Cinquième partie
Souvenirs et aveux

La journée était passée très vite. Les deux fugitifs étaient restés cloîtrés dans le petit appartement de la rousse sur les conseils très appuyés du maître des fées, mais Gérard avait tout de même dû se rendre dans le bureau de Makarof quelques heures.

Sur ordre de ce dernier, l'apothicaire de la guilde s'était rendue sur place pour examiner la guerrière et le verdict n'avait pas du tout plu à Erza, forcée de se rendre compte de l'évidence : malgré toutes les précautions prises pour passer outre ce qu'on lui avait fait subir en prison, elle souffrait d'un sérieux manque de magie. Bientôt, elle serait incapable de se lever. Et Polyussica n'était pas encore en mesure de savoir si ce mal était définitif ou temporaire.

« Erza, ça ne me réjouit pas, mais... il y a une chose dont nous devons parler » commença la vieille femme.
« Je sais » répondit l'affaiblie, la mine sombre. « L'insuffisance magique… »
« Tu sais quelles en sont les conséquences à long terme… »
« La mort » murmura Erza dans un mélange de colère et de tristesse.
« En effet » continua l'apothicaire. « Cependant, pour le moment, il n'en est pas encore question. Nous en saurons certainement plus d'ici quelques jours. »
« Polyussica, tant que rien n'est sûr, pouvez-vous éviter d'en parler au Maître ? »
« A la condition que tu te reposes réellement. Tu n'en as pas conscience, mais ces derniers jours ont été fatigants par ton organisme. »
« Je me suis déjà reposée ! J'ai même dormi pendant plusieurs jours ! » s'indigna la demoiselle qui n'appréciait pas qu'on l'oblige à garder le lit.
« Penses-tu vraiment que tes tourments, les problèmes liés à ton manque de magie, les deux voyages que tu as faits depuis la prison et tout ce que je ne cite pas soient vraiment du repos ? »

Erza ne répondit pas. L'amie du maître n'avait pas tout à fait tort, on ne pouvait pas vraiment appeler cela du repos. Pourtant, pour elle, c'en était. Mais Titania n'avait jamais vraiment connu la signification de ce mot, puisque même par le passé, blessée ou pas, elle ne tenait pas en place.

« Très bien » concéda finalement la fée.

Cela ne lui plaisait absolument pas, mais si ça pouvait l'aider à pouvoir réutiliser la magie plus vite, c'était un mal pour un bien.
La réponse lui convenant, l'ancêtre se leva, indiquant au passage quelques "conseils" à suivre, même si ça ressemblait plus à des ordres déguisés, puis elle s'en alla.

A présent seule, la reine des fées se mit à réfléchir longuement. Elle le jura : ce qui était en train de lui arriver n'arriverait plus à personne par la suite, et les personnes qui lui avaient infligé cela paieraient. Les humains ne sont pas des cobayes.
Un étrange parallèle avec le passé se fit dans sa tête. Elle se demanda si tous ses rêves pourraient se réaliser.
Non. Bien sûr que non. Si elle mourrait, Erza ne serait pas capable de ramener Gérard dans la lumière. Elle ne serait pas capable de l'éloigner de la noirceur dont le monde ne cessait de l'accabler. Elle ne serait pas capable de rire avec lui. De rire avec Natsu, Lucy… avec la guilde…
Pour cela et pour bien plus encore, elle ne devait pas se laisser aller. Au contraire, comme toujours, elle devait se battre. Même si c'était difficile en sachant qu'il y avait un risque non négligeable pour qu'elle n'en réchappe pas.

Essuyant ses larmes, la jeune fille se leva et s'en alla. Même si elle avait accepté de se reposer, Erza avait bien le droit de s'occuper un peu lorsqu'elle était seule.
C'est donc naturellement qu'elle se dirigea vers l'étage supérieur à la recherche de Levy. A cette heure-ci, la bleue était certainement revenue de la guilde comme toutes les autres habitantes du dortoir.

Après quelques minutes, satisfaite, Erza retourna dans sa chambre où l'attendait celui qui partageait ses nuits depuis peu. Gérard avait terminé de donner ses ordres aux membres de Crime Sorcière éparpillés dans le pays.

Il sembla étonné de la voir hors de sa chambre.

« Alors, comment vont les autres ? » demanda-t-elle en l'invitant à entrer.

Erza ne parvenait pas à dormir. Ce qu'elle avait appris dans la soirée la tracassait encore, bien qu'elle ait pris sa décision. Elle ne cessait de réfléchir, se retourner, réfléchir encore en fixant le visage endormi près du sien. Devait-elle lui dire que sa vie dépendait de la décision que prendrait la Princesse lors de leur entrevue ? En sachant cela, devait-elle lui dire qu'elle souhaitait l'aimer ?

« Erza ? »

Sursautant légèrement, elle leva les yeux. Elle l'avait réveillé à force de bouger, à tous les coups.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-il, à moitié endormi.
« Non. J'arrive pas à dormir, c'est tout » déclara-t-elle.
« Si c'est ce que la femme de tout à l'heure t'a dit qui te tracasse, rassure-toi, ça va all… »
« Tu nous as entendues ?! » s'exclama-t-elle.
« Non. Je l'ai croisée en revenant et nous avons parlé. Elle n'a rien dit explicitement, mais elle m'a fait comprendre deux ou trois choses » reprit-il calmement. « Je pense que j'ai quelque chose qui pourrait te rassurer. »

Erza ne dit rien. Elle était vexée. Contre lui, mais aussi contre elle. Comme toujours, Polyussica avait trouvé la faille. La prochaine fois, la demoiselle précisera que Crime Sorcière ne devait pas être mis au courant.

