Quasiment un an après sa dernière mise à jour, elle est de retour, plus inexcusable que jamais... Mesdames et messieurs, voici BlackRaven91 ! Si vous avez des tomates, n'hésitez pas à en faire bon usage ! ... Blague à part, me voilà de retour après presque, comme dit plus haut, un an d'absence du site. À ce rythme là, Kingdom Hearts III sera sorti et je n'aurais toujours pas fini mon histoire ! Je ne vous baratinerai pas sur les raisons de ce hiatus mais elles incluaient beaucoup de paperasses et peu de temps libre... Sinon, je peux vous dire que c'est le chapitre le plus long que j'ai écrit jusqu'à présent ! Je n'en voyais plus la fin au bout d'un moment mais j'espère qu'il en vaudra vraiment la peine.

Disclaimer : Encore et toujours, les personnages présentés ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété de Disney et Square Enix. De même que les chansons de Queen et leurs paroles appartiennent au groupe.

Je suis quasi certaine qu'ils sont tous partis à ce stade mais merci à ceux et celles qui continuent à me lire par delà le temps. On est presque à la fin !

MissPandaManga : J'espère que tes partiels se passent bien de ton côté et que tu n'en baves pas trop. Il est sûr que les relations entre le couple et le monde extérieur s'annonce tendues. J'en ai mis un petit aperçu dans ce chapitre. Quant au rapprochement de Braig et de Terra, là encore tu vas être servie ! Même si Lea ne réapparait pas, il a tout de même un impact sur la suite. Merci énormément pour ta review ! En espérant que tu apprécies la suite !

TheDigitalNinjaDuelist : Long time no see ! How have you been since last time ? I hope everything went well for you. Thanks for still following this story, even if I took my time before uploading it (I'm a horrible person...). I don't what it is with French people and the letter "q". Perhaps it is our legacy from the Romans since they were fond of this letter... Anyway, I read your pieces of advice and I think some part of this chapter meet your expectations. I really hope you will understand what I'm writing (Even in French, sometimes, I don't know myself what I'm talking about...). Thank you very much for your review and hope you'll like what comes next !

cloche-chan : Merci beaucoup pour ton adorable review ! J'espère ne pas te décevoir sur ce chapitre ! J'adorerai voir, si tu l'as dessiné, le dessin que tu as fait. Après, je comprendrai si tu ne l'avais pas fait, ce n'est pas une obligation. Le fait de savoir que mes histoires sont appréciées me suffit. En espérant que tu apprécies la suite !

Je rappelle, comme à l'accoutumée, que toute critique est la bienvenue, qu'elle soit positive ou négative, du moment qu'elle est constructive et que si jamais vous trouvez des fautes, quel qu'elles soient, je m'en excuse d'avance.

Attention ! Une petite mise en garde avant de commencer. Il y aura une scène au lit dans ce chapitre. J'ai essayé de rester chaste mais je ne sais pas ce que cela vaut. Si vous la ratez, sachez que vous ne manquerez rien d'important dans l'intrigue. Je comprendrai parfaitement si vous n'êtes pas à l'aise avec ce genre de chose.

Edit : Je n'avais pas remarqué qu'il y avait autant de fautes et pour cela, j'en suis désolée. Je pense avoir corrigé les plus visibles mais il se peut que certaines m'aient échappées. Malgré cet inconvénient, j'espère que vous vous plairez à lire la suite.

Sur ce, bonne lecture !


- « But I'm just a poor boy and nobody loves me… »

La chambre avait des airs de boîte de nuit entre sa luminosité tamisée par les volets et les affreux pans de tissus prune et la musique montée à son volume maximum. Il ne manquait plus que la boule de verre poli au plafond pour en donner concrètement l'impression. Pour Braig, c'était la panacée. Il suffisait qu'il couvre son sens de la vue pour se retrouver dans la foule en folie d'un concert, ressentir l'euphorie contagieuse des fans voyant leurs idoles se défouler sur scène, interprétant pour le plaisir de leurs supporters l'un de leurs titres et faisant chier les voisins un max. Le tireur d'élite se prenait de temps à autre à chantonner certaines paroles, comme ça, sans raison… C'était véritablement l'extase, la plénitude complète…

Alors que le rythme reprenait plus fortement et que l'instrumental se déchaînait, le volume baissa subitement de plusieurs décibels. L'ex N°II, plutôt irrité quant à cet obstacle impromptu dans son plaisir, ouvrit son œil pour jeter un regard assassin au petit malin qui osait perturber sa transe. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit que c'était Terra le responsable de ce silence moins que bienvenu.

- Pourquoi t'as coupé !? pestiféra le malade, tentant de sonner indigné. C'était le meilleur passage !

Loin de paraître affecté par ce commentaire, le porteur de la Keyblade se contenta de poser le plateau sur la table de nuit après avoir déplacé le poste sur un tabouret ayant été installé à cet effet et d'attraper l'un des deux bols s'y trouvant. « L'heure du médoc' et des bandages… » Se dit Braig, aussi enthousiaste qu'un homme auquel on venait d'annoncer qu'il allait mourir dans les jours qui suivaient.

- Tu ne devrais pas écouter la musique aussi fort, tu sais. Le mit en garde cet imbécile brun, apposant sa main dans le bas de son dos pour l'aider à se relever. J'aimerai éviter que tu ne finisses sourd.

Ça y est, les reproches… Quel magnifique début de journée, vraiment… Avec, en plus, l'ignoble goût du potage jaunâtre qui était bon pour rester dans sa gorge tout le long du jour, youpi…

- Et puis, tu exagères, en disant que tu es un « garçon malheureux que personne n'aime » : Je t'aime, moi.

La grande nouveauté du moment pour les deux d'entre eux. Suite à la déclaration plus qu'impromptue du Porteur de la Keyblade il y avait quelques jours, tout semblait avoir changé et ne pas avoir changé. Ce n'était pas comme si le temps s'était subitement arrêté à la Tour Mystérieuse, les jours s'écoulaient toujours normalement : Crépuscule la plupart du temps avec quelques heures pour la nuit et le matin. C'était l'impression que leur relation avait pris un nouveau tournant. Certes, c'était toujours la guerre sur des sujets aussi futiles qu'abstraits et quelques bons moments savourés quand ils se retrouvaient à la fin de la journée. Tout apparaîtrait comme avant s'il n'y avait pas ce savoir, cette conscience au fond d'eux-mêmes que la nature de ce qu'il y avait entre eux avait évolué.

Terra, cependant, le montrait plus que Braig, tentant gauchement de transmettre par la parole ce qu'il ressentait en insérant quelques expressions bonnes pour les romans d'amour à l'eau de rose, ou bien par les gestes, étant plus spontané dans ce domaine bien que tout aussi maladroit. Cela ne voulait pas dire que le tireur d'élite répondait dédaigneusement à ces marques d'affection, simplement qu'il ne savait s'y prendre autrement que par des banalités. Heureusement pour lui, son garde-malade semblait l'avoir compris et n'attendait pas une réciproque exacte de ses actes.

Il ne se considérait pas comme une personne ayant nécessairement besoin d'être en couple pour trouver pied dans la vie, cela ne lui était pas primordial. Une aventure d'une nuit tout au plus, histoire de rassasier ses bas instincts mais ça s'arrêtait là. Sa réputation de coucheur invétéré au Jardin Radieux n'avait de base que de vulgaires rumeurs, des quand-dira-t-ons, et cela restait un mystère dans son cerveau quant à qui ou quoi avait lancé cette légende urbaine.

