Bonsoir ! Et oui, je ne suis pas morte avec cette fiction. Mais le Master 2 dans lequel j'étais cette année a été une lutte constante pour ne pas y laisser la santé, me forçant hélas à mettre mes écrits de côté (couplé à une longue période de vide, où tout ce qui sortait de mes doigts était plutôt mauvais, pour être polie). Mais les vacances et un peu de regain d'énergie, et me revoilà !

Je reprendrai aussi les traductions dans la foulée, autant éviter d'accumuler du retard, haha.

Bref, bonnes fêtes à vous, en espérant qu'elles se passent comme vous le souhaitez ! En cette période, il y a malheureusement des personnes qui se retrouvent seules au milieu des appels aux réunions familiales. Surtout, ne laissez personne isolé si cela n'est pas son souhait, et n'oubliez pas les numéros d'hotlines si vous sentez le besoin de parler (par exemple SOS amitié 09 72 39 40 50). Bref, courage à ceux qui lutteront ce soir contre l'isolement o/

Sur ce, bonne lecture à vous o/


Sean se réveilla de sa courte nuit post-retour en Irlande, secoué par une quinte d'éternuements. Il repoussa les draps d'un geste rageur, son nez irrité au bord de l'implosion. Il frotta ses yeux encore alourdis de sommeil et s'assit au bord du lit d'un mouvement maladroit. Par la fenêtre, la nuit était encore imposante, les nuages masquant les étoiles et la lune, posant une chape peu accueillante sur la ville. Dehors, tout était silencieux, après une soirée qui avait lutté pour l'empêcher de s'endormir tranquillement. Entre les chants enthousiastes d'une soirée loin de son déclin, une ambulance qui avait dû stationner pendant près d'une heure autour d'un probable accident, attirant les inévitables badauds et le murmure désordonné de la curiosité mal placée, puis encore une autre soirée (la même que la première ?), le jeune homme avait commencé à se persuader qu'on lui en voulait personnellement. Et quand enfin on le laisse se reposer… Traitre de corps, incapable de supporter un simple vol !

Derrière lui, des ronflements très légers filaient depuis la couette, grésillant comme une radio mal réglée. Sa compagne dormait en petite boule immobile, mais le son qui émanait d'elle laissait clairement entendre qu'elle ne se réveillerait pas en meilleure forme. Valait mieux la laisser se reposer pour le moment. Faisant de son mieux pour ne rien heurter sur son passage, Sean traversa la chambre, puis atteignit le salon, où par réflexe il se dirigea vers la machine à café. Une boisson chaude ne pourrait faire que du bien à son nez encombré. Le vrombissement démarra doucement, tandis que le parfum de la boisson réconfortait déjà le jeune homme. Il se laissa tomber sur un siège et s'y enfonça, attrapant au passage la boîte de mouchoirs qui trônait, salvatrice, sur la table basse. Il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il allait gâcher sa nuit de sommeil, elle était encore jeune et il savait les insomnies interminables. Le mieux qu'il put trouver était son téléphone, trônant tranquillement entre deux coussins sur le canapé. Il se souvint vaguement l'y avoir lancé en entrant dans l'appartement, fatigué par le trajet en taxi et les sons de la radio, couplés à ceux de sa messagerie, qui lui avaient vrillé les tympans. A défaut de mieux, il consentit à y jeter un coup d'oeil. Pas moins d'une bonne trentaine de messages attendaient avec force clignotements d'être consultés, mais une chance pour la patience du jeune homme, le chiffre ne croissait pas. A côté de l'indicateur, il lut « Felix » et sourit. Son ami et collègue n'avait eu de cesse que de le provoquer depuis la veille au soir, et il ne s'était probablement arrêté que pour dormir. Demain, il recommencerai, Sean pouvait l'anticiper. Même lui devait admettre que la situation appelait à plaisanterie. Depuis qu'il était devenu un YouTuber spécialisé gaming reconnu sous le pseudonyme de JackSepticEye et postait des contenus —deux par jour sauf problème—, il n'avait jamais manqué la sortie d'un jeu-phare de sa chaîne ou populaire en général. Or, alors qu'on ne l'attendait pas avant quelques semaines, voila que le spin-off du jeu d'horreur Five Nights At Freddy's, devant lequel il avait pu faire accroitre sa popularité et ses capacités vocales en termes de cris, venait de sortir sur Steam. La plateforme jeux-vidéo l'avait annoncé avec pertes et fracas, et aussitôt sur YouTube on se mit à attendre les vidéos de tests des vidéastes consacrés. Bien évidemment, l'américain Markiplier ne s'était pas fait prier et avait déjà envoyé un message pour prévenir Sean qu'il lançait ses enregistrements. Mais ce dernier doutait sérieusement de pouvoir s'y mettre rapidement. La fatigue l'avait convaincu de repousser l'achat et le téléchargement du jeu au lendemain, et avec sa connexion, il lui faudrait du temps avant de pouvoir réellement se retrousser les manches comme il le voudrait. S'il avait été prévenu à l'avance, là, oui, il aurait été dans les temps, mais fallait-il que cette fois, un jeu de cette fichue licence ne sorte pas en retard ! Il n'avait pu s'empêcher de pester sur toute la fin de son séjour en Angleterre chez Felix, qui ne s'était pas fait prier pour le narguer. Et ne l'arrêterait que la première vidéo de test de Sean, sans doute…