« Lorsque j'ai été amené en prison, j'étais amnésique. Cependant, entre-temps, ma mémoire est revenue. Ce jour-là, j'étais… en colère. Très en colère contre moi. Et n'étant pas dans ma cellule, les restrictions magiques ne m'empêchaient pas d'accumuler l'étherion, même si les menottes ne me permettaient pas de l'utiliser » commença l'homme qui avait à présent toute l'attention de son amie. « Comme tu le sais, les séances de torture sont monnaie courante là-bas et… je ne me souviens plus très bien mais je sais qu'ils ont eu très peur ce jour-là. Peur de moi. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais la pièce où je me trouvais a été réduite en cendres. Heureusement, j'étais seul à ce moment. Pour me calmer, j'ai eu le même traitement que toi : de l'anti-étherion. Sauf qu'en ayant accumulé autant de magie, ils ont dû s'y reprendre à trois fois avant que ça ne me mette K.O. »
« Je ne comprends pas où tu veux en venir… » avoua Erza.
« J'ai appris que ce qu'ils injectent est un produit très dangereux, et qu'ils n'ont normalement pas le droit d'utiliser plus d'une dose par personne et par semaine » expliqua-t-il. « Des gens sont morts à cause de leur négligence. Pourtant, je suis toujours vivant. Et toi aussi. »

Erza ne dit rien. Elle ne pouvait pas lui dire qu'il y avait un risque pour qu'elle disparaisse dans quelques temps à cause de tout ça. Visiblement, Polyussica lui avait expliqué certaines choses en omettant cette possible finalité.

« Il m'a fallu près d'un mois pour m'en remettre. Je dois t'avouer que je connaissais le principe d'insuffisance magique, mais ça n'avait jamais duré aussi longtemps et on ne m'avait pas caché qu'il y avait une forte probabilité pour que j'y passe » continua le mage. « Et tu vois, je peux encore me servir de ma magie. Je pense que c'est parce que toi comme moi, nous avons une réserve de magie exceptionnelle. Mais de ce fait, il nous faut plus de temps pour « recharger nos batteries » complètement. Et puis, c'est le début le plus long. Une fois qu'on atteint un certain seuil, la « recharge » se fait bien plus rapidement. »
« J'espère que tu as raison » répondit Erza, plus calme.
« Je l'espère aussi. Pour eux. Car dans le cas inverse, le Conseil aura de bonnes raisons de m'arrêter. »

Même si c'était caché, Erza avait parfaitement compris ce que le message signifiait. Ces paroles avaient réussi à la réconforter quelque peu. S'il avait réussis à s'en remettre, peut-être qu'elle y parviendrait elle aussi.
L'étreinte se resserra quelque peu. Même si ce qu'il y avait entre eux n'était pas tout à fait clair, sa présence lui faisait du bien. C'était différent de Fairy Tail.

« Est-ce que ça va mieux maintenant ? »
« Un peu » concéda la rousse.
« Alors essaie de dormir. On parlera demain si tu veux » murmura-t-il. « Hisui ne sera pas là avant une bonne journée, ça te laissera un peu de temps pour réfléchir. »

Il n'avait pas tort. Mais même en sachant cela, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Pourtant… elle ne devait rien montrer si elle ne voulait pas inquiéter encore plus ses amis ou… lui.

Titania n'avait pas été simple à gérer. Elle avait beau faire des efforts, rester bien sagement à ne rien faire n'était vraiment pas dans sa nature. Heureusement, pour s'occuper, ils avaient rassemblé toutes sortes d'informations sur les péripéties qui venaient de se dérouler. En espérant que tout cela leur serait utile lors de leur entretien avec la princesse.

Prêts, tous deux se dirigèrent vers le passage menant à Fairy Tail, en espérant vivement parvenir à une issue favorable.

A la sortie du tunnel, Makarof les attendait patiemment, et, discrètement, il les fit monter à l'étage, dans une pièce qui n'était pas ouverte en temps normal, à l'abri des regards et qui servait d'annexe à son bureau.

Lucy et Natsu étaient déjà là, assis sur le banc. Comme à son habitude, le dragon slayer bougonnait de ne pas pouvoir rire et s'amuser avec les autres. Heureusement, Lucy parvenait à le distraire avec l'aide d'Happy, mais ça ne suffisait pas toujours.

« Avec tous les mages qu'il y a ici, qu'est-ce qu'elle risque ? » avait-il dit.
« Tais-toi un peu, c'est notre mission » avait rétorqué la blonde. « En plus c'est pour aider Erza, alors fais un effort. »
« Hum… C'est bien parce que c'est pour Erza » marmonna-t-il, avachi sur la rambarde en regardant les autres s'agiter au rez-de-chaussée.
« Arrête de te plaindre si tu ne veux pas que je me fâche » déclara alors une voix faussement autoritaire tandis qu'une main froide se posait sur l'épaule du mage qui tressaillit.
« Erza ! » s'exclama la blonde avec un sourire. « Comment vas-tu ? Est-ce que tu es blessée ? Est-ce que… »

Lucy s'était visiblement inquiétée pour elle, et il en était de même pour Natsu qui l'avait lui aussi assaillie de questions. Il s'était alors empressé de la demander en duel puisqu'elle allait bien.

Répondant rapidement aux questions de la constellationniste, la conversation tourna court lorsque le vieux maître arriva à son tour. D'après lui, la princesse les attendait déjà à l'intérieur, propos confirmé par ses gardes du corps d'un jour.

Dans la pièce, la jeune femme aux longs cheveux verts regardait le paysage à travers la fenêtre. Sur la table placée au centre se trouvaient plusieurs feuilles visiblement usées mais dont Erza ne parvenait pas encore à lire le contenu.

« Bonjour à vous » déclara la princesse en se retournant doucement une fois la porte fermée.
« Bonjour princesse » répondit la rousse.

Jetant un coup d'œil à celui qui se trouvait derrière elle, il ne dit rien. Campant sur leurs positions, ils attendirent un signe de celle qui les avait conviés à ce rendez-vous étrange.

« Avant de commencer quoi que ce soit, je te demande pardon pour ce que le Conseil t'a fait, Erza. Je n'étais au courant de rien avant que Lucy ne m'en informe, et si je l'avais su… Je t'aurais sortie de là aussitôt » avoua la souveraine, sincère.