En ce qui concernait le bisounours actuellement en train de refaire ses pansements, l'ex N°II ne savait pas grand-chose de son passé amoureux ou sexuel. Tout portait à croire que, précédant l'accident Xehanort, il avait déjà expérimenté ce genre de plaisir avec sa copine, ces conjectures endurcies par la façon dont elle avait défendu son opinion de lui à la Nécropole des Keyblades plus d'une dizaine d'années auparavant, mais vu le fait qu'il l'ait abandonnée derrière lui comme une vieille chaussette pour une mission dont personne ne désirait, il se permettait d'en douter. Cela voulait donc dire que Xehanort était la seule source d'information relative à l'acte charnel que le brun possédait. Devait pas y avoir beaucoup de monde se bousculant au portillon pour avoir le vieux schnock pour mentor en matière de sexe… Il en serait presque à prendre son protecteur en pitié pour ça.

Seulement, enfouis encore plus profondément que le savoir de leur rapport, dans la poitrine de Braig se trouvaient des doutes. Des doutes quant à lui et ce qu'il pouvait apporter à cette relation, à Terra. Il savait qu'il était loin d'être l'une des personnes les plus vertueuses ayant existé, plutôt l'une des pires pourritures en fait. Et ce benêt bienheureux s'occupait de lui dans la joie et la bonne humeur autant que possible, supportant aussi bien ses sautes d'humeur que ses caprices, et allait jusqu'à même lui offrir son amour. Mais le méritait-il ? Lui, la honte de l'humanité toute entière, à entendre ces connards qui l'auraient bien laissé pourrir là où il était, dans ce putain de monde esclavagiste ? Il avait beau se répéter cent cinquante mille fois que c'était le choix de son abruti de garde-malade mais il demeurait en lui toujours ce pincement au cœur, cette impression de ne pas être à la bonne place.

La dernière bande enroulée, le porteur de la Keyblade s'installa près de lui, gardant ce sourire gâteau glué à la figure et s'amusa à passer sa main à travers ses mèches poivre et sel. C'était quoi, cette obsession avec ses cheveux ?! S'il les aimait tant que ça, pourquoi ne pas laisser pousser les siens ? Bien que l'image conjurée dans son for intérieur soit un mix entre cocasse et effrayant… M'enfin… Il préférait ça à être tripoter. Le contraste instauré entre l'affection du brun et la violence qui avait caractérisé ses précédents ébats marchait dans son sens. Peut-être que, finalement, ce n'était pas aussi mal qu'il le croyait que de s'y abandonner un peu…

- Tu as l'air pensif… ne manqua pas de lui faire remarquer son protecteur. Quelque chose te tracasse ?

- Non, t'occupes, c'est rien… lui répondit machinalement l'Archer, n'ayant pas spécialement envie de partager immédiatement ses déboires avec son garde-malade.

- Tu es sûr, mon petit putois ?

Alors là, il ne s'y attendait même pas, à ça ! Toute la sollicitude convoquée par cet échange fut réduite à néant par cette simple proposition. Voilà qu'il s'embarquait dans les surnoms affectifs de mauvais goût maintenant ?! Et pas des plus flatteurs non plus !

- Mon « petit putois » ? répéta Braig, dans l'espoir qu'il aurait mal compris.

- Eh bien oui. Confirma son bagne, à sa grande déception. Tu as des cheveux noirs et blancs, comme un putois, et on ne peut pas dire que tu embaumais les fleurs à ton arrivée ici.

C'était le pompon ! Si c'était ça, l'image qu'il avait de lui…

- J'suis pas un putois. Grommela l'ex N°II.

- Non ? Mon requin alors…

- Appelles-moi encore une fois comme ça et j't'assure, j'te mords…

- De quoi, « mon requin » ?

Pris dans un fou rire soudain à son calembour, Terra eût à peine le temps de se décaler sur le côté, évitant ainsi qu'une mâchoire acérée ne vienne se refermer dans un claquement sur son épaule gauche.

- Fais gaffe. Les requins, ça mord.

Non mais ! Et puis, sa copine, il l'appelait comment ? « Chouchou », peut-être ?

Outre le fait d'avoir piqué un peu trop profondément le tireur d'élite et de s'être, en retour, presque retrouvé avec de jolies marques incrustées dans l'épaule, le porteur de la Keyblade cessa son cirque et reprit une allure plus composée, plus soucieuse.

- Blagues mises à part, tu es véritablement sûr qu'il n'y a rien ?

- Mais oui. Râla le plus vieux, ravalant l'autre réponse qu'il avait sur le bout de la langue. Puisque j'te l'dis…

- S'il y a quelque chose qui ne va pas…

- « Je peux t'en parler. ». Oui, je sais.

Il le connaissait, ce discours, à présent, vu le nombre de fois que son partenaire le lui rabâchait durant la journée. À croire qu'il devenait gâteux. Et puis, si ça trouvait, en ce qui concernait les sentiments qu'ils nourrissaient entre eux, c'était juste l'histoire de mettre un mot dessus. Pas de quoi se mettre Martel en tête.

Alors que le tireur d'élite allait rallumer la radio, ayant l'intention de reprendre son activité première, il se sentit ramener en arrière par un puissant étau et déposer sur les genoux de son garde-malade.

- J'peux savoir à quoi tu joues ?! cria-t-il, agacé de s'être fait interrompre une seconde fois dans sa méditation.

- Juste… bégaya la montagne lui servant de chaise. Restons comme ça un moment, tu veux bien ?

Braig grommela quelque chose comme « Espèce de bisounours… » mais ne chercha pas à se dégager de son étreinte, s'étirant juste assez pour atteindre le bouton « On » de la chaîne avant de se réinstaller confortablement contre lui. Même si les paroles émises par le poste étaient en totale contradiction avec ce qu'il ressentait, l'atmosphère conservait un caractère calme.

Le porteur de la Keyblade ne pouvait se résoudre à le dire tout haut mais les paroles de Lea l'avaient affecté plus qu'il ne le croyait. Elles traînaient dans les recoins de son esprit, venant l'enquiquiner dès que l'occasion se présentait. Seulement, elles n'étaient que ça : des paroles. Le point de vue subjectif d'un individu parmi des milliers d'autres alors pourquoi y attachait-il tant d'importance ? Le pyromane pouvait bien penser ce qu'il voulait, ce n'était que son avis et il essayait de s'en convaincre et pourtant…

Pourquoi fallait-il que le regard des autres ait une telle importance ? De quel droit les autres se permettaient-ils de juger une couverture fabriquée de toute pièce pour survivre au milieu de la foule, pensant savoir ce qui se trouvait derrière ? Personne n'avait-il donc le droit de vivre sans subir une critique hâtive de sa personnalité, aussi confuse et erronée soit elle par autrui ?

Lui-même était soumis à cet examen. Tout le monde espérait qu'il se range avec Aqua mais, bien qu'il aimait énormément Aqua, comme une sœur même, il aimerait avoir tout de même son mot dessus. Il l'avait bien vu, lorsqu'ils étaient ensemble tous les deux, les autres leur envoyaient des regards chargés d'insinuations. Il était crédule mais pas au point de ne pas reconnaitre ce type de sous-entendus.

Et voilà qu'il gâchait le moment présent, avec tous ses raisonnements à la mords-moi-le-nœud. Il avait besoin de rassurance et, bien que l'ex N°II la lui donnait à son insu, ce genre de remarque était mieux à taire qu'à dire. Ils avaient suffisamment de problèmes actuellement à s'occuper, pas la peine d'en ajouter.