Le jeune homme réprima un dernier sourire en passant son téléphone en veille, puis alla chercher son café. Il retourna le déguster dans le canapé, son imagination réveillée par les émanations d'arabica. Allait-il se contenter d'un test, cette fois ? Quelque part, la succession de titres Five Nights At Freddy's avaient fini par le lasser, son enthousiasme des premières sauvegardes dissolu dans la routine lucrative du gameplay. Il y avait songé, ces derniers temps, craignant que son ressenti sur le jeu ne soit trop visible et n'altère la qualité des vidéos, sans parler de son entrain personnel à les faire… Il reprit son téléphone et ouvrit son application Steam, songeur. Bien qu'il n'était pas sûr que ça vaille quoi que ce soit, il voulait se rassurer un peu. Il passa rapidement sur la page du jeu et s'arrêta sur la section commentaires. Elle était encore trop récente pour être étendue, mais le peu qu'il voyait parlait d'originalité, de nouveaux personnages et mobilité… Sean sourit doucement en sirotant son café. Encore incertain de ce qu'il devait attendre, mais légèrement rassuré, il se convainquit presque d'atteindre son office et de tenter un téléchargement nocturne. Après tout…

Au-dehors, la pluie commençait à taper ses vitres. Il leva les yeux et d'instinct, se pelotonna davantage dans son canapé. Son train de pensée défila d'autant plus vite. Il voulait faire quelque chose de ces futurs tests. Peut-être quelque chose de narratif… Il savait que ça se faisait, pour en avoir déjà plus ou moins réalisés, et ses spectateurs en étaient particulièrement friands, se basant sur ses blagues pour faire des mèmes ou des fanarts et il fallait le reconnaître, cette émulation autour de son travail était motivante. Il pensa à Mark et son alter-ego. Ce que ça avait pu faire parler ! Quelque part, il avait toujours été admiratif du talent de son ami pour tenir une histoire avec si peu d'éléments, et avait plusieurs fois songé à en faire de même. Il ne savait juste pas comment, et ne voulait pas se contenter de copier. Un jeu FNAF, un personnage d'horreur, ce serait trop facile, au fond, il n'était pas sûr de vouloir de ça si ça se limitait à si peu… Alors quoi, tenter des mises en scène ? Trop risqué, vu le rythme d'un let's play, et le temps de réalisation rendrait les vidéos trop lentes à sortir… Il lui fallait de l'efficace, du percutant…