Laissant l'encapuchonné derrière elle, Titania avança à la rencontre de celle qui prenait souvent la défense de Fairy Tail et la remercia en souriant. La glace était brisée : Hisui semblait du côté d'Erza, mais serait-elle aussi du côté de Gérard ?

« Je suppose que tu es Gérard Fernandes, le maître de Crime Sorcière ? » demanda alors la princesse d'un ton neutre. « Rassure-toi, je ne suis pas là pour te nuire. Au contraire. J'ai entendu parler de tes nombreuses actions contre divers guildes noires. Même si tout le monde ne partage pas cet avis au palais, je trouve que tu as largement payé pour les crimes commis par le passé. Autant toi que les membres de ta guilde. »

Erza comme Gérard étaient surpris par la franchise de la future reine du royaume, qui n'avait d'ailleurs pas terminé.

« A vrai dire, une fois cette entrevue terminée, j'aimerais te demander quelque chose qui pourrait, à terme, te rendre ta liberté. »
« Comment ça ? » demanda finalement le mage en sortant de l'ombre de sa capuche.
« Nous en parlerons tout à l'heure si tu le veux bien, je pense qu'il y a plus urgent pour le moment. »
« En effet » reprit-il en restant en retrait, rejoint par la rousse.

Les invitant à s'asseoir, la jeune femme leur expliqua que contrairement aux vieillards qui dirigent le pays, elle avait une tout autre vision de la politique tout en sachant que le Conseil ne la laissera certainement pas régner seule.

« Cependant, même si je dois œuvrer dans l'ombre pour le moment, j'aimerais mettre fin aux agissements du Conseil, notamment sur les personnes innocentes » expliqua-t-elle en regardant Erza. « Ce sont des pratiques barbares qui n'ont pas lieu d'être, encore moins à notre époque. »
« Et qu'attendez-vous de nous ? » demanda le fugitif.

La demoiselle leur montra les documents apportés. Elle avait réussi à accumuler des témoignages mais aussi des preuves des pratiques crapuleuses des conseillers ou encore des documents concernant les "expériences" menées dans les prisons et, pour elle, la fée avait été la victime de trop. Tout le monde connaissait Erza Scarlet à Fiore, et sa réputation n'était plus à faire. Ses nombreux exploits parlaient pour elle.

Pendant près de trente minutes, Hisui leur expliqua précisément ce qu'elle pensait et ce qu'elle attendait d'eux, s'ils étaient d'accord. Son but était simple : arrêter les dérives du Conseil et à terme supprimer totalement cette entité vieillotte qui n'était plus capable de rester à la page.

« Et le Roi ? Pourquoi ne fait-il rien ? » demanda le tatoué.
« Il a beau être plus jeune que les conseillers, dans sa tête il fonctionne toujours… « à l'ancienne », si vous voyez ce que je veux dire » expliqua-t-elle, un peu gênée. « A l'écouter, je devrais déjà être fiancée et mon rôle devrait se cantonner à rester cloîtrée dans mes appartements à faire des enfants. Je pense que le monde a évolué, ce qui n'est pas le cas de ceux qui gèrent actuellement le Royaume. Et même si je ne souhaite pas détrôner mon père, je pense qu'il faut réformer tout cela. Même s'il faudra beaucoup de temps pour tout mettre en place. »

Gérard était un peu surpris par cette personne d'apparence si fragile. Elle ne faisait jamais parler d'elle, et pourtant elle avait de très bonnes idées pour le pays ainsi qu'un caractère bien trempé. Il s'étonna de penser cela mais… cette princesse méritait d'avoir le trône et semble consciente des nombreux problèmes du Royaume. Elle n'avait pas d'œillères, contrairement à son père.

Tous trois parlèrent un moment, mettant sur pied un plan. En premier lieu, il était important de faire en sorte qu'Erza ne soit plus recherchée. Réussir cette étape permettrait de dénoncer les actions de l'élite. Ensuite, il était convenu que tant que le jour de son règne ne serait pas arrivé, la princesse s'arrangerait pour surveiller les faits et gestes des Conseillers en lesquels elle avait le moins confiance. C'est à dire les jumeaux Altéo et Altéa, notamment, mais aussi Aaron, Aspros ou encore Yôma. Près de la moitié des membres du proche cercle du Roi étaient des brebis galeuses.

« Erza ? » s'enquit le mage qui l'observait depuis quelques instants. « Tu as mal à la tête ? »
« N-non, ça va, je… »

Sa voix s'était tue, son regard semblait perdu dans le vague tandis qu'une larme coulait le long de sa joue devenue livide.

« Erza ?! » s'exclamèrent les deux autres, surpris et inquiets.
« Qu'est-ce que tu as ? » demanda la verte tandis que l'autre s'était approché d'elle.

Il lui fallut quelques secondes pour réagir. Repoussant Gérard, Titania se leva, s'excusa et leur demanda de continuer sans elle, maîtrisant du mieux possible sa voix, avant de sortir. Stupéfaits, ni l'un ni l'autre n'avaient compris pourquoi ce soudain comportement.

« Tu devrais aller voir ce qui l'a mise dans cet état. D'après ce que je sais, vous vous connaissez très bien et depuis très longtemps, ce qui n'est pas mon cas. Mais de ce que je sais d'elle, Erza n'est pas du genre à fondre en larmes sans raison. Et pour qu'elle parte ainsi, c'est que ça doit être très grave » déclara Hisui calmement. « Je patienterai le temps qu'il faudra. »
« Très bien. Je reviendrai dès que je le pourrais. »

Bien sûr qu'il avait voulu lui courir après pour savoir ce qui l'avait mise dans un état pareil si soudainement, mais il savait aussi qu'il jouait un rôle devant la princesse. Rôle visiblement démasqué au moins en partie, d'après ce qu'il avait pu entendre.

Sortant de la pièce, il trouva Natsu encore stupéfait et avec un petit mélange d'inquiétude dans le regard, qui lui demanda ce qu'il s'était passé.