Simplement se reposer, profiter, sentir sa présence et oublier le monde extérieur un petit moment, ici, dans leur sanctuaire…

Toutes les bonnes choses avaient une fin, semblerait-il. Terra fut bien obligé de se décoller de son partenaire, la chasse aux Sans-cœurs n'attendait pas. Après s'être éternisé en « Au revoir » et en bisous, il quitta enfin la chambre, ce qui ne laissait plus que Braig en son antre. Le disque avait cessé de tourner depuis un moment et aucun des deux n'avait pris la peine de le remettre en route. Le tireur d'élite ne ressentait même plus le besoin d'avoir un fond sonore, le silence lui suffisait. Quelques fois, cela faisait du bien de se reposer un peu les oreilles.

Sa porte s'ouvrit quelques minutes plus tard et le bleu de la robe de Maître Yen Sid vint ajouter une nouvelle teinte à la pièce, déjà très chargée en matière de mélange de couleurs improbables. Dans les mains du sorcier se trouvait un petit paquet que l'ex N°II reconnut comme un jeu de cartes.

- Bien le bonjour, Braig. Le salua le vieux grigou de son habituel ton solennel.

- Ouais, salut. Lui répondit l'intéressé comme à une vieille connaissance.

Le vieux mage alla ouvrir les volets et les rideaux, chose que le précédent visiteur n'avait pas dîmé nécessaire de faire, puis prit une chaise au siège rembourrée de tissu violet et vint l'installer près du lit, matérialisant entre eux une table par le biais de ses pouvoirs alors qu'il prenait place sur le coussin. « C'est dingue, quand même, tout c'qu'il peut faire… » se dit le malade, alors que le meuble prenait en perspective.

- Je me disais que tu devais t'ennuyer un peu. S'expliqua le magicien, sortant les cartes de leur étui. Peut-être une petite partie en ma compagnie ne te déplairait ?

- Ben, si vous voulez.

S'en suivit trois parties de crapette, deux de bataille payante et un rami. Sur les six jouées, Braig n'en avait gagné que deux.

- Rhaaah ! grogna-t-il, dépité, alors que Maître Yen Sid déposait toute sa suite sur la table. Mais c'est pas possible, comment vous faites ?! Il doit y avoir un truc, c'est obligé !

Le sorcier émit un petit rire à cela. Tout comme avec Terra, les relations entre les deux avaient évolué de manière spectaculaire. Il était certain que converser calmement avec le vieux mage était plus plaisant et instructif que de lui balancer des insultes à tout vent. Bien que leurs personnalités puissent diverger grandement, ils arrivaient à trouver un terrain d'entente et même l'arrivée du porteur de la Keyblade n'arrivait, bien souvent, pas à les extraire de leur conversation.

- Une nouvelle partie ? s'enquit le magicien, les cartes rejoignant le tas commençant à se former dans la paume du Maître de la Keyblade à la retraite.

- Nan, j'abandonne. Z'êtes trop fort pour moi. Répliqua l'autre homme, se servant de son genou comme accoudoir.

Il jeta un coup d'œil en direction de la fenêtre, baignant son regard dans la clarté à laquelle elle accordait l'accès en l'absence de ces immondissimes bouts de textile aubergines, ses rayons et sa chaleur redonnant la vie aux meubles et faisant ressortir les couleurs oubliées de la pièce.

- Dîtes, ça vous dirait pas qu'on aille un peu dehors ? proposa Braig. Histoire de prendre un peu l'air.

Le mage parut étonné l'espace d'un instant par cette suggestion (surtout venant de sa part !), un air de surprise se lisant clairement sur les traits de son visage. Puis son expression s'adoucit, un sourire s'installant sur ses lèvres.

- J'en serai ravi. Répondit le vieux magicien, les choses qu'il avait matérialisé précédemment s'évaporant une fois qu'il fut relevé.

Acceptant la main tendue par le sorcier, Braig se hissa hors du lit, foulant pour la première fois depuis plusieurs semaines le sol du pied. La moquette était molle et douce sous ses orteils, lui prodiguant une sensation de bien-être soudaine. Il se rendit compte alors à quel point ces petits riens de la vie lui avait manqué. Comme quoi, on ne se rendait compte de ce que l'on avait qu'une fois qu'on l'avait perdu.

Par contre, si ses jambes voulaient bien arrêter de se dérober sous son poids, ça l'arrangerait. Il n'était pas si lourd que ça, quand même ! Il dut se rattraper nombre de fois avant de pouvoir tenir sur ses membres, mais ce n'était toujours pas partie gagnée, ses genoux décidant de jouer des castagnettes.

Lorsqu'il sentit la main osseuse de Maître Yen Sid attraper son poignet, offrant son bras en guise de support, il ne la rejeta pas. Au contraire, l'ex N°II se servit avidement de l'aide qui lui était donnée. C'était tellement plus simple et tellement plus plaisant de faire ainsi.

Une fois arrivé en bas de la Tour, après plusieurs chutes évitées dans les escaliers, les deux compères s'assirent sur les marches de ciment, profitant de la chaleur du l'astre couchant. Le crépuscule était vraiment grandiose. Ces mots traversèrent l'esprit de Braig à cet instant. Contrastant avec le bleu nuit troué d'étoiles comme suspendu au-dessus de l'île, le dégradé orangé semblait appartenir à un paradis lointain. Un paradis, sans doute, qu'il n'aurait plus le droit de toucher.

Balançant distraitement au bout de son pied l'une des sandales prêtées par le vieux grigou, il s'étira longuement avant de soupirer de contentement.

- Ah, punaise ! s'écria-t-il, s'allongeant à moitié sur les marches. Si j'avais su qu'ça faisait un bien aussi fou, je me serai pas privé aussi longtemps.

Maître Yen Sid émit un petit rire à l'entente de cela.

- J'ai été vraiment con de vendre mon cœur aux Ténèbres, n'est-ce pas… reprit le tireur d'élite, d'une voix absente.

Oui, décidément, il avait été très con. Il avait manqué tellement de choses durant toutes ces années et, onze ans, ça se rattrapait pas comme ça. Lorsque sa convalescence se terminera, il irait profiter de tout ce que lui avait été enlevé, se dépenser un peu. Peut-être que Terra voudrait bien l'accompagner, même la souris et le vieux grigou si ils voulaient bien…

… Qu'est-ce qui lui prenait de tirer des plans sur la comète comme ça ? Comme si un criminel comme lui avait encore le droit de se promener librement.

La rédemption était ce que tout le monde attendait de lui. Ils n'auraient que ce mot à la bouche mais il sait parfaitement que rien ne sera jamais assez. Il sera condamné à se racheter jusqu'à la fin de ses jours une fois sorti de cette tour. Et cela, il en était hors de question. Mais il ne pouvait pas jouer le malade indéfiniment. Viendra le jour où les résultats de sa prise de sang pour savoir si le fragment dans son cœur pouvait être retiré de son corps se fera savoir et il serait jeté dans la mare de requins qu'était le monde extérieur. Et dire que c'était lui que Terra appelait « Requin »…

D'ailleurs, voudrait-il encore de lui à ce moment-là ? Certainement ce qui s'était construit entre eux n'était qu'un amour de passage. Qu'après il retournerait auprès de ceux qui l'aimait réellement, parmi ceux qui lui étaient proches, avec sa copine. Après tout, c'était la finalité des choses. Et comme il était lâche, il comptait prendre tout ce qu'il pouvait du temps qu'il restait.

Dans un élan de gratitude qui sonnait hors sujet, même à ses propres oreilles, il se tourna vers le vieux mage et dit :

- J'voulais vous dire, Maître Yen Sid… commença-t-il, n'arrivant pas à rencontrer le regard de l'ancien Maître de la Keyblade. En fait, j'voulais vous remercier pour tout ce que vous faites pour moi… 'Fin, je veux dire, tout le petit groupe… Vous, la souris, Terra… Vous voyez quoi…

Punaise, il était en train de se discréditer là ! Ça faisait limite pitié, à baragouiner des remerciements incohérents et rougir comme une midinette !

