil, loyal et œuvrait à la protection de Fiore. Et contrairement à ce qui a été dit officiellement, il n'était pas responsable des évènements de la Tour du Paradis. »
« Erza, arrête, je ne veux pas me battre contre toi ! » déclara-t-il en se contentant de parer les coups.
« Alors pourquoi tu continues de me suivre ? Je... »

Elle n'en pouvait plus. Cette torture physique et mental allait avoir raison d'elle, elle ne parvenait plus à résister, il semblait si réel... Elle devenait folle.

Les genoux au sol, les mains sur les tempes, elle secouait la tête, espérant vainement retrouver ses esprits.
Face à elle, Gérard s'agenouilla, n'osant pas la toucher.

« Erza... Tu n'es pas folle, je suis vraiment là, je ne suis pas mort... » expliqua-t-il doucement.
« Comment expliques-tu que je t'ai vu mourir ? Que tu m'aies abandonnée ? » demanda-t-elle en fixant le sol.
« Je pense que ce que tu prends pour la réalité était une illusion. Je connais celui qui en est à l'origine, je t'expliquerai tout plus tard si tu veux, mais avant laisse-moi te prouver que c'est bien moi. »

Elle mit quelques secondes à se décider, serrant les poings désormais posés sur ses genoux, et elle commença à lui expliquer, ses larmes taries laissant encore échapper quelques perles.

« Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais je me suis réveillée sur le chemin qui menait à la cache de la forêt de Waas. J'ai entendu du bruit pas loin de moi, alors je suis allée voir. Ça faisait déjà un moment que le combat avait commencé, mais les soldats du Conseil se battaient contre ta guilde. Je vous ai rejoints en espérant que ça suffirait pour que tu puisses leur échapper, mais je n'avais pas pris en compte le fait que je sois déjà presque à court de magie en me joignant au combat. Je voyais... Je voyais tous les autres tomber les uns après les autres, et après un long moment, il ne restait plus que nous. On a continué à se battre avec les armes prises aux soldats, mais... » Elle s'arrêta un instant, se mordant la lèvre. « J'ai été distraite une seconde. Le capitaine en a profité pour me désarmer et menacer de me tuer si tu n'arrêtais pas le combat. Cependant, au même moment, ton adversaire t'a transpercé juste sous le cœur... » finit-elle par avouer à demi-mot. « Je... J'ai réussis à me libérer, mais il était trop tard, tu es mort dans mes bras... » termina-t-elle en sentant les sanglots revenir.

Il y eut un bruit feutré ressemblant à un tissu tombant sur le sol. Mais ce qui retenait l'attention d'Erza, c'était le froid qui s'était emparé d'elle. Son corps tremblait.

« Erza, regarde-moi » demanda Gérard doucement.

Elle voulait y croire, même si elle savait que cela risquait de la faire souffrir encore plus s'il n'était finalement qu'une illusion. Son cœur s'était déjà laissé convaincre par sa voix et son visage, mais son cerveau restait encore réaliste.

« Erza... » implora-t-il.

La rousse obéit. Elle ne s'attendait cependant pas à le voir torse-nu et son visage déjà rougi par son chagrin masqua sa gêne.

« Qu-qu'est-ce que...?! »
« Regarde. Je ne suis pas blessé. Je n'ai aucune cicatrice, Erza » dit-il calmement avant d'attraper la main de celle qui reprenait espoir pour ma mettre sur son cœur. « Je suis vivant Erza, je te jure que c'est bien moi » murmura-t-il avant de la prendre dans ses bras.

Elle se laissa faire, incapable de lutter. La dernière barrière venait de tomber, et elle se laissa aller contre lui. Sans un mot, ils restèrent enlacés un moment jusqu'à ce qu'Erza se remette à frissonner.

« Erza, tu es gelée, tu es fatiguée... Viens, je te ramène à l'intérieur » dit-il calmement.
« D'accord » répondit la rousse, plus calme à présent, se détachant de lui pour qu'il se rhabille. «Gérard, je... Je suis désolée... »
« Tu n'as pas à t'excuser, mais si tu y tiens, on parlera de tout ça plus tard, d'accord ? »

Elle acquiesça tandis qu'il l'aidait à se relever. La magicienne ne sentait plus vraiment ses jambes, elle marchait lentement tandis que son corps tremblait à présent.

Avant qu'elle ne comprenne ce qui se passe, elle s'était retrouvée dans ses bras. Pour une fois, elle ne protesta pas, anesthésiée par le froid et la fatigue, et elle écoutait le son de cet organe qui battait dans la poitrine de celui qu'elle aimait. Légèrement étonné, Gérard ne dit rien. Pour le moment, il fallait qu'elle récupère physiquement et psychologiquement.

« Il y a quelqu'un qui a hâte de te revoir » dit-il en voyant le bâtiment.
« Qui ça ? »
« Mirajane » dit-il tranquillement en continuant sa route.
« Mira ? Mais... qu'est-ce qu'elle fait là ? » demanda l'écarlate, faiblement.
« Elle est venue avec nous te chercher. Makarof tente d'avoir des informations sur ce que voulait le Conseil et dans quel but. Et la constellationniste est à Crocus. Elle attend le retour du Roi et de sa fille pour leur expliquer ce qui s'est passé. Je t'expliquerai les détails plus tard » dit-il en arrivant devant la porte.
« Pose-moi, s'il te plaît » demanda-t-elle. « Je connais Mira, je ne veux pas qu'elle s'inquiète plus qu'elle ne doit l'être. »

A contrecœur, il s'exécuta, la soutenant malgré tout, puis ils entrèrent dans le bâtiment.

Fin de la seconde partie