« J'en sais rien » expliqua Gérard. « Tu sais où elle est partie ? »
« Lucy lui courait après, je crois qu'elles sont dans la bibliothèque. »

Remerciant ce dernier, il lui demanda de faire attention à leur hôte, prenant à son tour le chemin de la bibliothèque, sa capuche à nouveau sur la tête.

Sur place, Lucy était effectivement là, seule. Erza avait disparu sans laisser de traces et, bien qu'inquiète, la constellationniste accepta de retourner auprès de son co-équipier et de prendre soin de leur invitée le temps qu'il comprenne ce qu'il se passe.

Seul, Gérard ouvrit le passage que lui avait montré le Maître de Fairy Tail quelques années plus tôt. Passage rarement connu des membres de ce qu'il savait, et dont visiblement la blonde ne connaissait pas l'existence.
Poussant une rangée de livre, le fugitif promena ses doigts sur l'envers de la moulure où se trouvait un petit bouton qu'il actionna.

Aussitôt, un morceau de la bibliothèque à peine plus grand que lui pivota et lui laissa à peine quelques secondes pour passer avant de se refermer silencieusement.

Les lacrymas étaient allumés devant lui, signe du passage de la mage. Suivant le chemin lumineux, il l'appela mais Erza ne répondait pas. Tout ce qu'il parvenait à entendre était le bruit des larmes qu'elle tentait de réprimer et qui faisait écho dans la galerie froide qui serpentait sous la ville de Magnolia. Pourtant, il ne lui fallut pas bien longtemps pour mettre la main sur celle qu'il cherchait puisqu'un seul chemin était éclairé. Un cul de sac.

Assise, les genoux contre la poitrine, les larmes coulaient le long de ses joues, le regard toujours dans le vague.

« Erza ? »

Relevant soudainement la tête, visiblement surprise, elle détourna le regard en l'apercevant.

« Va-t'en. Laisse-moi seule » demanda-t-elle d'un ton presque suppliant.
« Erza... Que s'est-il passé pour que tu te mettes dans un état pareil ? » demanda le plus âgé en s'approchant.

Lorsqu'il posa la main sur elle, elle le rejeta aussitôt, reculant contre la paroi humide. Dans son regard se mélangeaient un dégoût et une haine qu'il ne comprenait pas. Jamais elle ne s'était montrée agressive envers lui en dehors d'il y a quelques jours, lorsque la jeune fille avait dû faire face à la réalité et accepter d'avoir été victime d'une illusion.

« Erza, s'il te plaît, explique-moi. Je t'ai jamais vue comme ça… »

Après quelques minutes à camper sur leurs positions, la fée finit par enfin ouvrir la bouche en voyant qu'il ne bougerait pas.

« Pardon » murmura-t-elle. « Excuse-moi… »

Sa voix était déchirante et les larmes coulaient de plus belle.

« Je suis… tellement désolée… » expliqua-t-elle alors que sa voix s'éteignait. « Je… Je ne voulais pas… Je suis désolée… »

Malgré son incompréhension, il s'était installé à côté d'elle. Il ne savait pas en quel honneur étaient dues ces excuses, mais Erza semblait profondément choquée. Un peu comme lorsqu'elle l'avait revu alors qu'elle le pensait mort.

« Erza, je ne comprends pas… » avoua Gérard, n'osant pas la toucher.
« Le Conseil… Ils… ils m'ont obligée… » sanglotait-elle. « Toi, Crime Sorcière… et même Fairy Tail… et j'ai… j'ai rien pu faire. »

La surprise puis l'horreur se lurent dans les yeux du fugitif. Il venait de comprendre. Ils avaient utilisé le sérum de vérité sur elle pour obtenir des informations qu'elle refusait de donner.

« Erza… Ce n'est pas de ta faute » tenta-t-il, « Tu n'avais plus ton libre arbitre, et… »
« Si ! » le coupa-t-elle. « Même si je ne pouvais dire que la vérité, je parvenais encore à refuser de répondre à leurs questions » expliqua-t-elle, furieuse contre elle-même. « Mais ensuite, il y a eu autre chose. Une autre seringue, et là c'était… c'était comme si je n'existais plus. »

Elle avait été droguée à cause de son refus de coopération. Gérard n'était pas vraiment surpris et il comprenait enfin. Les souvenirs de ces moments où on l'avait humiliée et forcée à divulguer des informations sans qu'elle ne puisse s'y opposer refaisaient surface.

Tentant de la rassurer, il lui expliqua qu'il connaissait ce sentiment. La haine contre ses tortionnaires, la haine contre soi-même, la haine contre sa faiblesse. Et pourtant rien de ceci n'était de sa faute. C'était justement parce qu'elle était Erza Scarlet, parce qu'elle était Titania, la reine des fées, qu'ils avaient pris autant de précautions pour la rendre docile.

Il ne lui en voulait pas, il était même plutôt heureux qu'elle ait parlé, chose qui visiblement la choqua.

« Je préfère que tu aies parlé et d'avoir pu te retrouver vivante plutôt que tu sois restée muette et de t'avoir retrouvée morte » expliqua-t-il doucement tandis que les larmes semblaient se tarir dans les yeux couleur d'ambre de son amie.
« Jamais… Jamais ça ne m'était arrivé » expliqua-t-elle. « Je-J'ai vendu Fairy Tail, ma propre guilde, j'ai vendu mon maître… Je t'ai vendu toi. »
« Peu importe les informations qu'ils ont sur moi. Ils auraient fini par les savoir un jour ou l'autre. Et je pense que s'ils t'ont choisie, c'est parce qu'ils avaient nombre de ces informations et que comme tu étais un lien entre Crime Sorcière et Fairy Tail, ainsi qu'une personne importante pour les deux guildes, tu étais toute désignée pour confirmer leurs informations » concéda le jeune homme.

Après quelques instants, un air coupable se dessina sur son visage. Il ne savait pas si cela soulagerait son chagrin, mais la voir ainsi était vraiment désemparant.