Le sorcier, lorsqu'il affronta son regard, au lieu de lui rire au nez comme il le pensait, esquissa un sourire, les traits de son visage durcis par les années détendus, ne montrant aucune moquerie. La surprise avait bien élu domicile sur sa figure l'espace de quelques secondes mais elle s'en était vite allée, laissant place à ce qui ressemblait à de la sérénité.

- De rien, tout le plaisir est pour nous. Lui répondit le magicien. Ta satisfaction est la nôtre.

Oui, ça s'était sûr qu'il s'y plaisait par ici. Il n'était pas contre l'idée de demeurer ici à la fin de sa convalescence, si cela voulait dire que les indésirables lui foutraient la paix et qu'il pourrait avoir la chance, même infime, de revoir Terra. Quant au problème d'aller se dépenser un peu, il pourrait certainement faire du jogging le tour de l'îlot ou bien faire de la muscu' avec les livres, ce n'était pas ce qui manquait par ici.

Mais pour l'instant, mieux valait profiter de la brise tranquille soufflant sur l'archipel, emportant au loin avec elle les idées néfastes.

Le soir tomba, revêtant son manteau sombre en à peine quelques instants et il fut l'heure de rentrer à l'intérieur. Ils passèrent quelques minutes à discuter sur n'importe quel sujet leur passant par la tête mais la séance dut être écourtée, Maître Yen Sid étant appelé au chevet de la Reine en raison d'une maladie, laissant donc le tireur d'élite seul dans la salle circulaire de son bureau. De toute façon, Terra ne devrait plus tarder à rentrer alors cela ne lui posait aucun problème. Au contraire, être seul durant quelques instants lui ferait du bien.

S'affaissant plus dans le fauteuil mis à sa disposition par le vieux magicien, il scruta la bougie trônant sur le meuble en bois. Il la retourna d'un geste de la main pour pouvoir observer les trous béants sculptés à l'intérieur de la cire pour donner l'impression d'yeux et d'un nez. À l'aide d'un de ses ongles, il traça des zigzags sur ce qui devait être la joue gauche du crâne puis il cacha par sa paume l'orbite droit de la glaise blanche.

Il lui ressemblait pas mal, finalement, ce truc informe. Ça pourrait être lui, son propre crâne, posé là, à la vue de tout le monde, comme pour le moquer, l'humilier, le mettre en face de ce à quoi ses œuvres ont abouti. Il ne serait plus qu'un simple objet de décoration mais un objet avec une symbolique, aussi détestable et jouissive soit-elle. Après tout, la Keyblade du vieux schnoque, c'était pas un objet de décoration, à la base ?

Un grincement lui indiqua que son dézingueur de Sans-cœurs était de retour, le tirant de ses réflexions morbides. Il aurait certainement le temps d'y repenser plus tard.

Terra avait l'air harassé, ses cernes plus prononcées que la veille et son souffle court. C'était à peine s'il ne s'appuyait pas sur sa Keyblade pour se maintenir à l'endroit. Et dire que tout le monde se l'imaginait fier et bombant le torse en rentrant du boulot…

- Dure dure, la chasse aux bestioles noires, hein ? dit-il en guise de bienvenue, ne quittant pas son siège pour aller l'accueillir.

- Bonsoir à toi aussi. Fut la réponse, après que le battant de bois fut refermé. Tu ne devrais pas être au lit, toi ?

- Hé ho, relax ! Le vieux m'a donné le feu vert. Faut bien que je prenne l'air de temps en temps.

Comme un vieux couple, vraiment, les deux d'entre eux. L'un aussi indécrottable que l'autre.

- Il n'empêche que je n'aime pas te voir au frais comme ça. Ne put s'empêcher de rajouter le porteur de la Keyblade. Attends-moi là, je vais te chercher une couverture.

Aussitôt dit, aussitôt parti. S'il pouvait éviter de faire des recommandations à deux balles aussi, ce serait pas mal. Comme s'il avait l'intention de se tirer quelque part… Son martyre revint quelques secondes plus tard avec un grand drap qu'il enroula bien vite autour de ses épaules, déposant un baiser dans ses cheveux au passage, avant de partir en direction des cuisines.

- J'espère que tu as faim ce soir parce que je compte bien m'en mettre plein la panse ! déclara le combattant depuis la petite salle.

Quelques fois, cela faisait plaisir, un tel enthousiasme. Cela rendait l'habitation plus vivante, contrairement à l'austérité stérile de l'Illusiocitadelle ayant caractérisée les onze dernières années de sa vie. Et de pouvoir s'en réjouir était déjà un plaisir en soi-même, après tant d'années passées en coquille quasi-vide.

- Maître Yen Sid n'est pas là ? interrogea la voix provenant de la cuisine, alors qu'un doux fumet parvenait à ses narines.

- Non, l'est parti d'urgence à Disneyland. Une histoire d'insomnie à propos de la Reine ou quec'que chose dans le genre…

Même avec son naturel fouineur, il ne voyait aucun intérêt à connaître les pathologies de la Reine Minnie. Ce serait une perte de temps et d'un ennui plus qu'autre chose.

- D'accord. Je penserai à lui laisser un peu de côté.

Terra retourna de ses fourneaux avec un plateau remplie de bonnes choses si Braig en croyait son odorat. Mais son appétit fut coupé court lorsqu'il vit le contenu d'un des bols lorsque le plateau fut déposé sur la table de bois.

- Je sais que tu n'aimes pas cela, commença le brun, poussant l'écuelle vers le tireur d'élite, mais tu dois prendre ces médicaments.

- Quand est-ce que j'en serai débarrassé, de ces foutus machins d'abord… grommela le malade, apportant à contrecœur le plat à ses lèvres.

- Even et Ienzo auront bientôt les résultats de ta prise de sang. Si tu dois ou non rester sous traitement, c'est eux qui en décideront.

C'était vrai qu'ils prenaient leur temps, dis donc ! Il ne se souvenait pas que cela demandait tant de boulot, une simple analyse. En même temps, le résultat était tellement évident que le souvenir même de ce prélèvement de sang lui était sorti de l'esprit. Même s'il se souvenait de la déclaration qui s'en était suivie.

Bah, y'avait pas de raison que ça se passe mal. Terra faisait juste beaucoup de bruit pour rien mais, comme il était plus entêté qu'une mule, il préférait une confirmation de la part des deux intellos. Et puis, son menu s'était étoffé ces derniers temps, certaines additions ayant fait leur apparition à côté de l'éternel potage. Il n'avait donc plus tellement de raison de se plaindre de ses repas.

Lorsque la dernière goutte du remède finit sa descente dans sa gorge et qu'il lâcha l'habituel « Berk ! », le tireur d'élite s'attaqua au morceau de viande posé non loin de lui, une nouveauté à sa diète n'attendant que d'être dévorée… Enfin… il allait s'attaquer avant que le steak ne soit déplacé hors de sa portée et découpé en deux parties égales par un habile mouvement de poignet.

- Il faut savoir partager, mon petit requin. Déclara Terra, mettant une moitié dans son assiette et retendant l'autre à Braig.

- J't'ai déjà dit de pas m'appeler comme ça !

Si, peut-être qu'il en avait une finalement, de raison de se plaindre…

Ils passèrent cette nuit-là ensemble d'un accord implicite commun, après que le porteur de la Keyblade ait profité du fait que le locataire de la chambre en soit absent pour changer les draps. Aucun mot ne fut échangé après que les couvertures furent remontées et la lumière éteinte, comme si le silence devait être préservé. La nuit se passa en toute sérénité.