D'un mouvement pataud de sommeil insatisfait, il finit par se diriger vers son bureau et attrapa, dans un sac abandonné contre la chaise, son calepin et un stylo. Assis au sol, les jambes en tailleur au milieu de la moquette froide, il posa le carnet devant lui et commença à noter ce que son esprit lui dictait. Des chansons, des déguisements, de l'interaction… Mais il ne se défaisait pas de l'idée de Mark. Il fit de son mieux pour la repousser, se persuadant qu'il ne l'imiterait que parce qu'il l'aimait bien, et pas parce qu'il pouvait réellement en faire quelque chose. Une animation, un montage particulier, écrire une histoire autour du jeu basé sur le background établi… Ca pourrait être amusant, ceci dit, et il avait toujours aimé jouer la comédie. On lui vantait déjà des capacités en techniques vocales, et Robin, son ami monteur, serait sans doute emballé d'avoir quelque chose d'ambitieux à suivre. Mais c'était déjà fait, et il ne savait toujours pas où aller avec cette idée. Tenter une communication par les réseaux sociaux, une publicité particulière des vidéos par de courtes bandes-annonce, ou une interactivité Tumblr pendant un live… Maintenant qu'il y pensait, il avait une image qui lui venait en tête. Il avait toujours aimé l'esthétique des glitch, des bugs image, et il pourrait jouer avec le vert de ses cheveux… Il était un personnage de fiction sur pattes, avec tout ces dessins de lui qui le faisaient passer pour un personnage de manga, alors au fond, s'il développait son esthétique autour d'un univers… Il pourrait donner un contexte à ce personnage…

Il finit par se laisser tomber en arrière, grognant. Sa propre incapacité à rester concentré plus de dix secondes le faisait tourner en bourrique. Aucune des idées qui n'impliquait pas un personnage fictif n'arrivait à accrocher son intérêt, originales ou non. Mais de celle-là il ne voulait pas. Il voulait quelque chose d'unique, quelque chose qui n'appartiendrait qu'à lui… Dépité, il souleva son téléphone au-dessus de sa tête et glissa à travers son fil Facebook. Un peu de distraction sociale ne lui ferait pas de mal. Passé quelques banalités et vidéos sans importance, il entrevit de-ci de-là des déclarations d'amour, des protestations sur la politique, l'actualité autour d'Halloween, la nouvelle d'une collision entre un taxi et une automobili…

— Sean ?

Ss yeux se rouvrirent brutalement, ramenés à la réalité par une douce secousse de son épaule. Son dos s'empressa de lui déclarer tout le mal qu'il pensait de sa stupidité alors qu'il réalisa qu'il s'était endormi à même la moquette de son bureau. Son téléphone était tombé à côté de lui et ses cheveux lui chatouillaient les oreilles. Il se redressa laborieusement et rencontra le regard mi-intrigué mi-amusé de Signe, sa compagne. Elle était assise à côté de lui, enroulée dans un plaid d'un blanc cassé réconfortant, ses longs cheveux cascadant le long de ses épaules et sa main toujours posée le long de son bras, le tenant doucement alors qu'il retenait un gémissement de douleur.

— Que… Quelle heure ?

— Oh, à peine huit ou neuf heures, répondit-elle, le nez légèrement encombré. Je ne savais pas que le canapé était inconfortable à ce point.

Sean ricana en se massant la nuque. « J'ai dû m'endormir en travaillant. Mon imagination m'empêchait de dormir... »

Un vrombissement subtil l'interrompit soudain. Il se tourna vers son ordinateur, presque certain de reconnaître ce son. Si l'écran était noir, le voyant, lui, était orange, indiquant une mise en veille de la machine.

— J'avais oublié de l'éteindre en partant ? S'interrogea-t-il en haussant un sourcil. Signe sourit et alla secouer la souris. L'ordinateur se ralluma aussitôt et révéla la fin d'update d'une vidéo. Il ne restait plus que quelques instants…

— Tu reviens tout juste de vacances, et tu enregistres déjà, soupira la jeune femme.

Sean, lui, fut encore plus perdu. « Je… Mais quand est-ce que j'ai fait ça, moi ? »

— Chéri, ce n'est pas encore Halloween, inutile de chercher à m'effrayer, bâilla Signe en se dirigeant vers la porte du bureau. Je vais faire un café, tu viens petit-déjeuner ?