« Erza, il faut que je te parle de quelque chose. »

Remontant dans leurs souvenirs, son récit commença au moment des premiers grands jeux auxquels elle avait participé. Ce jour particulier où ils s'étaient revus pour la première fois depuis si longtemps. Ce jour où il lui avait mentit.

« Je savais que le Conseil cherchait à se renseigner sur moi et je ne voulais pas que tu sois prise pour cible. Alors j'ai fait mon possible pour essayer de t'éloigner de moi, quitte à inventer un mensonge abracadabrant » avoua le maître aux cheveux azurs. « Je sais que tu ne m'as pas cru, mais je voulais me persuader du contraire pour que sois hors de portée de ces fous. Malheureusement ça n'a pas fonctionné et aujourd'hui tu es triste à cause de moi, comme toujours. »

Il était découragé. Toute sa vie, les rencontres qu'il ferait avec elle seraient vouées à la même issue : un moment agréable, puis son joli visage triste et larmoyant. C'était un cercle vicieux duquel il ne parvenait pas à sortir. Et il aurait beau s'excuser et promettre de ne plus recommencer, c'était comme une malédiction qui le poursuivait.

Malgré tout, ses aveux avaient eu de l'effet. Essuyant ses yeux, elle jeta un regard interrogateur à son ami d'enfance. Oui, elle était au courant pour le mensonge, mais aujourd'hui elle comprenait les motivations qui l'avaient poussé à agir ainsi. Il savait qu'il y avait une forte probabilité pour qu'elle soit la proie du Conseil et malgré tout, ils avaient continué à se voir, à travailler ensemble de temps en temps même si l'ambiance avait été un peu différente depuis la "fiancée".

« Pourquoi ? » demanda-t-elle tandis que de nouvelles larmes apparaissaient. « Pourquoi tu me dis ça seulement maintenant ? » ajouta-t-elle d'un voix plus posée et maîtrisée que tout à l'heure.
« Je te l'ai dit. Mes efforts n'ont servi à rien, alors autant tout te dire. Je n'ai jamais aimé te faire pleurer, et pourtant… » expliqua-t-il d'un voix faiblissante. « Si ça peut t'aider à ne pas te sentir coupable… »

A nouveau, un instant sans mot. Erza semblait pensive, mais le bleu reprit la parole.

« Je te connais bien, je sais que peu importe les raisons, tu n'aurais pas fait ça de ton plein gré. Je crois en toi Erza, alors… s'il te plaît, sèche tes larmes. Je te promets de tout faire pour que la Erza que j'aime revienne, celle qui sourit et qui n'a peur de rien. »

Surprise, elle le scruta un instant. Il n'était absolument pas fâché, inquiet ou autre, non, il lui souriait.
Une bouffée d'émotions monta en elle et, sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, elle s'était jetée sur lui, surprenant ce dernier au passage. Là, maintenant, elle avait besoin de sentir sa chaleur, de sentir qu'elle n'était pas seule, qu'il croyait en elle comme il l'avait dit.

« Merci… » murmura-t-elle en essuyant ses dernières larmes. « Je prendrai ma revanche sur le Conseil, je leur ferai payer pour tout ça. Plus jamais je ne pleurerai à cause d'eux. »

Le regard déterminé, elle était décidée. La grande Titania était de retour. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et ils souriaient presque bêtement.

« Souris. Encore et toujours, Erza, souris » demanda-t-il en prenant le visage légèrement humide de celle qui lui faisait face entre ses mains.

Avant qu'elle ne puisse répondre, leurs lèvres s'étaient touchées. Cela leur rappelait le passé. La fois où il l'avait repoussée. Mais cette fois, il ne le ferait pas. S'il ne voulait plus voir de larmes sur son visage, il devait la suivre et il le savait. C'était ce qui ferait la différence lors de leurs futurs rencontres.

« Je t'aime Erza » murmura-t-il.
« Idiot » répondit-elle. « Je le sais » sourit la rousse avant de reprendre. « La prochaine fois que tu as quelque chose d'aussi important à me dire, essaie de ne pas mettre autant de temps » rit Erza en resserrant ses bras autour de la nuque de son aimé tandis que deux mains agrippaient sa taille, la maintenant fermement collée à lui.

Ils restèrent quelques minutes ainsi, le temps pour Erza de se remettre complètement de ses émotions passées, puis ils se mirent d'accord pour parler de ses souvenirs à la princesse qui les attendait certainement toujours.

Se relevant, Gérard avoua être arrivé en suivant sa trace et, du coup, il était totalement perdu dans le dédale de galeries. Riant gentiment, la fée le rassura : pour elle, aucune de ces galeries n'avaient de secret, alors elle ouvrit la marche.

Lorsqu'ils remontèrent à la surface, la nuit était déjà tombée. Devant le bureau annexe qui avait accueilli la réunion, Hisui parlait avec Lucy, installées à même le sol. Elles semblaient bavarder gaiement jusqu'à ce que la verte ne pose son regard sur Erza.

Les deux constellationnistes se levèrent et s'approchèrent vivement, même si la princesse resta un peu en retrait.

La blonde lui demanda ce qu'il s'était passé, mais Erza resta énigmatique sur le sujet. Elle ne voulait pas trop en parler pour le moment, bien qu'elle en eût l'obligation quelques minutes plus tard.

Les deux renégats et la future souveraine entrèrent à nouveau dans la salle, demandant à Lucy d'aller chercher immédiatement le Maître.

« Il y a quelque chose que vous devez entendre tous les deux. Une fois que ce sera fait, si vous le souhaitez il pourra partir, mais il faut absolument qu'il entende ce que je vais vous dire » expliqua la rousse devant l'air interrogatif de la verte.

Assis autour de la table, Gérard surveillait la fée du coin de l'œil. Chacun savait que ce qui allait être dit ne serait pas facile à entendre, et chaque seconde à attendre Makarof faisait monter une certaine angoisse dans l'esprit d'Erza.

Lorsque la porte s'ouvrit, le vieillard interrogea sa protégée du regard. Il ne comprenait pas qu'il soit "invité" à cette audience qui devait concerner uniquement Crime Sorcière.