Le lendemain, l'ex N°II fut le premier à se réveiller, réalisant que, dans son sommeil, il avait roulé contre le torse de Terra. Quelle midinette il faisait parfois ! Malgré lui, il se retrouva à observer le visage de celui avec qui il voulait vraisemblablement partager sa vie.

Les cernes qu'il avait cru distinguer la veille au soir étaient plus prononcés vus de près, ses traits semblaient plus tirés qu'à l'accoutumée et son menton n'avait pas dû voir les lames d'un rasoir depuis un petit moment. Cela n'était guère étonnant, vu qu'il passait ses journées à courir ci et là pour protéger les mondes et les seuls moments de détente qu'il pouvait avoir, il les lui consacrait. Sans parler des Ténèbres dans son cœur sur lesquelles il plaçait un sceau permanent par pure volonté. Il avait toutes les raisons d'être épuisé.

Aussi agréable la perspective de rester allongé à l'admirer apparaissait, Braig en avait une meilleure. Par contre, il allait devoir quitter les couettes et, même si l'air ambiant parut froid sur ses jambes l'espace d'une seconde, il ferait en sorte que tous deux ne le regrettent pas. N'enfilant pas ses claquettes par souci de discrétion, il quitta la chambre sans faire de bruit en entrebâillant suffisamment la porte pour passer. Il fallait qu'il se repose, son bisounours.

La lumière de la salle principale l'éblouit légèrement lorsqu'il y mit les pieds. Fallait croire qu'il y avait bel et bien un matin dans ce monde au final mais bon, quand on avait des torchons prunes à la place de rideaux, ce n'était pas forcément évident de s'en rendre compte. Pas de vieux en vue par contre. Il devait sans doute être encore chez le Roi, vu que la part que lui avait laissé Terra était encore à sa place dans un placard qui servait visiblement de frigo, si il en croyait la température s'en étant échappée lorsqu'il l'avait ouvert, à la recherche d'ustensiles.

Si son grand dadais arrivait à le faire, c'était que ça devait pas être bien compliqué, la cuisine. Mais s'il ne s'amusait pas à cacher les ingrédients de manière aussi farfelue, ça serait encore mieux ! Quelle idée de mettre les biscottes à l'extrême opposé du pain d'épice ! Si plus on devenait vieux plus on perdait son sens pratique, c'était qu'il était mal barré…

Le tireur d'élite avait à peine gagné son combat contre le grille-pain qu'une voix trop aigüe pour être celle de son garde-malade se rapprocha de sa position.

- Hé, Terra ! Devine qui c'es…

La fin de la phrase s'évapora dans l'air, comme perdue. Braig se retourna pour voir juste devant l'entrée de la cuisine le petit blond collant d'habitude aux basques de Terra, Van… Ven… quelque chose comme ça. S'il avait eu l'air surpris quand il avait vu que ce n'était pas son grand-frère adoptif aux fourneaux, le durcissement de son visage indiquait une émotion tout autre. L'hostilité se lisait clairement sur les traits de sa face de poupon.

Ah, combien de fois avait-il eu droit à ce regard ?

- Salut, gamin… tenta-t-il, aussi amicalement qu'il le put, se sentant clairement en terrain glissant.

Comme escompté, il n'eût aucune réponse comportant des mots, ayant seulement attisé la tempête dans les yeux du blond. L'électricité dans l'air se renforçait chaque seconde, provenant essentiellement de l'animosité émie par le môme. La machine aurait pu exploser à ce moment-là, alors que les toasts furent libérés de leur infernale prison et le grincement crissant d'une porte se fit entendre.

- Ven ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

La remarque de Terra finit par briser la glace s'installant dans l'atmosphère. Les deux belligérants abandonnèrent leur joute visuelle pour se tourner vers lui et Braig saisit l'occasion pour se retirer de la scène. Lorsqu'il passa près du plus vieux des porteurs de la Keyblade, il sentit une poigne se refermer sur son biceps et deux saphirs inquiets se poser sur lui.

- Pourquoi est-ce que tu pars ? lui demanda-t-il. Tu ne déranges absolument pas…

- Économise ta salive, Terra. Lui rétorqua l'ex N°II, gardant son regard devant lui avant de se libérer de l'étreinte. Je sais reconnaître une situation où je ne suis pas désiré. Il y a des toasts si tu veux.

Il continua son chemin et on n'entendit que la porte claquer au bout du couloir. Après quelques secondes passées dans le silence le plus complet, Terra se retourna vers Ventus, ne sachant pas s'il devait s'énerver ou bien rester calme.

- Ven, tu peux m'expliquer ?

Devant le mutisme du blond, il finit par céder.

- Qu'est-ce qui t'a pris ?!

Son cadet, jusqu'ici entouré de colère réprimée à l'encontre de son précédent interlocuteur, dirigea ses émotions vers lui, ne pouvant plus les supprimer.

- Tout de suite, c'est de ma faute, hein ? Tu devrais être le mieux placé pour savoir ce que cela veut dire… répondit le petit blond d'une voix que le brun ne lui connaissait pas.

- Ce n'est pas poli ce que tu viens de faire, Ven. Le sermonna-t-il, prenant un ton désappointé et mettant les poings sur ses hanches pour accentuer son mécontentement. Tu dois reconnaître qu'une partie du blâme te revient indéniablement.

- Parce que je devrai être poli avec les criminels maintenant ? Je te rappelle, si jamais c'était sorti de ta tête, qu'il est en grande partie responsable pour ce qui est arrivé aux mondes, sans parler de ce qui nous est arrivé !

Il montait d'un ton à chaque phrase, preuve qu'il était bouillonnant de rage. Rares étaient les fois où il avait assisté à une telle colère de la part de Ven, d'habitude plein de vie et toujours partant pour découvrir de nouveaux horizons. Le blond était remonté comme un coucou mais il était loin de chanter comme un vrai. Apparemment, le sujet de Braig s'avérait délicat.

- Si tu pars de ce principe… tenta de contrer son aîné, n'en démordant pas, alors, moi aussi, je suis un criminel. J'ai bon nombre de désastre à mon actif déjà, bien plus que Braig. Tu ne devrais même plus m'adresser la parole à ce niveau-là. Peut-être que si je n'avais pas été si crédule… Laisse-moi finir, Ven… Si j'avais vu plus loin que le bout de mon nez, peut-être que tout cela aurait pu être évité. Une grande partie du blâme me revient, tu ne penses pas ?

Ven fit la moue, peu convaincu et vexé de s'être fait reprendre.

- Toi, tu es une victime, c'est pas pareil… rétorqua-t-il, les yeux commençant à briller. Lui est un bourreau dans n'importe quel sens du terme ! Ne mélanges pas les torchons et les serviettes !

Il se rappela alors les paroles du tireur d'élite lorsqu'il était revenu le voir pour lui demander des explications : « Je suis un bourreau. Les bourreaux ne peuvent obtenir une rédemption. ». Un bourreau, certes, avec son lot de culpabilité, mais un bourreau trompé. Un bourreau à qui on a fait miroiter une récompense chimérique, un désir hors de son contrôle et dont il payait le prix aujourd'hui. Bien qu'il ne puisse affirmer le contraire, cela ne voulait pas dire pour autant que le tableau était entièrement noir.

- Xehanort a abusé de son désir de puissance, tout comme il a abusé de ma naïveté. Il nous a tous manipulé comme des marionnettes à un point ou un autre. Si tu étais dans sa situation, quel choix aurais-tu fait ?

- Ne me demandes pas de mettre dans sa peau car tu sais bien que je n'y arriverai pas.

- En effet, tu n'y arriverais pas. Tout comme j'en suis incapable. Nous ne sommes pas dans sa tête. Mais je reste néanmoins persuadé que si nous nous étions rencontrés dans d'autres circonstances, les choses se seraient déroulées autrement entre nous.