Sean approuva vaguement, sans chercher à contredire sa compagne, bien qu'il était sûr d'une chose, tout ceci lui échappait. Il regarda d'un air incertain la tasse de café encore à moitié pleine sur la moquette. Il se souvenait à peu près de l'avoir préparée, peut-être bue… Il se souvenait aussi du carnet qu'il avait commencé à remplir d'idées sur, euh… Ah, oui, sur FNAF. Mais tout était plutôt embrouillé. Secouant la tête, il se dirigea vers son ordinateur et interrompit l'upload. Pas question de lancer sur sa chaîne une vidéo dont il n'avait aucun souvenir. Repoussant à plus tard ses questions sur cette étrange production, songeant que le décalage horaire et l'insomnie avaient sans doute un rôle à y jouer, il éteignit sa machine et se dirigea vers le salon en reprenant le massage de sa nuque, décidément durement touchée par sa nuit improvisée par terre. Tout le contour de son cou lui faisait un mal de chien…


Ni Sean ni Signe ne reparlèrent de la vidéo mystérieuse au petit-déjeuner, et le jeune homme finit par se convaincre que l'explication du décalage horaire devait être la bonne. Revisionner la vidéo lui rafraichirait sans doute la mémoire, mais avant, il voulait au moins passer du temps avec sa compagne. Ce weekend en Angleterre n'avait pas eu grand-chose de reposant, étant donné qu'il avait tourné des vidéos avec son camarade PewDiePie pendant le plus clair des journées. Il voulait au moins profiter des instants que sa prenante activité lui accordait, même si cela voulait dire chercher frénétiquement dans la salle de bains un paquet de mouchoirs rescapé de leurs derniers rhumes des foins. Pendant ce temps, Signe éternua de plus belle.

— Sean, chéri, nous devrions peut-être aller en racheter, suggéra avec impatience la jeune femme, sa voix déformée par un nez douloureusement bloqué. Sean soupira et porta la main derrière son cou, massant pensivement.

— J'était sûr qu'on en avait, pourtant… Bon. Je file en acheter. Surtout, tu ne bouges pas, hein ?

— Où beux-du gue je b'en d'aille ? Répliqua Signe, une pointe de danois enrhumé rendant son anglais presque incompréhensible. Sean en conclut que c'était le signal du « presque trop tard » et jeta une veste sur ses épaules et un bonnet sur sa tête avant de s'engouffrer dans le froid d'Octobre.

Dehors, les rues étaient en pleine ébullition, le début du travail pressant sans pitié les riverains de la zone résidentielle. Sans trop se laisser aller à de coutumières observations du monde et bornant sa concentration d'oisillon à sa tâche, il circula le long de son quartier vers la première supérette qu'il croiserait. Il y en avait une à deux ou trois minutes à pieds. Il y serait avant que le rhume de Signe n'atteigne la gorge. S'accordant de s'amuser de la buée que sa bouche produisait à chaque expiration, il glissa vers l'enseigne tout juste allumée du petit magasin. Une petite cloche guillerette quoique grinçante tinta à son entrée, mêlée de la voix d'une radio d'actualité emplissant faiblement l'espace sonore et donnant une illusion de vie, malgré les rayonnages tout juste remplis et les quelques personnes venant acheter leur déjeuner avant de rejoindre leurs bureaux, formant un ensemble gris et noir au milieu des emballages criards et des étiquettes de prix en forme de soleils. Sean repéra vite ce qu'il était venu chercher et se plaça tranquillement au bout d'une file d'attente sans grand éclat. La radio débitait les dernières nouveautés, mais à juger par ses grandes lignes, elle était locale. On parlait d'un spectacle à l'affiche d'abord, puis de l'accident entre un taxi et une automobili…

Oh. Sean se souvint vaguement d'en avoir lu le titre, la nuit dernière. Mais s'il avait lu l'article, il ne s'en souvenait pas. Le temps cependant de repenser à tout ça, il avait raté une partie du court reportage.

« … Le chauffeur de taxi n'était apparemment sous l'emprise d'aucune substance, et s'en sort avec de légères blessures. La conductrice, une femme d'une quarantaine d'années, est elle hospitalisée... »

— Monsieur, ça fera un euro soixante.