« Maître, asseyez-vous. Je dois vous parler de quelque chose » déclara l'ex magicienne d'un ton grave, presque intimidée.
« Je ne sais pas ce que tu as à dire, mais vue ta tête, ça n'annonce rien de bon » déclara le petit homme en s'installant.

Soupirant, Erza baissa les yeux puis, doucement, elle leur révéla tous les souvenirs qui venaient de lui être rendus.

Tremblante de rage, elle ne laissa pas une larme couler cette fois-ci, mais sa voix trahissait ce qu'elle ressentait. Les mots avaient un peu de mal à sortir par moments, et elle n'avait pas encore le courage de faire face à Makarof. Cependant, elle avait rapidement sentit le dégoût d'Hisui pour les dirigeants du Royaume. Sans regarder les autres, elle avait vu le poing de la demoiselle qui lui faisait face se serrer de plus en plus à mesure qu'elle avouait tout. Se serrer presque jusqu'au sang.

Lorsqu'elle eut terminé, elle se contenta de fixer la table, ne pouvant pas regarder les autres. Elle avait trop honte pour ça. Elle avait été tellement faible.

« Pour ma part, je lui ai déjà dit ce que je pensais de tout ça » déclara le plus jeune maître de guilde. « Je ne sais pas pour vous, mais connaissant bien ces gens, je pense pouvoir affirmer sans me tromper qu'Erza n'est en rien responsable de ce qui a été révélé. »
« Je suis d'accord avec toi » répondit le plus âgé. « Princesse, Gérard, pouvez-vous nous laisser seuls quelques minutes ? »

Les deux chaises crissèrent sur le sol tandis que leurs occupants quittaient la pièce. Une fois seuls, le petit homme souffla et monta sur la table avant de s'asseoir face à la traîtresse.

Makarof posa une main bienveillante sur l'épaule de l'une des plus puissantes mages de la guilde et commença à lui parler. Il était désolé de lui avoir fait subir ce genre de chose et, comme le lui avait déjà dit Gérard, elle n'avait pas à s'en vouloir : elle n'était en rien responsable de tout ça. Les progrès de la médecine moderne avaient leurs bons et leurs mauvais côtés, comme tout.

Il n'était pas fâché et, étrangement, il avait réagis de manière similaire à Gérard.

« Je pense qu'il a réagis comme moi, n'est-ce pas ? » demanda le vieillard. « Nous te connaissons depuis longtemps Erza, et je sais que tu n'es pas du genre à facilement donner des informations de quelque importance qu'elles soient. Au contraire. Alors ne te sens pas responsable. Je m'arrangerai pour contrecarrer le Conseil. »

Ils parlèrent pendant quelques minutes, et Makarof tenta de retirer le poids de la culpabilité qui écrasait sa protégée. Bien sûr, il faudrait quelques jours pour que cela soit effectif, mais au moins, elle se sentait à présent un peu mieux.

Une fois son discours terminé, le blanc s'en alla, rassurant une dernière fois celle qu'il considérait comme sa famille, et Erza fut rejointe par ceux qui patientaient à l'extérieur. La conversation reprit alors de plus belle. Hisui était outrée, hors d'elle, même, devant ce qu'on avait osé faire à une innocente.

La guilde était animée ce soir-là. Erza avait pu rejoindre ses amis et même si certains avaient remarqué une pointe de mal-être, personne ne dit mot. Cela faisait longtemps qu'elle n'était pas apparue, et elle avait manqué les fêtes de fin d'année, alors ce soir-là, c'était la fête.

Pendant ce temps, à l'étage, deux personnes observaient la scène sans se mêler aux autres. Cette ambiance bonne enfant leur était agréable à l'un comme à l'autre.

Et puis Mirajane s'invita près d'eux, leur proposant de se joindre à la fête, de prendre un verre et de manger quelque chose. Hisui accepta, invitée par la constellationniste de la guilde. C'était le genre de fête qu'elle ne voyait jamais au palais, et Fairy Tail était réputée pour son ambiance hors du commun. L'autre suivit également, s'asseyant au bar et regardant la guilde folle et joyeuse qu'était celle de son amie.

Parfois, il se demandait ce que serait sa vie s'il avait eu la chance de ne pas commettre les atrocités du passé et s'il était tombé ici, lui aussi.

« Elle a l'air de bien s'amuser » déclara la barmaid avec un sourire sincère. « Ça faisait un moment que je ne l'avais pas vue sourire comme ça. »
« Oui » répondit l'allié. « Il faut qu'elle en profite car je ne sais pas quand elle pourra revenir ici sans danger. »
« Ne t'en fais pas. Que ce soit Erza, toi ou les autres membres de ta guilde, Fairy Tail s'arrangera toujours pour vous aider » déclara la barmaid.

Tous deux parlèrent un moment, Gérard étant un peu étonné que Mira connaisse si bien Titania. Cette dernière expliqua qu'elle n'avait aucun mérite car toutes deux avaient été les meilleures rivales par le passé, et qu'aujourd'hui, elles étaient même devenues confidentes.

Et ainsi la soirée passa tranquillement, entre le concours de boisson de Kana, les coups de poings de certains bagarreurs ou encore Grey se baladant nu sans que ça ne gêne personne. Personne à part l'invité des fées.

« Grey ! Tes fringues ! » s'écria Erza, exaspérée par le nudiste.

Mais visiblement il ne savait pas où se trouvaient ses vêtements. Et comme toujours, c'est Jubia qui tentait de lui dire depuis plusieurs minutes de se rhabiller qui les avait.

« Ne t'inquiète pas, c'est normal » rit la blanche devant l'air surpris du renégat. « C'est une très vieille habitude qu'il a pris lors de son apprentissage, avant d'arriver à Fairy Tail » expliqua-t-elle.

Plus tard, il ne restait plus grand monde d'assez fringuant pour animer la soirée. Seul Natsu débordait encore d'énergie, au grand dam de sa co-équipière qui semblait épuisée, et de la princesse qui s'amusait de la situation malgré une fatigue évidente.