- S'il ne s'était pas laisser corrompre par son avidité, alors là oui, les choses se seraient déroulées autrement.

La remarque avait été faite sans aucune ouverture ou possibilité de remise en cause, inflexible.

- Ven. Gronda-t-il. À t'entendre, on dirait que Braig est responsable de tous les maux qui assaillent l'Univers.

Il n'appréciait pas du tout le ton et les images dont son cadet se servait pour désigner son patient, la dégradation clairement montrée dans ses propos. Il y décelait même comme une pointe de jalousie, comme s'il voyait l'ex N°II comme un obstacle entre son « grand frère » et lui. C'était compréhensible : Ven et lui avaient toujours été proches, à tel point qu'ils se considéraient comme une famille. Devoir partager sa place avec un autre ne semblait pas lui réussir, surtout si l'autre bénéficiaire se trouvait être un ancien ennemi.

- Et crois-moi, il l'est ! reprit avec éclat le blond, les larmes commençant à sillonner ses joues par sa colère. As-tu une seule idée de l'état dans lequel tu as laissé Aqua pour aller t'occuper de ce type ?!

À la mention du nom de leur amie, une vague d'angoisse parcourut le corps du brun. Il était vrai qu'il n'avait pas pensé à la jeune femme depuis un petit bout de temps, ne s'était même pas posé la question de comment prenait-elle les choses. Il pensait qu'avec le recul, elle comprendrait. Sa coéquipière était quelqu'un d'intelligent et raisonnable. Se pourrait-il qu'il se soit raconté des mensonges car c'était ce que le ton employé par son vis-à-vis semblait impliquer.

- Que se passe-t-il avec Aqua, Ven ? demanda-t-il, subitement inquiet. Réponds-moi !

- Tu aurais dû la voir les jours qui ont suivi ton départ… commença le blond, sa voix redescendue et hoquetant à quelques reprises. Elle ne voulait rien faire, restant assise, le regard perdu dans le vide. Elle ne mangeait plus, ne buvait plus, ne se lavait plus. Elle était comme morte, comme une poupée amorphe… dont il fallait s'occuper… Puis, un jour, elle s'est levée… et la seule différence entre sa léthargie et son état actuel… c'est sa frénésie. Elle passe ses journées à frapper, que ce soit un mannequin ou des Sans-cœurs, rien ne semble l'arrêter… Même pas moi… La seule fois où j'ai tenté de lui faire avaler quelque chose… Si ce n'était pas pour ma rapidité, j'aurai fini griller par un Triple Brasier X… Si tu la voyais… Elle… Elle maigrit à vue d'œil…

Et là, il pleurait vraiment, l'eau ruisselant en torrent sur ses pommettes. Se sentant coupable à juste titre, Terra se mit au niveau de son frère d'arme et le ramena contre lui, tentant de le calmer. Du point de vue du blond, il était celui qui était parti, qui les avait laissé, Aqua et lui, se débrouiller de leur côté, ne prenant pas de leurs nouvelles. Il avait joué l'égoïste sur le coup et, pour cela, il était fautif. Savoir qu'il avait mis sa meilleure amie dans un tel état était déjà une peine considérable en soi-même.

- Elle a besoin de toi, tu sais… murmura le plus jeune contre son épaule, sanglotant. On a besoin de toi…

- Je sais…

Seulement il ne pouvait pas revenir maintenant. Braig aussi avait besoin de lui et, dans son cas, il n'avait pas d'autres amis pour lui venir en aide. C'était un choix difficile mais un choix qui devait être fait et il ne pouvait en sélectionner qu'une seule et unique proposition.

- Mais tu es fort… reprit-il, balayant d'un geste tendre du pouce les larmes du petit blond. Et Aqua t'aura toujours, toi.

- Oui… Snif, mais ce n'est pas moi qu'elle… réclame. C'est toi qu'elle veut voir.

Là encore, il se retrouvait pris entre deux feux. Il était bien tenté de dire à son cadet qu'il prendrait une journée de congé pour venir les voir mais, s'il le faisait, il avait peur qu'Aqua ne veuille plus le laisser repartir et c'était quelque chose qu'il ne pouvait se permettre mais, de l'autre côté, s'il ne le faisait pas et renvoyait l'image que les mots de Ven ne l'avaient pas atteints, cela lui briserait certainement le cœur.

Aqua avait toujours possédé un grand sens des responsabilités, même étant enfant, ainsi qu'une énorme volonté de faire de son mieux. Mais elle avait tendance à accumuler les frustrations pour conserver une façade agréable auprès des autres, ignorant ses propres besoins. Il se souvenait d'une fois où elle avait énormément travaillé sur une technique et s'était pris une remarque de la part de Maître Eraqus quant à son exécution. Bien qu'en temps normal, ce genre de petit détail n'aurait pas dû l'affecter, ce fut la goutte de trop, ayant trop longtemps tu ses désirs. C'était comme cela qu'il s'était retrouvé à la consoler sur les rebords de la Contrée du Départ, elle collée à lui, déversant son soûl de sentiments refoulés.

Son amie était une femme forte dès qu'il s'agissait de protéger et de veiller sur les autres mais était fragile lorsqu'il s'agissait de sa propre personne. Après toutes les épreuves qu'elle avait dû endurer ces onze longues années, son intégrité mentale en avait été profondément marquée. Elle avait peur de le perdre à nouveau, après tant de temps gardée à l'écart de la lumière. Elle n'avait jamais pu vivre un amour pleinement et sentait au sein de son cœur un espace vide qu'il lui fallait absolument combler. Un espace vide dont il était la pièce manquante. Seulement, il ne pouvait pas rejoindre cette place, pas maintenant.

- Ven. Rappela-t-il son cadet, s'écartant un peu de lui, gardant ses mains sur ses épaules et ses yeux dans les siens. Tu dois comprendre que je ne peux pas rentrer pour le moment. Ce n'est pas contre toi ni contre Aqua mais je ne peux pas me permettre de quitter mon poste. Je ne veux pas que l'on se dispute là-dessus, vous resterez toujours ma famille. Cela ne veut pas dire que je ne peux pas passer de temps en temps. Lorsque Braig aura subi l'opération nécessaire à sa guérison et qu'il aura récupérer, je promets de vous consacrer au moins une journée.

- Promis ?

- Promis. Aller, ne pleures pas.

Il attrapa un mouchoir dans l'un des tiroirs et aida son « petit frère » à enlever tout ce qui s'était formé dans son nez.

- Tu garderas le contact avec lui, même après que ça soit terminé ? demanda une dernière fois le blond, le dédain refaisant une apparition dans sa voix.

- J'aviserai lorsque les choses seront venues. Pour le moment, je t'en prie, sois fort pour protéger Aqua à ma place, d'accord ?

L'expression de Ven là-dessus l'effraya un moment, inquiet à l'idée qu'il ne remette une couche sur le tapis, mais il perçut au fond de son regard que ses paroles avaient atteint leur cible et que lui non plus ne souhaitait pas se friter avec son aîné. Ils n'avaient pas besoin de mots pour faire comprendre la trêve.

- Sinon, pourquoi ne me parlerais-tu pas de ce que tu as fait de beau dernièrement ?

Un rayon de soleil vint illuminer la figure de bambin de Ventus, contrastant avec sa sombre mine d'il y avait quelques instants, et il se mit à lui raconter tous ses derniers exploits. Il avait vraiment attendu de passer un moment avec son « grand frère ». Écoutant les tribulations du blond, tartinant de la confiture sur l'un des toasts, Terra jeta quelques coups d'œil en direction du couloir, pensant déjà au prochain problème qu'il devrait régler.