Sean se détourna du reportage et paya les paquets de mouchoirs. Il sortit d'un pas tranquille, rattrapé par le froid matinal. Il passa sa main contre sa nuque sans y penser, et reprit la route jusque chez lui. Ses pensées vagabondèrent sans trop de direction pendant les deux minutes de marche. Dans la rue, des enfants jouaient au ballon en se dirigeant vers leur école, quelques voitures roulaient et des passants étaient absorbés dans leur téléphone, plus rarement dans un journal. Il y en avait même un, qui semblait perdu en bas de chez Sean, pianotant énergiquement son cellulaire. Il jeta un regard circulaire entre la route, la rue d'où venait le jeune homme, puis à nouveau la route, puis le jeune homme. Ce dernier ce fit la réflexion que rarement il n'avait pu voir quelqu'un d'aussi inexpressif en cherchant son chemin. Ca, plus le costume de bureaucrate sans originalité, constitué d'un simple costume couvert d'un manteau d'hiver légèrement trop chaud pour la saison, il ne respirait pas franchement quoi que ce soit. Mais avant que Sean n'ait pu venir à sa rencontre pour lui proposer son aide, l'homme jeta un dernier regard dans sa direction et s'en alla, sans plus de cérémonies. Il ne semblait même pas avoir remarqué l'air avenant du jeune homme. Sean haussa les épaules. Si cet homme avait trouvé son chemin, tant mieux, au fond…

— Je viens te sauver la vie ! Déclara-t-il en ouvrant la porte de son foyer, secouant victorieusement le paquet de mouchoirs. Un éternuement soulagé lui répondit, et il tendit son butin à Signe en se penchant pour lui offrir en plus un baiser. Mais il se fit rabrouer tout aussi vite.

— Don don don, du vas domber balade, idiot !

Riant, Sean débarrassa la table et laissa sa compagne retourner au lit en ronchonnant. Il se dirigea vers son bureau et, comme à son habitude, alluma son ordinateur. Avant de travailler pour de bon sur sa future série FNAF, il voulut toutefois jeter un œil sur la mystérieuse vidéo.

Il mit du temps à la retrouver, mais après s'être plusieurs fois rabroué pour ne pas avoir noté le nom du fichier avant d'en interrompre l'upload, et s'être ensuite grondé plus fort pour ne pas avoir immédiatement pensé à regarder dans ses fichiers les plus récents, il finit par l'avoir sous les yeux. Apparemment, elle se nommait « Readme ». Comme un manuel d'utilisation d'un logiciel. Tiens donc. Avait-il, dans un délire caféiné, lu le manuel du premier jeu qu'il avait trouvé sur sa machine ? Quoi qu'il en soit, ça ne lui rafraîchit pas la mémoire, et plus intrigué encore, il cliqua sur « lecture ». Aussitôt, une boîte de dialogue surgit à l'écran, exigeant un mot de passe.

Un mot de passe… Depuis quand en mettait-il ? Mais surtout, qu'est ce qu'il avait bien pu configurer ? Se passant la main sur sa nuque, il essaya l'évidence, mais aucune date anniversaire de quoi que ce soit ne passa. Il essaya son nom civil, celui de sa compagne, son pseudo, ceux de ses collègues, des noms d'amis, de membres de sa famille, sa ville, celles qu'il a connu, le nom de jeune fille de sa mère, son film préféré, son plat préféré, son jeu préféré, puis ceux qu'il détestait, la date d'aujourd'hui, celle d'hier, celle de demain, une succession sans queue ni tête de lettres et chiffres, une autre… Mais il devait se rendre à l'évidence, rien ne marchait. Frustré, il fit rouler sa chaise en arrière et essaya de forcer sa mémoire. Qu'est que son esprit embrouillé avait bien pu entrer comme mot de passe ? Son regard vagabonda le long de la pièce, puis sur chaque parcelle du plafond, sa concentration luttant pour retrouver le moment de la nuit où il avait eu l'idée de protéger un fichier qu'il ne se souvenait toujours pas d'avoir créé…

A défaut d'une meilleure idée, il chercha dans ses contacts quelqu'un qui s'y connaitrait suffisamment en informatique pour craquer sa propre sécurité. Il avait bien quelques noms en tête, mais soudain, son ventre se serra. Il ne savait pas ce qu'il y avait dans cette vidéo, au fond, il ne tenait pas vraiment à ce qu'un autre que lui la voie dans un premier temps, à la réflexion… Il reporta plutôt son attention sur Google et alla chercher une solution en soupirant. Même dans un délire nocturne, il ne se voyait pas faire une vidéo déplacée ou quoi que ce soit du genre, il ne savait pas vraiment d'où venait cette peur, mais l'inconnu le travaillait toujours un peu.

Il secoua la tête et se concentra. Il avait une vidéo à découvrir. Il reprit sa recherche, l'air décidé, en se passant une main sur sa nuque.