« Erza ! Je te défie ! » s'écria le rose, visiblement très motivé.

Au bar, les deux mages S surveillaient la scène, et se détendirent un peu en entendant la réponse négative de la rousse. Mais comme toujours, le dragon slayer n'était pas du genre à abandonner et il retenta son coup.

Une fois, deux fois, Lucy avait beau essayer de le dissuader, il ne voulait rien entendre, prétextant qu'il n'aurait certainement pas l'occasion de se battre à nouveau contre elle avant longtemps. La blonde le frappa, expliquant qu'il était fatiguant à toujours se battre et que de toute façon, il perdrait encore une fois face à la reine des fées. Mais il n'en démordait pas. A croire qu'il avait lui aussi bu un peu trop et qu'il n'était plus possible de le raisonner.

Mirajane tenta de lui faire entendre raison à son tour, profitant du fait qu'Erza s'éloigne pour visiblement se préparer à rentrer, mais il était trop tard. Natsu s'élançait déjà vers celle dont la puissance n'était plus à démontrer.

« Tu vas regretter ça, Natsu » déclara la rousse qui s'était stoppée, retournée et s'élançait vers son adversaire, le poing levé.

Malgré son sourire apparent, ceux qui étaient au courant de son état savaient qu'elle ne ferait pas illusion bien longtemps sans sa magie, même si elle restait une puissante combattante à mains nues. Peut-être que cela suffirait à calmer…

« ERZA ?! » s'écrièrent ceux qui étaient accoudés au bar en voyant la jeune fille s'effondrer un instant avant que Natsu ne la touche.

Le temps s'était arrêté. Lorsqu'il reprit son cours, Natsu, qui n'avait pas pu s'arrêter, tomba sur le sol, ne comprenant pas comment Erza avait pu se retrouver dans les bras de Gérard et que ce dernier ne soit même pas sur sa trajectoire.

Surpris, le plus jeune, tout comme ses camarades encore capables de réfléchir, ne comprirent pas ce qu'il venait de se passer.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » demanda-t-il en s'approchant, inquiet de ne plus la voir bouger.

Le regard de la fée blanche et du sorcier aux cheveux bleus se croisèrent, et c'est le vieux Maître qui éleva la voix du haut du premier étage. Personne ne s'était attendu à le voir là, mais c'était une bonne chose. D'autant plus que cet incident avait réveillé toute la guilde, qui ne comprenait pas ce qu'il venait de se produire.

Assis sur la rambarde, Makarof soupira. Il n'avait pas prévu de parler de ça avec la guilde, encore moins sans l'accord d'Erza, mais il n'avait pas le choix.

Alors que les regards se tournaient vers celle qui gisait dans les bras de Gérard, le petit homme, assis sur sa rambarde, commença à expliquer que malgré la réalité apparente, Erza n'était plus capable d'utiliser la magie pour le moment. Et que malheureusement, Polyussica elle-même n'était pas en mesure de savoir si cette insuffisance était temporaire ou définitive.

« Mais… Maître, est-ce que vous êtes en train de dire que… qu'Erza… va mourir ? » demanda Lucy, choquée.

Makarof baissa le regard, triste, expliquant qu'il n'en savait rien pour le moment, mais que la vieille ermite cherchait sans relâche un moyen pour rendre sa magie à la fée. A la surprise succéda un sentiment de choc général. Personne ne pouvait imaginer une issue pareille, pas même les mages de rang S présents, qu'ils fassent partie ou non de Fairy Tail à temps plein.

Erza n'avait rien dit à personne, pas même à Gérard, et ce dernier ne pouvait se résoudre à la perdre. Lorsqu'il avait vu la vieille femme quelques jours plus tôt, elle lui avait dit qu'Erza devait se ménager, mais il n'avait pas compris que Titania risquait sa vie.

« La seule chose que nous puissions faire pour le moment est de patienter et d'espérer qu'il s'agisse d'une conséquence de ce que le Conseil a utilisé sur elle » déclara-t-il. « Maintenant rentrez chez vous et ne lui parlez pas de ça, elle a suffisamment de choses à gérer pour le moment sans qu'on lui rappelle qu'elle a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. »

Descendant les marches, le vieux s'approcha du fugitif, monta sur une table et lui jeta un regard empli de bienveillance et de tristesse. Il lui demanda alors de la ramener à Fairy Hills et de faire attention à ce qu'elle se repose un peu avant de repartir à l'aventure.

« Même ainsi, elle cherchera à se venger du Conseil. Je te charge de veiller sur elle le temps que la vérité éclate. »

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Erza ne comprit pas très bien où elle se trouvait. N'était-elle pas à la guilde quelques minutes plus tôt ?

Visiblement, elle avait été ramenée dans sa chambre où le soleil filtrait à travers les volets. Mais rapidement, elle constata qu'il manquait quelque chose. Gérard.

Il n'était pas dans le lit avec elle, et elle n'entendait pas le moindre bruit dans l'appartement. Pourtant, il semblait invraisemblable qu'il soit sorti en plein jour. A moins que…

A moins qu'il ne soit parti. Qu'il l'ait laissée là, seule. Sans un mot. Bien qu'elle réfute aussitôt cette idée, il lui était impossible de se convaincre que cela ne soit pas possible.

Alors qu'elle se levait, une drôle de sensation l'assaillit. Elle se sentait tellement faible… Pourtant, ces derniers jours, elle n'avait pas ressenti une telle chose et elle ne semblait pas malade. Non, elle n'avait mal nulle part, juste une faiblesse générale.

« Tu as intérêt à te reposer si tu ne veux pas accélérer le processus » lui avait dit la vieille apothicaire avant de partir lors de sa dernière visite.