Une fois Ven sur le trajet du retour, un dernier câlin pour la route, Terra rangea le bazar sur la table avant de faire chemin arrière, s'efforçant de rester calme. Voilà un début de journée qu'il n'était pas prêt d'oublier ! Et si encore cela s'arrêtait à là… Devant la porte, il faillit changer d'avis mais se ressaisit vite. Quel genre de type tourne les talons lorsque ceux qu'il aime souffre ? Un salaud, tout simplement. Alors hors de question d'agir en un.

Toquant doucement à la porte pour s'annoncer, il entra silencieusement. Les volets qu'il avait précédemment ouverts étaient de nouveau fermés, la seule lumière de la pièce provenant du corridor, formant comme un clair-obscur propre aux idées sombres. Braig se trouvait assis au bord du lit, ne semblant pas avoir remarqué sa présence et tremblant péniblement malgré son pull, comme s'il retenait des pleurs. Dans l'air se jouaient les notes d'un des titres de ses rockeurs, quelque chose comme « The Show Must Go On » si ses souvenirs étaient bons…

S'avançant prudemment, Terra s'arrêta au milieu de la pièce, incapable de discerner si sa présence était indésirable ou non.

- Braig… tenta-t-il de formuler, sentant de nouveau une vague de culpabilité le submerger. Je suis désolé pour la façon dont Ven s'est comporté. Il est jeune et impulsif mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour pardonner ce qu'il a…

- Terra.

Le ton sur lequel son nom avait été dit était ferme et sans appel.

- Braig, que se passe-t-il ? répondit le brun, étonné par la tournure des choses.

Ce fut ce moment que choisit le tireur d'élite pour se relever et lui faire face, les secousses qui le harassaient subitement disparues. Son visage, au lieu d'arborer les signes de la défaite et de la résignation, était on ne peut plus sérieux et composé. De son unique iris soleil, il scruta avec insistance son vis-à-vis, comme une ode au courage de trouver les mots justes.

- Rends-moi un service, tu veux.

L'entendre parler ainsi, sans l'ombre d'une blague ou d'once de dévalorisation, le surprenait. Ce qu'il allait demander de lui s'annonçait de la plus haute importance. Rien, cependant, n'aurait pu le préparer à la requête passant le cap de ces lèvres.

- Baise-moi.

- Pardon ?

Il avait bien entendu ? L'ex N°II voulaient qu'ils… dans son état ? Il arrivait bien à Braig d'avoir des idées saugrenues et jamais, dans leur relation naissante, ils n'avaient poussé les choses aussi loin. Il doutait avoir en lui ce qu'il fallait pour répondre au désir qu'exprimait son interlocuteur. Qui commençait à s'impatienter d'ailleurs.

- T'es sourd ou quoi ? « Baise-moi ».« Encule-moi », « fais-moi l'amour », l'expression qui te convient le plus, merde ! Il faut te le dire en quelle langue pour que tu piges !?

Le désespoir dans sa voix était, à présent, clairement palpable, discordant tellement dans ses paroles que cela en faisait presque de la peine. Il le voulait, il en avait besoin. Mais, lui, serait-il capable de lui offrir ce qu'il désirait ?

- J' vais finir par devenir dingue si tu continues à ne rien dire ! Alors, dépêche-toi de faire ton choix !

Terra ne pouvait pas rester les bras croisés devant tant de souffrance. Même s'il savait que l'acte qui allait se suivre ne se prenait pas à la légère, n'était-ce pas ce que les amants étaient censés faire ? Être là, l'un pour l'autre ? Peu importait s'il était inexpérimenté ou bien que le risque que représentaient les Ténèbres s'agrandissait grandement, si le simple fait de poser ses lèvres contre les siennes lui permettait de faire baisser la tension, ou bien que sa main dans la sienne lui octroyait une attache dans la réalité, alors il était prêt à en prendre l'entière responsabilité.

L'impulsion lui arracha un autre gémissement, suivi d'un pardon qui vint par un léger baiser, comme le battement des ailes d'un papillon, sur la chair meurtrie de son épaule.

Terra le tenait contre lui, peau nue contre peau nue, perdu comme il l'était dans le plaisir et l'adrénaline du moment, s'affairant à lui faire ressentir des palpitations au creux de son bas-ventre par tous les moyens à sa disposition. Mais il faisait attention de rester tendre, n'étant jamais brusque. Il n'était pas une poupée de verre mais, voir que quelqu'un prennait soin de lui dans un moment pareil lui réchauffait le cœur.

Au contact de ces lèvres contre une autre parcelle de peau abîmée, il frémit, ses ongles se plantant plus profondément dans le dos de son partenaire. Cela lui faisait tellement de bien. Et de nouveau cette sensation si agréable au creux de ses reins. Il se croirait au paradis.

Terra l'embrassa sur la joue, celle déchirée, apposant avec délicatesse sa main dessus à la suite.

- Regarde-moi… intima-t-il doucement.

Ce qu'il fit, tombant nez-à-nez avec des yeux aux reflets de saphir où tendresse et amour se confondaient, un visage resplendissant de félicité malgré la fatigue et les mèches de cheveux brunes venant s'y coller sous l'effort et un sourire n'invitant qu'à la confiance et à l'attention. Un sourire qui vint se coller littéralement à ses lèvres une fois de plus, apportant avec lui une odeur si apaisante et l'amusante sensation d'un menton mal rasé. Une vision, là aussi, tellement différente de ce dont il avait l'habitude à l'Illusiocitadelle.

Il sentit soudain une main tirer sur le nœud de son cache-œil derrière sa tête. Interrompant le baiser, il tenta de reculer.

- Non, tu ne vas... Aah... pas apprécier la vue…

- Je dois voir…

Il devait voir. Voir par où il avait commencé son œuvre, ce qu'était devenue la première étape de la déchéance. Il avait embrassé chacune des cicatrices parcourant la peau de Braig, ne posant aucune question quant à leur provenance et se contentant de déposer une marque de son affection, comme pour apaiser leurs tourments. Toutes sauf une, mais ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne complète cette tâche.

Tirant une nouvelle fois délicatement sur le fil, tout en donnant un nouveau coup de bassin, le nœud céda et il laissa le bout de tissu sur la table de nuit où la radio jouait en boucle le morceau qu'il avait entendu à son arrivée dans la chambre. Écartant avec douceur le pan de cheveux poivre et sel lui masquant son objectif, il maintint la tête de son amant sans mettre de force pour pouvoir regarder.

C'était, en effet, une vision pénible : de ce qu'il avait vu autrefois ne restait qu'un tas de chair informe, mal cicatrisée à certains endroits et décolorée. Quelque chose de tout bonnement repoussant. Du moins, pour n'importe quelle autre personne. Pour Terra, cette blessure portait en elle une histoire, marquait le point de départ d'une infamie. Sa marque, celle de des Ténèbres nichées au plus profond de lui-même, tambourinant dans sa poitrine et luttant contre son contrôle. Mais il ne leur ferait pas le plaisir de lâcher maintenant. C'était la preuve qu'il était bien plus que ça, la preuve qu'il vivait selon ses propres principes et non ceux d'un autre.

Et il comptait agir en tant Terra et non en tant que Maître Xehanort. Il existait et il était capable de faire bouger les choses dans le bon sens. En apposant une dernière fois ses lèvres sur l'étrange toile sur le visage de celui qu'il avait choisi et reprenant la mission dont il l'avait investi, il fit la promesse silencieuse de faire tout en son pouvoir pour rendre aux mondes leur paix de jadis et que plus aucun destin ne soit abattu de la manière dont le leur avait été. C'était utopique mais il voulait y croire.