Est-ce qu'en voulant passer une bonne soirée… elle en avait trop fait ? Pourtant elle s'était tenue à carreaux, elle avait fait attention à ne pas trop se fatiguer et à ne pas tenter d'utiliser sa magie même instinctivement…

Et puis… Pourquoi était-elle en pyjama ? Connaissant son compagnon de chambre, il ne se serait pas permis de la changer. Peut-être qu'une des filles du dortoir s'est proposée. C'était peut-être idiot, mais l'idée que ce soir Mirajane lui avait tout de suite traversé l'esprit.

Mettant de côté ses questions, elle se leva et fit le tour de son appartement. Il était là, dans le salon, des dizaines de livres amoncelés sur le bureau, la table basse et même par terre, et visiblement il était très concentré sur celui qu'il lisait car il ne l'avait même pas remarquée.

Étrangement, le savoir avec elle la détendait. Et une partie d'elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il était idiot de se sentir toute chose juste parce qu'il était là. Ça ne lui ressemblait absolument pas.

« Qu'est-ce que tu lis ? » demanda la rousse en s'approchant.
« L'histoire politique de Fiore à travers les âges depuis x703 » déclara-t-il distraitement avant de relever les yeux, surpris. « Erza ! Comment tu te sens ? »
« Ça va » dit-elle en souriant. « Mais j'ai dû boire un peu trop hier soir, je me souviens plus de la fin de la soirée » ajouta-t-elle en riant.

Contrairement à ce dont elle s'attendait, le tatoué s'assombrit un peu. Erza le devinait partagé et s'attendait presque à se faire gronder, ce qui aurait été un comble connaissant le mage.

« C'est normal que tu ne t'en souviennes pas » souffla-t-il finalement en posant le livre. « Tu étais tellement contente d'être là-bas que tu t'es fatiguée. Jusqu'à totalement t'épuiser. Et je crois que tu ne t'en es même pas rendue compte. »

Effectivement, maintenant qu'il le disait… elle était assez fatiguée avant que Natsu ne commence à faire son caprice. Et puis soudain, une pensée la tarauda. Polyussica avait raison lorsqu'elle lui avait dit que son corps n'avait pas encore récupéré. Erza aurait dû l'écouter. Elle ne se trompait jamais sur un diagnostique, après tout.

« Est-ce que… les autres… sont au courant ? » demanda-t-elle en espérant qu'il réponde par la négative.
« Makarof a expliqué les grandes lignes, mais il a fortement insisté pour que personne ne se frotte au Conseil pour le moment. Je crois que Lucy a eu beaucoup de mal à calmer Natsu. »

Erza baissa les yeux, un petit sourire triste sur le visage. Elle n'était pas vraiment étonnée par ce comportement et espérait que la constellationniste parvienne à le « garder en laisse » quelques temps.
Mais avant qu'elle ne se ressaisisse, le bleu ajouta que tout ceci s'était passé presque quatre jours plus tôt.

Dubitative, il lui fallut quelques instants et une vérification sur l'horloge de son réveil pour confirmer le fait. Gérard devait pourtant se tromper. Même en étant gravement blessée lors de ses combats précédents, elle n'avait jamais dormi aussi longtemps.

« La vieille femme est venue voir comment tu allais. Elle a dit que tu devais arrêter de t'agiter autant, sinon elle serait obligée de sévir » expliqua-t-il, toujours assis dans le fauteuil face à Titania. « Je ne connais pas trop ses pratiques, mais elle a dit que tu comprendrais. »

Erza avait pâli. Oui, elle comprenait parfaitement. Polyussica avait beau soigner les membres de la guilde, si on ne lui obéissait pas, elle pouvait se montrer très expéditive afin de permettre le rétablissement d'une personne. Erza avait pu le voir sur Natsu, Grey et Gajeel, qui subissaient ce traitement de choc presque à chaque fois sans que cela ne leur serve de leçon. A croire qu'ils étaient masochistes.

« Tu m'en veux ? » demanda-t-elle à voix basse, adossée à l'encadrement de la porte.
« Oui. »

Une réponse sans détour. C'était rare chez lui. D'ailleurs, il s'était levé et s'approchait. D'accord, c'était de sa faute, mais Erza n'avait pas prévu ni voulu que ça arrive. Et pour tout avouer, elle n'avait même pas eu l'impression de faire une bêtise en s'amusant à la guilde. Mais elle avait fait peur à ses amis. Elle lui avait peur.

« Erza… Je sais que la situation est difficile à gérer. Mais… J'ai appris par le Maître que tu… » Sa voix s'était tue tandis qu'il serrait délicatement ses mains dans les siennes.
« Alors il est au courant aussi… » marmonna la rousse. « J'avais pourtant demandé à Polyussica de ne pas en parler » reprit-elle, un sentiment de tristesse et de découragement l'envahissant. Puis, affichant un sourire mélancolique, elle reprit : « Décidément, on ne peut pas avoir de secret dans cette guilde. »

Ses yeux se remplirent doucement de larmes, bien qu'elle se soit promis de ne plus se laisser aller comme dernièrement dans la galerie.

Essuyant ses yeux d'un revers, la mage plongea son regard dans celui qui lui faisait face, et elle fit la promesse de se ménager et de vivre longtemps.

« Tu as intérêt » déclara Gérard en la serrant contre lui. « Prouve-moi que tout ce qu'on fait n'est pas vain. »

Ils restèrent quelques instants ainsi. Erza avait retrouvé le sourire, même si l'on pouvait toujours lire une certaine tristesse dans celui-ci.

« Je te promets de rester vivante » déclara-t-elle, décidée. « Et aussi de faire en sorte qu'un jour toi et toute ta guilde retrouviez votre liberté. »

Erza restait fidèle à elle-même. Belle, attachante, courageuse, ne montrant ses faiblesses qu'à quelques élus et se battant toujours pour ce qui lui semblait juste.

C'était ainsi qu'il l'aimait, cette fille à qui il avait donné un nom il y a longtemps et qui lui était toujours restée fidèle, même lorsqu'il n'était plus lui-même.

Sans vraiment s'en rendre compte, il avait attrapé le visage de la reine des fées entre ses mains et s'approchait dangereusement de ce dernier, jusqu'à créer un contact à nouveau.

Fin de la cinquième partie