Les rayons du Soleil passaient à travers les volets légèrement ouverts et ils n'emportaient pas avec eux la teinte prune honnie, éclairant le lit. La musique avait cessé de jouer, le couvercle suspendu en l'air. Ils étaient tous deux allongés mais aucun d'entre eux ne dormait, juste ils se reposaient après l'effort de tout à l'heure. L'idée de changer les draps et d'aérer un peu passa par la tête de Terra, regardant le plafond pensivement, mais il se dit que cela pouvait attendre. Ce n'était pas comme si Maître Yen Sid leur en voudrait d'avoir consommé, ses balais se chargeant du ménage lorsque c'était nécéssaire.

Baillant à s'en décrocher la mâchoire, il allait se réinstaller confortablement sur l'oreiller en vue d'une sieste lorsqu'une main vint caresser la pilosité naissante sur son visage. Il se tourna en direction de Braig de l'autre côté du lit. Ses cheveux masquaient de nouveau la partie droite de son visage et l'œil qui lui restait le regardait, une étincelle traduisant comme une humeur chafouine dans le doré de son iris. Enveloppé dans la lumière et un sourire sur les lèvres, on aurait dit qu'il avait rajeuni de dix ans.

- Tu sais, le style baroudeur te va plutôt pas mal.

Le brun rit légèrement à cela.

- Je ne suis pas sûr que tout le monde soit de ton avis…

Ven lui avait dit que cela lui donnait un drôle d'air et le roi qu'il lui rappelait un aventurier qu'il avait croisé un jour dans une jungle en s'étant perdu avec le Fragment d'Étoile. Sora avait même rajouté, lorsqu'ils s'étaient croisés lors de la chasse aux Sans-Cœurs, que ça le vieillissait. En toute spontanéité. Face à de certaines de ces remarques, l'envie de prendre le rasoir le démangeait plus qu'un peu, sans mauvais jeu de mots.

- Mais tu t'en fous, de ce qu'ils en pensent… argua le tireur d'élite, se plaçant au-dessus de lui, ses cheveux formant des cercles sur la peau du porteur de la Keyblade. Si tu la garder, c'est ton choix, ils auront rien à y redire ! T'es pas là pour faire joli, que je sache ?

C'était sûr, il était un adulte, parfaitement capable de prendre des décisions mais, en dehors des commentaires, le poil le gênait un peu. Peut-être dans le futur se le laisserait il pousser mais pas maintenant. Il reporta son attention sur l'ex N°II le surplombant. Il allait vraiment beaucoup mieux. Les doutes subsistant quant à son état n'étaient à présent que poussière. Cela lui faisait chaud au cœur mais il y ressentait encore un pincement : une fois le fragment du cœur de Xehanort retiré et la seconde partie de la convalescence terminée, comment allaient-ils faire ? Braig devra réparer ses erreurs aux yeux de la société et lui devrait retourner auprès de sa famille. N'y avait-il pas un moyen de combiner les deux ? Quelque alternative leur permettant de rester proches ? Il réfléchit quelques instants jusqu'à ce qu'une ampoule s'allume dans sa tête.

- Tu sais… commença-t-il, préparant le terrain. Je pensais retenter de passer l'examen du Symbole de Maîtrise…

- Cool pour toi et ? répondit son amant, posant sa tête contre son torse et y dessinant distraitement des formes avec son index, le fixant toujours.

- Eh bien, je me disais que, vu que je suis plutôt vieux dans le domaine, je pouvais, entre temps, entraîner quelques apprentis.

Ce n'était pas parce qu'il avait déjà passé la Cérémonie du Transfert avec Riku qu'il ne pouvait pas donner la possibilité aux autres d'acquérir ce pouvoir par eux-mêmes. Heureusement qu'il était possible d'obtenir une Keyblade autrement qu'en héritage sinon, il n'osait imaginer l'hécatombe que cela aurait été avec la Guerre des Keyblades.

- Pourquoi tu me dis ça, en fait ?

- Tu ne vois toujours pas ? demanda-t-il, un sourire en coin.

Braig redouta ce sourire et, comme il l'apprit plus tard, il avait totalement eu raison de s'en méfier.

L'atterrissage fut brutal, retombant avec un « Thump ! » sonore sur le sol. Il se releva en position assise juste à temps pour voir l'arme de son partenaire pointé juste en face de lui.

- Alors, Braig, tu abandonnes déjà ? Je te croyais plus fort que ça !

- Si tu frappais moins fort aussi ! J'te rappelle que j'suis plus aussi vigoureux qu'avant !

- Tu es un handicapé quand ça t'arrange, hein ? Et puis, il me semble que, tout à l'heure, tu étais plutôt énergique, mon petit requin.

- Mais ferme-là !

S'en suivirent rires et entrechoquement du bois contre du bois. Du haut de la Tour, regardant par la fenêtre, Maître Yen Sid et le roi Mickey observaient les deux compères, le soulagement clairement inscrits sur leurs figures. Finalement, les choses se passaient encore mieux qu'ils ne les avaient espérés. Chacun remarquait les liens qui se formaient entre les deux et ne pouvaient que se réjouir d'une telle tournure. Ils ne leur manquaient plus qu'à présent les résultats de l'analyse.

- Vous pensez que Terra a raison, d'entraîner Braig au maniement de la Keyblade comme cela ? demanda la souris à son précepteur, alors que celui-ci allait reprendre place sur sa chaise.

- C'est une preuve de confiance de la part de Terra que de lui offrir cette chance. Répondit le vieux sorcier, passant une main dans le gris de sa barbe. Il m'est avis que Braig perdrait plus s'il utilisait les capacités qui lui seront enseignées à mauvais escient plutôt que de se conforter à un système de règles.

Ils étaient tous deux également bien au courant de la difficulté du tireur d'élite à respecter les règles déjà établies. C'était l'une de leurs principales sources d'inquiétude, que l'ex N°II n'en fasse qu'à sa tête et mette en l'air tous leurs efforts. La surveillance de Terra semblait cependant l'avoir assagi et il était reconnaissant de ce travail, cette partie n'étant pas incluse dans l'accord passé avec le porteur de la Keyblade.

Décidément tout semblait aller pour le mieux.

Il se passa quelques instants sans prononcer un mot, leur silence étant perturbé seulement par les bruits de l'entraînement au rez-de-chaussée, jusqu'à ce qu'un portail noir s'ouvre sur leur gauche. En sortit quelques secondes après, vêtu du manteau noir si caractéristique de la disparue Organisation XIII aujourd'hui utilisé lors des voyages par couloir des Ténèbres, un jeune homme dont l'épaisse mèche lui cachait en partie le visage, un dossier à la main.

- Bienvenue Ienzo ! s'exclama Mickey, ravi de voir l'émissaire du Jardin Radieux, refermant alors le portail. J'en déduis que vous avez terminé l'analyse, Even et toi !

- Oui, en effet. Lui assura le scientifique d'une voix plate, scrutant la souris de son regard ciel opaque.

- Quels sont les résultats ? s'enquit le magicien, se levant de son siège.

- Justement, je suis venu en discuter avec vous, de ces résultats...


Alors, qu'en pensez-vous ? Eh oui, je vous laisse là, en proie à vos questions. Je suis vraiment une horrible personne (Rire maléfique en arrière-plan). Sinon j'ai l'impression d'avoir un peu dérapé vers la fin mais il se peut que ce ne soit que cela : une impression. N'hésitez pas à laisser des commentaires !

Plus que deux chapitres normalement. Plus que deux et cette histoire sera bouclée. Tout ce que j'espère, c'est que l'écriture ne durera pas un an. Sur ce, prenez bien soin de vous et à la prochaine !